Guerre hungaro-roumaine peut désigner l'un des trois conflits armés ayant opposé la Hongrie et la Roumanie au : le front hungaro-roumain de la Première Guerre mondiale, la guerre contre la République des conseils de Hongrie en 1919 et le front roumain de la Seconde Guerre mondiale. Cet article ne concerne que la guerre menée du au par la coalition anticommuniste des troupes roumaines, tchécoslovaques, serbes et françaises (Armée d'Orient dans le Banat et Armée du Danube en Transylvanie) épaulant les conservateurs antibolchéviks hongrois de Gyula Peidl et Miklós Horthy.
Contexte régional thumb|left|Groupes ethno-linguistiques du royaume de Hongrie en 1910. thumb|left|Dislocation de l'Autriche-Hongrie en 1918-19, théâtre des opérations et situation au 1919. thumb|left|Rouge : la république des conseils. Ocre : territoire perdu en avril 1919 face à l'Armée française de Hongrie et aux troupes roumaines.Rose : territoire repris en mai 1919 aux Tchécoslovaques.Bleu-vert : territoires sous contrôle de l'armée franco-serbe commandée par Louis Franchet d'Espèrey. thumb|left|Géopolitique régionale dans une perspective diachronique. thumb|left|Timbre hongrois surchargé Occupation française en 1919. thumb|270px|Opérations de la coalition anticommuniste durant la première phase de la guerre, à partir de la mi-avril. En gris la zone démilitarisée proposée par le conseil inter-allié du 28 février. thumb|270px|Front le 3 mai 1919. thumb|left|Patrouille roumaine à Budapest, juillet 1919. vignette|gauche|Miklós Horthy entrant à Budapest à la tête de l'« », le . vignette|gauche|Monument aux morts de la coalition antibolchévique (1919) à Lippa. La mort d'un lieutenant et d'un soldat français de l'Armée française du Danube en ce lieu est mentionnée au-dessus de la liste, incluant un Georges PelléÀ vérifier s'il y a un lien de parenté avec Maurice Pellé également engagé dans la région.. À la fin de la Première Guerre mondiale, le , la dislocation de l'Autriche-Hongrie permet la proclamation, le , de l'union de la Transylvanie à la Roumanie. Les décisions de la conférence de Paris au sujet de la nouvelle frontière entre la Hongrie et la Roumanie étaient inacceptables pour la République démocratique hongroise, dont le gouvernement, dirigé par Mihály Károlyi, démissionneYves de Daruvar, Le Destin Dramatique de la Hongrie — Trianon ou la Hongrie écartelée, Éd. Albatros, Paris 1971. après avoir reçu le la « note de Fernand Vix » imposant à l'armée et l'administration hongroises de se retirer à l'ouest du massif transylvain du BihorPeter Pastor, « La mission Vix en Hongrie, 1918-1919 : un réexamen », in : Slavic Review, vol. 29, 1970, éd. 3, pp. 481–498, ..
À ce moment, les bolcheviks magyars prennent le pouvoir, espérant rétablir les frontières de la Hongrie d'avant les cessions territoriales imposées par l'Entente, tandis que dans une dernière tentative de sauver sa situation, une partie de la noblesse hongroise offre la couronne hongroise à Ferdinand de Roumanie, préférant une union personnelle entre la Grande Hongrie et la Roumanie dans leurs frontières de 1918, plutôt qu'un rattachement pur et simple à la Roumanie des territoires austro-hongrois à majorité roumanophone (tel qu'il fut consacré en 1920 par le traité de Trianon)Michel Sturdza, ancien ministre des Affaires étrangères de Roumanie, The Suicide of Europe, Western Islands Publishers, 1968, , Belmont, Massachusetts, États-Unis, Library of Congress Catalog Card Number 68-58284.. Confronté à la présence des troupes alliées, Béla Kun comprend l'impossibilité de retrouver les frontières hongroises d'avant 1918 et préfère soutenir la création de républiques communistes-sœursJózsef Breit, « Hungarian Revolutionary Movements of 1918-19 and the History of the Red War », Vol. I of Main Events of the Károlyi Era, Budapest 1929, pp. 115-16. au BanatJean-Paul Bled, art. « Le Banat : panorama historique » dans Études germaniques n° 267, vol. 3, 2012, pp. 415-419, doi=10.3917 - eger.267.0415, . et en Slovaquie.
Durant les guerres antibolchéviques soviéto-polonaise de 1919-1921 et hungaro-roumaine de l'été 1919, les autorités polonaises et roumaines, soutenues respectivement par les missions françaises Faury et Berthelot, participent à l'intervention alliée pendant la guerre civile russe et craignent que le Russie soviétique et la Hongrie bolchévique ne fassent leur jonction à travers la Pocoutie et la RuthénieJonction ordonnée par Lénine dans son câble à Joachim Vatzetis, commandant de l'Armée rouge : “Une avance à travers la Galicie et la Bucovine est essentielle pour l'objectif d'établir un contact avec la Hongrie soviétique“, télégramme du 22 avril 1919 cité dans J. M. Meyer (dir.): The Trotsky Papers, 1917-1922, vol. 1, La Haye 1964, , et trois jours plus tard, via Rakovsky et Vatzetis, le Bureau politique du Comité central du Parti communiste russe ordonne au commandant du front ukrainien Antonov-Ovseïenko l'“établissement d'une jonction avec la Hongrie soviétique“, télégramme du 25 avril cité dans M. Gorky et al.: Histoire de la guerre civile, vol. 4, Moscou 1959, . : la division roumaine des généraux Jacob Zadik et Nicolae Petala et la division polonaise du général Franciszek Kraliczek-Krajowski prennent donc position en Pocoutie, tout en déclarant qu'elles n'intervenaient pas contre la république populaire d'Ukraine occidentale (qui n'en sera pas moins annexée par la Pologne en 1921)Philippe Henri Blasen, « Pocuce, injuste prius detractum, recepit… Rumänische Ansprüche auf die südostgalizische Gegend Pokutien ? » dans Analele Bucovinei, 1/2014..
Déroulement du conflit Pour récupérer les territoires perdus par la République démocratique hongroise, les bolcheviks hongrois décrètent la mobilisation générale et forment l'Armée rouge hongroise qui entre en conflit en avec les troupes tchécoslovaques dans l'ex-Haute-Hongrie devenue la Slovaquie. Cette offensive victorieuse débouche sur la prise de la majeure partie de la Slovaquie où une République slovaque des conseils est proclamée, Béla Kun étant fédéraliste. La République houtsoule ukrainienne est également prise. Au même moment, l'architecte et écrivain hongrois Károly Kós, avec le soutien de du multiculturalisme transylvain, proclame à Huedin la république socialiste de Kalotaszeghttps://www.adatbank.ro/inchtm.php?akod=3086 .http://home.hu.inter.net/kortars/0106/kantor.htm .http://www.hhrf.org/nepujsag/09maj/9nu0521t.htm .https://lexikon.katolikus.hu/K/Kalotaszegi%20K%C3%B6zt%C3%A1rsas%C3%A1g.html .. Plus au sud, dans le Banat, les bolcheviks locaux dirigés par Otto Roth proclament aussi une république des ConseilsJ.P. Bled, « Le Banat », 2012, Op. cit., mais ne parviennent pas à s'imposer car ils n'ont pas assez de partisans ; les Roumains, par la voix de leur député Sever Bocou de Lipova, préfèrent proclamer leur union avec la Roumanie, et les Serbes avec la Serbie (dont les troupes occupaient le pays depuis )Article « Die Banater Republik », in : Heimatortsgemeinschaft Groß-Jetscha, - jetscha.de (PDF; 8,4 MB).
Le , sous la présidence de Gyula Peidl, un gouvernement hongrois opposé à la république des conseils de Hongrie est formé à Szeged, dont l'amiral Miklós Horthy est l'homme fort et le ministre de la Guerre. En juin, la conférence de la paix de Paris met un terme au conflit hungaro-tchèque, en rendant la Slovaquie à la Première République tchécoslovaque. Malgré la « terreur rouge » qu'ils pratiquent, les Alliés sont divisés sur l'attitude à adopter face au régime de Béla Kun. David Lloyd George et Woodrow Wilson adoptent des positions modérées, mais Georges Clemenceau est intransigeant face aux .
Le Sud-Africain Jan Smuts est envoyé pour parlementer avec Béla Kun, mais pour ce dernier, le retrait de l'armée roumaine au sud de la rivière Mureș est un préalable à toute négociation : cela lui aurait permis de créer des jonctions avec la Russie soviétique. Pour empêcher cette jonction et en Transylvanie et en Bessarabie, la France maintient la mission Berthelot en Roumanie, destinée à empêcher la jonction entre ses deux voisins communistes : la Hongrie à l'ouest et la Russie à l'est. Le plan du maréchal Foch de faire donner directement la troupe alliée contre la Hongrie est écarté car de nombreux soldats français sympathisent avec l'idéal communiste. Ce seront les armées franco-serbe dirigées par Louis Franchet d'Espèrey et roumaine soutenue par Henri Berthelot qui sont réorganisées pour intervenir en Hongrie et chasser les communistes du pouvoir.
Les 15 et , le régime de Béla Kun lance une offensive préventive contre l'armée roumaine, mais l'armement hérité de l'armée austro-hongroise et les munitions sont insuffisants ; quant aux bolchéviks russes, ils sont engagés dans la guerre civile russe. L'Armée rouge hongroise avance néanmoins dans le Körösvidék car les Roumains aussi sont exsangues. Le front se stabilise dans les Carpates occidentales roumaines. L'armée roumaine reçoit armes et munitions de France par la mer Noire et fin avril, elle brise les lignes hongroises, met fin à la petite république de Károly Kós et atteint la rivière Tisza. Le , le gouvernement de Béla Kun demande une trêve.
Béla Kun vise cependant à reprendre le terrain perdu et prépare une contre-attaque : le , l'Armée rouge hongroise attaque et repousse les troupes franco-serbes, tchécoslovaques et roumaines. Mais, faute de munitions, cette seconde attaque de Kun contre les coalisés, menée entre le 17 et le , tourne au désastre : le 26, l'armée roumaine atteint de nouveau la rive est (gauche) de la Tisza et, dans la nuit du 29 au , traverse cette rivière et avance vers Budapest, mettant l'Armée rouge hongroise en déroute. L' et les troupes roumaines sont à Budapest en , évinçant le régime communiste au profit du gouvernement hongrois de Gyula Peidl, et le ministre conservateur Miklós Horthy met en place une « terreur blanche » qui durera environ un an.
Résumé chronologique Préalable (décembre 1918) : à la suite de l'union de la Transylvanie et de la Roumanie, l'armée roumaine prend position en Transylvanie et dans le Nord-Est du Banat. Première phase (avril 1919) : l'Armée rouge hongroise tente de récupérer ces régions mais les Roumains contre-attaquent et atteignent la rivière Tisza. Seconde phase (août 1919) : les Roumains et l' défont l'Armée rouge hongroise et prennent Budapest.
Historiographies hongroise et roumaine Le laps de temps allant de l'union de facto des Roumains transylvains à la Roumanie () au traité de Trianon de jure (1920) est présenté de manière différente selon les sources secondaires : Pour l'historiographie nationaliste hongroise et, à sa suite, internationale, toute cette période est une guerre nationale et territoriale d'une durée de deux ans et demi (1918-1920) entre la Hongrie et la Roumanie ayant pour enjeu l'appartenance de la Transylvanie à la « Grande Hongrie » ou à la « Grande Roumanie » et, entre le et le traité de Trianon, la Transylvanie est un « territoire hongrois sous occupation militaire roumaine » : c'est le point de vue adopté dans les ouvrages en magyar, et dans nombre de textes anglais et allemands entre autresLa guerre contre Béla Kun de la coalition antibolchévique a été ultérieurement qualifiée par les sources hongroises révisionnistes grand public de « guerre entre la Hongrie et la Roumanie pour la Transylvanie » mais « sans opérations militaires » en dehors de la période allant de mars à août 1919, et en occultant les autres intervenants et le contexte géopolitique décrits par József Breit, Hungarian Revolutionary Movements of 1918-19 and the History of the Red War, Vol. I : Main Events of the Károlyi Era, Budapest 1929, ..