L'enceinte d'Amon-Rê, située sur le site de Karnak, près de Louxor, est dédiée au dieu Amon ainsi qu'à sa forme solaire d'Amon-Rê. Occupant une surface d'environ , cette enceinte est la plus étendue des trois aires sacrées de Karnak (et la seule qui soit ouverte aux visiteurs). Elle se caractérise par une complexité et une richesse extraordinaires, résultats d'une activité architecturale de près de deux millénaires. Certains secteurs n'ont pas encore été fouillés, de sorte qu'il est impossible de dresser l'inventaire complet des objets et bâtiments qui la composaient.

Certaines parties du complexe sont fermées au public, notamment les espaces de l'axe nord-sud qui sont en cours de restauration ou qui font l'objet de fouilles (, , et ). La partie sud-est n'est ouverte qu'occasionnellement. Celle située à l'angle nord-ouest est devenue un musée en plein air où les archéologues ont reconstitué plusieurs reposoirs avec des éléments utilisés comme matériau de remplissage du : la chapelle blanche de , la chapelle en albâtre d' et la chapelle rouge de la reine Hatchepsout.

La zone sud-ouest est un terrain découvert, jonché de fragments de blocs qui autrefois composaient les bâtiments. Les temples de Khonsou et d'Opet se situent dans ce secteur, et sont ouverts au public, bien qu'ils ne soient que rarement visités.

Les deux axes L'enceinte dédiée à Amon-Rê se situe, à Karnak, au centre par rapport aux deux autres enceintes sacrées, l'une dédiée à Montou (au Nord), l'autre dédiée Mout (au Sud). Dans l'enceinte d'Amon, le grand temple échelonne ses dix pylônes sur deux axes : l'axe principal, Ouest-Est, à six pylônes, et un axe secondaire, Nord-Sud, à quatre pylônes.

Dans l'architecture de l'Égypte antique, un pylône est une porte monumentale. Deux tours à base rectangulaire reliées par un linteau offrent, sous le linteau, un passage, ainsi dramatisé par le caractère massif de cet édifice.

Axe est-ouest

alt=Plan du temple d'Amon|vignette|Plan 3D du temple d'Amon

Le temple d'Amon se déploie sur un axe est-ouest, perpendiculairement au Nil, auquel il était jadis relié par un canal de dérivation et un bassin artificiel. Les fouilles récentes ont permis de mettre au jour le débarcadère qui servait à l'accostage des barques et navires remorqueurs pour les grandes cérémonies annuelles où le vaisseau d'Amon, la Puissante de proue, remontait le Nil pour rejoindre le temple de Louxor lors de la fête d'Opet. De part et d'autre de la tribune du débarcadère se dressait une paire de petits obélisques datant de , dont l'un est toujours en place.

Le dromos

La tribune du débarcadère se prolonge par un dromos, allée processionnelle bordée de criosphinx entre les pattes desquels se tiennent des statuettes osiriaques portant à l'origine les noms de et d', que remplaça par le sien.

Le long de l'allée sont disposées quelques stèles commémoratives, sans doute bien plus nombreuses à l'époque pharaonique, car le dromos était l'une des principales voies festives empruntée par la triade thébaine - Amon, Mout et Khons - et son cortège lors des grandes processions annuelles, telles que la fête d'Opet ou la « Belle Fête de la Vallée ». Des parterres et bosquets devaient agrémenter les abords, où les fouilles ont mis en évidence un système d'irrigation destiné à alimenter les cultures.

À l'époque tardive, l'ensemble formait un vaste parvis, dont la chapelle-reposoir de , usurpée par Achôris de la , a été restaurée et est actuellement accessible aux visiteurs.

Premier pylône et grande cour

vignette|La colonne de Taharqa dans la Grande Cour du temple d'Amon est haute de .

Le premier pylône, aux blocs grossièrement taillés et sans décoration, est resté inachevé. Il date pour l'essentiel de la . Large de cent treize mètres, il mesure quinze mètres d'épaisseur à sa base et quarante mètres de haut. Sur sa face postérieure, l'une des tours comporte encore les vestiges d'une rampe de construction en briques crues.

La porte monumentale du pylône donne accès à la grande cour, vaste espace fermé au nord et au sud par un mur de clôture et une colonnade monumentale érigés sous la , dite bubastide, du nom de la cité du delta du Nil dont ses souverains étaient originaires. La cour a été vidée de la plupart des statues et ex-voto qui y avaient été déposés au cours des siècles. Des bâtiments qu'elle comprenait, il subsiste une triple chapelle-reposoir des barques d'Amon-Rê, Mout et Khonsou, construite vers -1200 par ; les vestiges d'un kiosque de Taharqa, qui fit déplacer pour la construction les sphinx du dromos devant le portique bubastide ; un petit temple reposoir édifié par sur le modèle du temple funéraire de Médinet Habou, avec son pylône précédé de colosses au nom du roi, une cour à portique, une salle hypostyle et un triple sanctuaire destiné à accueillir les barques divines de la triade thébaine.

Deuxième pylône

vignette|Vue sur la grande cour et le second pylône

Commencé par Horemheb, en partie avec des blocs provenant d'une structure d'Akhetaton, le deuxième pylône fut complété par et sa décoration achevée par . Il est précédé d'un vestibule devant lequel se dressent des statues colossales dont l'une fut usurpée par , grand prêtre devenu pharaon à la , mais que l'on s'accorde à dater de l'époque de .

Contre le môle nord du pylône sont entreposés des vestiges de monuments plus anciens (en attendant une éventuelle restauration ou reconstruction), notamment des fragments massifs d'obélisques de et de colosses brisés, ou encore un bloc de calcaire aux cartouches d'Aton provenant du temple solaire qu'Akhenaton avait fait édifier à l'est de l'enceinte d'Amon.

Le pylône fut restauré (ou complété) durant la période ptolémaïque, notamment la porte axiale qui donne sur la grande salle hypostyle.

Grande salle hypostyle

La grande salle hypostyle fut installée par , peut-être autour d'une colonnade inaugurée sous . Elle est décorée en bas-reliefs, œuvre commandée principalement par , tandis que les reliefs du quart sud-est, d'une facture moins soignée, sont l'œuvre de son illustre fils.

Le plafond (aujourd'hui disparu) était soutenu par appareillées aux chapiteaux papyriformes, ouverts ou fermés, qui donnent à l'ensemble l'aspect d'une véritable forêt de pierres historiées. Les colonnes sont parfaitement alignées dans une immense salle de de long sur de large. Celles de l'axe médian, hautes d'environ , développent une circonférence, respectivement de dix puis quinze mètres, là où les chapiteaux s'ouvrent en corolles. Les supports des nefs latérales mesurent quinze mètres de haut pour une circonférence de quelque huit mètres. L'ensemble de l'édifice était recouvert d'un plafond de dalles dont la partie centrale, la plus élevée, permettait la pose de fenêtres à claustra qui dispensaient l'éclairage de la nef, alors que les bas-côtés restaient dans la pénombre, à peine éclairés par un pinceau de lumière émanant des rares ouvertures pratiquées dans le plafond.

Les murs extérieurs, qui sont consacrés à la propagande royale, évoquent les campagnes victorieuses de (face nord) et de (face sud) en Libye et en Syro-Palestine : dans le cadre d'une iconographie toute traditionnelle, pharaon y figure en tant que garant de l'ordre cosmique, assurant le triomphe de Maât sur les forces du Mal (isfet) qu'incarnent les ennemis de l'Égypte. Ainsi, la bataille de Qadesh et le retour triomphal du pays de Retenoula Syrie actuelle occupent une place privilégiée sur la face sud ; y figurent aussi les clauses du traité de paix conclu entre le roi hittite et , en l'an 21 du règnePar ce traité, les deux États s'engageaient à ne plus entrer en conflit l'un contre l'autre et à s'entraider contre leurs ennemis extérieurs. Le texte prévoyait même l'extradition des opposants intérieurs qui se seraient réfugiés chez l'allié..

Troisième pylône

Le troisième pylône est l'œuvre d'. On peut supposer que, tout comme à Louxor, fit édifier devant le pylône une colonnade d'entrée qui forme actuellement la nef centrale de la grande salle hypostyleEn effet, la couche de sable sur laquelle reposent les fondations du pylône fut prolongée sous la salle hypostyle, à l'exclusion des bas-côtés : cf. – Perspectives on His Reign, Edited by David O'Connors and Eric H. Cline, The University of Michigan Press (2004), ., poursuivant ainsi l'ambitieux programme architectural pour les temples de Thèbes dirigé par son architecte Amenhotep fils de HapouAmenhotep obtint l'insigne privilège d'être représenté à Karnak. En effet, on a découvert au pied du plusieurs statues qui le figurent sous l'aspect d'un scribe accroupi à l'embonpoint généreux, signe d'une aisance due à sa haute fonction auprès de Pharaon..

En 1927, les archéologues français travaillant à la consolidation du pylône y découvrirent un linteau datant du Moyen Empire. Les fouilles ultérieures mirent au jour de nombreux blocs provenant de la même structure, une chapelle-reposoir construite par pour commémorer sa première fête-sed. La reconstitution du monument fut initiée en 1937 par ses découvreurs, Pierre Lacau et l'architecte Henri Chevrier. Baptisé « la Chapelle blanche », c'est aujourd'hui l'un des joyaux architecturaux du musée en plein air.

Cour aux obélisques

vignette|Khépri, sous l'aspect d'un scarabée

L'espace qui s'étend au-delà du troisième pylône formait sous et le parvis du temple d'Amon, constitué d'une « cour de fêtes », comprise entre un pylône de (détruit par )Luc Gabolde, La cour de fêtes de à Karnak, Les cahiers de Karnak , 1993, , et un pylône de , le quatrième. Une paire d'obélisques fut érigée par en anticipation de son jubilé royal. Une seconde paire d'obélisques, projetée par mais érigée par Hatchepsout se dressait au milieu de la cour, dont les fondations (jadis attribuées à Paul Barguet, Le temple d’Amon-Rê à Karnak. Essai d’exégèse, RAPH 21, 1962, , 105).) furent retrouvées dans les substructures du . Une troisième paire d'obélisques datant de , primitivement située entre les deux précédentes, s'est retrouvée accolée au après les travaux d'. L'obélisque encore debout, œuvre de , est un bloc de granit monolithique, haut de environ et pesant quelque . Les monolithes de /Hatchepsout furent abattus par Luc Gabolde, « À propos de deux obélisques de dédiés à son père et érigés sous le règne d’Hatchepsout-pharaon à l’ouest du », Les cahiers de Karnak , 1988, .Luc Gabolde, « Le parvis et la porte du  : considérations sur une chapelle et des obélisques », dans Christiane Zivie-Coche, I. Guermeur (éds), Parcourir l’éternité, Hommages Jean Yoyotte, Bibliothèque de l’École des Hautes Études, Section des Sciences religieuses, Turnhout, 2012, .. Les autres renversés par des séismes ou abattus après l'abandon des cultes puis débités. Malgré des assertions courantes, mais infondées, aucun ne fut abattu pour être transférés dans les grandes cités de l'Empire romain.

Quatrième et cinquième pylônes

Les quatrième et cinquième pylônes furent élevés par . Entre ces deux portails monumentaux, le « directeur des travaux royaux » Inéni établit une salle hypostyle avec deux rangées de colonnes papyriformes, la OuadjytLe nom fait référence aux colonnes papyriformes (ouadj)., qui sera remaniée par Hatchepsout, puis par .. La reine y fit dresser une paire d'obélisques hauts de près de trente mètres, dont un seul reste encore debout tandis que l'autre fut fracassé et dispersé dans l'enceinte.

Le cinquième pylône marquait l'entrée d'une cour péristyle délimitée à l'est par un nouveau portail monumental, le sixième, que fit ériger devant le sanctuaire de la barque.

Sixième pylône et salles des Annales