La grotte du Mas-d'Azil est une grotte préhistorique sur la commune du Mas-d'Azil dans le département de l'Ariège, au centre des Pyrénées françaises, région Occitanie (anciennement en Midi-Pyrénées), en France.

La cavité est traversée par une route et par la rivière Arize qui l'a creusée. Il s'agit d'une des rares grottes au monde à pouvoir être traversée en voiture..

Elle a été occupée à différentes époques préhistoriques et historiques et a donné son nom à une culture préhistorique, l'Azilien.

Situation

La grotte est située en rive droite (côté est) de l'Arize à au sud du village du Mas-d'Azil, dans l'ouest du département de l'Ariège Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir, bouger), zoomer (molette de souris ou échelle de l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (= cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. Les distances et surfaces se mesurent avec les outils dans l'onglet "Accéder aux outils cartographiques" (petite clé à molette) sous l'onglet "sélection de couches".. Saint-Girons (sous-préfecture de la commune) est à au sud-ouest, Pamiers à à l'est et Foix à au sud-est.

Elle fait partie du massif du Plantaurel. Le massif de l'Arize commence à seulement au sud.

Description Cette cavité aux dimensions imposantes a un développement de ..

La « Porte de l'Arize », qui marque l'entrée de la rivière par le sud, est un porche de de haut pour de large.

Une partie de la grotte est un tunnel naturel, long de pour une largeur moyenne de , emprunté par la route départementale D 119 qui longe l'Arize sur . La construction de cette route est à l'origine des découvertes archéologiques.

Avec la Cuevona des () dans les Asturies, c'est l'une des très rares grottes en Europe pouvant être traversée en voiture..

Géologie La grotte s'ouvre dans les calcaires du Thanétien supérieur.

La limite Crétacé-Tertiaire (limite KT) est visible dans cette grotte, formée il y a deux millions d'années par l'érosion provoquée par l'Arize. La rivière coulait autrefois en surface dans la vallée, plus haut que son niveau actuel. Elle s'est enfoncée dans le réseau karstique, agrandissant les failles, déblayant les marnes crétacées. 500 à 600 mètres de longueur auraient ainsi été creusés et se trouve dans le nord du parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises.

À la suite de la surrection des Pyrénées, l'Arize a plus ou moins d'alluvions à transporter selon les variations climatiques du quaternaire. Lors des phases glaciaires, les éboulis la surchargent en alluvions si bien que la rivière se surélève sur ses propres sédiments au point de boucher sa percée hydrogéologique (la grande galerie). L'Arize creuse alors d'autres galeries. Lors des phases interglaciaires, elle redébouche la grotte, ce qui permet aux Aurignaciens et aux Magdaléniens (à l'Holocène) de s'y installer..

Fouilles alt=Mobilier archéologique de la grotte du Mas d'Azil|vignette|Mobilier archéologique de la grotte du Mas d'Azil. Dès 1857, la grotte subit une transformation radicale afin d'aménager une route impériale le long de la berge de l'Arize. Les travaux provoquent le déplacement d’une quantité importante de sédiments et des vestiges archéologiques apparaissent en rive droite dans la zone.

Pendant près de 40 ans (de la fin des années 1840 à la fin des années 1880), l'abbé Jean-Jacques Pouech étudie la cavité. Géologue, il recherche principalement des ossements fossiles, notamment dans la salle du Théâtre qu'il nomme « l'étable aux rennes ». L'abbé Pouech topographie l'ensemble de la grotte, sa restitution est la plus fidèle. Le travail est repris dans les années 1980 par François Rouzaud mais reste inachevé.

Félix Garrigou fréquente aussi la grotte en 1862 et publie un article en 1867. Cet article met en avant la grotte du Mas-d'Azil et la rend célèbre en France. Après la crue de l'Arize en 1875, de nouvelles fouilles sont organisées par Félix Régnault et Tibulle Ladevèze.

Durant la seconde moitié du , les chercheurs se consacrent essentiellement à l'étude des ossements, à la paléontologie et à la géologie.

Dès 1887, Édouard Piette s'intéresse fortement à la salle du Théâtre ; il explore la Rotonde et « le fourneau », qui porte aujourd'hui son nom. Il établit une chronologie préhistorique en se basant sur l'évolution des productions artistiques : sculpture, gravure, etc. Henri Breuil étudie l'art pariétal lors de sa première venue dans la grotte du Mas d'Azil sans déterminer l'ancienneté des œuvres. alt=Grattoir aurignacien et dessin|vignette|Grattoir aurignacien et dessin. Ces travaux scientifiques permettent d'accompagner le développement de la préhistoire en tant que science. Le Mas d'Azil est un site éponyme, la grotte laisse son nom à une culture : l'Azilien. Cette culture comble l'intervalle (le hiatus) des derniers chasseurs des temps glaciaires et les premiers groupes du Néolithique. Cette culture se retrouve dans l'Ouest de l'Europe, de l'Espagne jusqu'aux îles Britanniques. Après une période creuse entre les travaux de Breuil et les années 1920, les recherches reprennent au milieu du avec les époux Péquart. En 1937, ils explorent la galerie des Silex et font la découverte d'un des plus importants habitats magdalénien des Pyrénées. Ils y découvrent des objets exceptionnels tels que le Faon aux oiseaux et le bâton percé au protomé de cheval. Joseph Mandement explore la rive droite de la grotte en désobstruant et dégageant des galeries et cavités inédites. Avec sa femme Marthe, il cherche obstinément des sépultures du Magdalénien et trouve un crâne dit de " Magda ".

Une mise valeur du site touristique est réalisée après la sortie de la seconde guerre mondiale, à la faveur de l'afflux des vacanciers, suscité par les politiques du Front populaire avec des aménagements importants notamment l'utilisation de l'électricité.

André Alteirac mène une série de fouilles et d'études durant les années 1960-1970. Il crée le musée de la Préhistoire en 1981. En 1977, il invite Denis Vialou, membre du Muséum national d'histoire naturelle à étudier l'art pariétal de "la galerie Breuil".

Dans les années 1980, François Rouzaud, archéologue et spéléologue, réalise un plan de la grotte pour le ministère de la Culture, malheureusement inachevé à la suite de son décès prématuré. alt=Fouille programmée grotte du Mas d'Azil|vignette|Fouille programmée grotte du Mas d'Azil. De 2011 à 2013, de nouveaux aménagements sont réalisés, notamment la construction d'un centre d'interprétation pour accueillir le public. La rive droite du site du Mas d'Azil est réputée quasiment stérile, cependant lors de la construction du centre d'interprétation, une fouille préventive est réalisée par l'Inrap. Les travaux sont dirigés par Marc Jarry. et Céline Pallier.. Des découvertes inédites sont faites : on y retrouve des habitats de -35 000 années avant notre ère, de la période Aurignacienne.

Une équipe de chercheurs, coordonnée par Marc Jarry, Laurent Bruxelles, Céline Pallier, de l'Inrap et François Bon., de l'université de Toulouse II Jean-Jaurès, y travaille depuis 2013. Elle réalise un important état des lieux général de la grotte et de tout le massif. Plusieurs axes de recherches sont développées autour de la cartographie, la géologie, l'archéologie ou la description morphokarstique...

Préhistoire

La grotte est d’abord fréquentée par des animaux et les galeries intérieures sont riches en ossements de mammouths laineuxEstimation de l'âge à 60 000 ans environ, ours des cavernes et rhinocéros laineux.

Puis des groupes préhistoriques s'y installent. La grotte est connue pour ses nombreux vestiges préhistoriques dont le Faon aux oiseaux, un très beau propulseur daté Magdalénien moyen ( à AP) découvert par Marthe et Saint-Just Péquart en 1940, ainsi que le Coco des roseaux., une scène de chasse du magdalénien à figuration humaine rudimentaire, gravée sur un fragment d'omoplate animalehttps://www.academie-stanislas.org/academiestanislas/images/seances_ordinaires/2015-10-16-Le_Tacon.pdf. On y a également découvert un bouton gravé d'un aurochs femelle ainsi que de son veau sur l'autre face, et un crâne de jeune fille, « Magda » () avec deux plaques d’os taillées simulant les yeux dans les orbites..

Outre la richesse et la diversité de son matériel mobilier, la grotte renferme également plusieurs galeries ornées : salle Breuil : bisons, chevaux, cervidés, poissons, un possible félin et des signes géométriques ; galerie du Renne : nombreuses gravures d’animaux se superposant ; salle du Four : arrière-train de cheval, tête de bouquetin, visage humain sur un contour rocheux naturel. Un boyau difficile d'accès renferme une vulve gravée..

Le site a donné son nom à l'Azilien, une culture préhistorique de l'Épipaléolithique (environ à avant le présent) comprise entre le Magdalénien et le Mésolithique définie par Édouard Piette. On y retrouve une industrie microlithique, des harpons plats, de nombreux galets peints aziliens (galets colorés d'ocre rouge datant de )Plusieurs hypothèses sur la fonction de ces galets coexistent: Pour les uns il s'agirait d'éléments d'un jeu sacré divinatoire, pour d'autres il s'agirait d'une première tentative d'écriture ou d'un système numérique archaïque in Daniel Bernet Guide de la France avant la France Pierre Horay éditeur 1984 p.174 .

Au Néolithique, de nombreux dolmens, datant d'il y a , ont été dressés tout autour de la grotte (Bidot (classé), Cap-del-Pouech et Seignas (classé)). Des poteries ont été retrouvées à l'entrée de la grotte.

Mobilier préhistorique

Propulseur dit « Faon aux oiseaux »

Autres sculptures

Industrie osseuse

Industrie lithique

Galets peints

Galets gravés

Histoire Au les premiers chrétiens, alors persécutés, y établirent un lieu de prières.

La grotte servit également de refuge, probablement aux cathares du (pas d'indice formel) ; puis aux protestants au , qui s'y réfugièrent à l'occasion du siège infructueux conduit en 1625 par le maréchal de Thémines contre la cité. En représailles, Richelieu fit prévoir dans les clauses de la paix d'Alès la destruction du plafond de la salle du Temple à l'intérieur de la grotte, et des fortifications de cette dernière.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la grotte du Mas d'Azil fut réquisitionnée à partir du pour la Société nationale des constructions aéronautiques du Midi (anciennement Dewoitine) qui envisageait d'y établir une usine de pièces pour ses avions. Des travaux commencèrent (aplanissement, constructions, éclairage), mais devaient cesser début juillet de la même année à la suite de la défaite des armées françaises. Les troupes d'Occupation allemandes envisagèrent fin 1943 de reprendre l'idée pour y installer, elles aussi, des ateliers de réparations pour leurs avions, en complément de l'usine pour les Junkers prévue dans la grotte de Bédeilhac. Devant le refus obstiné des autorités françaises essentiellement dû au problème de circulation induit par l'occupation de la route traversant la grotte, leur projet fut abandonné au printemps 1944.

Depuis 1997, la grotte et ses alentours accueillent chaque année une manche du championnat européen de tir aux armes préhistoriques..

Protection et risque

En 1942, la grotte est classée au titre des monuments historiques.

En 2009, le parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises est créé, dont fait partie le territoire du Mas-d'Azil. Les abords de la grotte bénéficient donc de la protection imposée par les règles du parc.