thumb|Chalut étalé sur le quai, derrière le portique d'un petit chalutier.
Le chalut (chalon en ancien français) est le filet traîné par le chalutier. En forme d'entonnoir, il est prolongé à l'ouverture par des ailes pour en élargir la portée. Traîné par des câbles appelés « funes » par un ou deux navires (on parle alors de « chalutage en bœuf », expression évoquant une paire de bœufs tirant une charrue), il est fermé à son extrémité (le « cul de chalut ») par un cordage dit « raban de cul ». Un système combiné de panneaux, de chaînes (lest) et de lièges ou flotteurs spéciauc (dans le cas de la pêche dans les grands fonds) permet de maintenir béante son ouverture et d'en régler la forme et la profondeur. La dimension des mailles varie des ailes jusqu'au cul de chalut. Elle a été réglementée pour mieux sauvegarder les juvéniles de certaines espèces.
Le chalut est trainé entre deux eaux (chalut pélagique) ou sur le fond (chalut de fond), une Sondeur bathymétrique permettant de le maintenir entre la surface et le fond, éventuellement pour le placer face à un banc de poissons détecté grâce au sonar. Le sondeur mesure la hauteur d'eau sous le bateau, le relief du fond et détecte éventuellement des bancs de poissons. Il ne sert en aucun cas à maintenir le chalut à une certaine profondeur. Le sondeur de « corde de dos » (ralingue supérieure du chalut portant les flotteurs), couramment désigné du terme anglais netsonde, permet de connaître les distances séparant le chalut du fond et de la surface. À ce moment on agit sur la longueur de câbles (funes) filée afin d'ajuster le niveau du chalut par rapport à celui du banc de poissons. On peut également agir sur la vitesse du navire dans le même but.
À la fin des années 2010, le chalutage de fond représentait environ 26 % des captures mondiales de la pêche maritimeSteadman, D., Thomas, J. B., Villanueva, V. R., Lewis, F., Pauly, D., Palomares, M. L., ... & Collinson, T. (2021). New perspectives on an old fishing practice: Scale, context and impacts of bottom trawling. Our Shared Seas, Report, 44 | https://www.researchgate.net/profile/Daniel-Steadman/publication/359281130_New_perspectives_on_an_old_fishing_practice_Scale_context_and_impacts_of_bottom_trawling/links/62332c384ce552783cc3b862/New-perspectives-on-an-old-fishing-practice-Scale-context-and-impacts-of-bottom-trawling.pdf.
Histoire du chalut En ancien français, le « chalon » était Par Chailland (M.), Dictionnaire raisonné des eaux et forêts, volume 1, Google books, article « Chablis », page 112 de la version numérisée. Réglementé en France, son usage sans autorisation était sévèrement puni (ordonnance de Colbert).
Le chalutage semble être né de l'évolution de la technique de la senne de plage et de la drague (parfois aussi nommée « draille »). En Europe, les premières références au chalutage apparaissent au : en 1376 une pétition est adressée par des communautés de pêcheurs au roi Edouard III d'Angleterre, dénonçant les ravages du , un filet raclant le fondBearzi, G., Bonizzoni, S., Reeves, R.R. 2024. The trawl supremacy: hegemony of destructive bottom trawl fisheries and some of the management solutions. OceanCare, Wädenswil, Switzerland. 134 pp.. En France, l'édit d'Henri III de 1584 marque la première tentative de réglementation de la pêche maritime et de ses outils, prévoyant l'interdiction des , filets de pêche traînants accusés de détruire les fonds marinsRomain Grancher. À qui appartiennent les poissons ? Réflexions sur la généalogie du droit de pêcher en mer dans la France d’Ancien Régime. Christophe Cérino; Bernard Michon; Éric Saunier. La pêche : regards croisés, PURH, pp.101-114, 2017. hal-01888691. Les premières mentions de cette pratique sont donc d'emblée critiques..
Au , l'ingénieur et scientifique Duhamel de Monceau décrit les chaluts et critique déjà leur impact sur le milieu.
. Les chaluts ressemblant aux chaluts actuels sont quant à eux représentés à partir de 1772, essentiellement dans les pays nordiques. Le chalutage demeurera interdit en France jusqu'en 1852.
L'invention du moteur à vapeur permet l'essor du chalutage, à partir du milieu du : les navires plus puissants peuvent désormais tracter un lourd engin de fer raclant le fond, et y capturant presque toute la biomasse animale (et végétale). Le véritable essor européen de cette pêche se fait entre 1880 et 1900 : en 1880, l'Angleterre déploie des chalutiers à vapeur tout autour des îles britanniques, qui épuisent rapidement la ressource halieutique de la région, obligeant la pêche à migrer vers le nord. Entre 1880 et 1912, la pression de pêche est multipliée par 7 en Europe - mais pas le nombre de capture, qui diminue à mesure que l'effort de pêche augmente. En 1920, chalutiers britanniques écument la mer du Nord.
Dans les années 1930, le gasoil remplace progressivement le charbon dans les moteurs qui deviennent plus puissants, et rendent le bateau plus autonome. Jusque dans les années 1960, le chalut était « filé » puis « viré par le côté » à bord des chalutiers dits qui n'existent plus, remplacés par des chalutiers dits de , équipés d'un treuil central.
Le chalutage connaît un second essor à la sortir de la Seconde Guerre Mondiale, face à la nécessité de produire rapidement une grande quantité de nourriture : toute l'Europe s'engage alors dans le développement d'une vaste flotte industrielle, richement subventionnée - tandis que la pêche traditionnelle est délaissée.. C'est alors l'avènement de grandes entreprises de pêche, dotées de navires, de plus en plus nombreux, grands et puissants, organisés en France selon des comités locaux et nationaux des pêches maritimes - et bientôt en véritables lobbies -, disposant de plans quinquennaux avec des objectifs de capture selon un paradigme qui emprunte davantage au minage qu'à la gestion de socio-écosystème.
Dans les années 1970, les apparaissent, de plus de de long, traitant directement le poisson à bord, jusqu'à la mise en conserve ou la surgélation. Très autonomes, ils partent bien plus longtemps, plus loin et pêche jusqu'à des centaines de mètres de fond, dissimulant la raréfaction de la ressource par une exploitation migrante et plus profonde. Un pic de capture européen est néanmoins atteint en 1972 (dès 1968 pour la France), et malgré un effort de pêche toujours croissant, les débarquements diminuent, qualitativement et quantitativement.. En conséquence, la pêche se mondialise et gagne jusqu'aux régions polaires et aux grandes profondeurs (jusqu'à ) ; toutefois le pic mondial de captures est atteint en 1989, et depuis cette date le chalutage est de moins en moins productif et rentable, malgré un effort de pêche globalement toujours plus intense.
Le chalutage, décrié depuis son invention, mais sacralisé par certains pour son rôle après-guerre, est de plus en plus vivement controversé à partir du siècle face à son effet dévastateur sur les fonds marins et les populations de poissons. Plusieurs associations, comme BLOOM, se dédient alors à la lutte contre cette technique, pointant son coût environnemental titanesque et sa faible rentabilité (qui en outre repose essentiellement sur les subventions)..
Types de chalut
Chalut pélagique
Le chalut pélagique permet de pêcher les poissons de pleine eau, c'est-à-dire entre la surface et le fond, sans être en contact avec lui. Les chaluts pélagiques sont surtout employés pour la capture des poissons « bleus » (sardines, anchois, maquereaux, thons). Les merlus et cabillauds sont des gadidés vivant plutôt sur les fonds, et donc capturés par des chaluts de fonds.
Il peut y avoir confusion avec des chaluts dits « Naberan » qui sont des chaluts-bœufs de fond à très grande ouverture. Ces chaluts sont de grandes dimensions avec une grande ouverture afin de capturer le plus de poissons possible, mais à une faible vitesse de chalutage..
En 2008, un rapport de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer conclut à des captures accidentelles de cétacés de l'ordre de 400 individus par an pour le chalutage pélagique en bœuf, sur agriculture.gouv.fr.
Chalut de fond
vignette|Chalut de fond.
Comme son nom l'indique, ce chalut est placé à proximité du fondLe chalut de fond IFERMER. Les espèces ciblées sont dites « benthiques » (par exemple : cabillaud, lieu noir, merlan, aiglefin…).
Des chaluts spéciaux permettent depuis les années 1980 une pêche industrielle des poissons abyssaux : grenadiers (divers genres et espèces de poissons de la famille Coryphaenoides), empereurs, lingue bleue, lingue blanche, sabres (diverses espèces appartenant au genre Trichiurus).
Il y a trois façons de tenir un chalut ouvert lorsqu'il pêche : avec une poutre fixée sur deux patins : chalut à perche. Le haut du filet (le dos) est fixé sur une poutre de bois ou de métal. Le bas du filet, lesté d'une chaine, est fixé en bas des patins et traîne sur le fond. L'ouverture du chalut n'est pas très grande : largeur de 3 à , hauteur selon la hauteur des patins. C'est le type le plus ancien, encore utilisé par les crevettiers, qui peuvent en trainer plusieurs à la fois, et dans quelques autres pêches (poissons plats type sole en Hollande par exemple). On peut en voir au port de Dunkerque, par exemple, ainsi qu'en Guyane, etc. Une seule fune suffit pour tirer un tel chalut. avec des panneaux. De chaque côté du filet (sur les « ailes »), on fixe une large plaque de bois ou de métal qui va travailler à la façon d'un cerf-volant, mais « à l'envers », c'est-à-dire que lorsque le bateau avance, la pression de l'eau va le faire descendre. Il faut régler soigneusement l'incidence des panneaux pour qu'ils s'écartent bien, descendent bien ensemble, effleurent le fond sans s'enterrer ni au contraire soulever le chalut. Le dos du chalut est soulevé par des flotteurs, le bas est lesté par une chaine que l'on munit de rouleaux si le fond est rocheux, pierreux entre deux bateaux. voir section suivante. Ce mode de pêche (de même que la pêche à la drague) est depuis longtemps décriée pour ses impacts de destruction physique et écologique des fonds marins. Mais des études plus récentes, dont publiées dans PLOS. et dans la revue Nature. révèlent des émissions annuelles de CO2 jusqu'alors très sous-estimées (peut-être équivalentes à celles de l'aviation mondiale). Et une autre étude, dans Frontiers in Marine Science, a montré. que plus de 50 % du dioxyde de carbone produit dans la masse d'eau par le chalutage de fond passe dans l'atmosphère dans les neuf ans qui suivent le chalutage. Ces données renforcent des études antérieurs montrant que les réserves marines, intégrales notamment, peuvent atténuer et promouvoir l'adaptation au changement climatique.. La zone économique exclusive (ZEE) du Royaume-Uni, sortie de l'UE depuis le Brexit, émettrait 109 Mt de carbone d'origine océanique par an.
Selon une étude récente (2025), notamment basée sur les données de Global Fishing Watch pour la période 2016-2021 : c'est une pêche fortement subventionnée (à hauteur de 1,3 milliard d'euros/an en Europe, une somme presque équivalente à la valeur des emplois créés par l'industrie selon les auteurs). Le coût global du chalutage des fonds serait en Europe compris entre 330 millions et 11 milliards d'euros si l'on prend en compte les effets des émissions de CO₂ induites par le brassage des sédiments marins..