vignette|droite|Ancien logo. vignette|droite|Ancien logo. La fédération du Rassemblement national (RN) en Nouvelle-Calédonie (ex-Front national) a été fondée en 1984 par des anti-indépendantistes opposés tant au Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) du député Jacques Lafleur, jugé trop modéré et autonomiste, qu'au Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) de Jean-Marie Tjibaou. Il s'oppose à toute reconnaissance d'une particularité institutionnelle pour la Nouvelle-Calédonie et a refusé les accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa et que les Neo Caledoniens restent Francais.

Histoire

Création

La fédération locale du Front national est créée le , dans un contexte de vives tensions entre partisans et opposants de l'accès de l'archipel à la pleine souveraineté et de durcissement des indépendantistes qui choisissent bientôt la lutte clandestine à travers le FLNKS. Ces principales personnalités fondatrices sont : l'écrivain de roman noir Alain Fournier (A.D.G.), qui par ailleurs lance entre 1985 et 1986 le journal Combat calédonien, très acerbe à l'égard du Haut-commissaire Edgard Pisani, le maire de Thio Roger Galliot, qui fut exclu de l'Union calédonienne (UC, ancien parti dominant à tendance autonomiste des aux et qui a opté ensuite pour l'indépendance). Avant de fonder le FN néo-calédonien, il a participé à un mouvement en faveur de l'émergence d'un « nationalisme calédonien pluriethnique » avec d'autres figures de la droite locale (dont l'ancien chef de file des gaullistes de l'archipel, Georges Chatenay, ou encore Justin Guillemard), réuni entre 1982 et 1983 dans le Parti national calédonien (PNC) qui défendait l'idée de la création d'un État associé à la France (paradoxalement à la carrière suivante de ses principaux dirigeants, tous devenus de farouches opposants à toute forme d'autonomie ou d'indépendance par la suite), le Kanak et ancien frère auxiliaire catholique François Néoeré, originaire de l'île des Pins, membre de l'UC jusqu'à la création en 1971, avec d'autres mélanésiens issus de l'aile gauche de ce parti emmenés par Yann Céléné Uregeï, de l'Union multiraciale. Il rompt à son tour avec cette dernière formation en 1974 pour lancer l'Union progressiste multiraciale (UPM), qu'il abandonne également lorsqu'elle devient indépendantiste en 1977. François Néoeré se rapproche ensuite du centre et notamment de la Fédération pour une nouvelle société calédonienne (FNSC) du maire de Bourail Jean-Pierre Aïfa, puis de la droite, créant notamment en 1982 avec d'autres figures kanak anti-indépendantistes (dont Dick Ukeiwé, Delin Wema, Maurice Nénou ou Maurice Ponga, tous protestants membres du RPCR) l'Association des amitiés françaises de Mélanésie (AFM). Il dirige le « Regroupement de la cause de la paix » (RCP), mouvement se réclamant du pacifisme mais en réalité groupe de pression au sein de la fédération locale du FN.

L'activité durant les Évènements

Pendant la période dite des « Évènements » entre 1984 et 1988, la section du FN connaît une importante activité militante sur le terrain en « Brousse » où elle entretient, avec un autre parti de l'extrême-droite anti-autonomiste (le Front calédonien de Justin Guillemard), des milices contre les « Comités de lutte », mais elle enregistre également des succès électoraux importants.

Actions sur le terrain face aux indépendantistes C'est le fief de Roger Galliot, Thio, véritable centre de l'activité minière en Nouvelle-Calédonie et à l'époque petite unité urbaine relativement cosmopolite, qui est le principal lieu d'affrontement entre les deux camps pendant les premiers mois des Évènements. En effet, la commune est vue par les partisans de l'accès à la pleine souveraineté comme un bastion à prendre. C'est ainsi que le Comité de lutte local du FLNKS, organisé par Éloi Machoro, commence le un véritable « siège de Thio » (épisode appelé également « l'occupation de Thio », la gendarmerie étant occupée, des barrages dressés tout autour du village, le drapeau français brûlé en public par Machoro le et les propriétaires européens sont désarmés le ). De nombreux actes de violences ont lieu, avec une forte pression psychologique sur les populations polynésiennes, les Mélanésiens non-indépendantistes ou les populations « Caldoches », tandis que le seul incident officiellement reconnu est la mort du boucher du village qui se noie alors qu'il tente de traverser le fleuve à la nage, le pont étant bloqué par un barrage. Le « siège » est finalement levé le , avec l'évacuation par l'armée vers la côte Ouest (et notamment Nouméa) d'une grande partie des non-indépendantistes.. Ceux restés sur place organisent des milices, encouragés par le FN et le FC.

Le , la mort d'un jeune « caldoche » de 17 ans, Yves Tual, neveu de Roger Galliot, tué par des indépendantistes sur la propriété de ses parents à Nassirah (frontière entre Thio et Boulouparis), met le feu aux poudres au sein du camp anti-indépendantiste : de violents émeutes ont lieu à Nouméa dans la nuit du 11 au . Les commerces de personnalités indépendantistes dans la capitale , incendiés ou pillés : la pharmacie générale (appartenant à l'ancien député et fondateur de l'UC Maurice Lenormand), la station service d'André Dang, entre autres. Les manifestants loyalistes convergent vers le Haut-commissariat, les loyalistes reprochant au représentant de l'État de l'époque, Edgard Pisani (qui a proposé le précédent un projet d'« indépendance association »), et au gouvernement socialiste de Laurent Fabius de favoriser le FLNKS. Le bilan se dresse à 48 blessés et 51 interpellations. D'autre part, Éloi Machoro est tué d'une balle dans la poitrine par un membre du GIGN avec un autre militant indépendantiste, Marcel Nonnaro, dans une ferme de La Foa qu'ils occupaient, le . Le même jour, l'état d'urgence est déclaré et le couvre-feu installé en Nouvelle-Calédonie.. Quoi qu'il en soit, l'évacuation d'une grande partie des non Mélanésiens fait que, de bastion loyaliste, Thio devient en 1985 un fief indépendantiste. Louis Mapéri, du Parti de libération kanak (Palika, autre composante du FLNKS qui milite pour l'accès à la pleine souveraineté par la lutte), remplace Roger Galliot comme premier magistrat à la suite d'une élection municipale anticipée tenue le Arrêté n° 1629/SAS/SA du 10 septembre 1985 portant convocation des électeurs de la Commune de Thio à l'effet d'élire vingt trois membres du conseil municipal, JONC n°6375, 17/09/1985, p. 1538.

Performances électorales

Jean-Marie Le Pen fait de la défense de la « Calédonie française », même par la force, l'un des chevaux de bataille et l'un des outils de son ascension électorale dans les . Il fait plusieurs déplacements en Nouvelle-Calédonie tandis que les dirigeants du FN locaux sont régulièrement présents lors de ses meetings métropolitains.

Pendant cette période, le FN est de plus le seul parti à la droite du RPCR à briguer les suffrages des néo-calédoniens lors des scrutins locaux, avec régulièrement des accords électoraux avec le parti du député Jacques Lafleur tout en critiquant ce dernier pour être à la fois un dirigeant politique et économique du Territoire. Ainsi : aux élections territoriales du (boycottées par le FLNKS), le FN ne présente de liste que dans la circonscription de la côte Est, menée par Roger Galliot, obtenant 2 379 voix (6,05 % de la totalité des suffrages néo-calédoniens) et 1 seul siège sur 42. Roger Galliot vote pour le candidat du RPCR, le sénateur Dick Ukeiwé, à la présidence du gouvernement du Territoire ; aux élections régionales du (les premières, et les seules, du statut transitoire dit « Fabius-Pisani », très critiqué par le FN, mais qui a satisfait le FLNKS qui décide de participer à ce scrutin), le FN présente initialement deux listes, dans les deux seules régions à avoir une population significative d'origine européenne : le Sud (menée par François Néoeré) et le Centre (avec à sa tête le conseiller municipal de Sarraméa Jean-Charles Moglia, Roger Galliot étant présent symboliquement à l'avant-dernière place). Plus tard, à la demande de Dick Ukeiwé et afin d'éviter la dispersion des voix dans le Centre, le FN accepte de retirer sa liste dans cette dernière Région, mais le RPCR se refuse à toute alliance avec le parti d'extrême-droite. Dans le Sud (à savoir le Grand Nouméa), la liste Néoeré arrive en deuxième position (avec 5 263 votes, 13,96 % des voix soit 7,37 % de l'ensemble des exprimés néo-calédoniens et 3 élus sur 21 au Conseil régional et sur 46 au Congrès du Territoire), très loin derrière la formation de Jacques Lafleur (70,62 % et 17 élus) mais devant le FLNKS dirigé par le député Rock Pidjot de l'UC (7,48 % et 1 conseiller régional) ; aux élections législatives à la proportionnelle du (boycotté à nouveau par le FLNKS), le FN néo-calédonien forme une liste commune « RPCR et Union Loyaliste » dont les deux titulaires (Jacques Lafleur et Maurice Nénou) et un des deux suppléants sont issus du Rassemblement (Simon Loueckhote). Bernard Herpin représente le Front en tant que suppléant. Leur liste obtient 88,5 % des suffrages exprimés pour une participation de 50,4 % des inscrits seulement. ; aux élections régionales du (boycottée à nouveau par le FLNKS mais cette fois également par le LKS), deux jours après la prise d'otages d'Ouvéa, le FN bénéficie du ralliement d'un ancien du FC et du RPCR, Justin Guillemard, et présente pour la première fois des listes dans les quatre régions, menées par le secrétaire fédéral Guy George dans le Sud, par Justin Guillemard dans l'Ouest (sous le nom « Union nationale - Front national - Divers droites »), par l'ancien gaulliste Marcel Dubois dans l'Est et par le conteur maréen Jacques Haewegene aux Îles Loyauté (avec l'étiquette « Liberté, Progrès avec le Front national »). Les quatre listes totalisent 22,49 % des suffrages exprimés néo-calédoniens (pour une participation de 59,23 % des inscrits) et 8 sièges sur 48 au Congrès du Territoire (5 dans le Sud et 3 dans l'Ouest), soit le deuxième meilleur score toujours loin derrière le RPCR (64,52 % et 35 conseillers). Lors du premier tour de l'élection présidentielle qui se tenait le même jour, Jean-Marie Le Pen gagne 12,93 % des voix (derrière les 74,67 % de Jacques Chirac mais devant les 6,13 % de Raymond Barre et les 4,98 % du sortant François Mitterrand, pourtant arrivé en tête au niveau national et réélu au second tour). Le FN obtient un membre au sein du Conseil exécutif de Nouvelle-Calédonie en la personne de Marcel Dubois, le seul non-RPCR de ce collège de 10 personnes ; aux élections législatives du , en l'absence cette fois de tout candidat indépendantiste, le FN apparaît comme le principal adversaire des sortants du RPCR : Guy George obtient 13,8 % des voix contre 83,3 % à Jacques Lafleur dans la 1 circonscription (Nouméa, l'île des Pins et les Îles Loyauté) et Patrick Fayard 13,8 % face aux 86,2 % de Maurice Nénou dans la .

Les divisions internes

Des conflits de personne ainsi que d'idées apparaissent bientôt, avec deux grandes ruptures au sein du parti : celle de François Néoeré qui, exclu du poste de secrétaire fédéral ainsi que de son statut de militant pour « malversation » en . Il affirme pour sa part avoir été évincé par la volonté d'Alain Fournier parce qu'il aurait été « trop mélanésien », au profit du « Caldoche » Guy George. François Néoeré, qui reste conseiller territorial et de la Région Sud jusqu'en 1988, participe par la suite à d'autres mouvements de la droite anti-autonomiste se voulant plus pluriethnique : « Vérité Fraternité Vivre Français » (VFVF) sous l'étiquette duquel il est candidat aux élections législatives de 1986 (aux côtés de Jean-Pierre Mignot), recueillant alors , puis « Vérité-Dialogue-Fraternité » (VDF) en 1988 ;