Un Pygmée (en grec ancien / : « haut comme le poing ».) est un individu appartenant à des populations spécifiques caractérisées par leur petite taille, inférieure à . Il ne s'agit pas de nanisme au sens médical du terme.

Le terme « Pygmée » englobe différents groupes ethniques disséminés le long de l'équateur dans de nombreux États de l'Afrique centrale actuelle., notamment les Baka, les Aka, les Mbuti (ou Bambuti), les Babongo, les Babinga et les Efe. Les Pygmées ont en commun un mode de vie traditionnel reposant sur la chasse et la cueillette de produits forestiers, et la grande importance qu'ils accordent à la musique et à la danse.

Ces groupes de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs sont aujourd'hui confrontés à une précarisation croissante et leur culture est menacée. De nombreux groupes sont sédentarisés.

, appartenant ou non à ce groupe, jugent le mot « Pygmée » péjoratif, voire insultant, et préfèrent utiliser des termes comme « population autochtone ». ou « peuples de la forêt »., ou tout simplement le nom des ethnies concernées.

L'appellation Négritos, aujourd'hui controversée, désigne les populations de petite taille et à peau noire vivant dans le Sud-Est asiatique.

Définition commune D'un point de vue anthropologique, le terme « Pygmée » désigne les populations, souvent chasseuses et vivant dans les forêts équatoriales africaines, caractérisées par leur petite taille, estimée entre pour les plus petits et pour les plus grands. Ce terme est fréquemment considéré comme péjoratif par les organisations de défense des droits de l'Homme et les gouvernements d'Afrique centrale notamment celui de la République du Congo. Les différents peuples Pygmées se reconnaissent entre eux comme Pygmées et sont reconnus comme tel par les non-Pygmées.

Origine Les Pygmées et les Bantous auraient une origine commune ancienne de selon l'étude de l'ADN mitochondrial. ou d'après une autre étude basée sur l'ADN nucléaire , 10 avril 2009, « »].. Les différents groupes de pygmées africains se seraient eux-mêmes différenciés voilà environ , peut-être à la suite de la fragmentation de leur habitat forestier lors du dernier maximum glaciaire qui a entraîné un assèchement du climat africain.

La petite taille des Pygmées pourrait être due à une adaptation au milieu forestier, ou simplement à la dérive génétique consécutive à l'isolement de ces populations..

Les Pygmées sont divisés en deux grands ensembles : un groupe des Pygmées de l'ouest et un groupe des Pygmées de l'est.. Ces deux ensembles ont divergé il y a environ . Les deux auraient suivi une évolution convergente vers une forme de nanisme insulaire, ils se distinguent cependant par la forme de leur courbes de croissance respectives.. Les deux groupes partagent des caractéristiques culturelles communes : Pygmées de l'Est, présents au Rwanda, à l'est de la RDC et en Ouganda : ce groupe comprend les Aka, Sua, Efe (ou Mbuti) et les Batwa ; Pygmées de l'Ouest, présents au Cameroun, en Centrafrique, au Gabon, au République du Congo et en République Démocratique du Congo : y sont inclus les Bakas, Kola, Bongo, Koya, Aka et Twa. vignette|Mongulu. vignette|Un campement Bayaka dans le parc national Dzanga-Ndoki

Différentes populations Comme on l'a vu ci-dessus il semble exister un grand nombre de groupes pygmées en Afrique centrale. À ces noms doivent s'ajouter ceux par lesquels les désignent les peuples voisins, ou les transcriptions des mêmes noms parfois différentes selon les auteurs. Le préfixe « Ba » désigne un pluriel dans les langues bantou..

Taille estimée de la population et répartition En 2015, le nombre de Pygmées vivant en Afrique centrale a été estimé à ..

Culture Mode de vie traditionnel Les Pygmées pratiquent traditionnellement une forme de nomadisme. Ils se déplacent entre des campements temporaires installés pour une période de chasse, de la cueillette chaque campement accueillera une famille élargie. Ces campements sont constitués d'un ensemble de mongulus, des huttes construites en feuilles de marantacées assemblées sur un treillis ancré en terre et arqué de force en forme de tonnelle. Les feuilles sont posées comme des tuiles agrafées par leurs pétioles incisés. Ce sont les femmes qui se chargent de construire ces huttes.

Cette tradition nomade ne persiste notablement que chez les Aka, Efe et Twa de la région des Grands Lacs. Les tribus pygmées sont particulièrement attachés à leurs rites d'initiation et à leurs forêts. Malheureusement, leur mode de vie traditionnellement nomade est menacé par le défrichage, l'extension des zones cultivées, les bouleversements politiques et les mesures de protection de la nature qui leur interdisent la chasse. De nombreux Pygmées s'éloignent des forêts et se sédentarisent progressivement en ouvriers agricoles.

Dans toutes les ethnies l'unité sociale de base est le campement, il est généralement composé de 30 à qui vivent dans une dizaine de huttes. Les individus sont généralement étroitement apparentés ou liés par des mariages. La composition des groupes change régulièrement et ils entretiennent de fortes relations entre groupe voisins..

La société pygmée, basée sur le retour immédiat (par opposition au retour différé, c'est-à-dire avec un échange de monnaie comme étape), est l'une des plus égalitaires qui existe. Il n'y a pas de hiérarchie au sein des campements, même pour les activités de groupe.

Les Pygmées pratiquent la chasse à l'arc ou à l'arbalète, à la sagaie et au filet. Alors que la chasse à l'arc (ou l'arbalète) se pratique individuellement, les battues au filet peuvent rassembler les individus de plusieurs campements. Les techniques de chasse varient selon le type de gibier disponible mais aussi selon les groupes ethniques. Ils sont réputés pour la chasse à l'éléphant. Ils pêchent grâce à des retenues temporaires qui leur permettent de capturer le poisson, ou à l'aide de nasses de vannerie. En plus des fruits et des tubercules, ils récoltent du miel et des chenilles pour l'alimentation. Le produit de la chasse est systématiquement partagé entre les chasseurs pour leurs familles, les fruits de la récolte eux ne sont distribuées qu'en cas de surplus.

Les animaux les plus consommés sont les rongeurs (porc-épic et rats de Gambie) l'hylochère et les céphalophes. Les petits morceaux de viande, abats et tubercules peuvent être cuits à l'étouffé ou bouillis en sauce par les femmes au campement, ces sauces varient en fonction de la saison et les disponibilités en accompagnement. La cuisine pratiquée par les hommes pendant les expéditions de chasse est plus rapide, les viandes sont grillées. Les Pygmées ont tendance à attaquer la viande en mordant latéralement avec les canines et prémolaires, car leurs incisives taillées en pointe sont fragiles et hypersensibles au chaud.

Une pharmacopée traditionnelle à base de plantes leur est utile pour soigner les blessures et maladies propres à la vie en forêt.

Rapport à la forêt Les Pygmées possèdent une connaissance matérielle de la forêt très importante ; ils sont de ce fait souvent employés par les ONG, les compagnies d'exploitation du bois ou les sociétés de chasse comme guides. Ces talents leur sont reconnus (parfois considérés comme quasiment magiques) par leurs voisins agriculteurs. Une étude menée chez les Baka et les Aka de la région de la Sangha a montré qu'ils connaissaient mieux, ou en tout cas accordaient une plus grande importance aux « produits forestiers non-ligneux ».

Bien que considérés comme chasseurs cueilleurs, les peuples de la forêt gèrent la forêt, et en particulier la ressource en igname : il est d'usage pour eux de replanter un fragment d'igname dans un trou comblé avec de l'humus, après l'avoir récolté dans la forêt. Ceci enrichit nettement la forêt en ressources, les anciens campements abandonnés depuis plus de , sont de 6 à plus riches en ignames que le reste de la forêt et les ignames y sont moins piquants..

Musique et danses Les Pygmées chantent pour rythmer leurs activités quotidiennes, avant la chasse, pour bercer les enfants... Chaque situation a son chant propre. Ces chants sont polyphoniques. Ils ne sont jamais chantés plusieurs fois de la même façon, mais subissent des variations..

Les Pygmées possèdent leur propre gamme d'instruments, dont un instrument ressemblant à un peigne à vibrations que l'on retrouve sous des noms variés, dans diverses régions d'Afrique.

La pratique ritualisée de la musique, héritée des traditions anciennes, est aujourd'hui un des derniers moyens de conservation de l'identité et de la culture pygmée..

Les chants se transmettent de père en fils et de mère en fille .

Langue vignette|Distribution des langues des peuples Pygmées en Afrique. L'adjectif pygméen(ne) est utilisé pour qualifier leurs langues.

Les langues parlées par les groupes Baka et Aka sont plus proches des langues des populations qui les entourent qu'elles ne le sont entre elles.. Du point de vue lexical et morphologique, le Baka se comporte comme une langue oubanguienne, et l'Aka comme une langue bantou. De la même manière, parmi les Mbuti de RDC, les Efe parlent une langue soudanique proche de celle des Lese, alors que les Sua parlent une langue bantou, le bila, comme leurs voisins directs.

Relation avec les autres peuples vignette|Fresque de Pompéi décrivant une scène de chasse avec des Pygmées (Musée archéologique national de Naples) Dans le mode de vie nomade des Pygmées les relations avec leurs voisins étaient peu fréquentes, basées sur le troc. Les familles pygmées sont assujetties à un « patron » bantou qui gère le troc : contre du gibier ou du travail, il fournit des pointes de flèches et de la nourriture pendant la saison sèche, période à laquelle la chasse est difficile. La relation se faisait donc à l'initiative des Pygmées.

Les outils et pointes de lance en fer étaient utilisées par les Pygmées dans les échanges entre campements et échanges entre familles dans les mariages. Parallèlement, la viande boucanée obtenue des Pygmées était considérée comme importante ; elle était consommée lors des fêtes de fins de deuil, ou lors des banquets visant à sceller ou renouveler les alliances, chez les villageois. Dans des cas de bon voisinage, des cérémonies impliquant à la fois des Pygmées et des villageois pouvaient avoir lieu.

Ainsi, durant une très longue période, sans doute de plusieurs siècles, les relations entre les Pygmées et leurs voisins ont pris la forme d'un rapport d'association reposant sur une réciprocité équilibrée de services : troc de produits de la métallurgie et de l'agriculture contre produits forestiers sauvages, et actions rituelles sur les puissances surnaturelles du milieu forestier. Mais ces échanges comportaient néanmoins, au détriment des Pygmées, un ferment inégalitaire constitué par la supériorité technologique de leurs partenaires, en particulier la maîtrise de la métallurgie. À ce facteur s'ajoute le poids d'une idéologie de la domination développée par les seconds, qui considèrent les Pygmées, même s'ils les craignent, comme des êtres inférieurs. Comme analysé par Henri Guillaume, cet embryon de domination va évoluer en une dépendance plus large des Pygmées à la faveur de bouleversements économiques et politiques qui touchent l'Afrique Centrale à partir du .

Un peuple menacé vignette|Groupe de femmes pygmées au Cameroun. La culture pygmée a connu de profonds changements au cours du dernier siècle, à la suite de l'introduction des cultures d'exportation chez leurs voisins à partir de 1950 : une transition vers la sédentarité débute alors.