Le français en Louisiane est parlé par la population francophone de Louisiane.
Issue, en partie, des ancêtres franco-canadiens et français de Nouvelle-France, mais aussi des immigrés espagnols, italiens, allemands, irlandais, et haïtiens, la population louisianaise constitue un cas sociolinguistique intéressant. Face aujourd’hui à l’anglicisation provoquée par l’envahissement du substrat anglophone, les Cadiens et CréolesDeux peuples francophones qui correspondent aux subdialectes français parlés en Louisiane. de la Louisiane continuent de mener le combat contre l’assimilation linguistique, lequel dure depuis maintenant plus de 300 ans.
Histoire de la langue française en Louisiane
Les ouvrages qui traitent du français en Louisiane commencent généralement par une vue d’ensemble historique qui permet de mieux comprendre la situation présente.
La langue française sous la colonisation
L’État américain actuel de la Louisiane se trouve dans le sud des États-Unis et partage sa frontière avec les États du Texas, de l’Arkansas et du Mississippi et au sud s'ouvre sur le golfe du Mexique. Ce territoire, initialement habité par des peuples amérindiens, devient en 1682 une colonie française. La population autochtone est alors le sujet d’un processus d’assimilation linguistique, et acquiert, petit à petit, la langue des colonisateurs : le français. Il s'agit donc d’une implantation de langue exogène à l’arrivée du français dans le pays du Mississippi.
La période de la colonisation française Il semble que le territoire était déjà connu des EspagnolsSans date précise. ()., mais les informations sont vagues. Cependant, c’est au royaume de France qu’il sera attribué après le voyage déterminant de Robert Cavelier de la Salle, commissaire français provenant de la nouvelle France, en 1682. L’objectif de son premier voyage étant de découvrir de nouvelles routes qui pourraient donner accès au golfe du Mexique, la Salle « découvre » alors un lieu qui se prête à la fondation d’une nouvelle colonie. Cependant, lorsqu'il cherche à regagner le territoire pour fonder la colonie, « il ne reconnaît pas l’embouchure du Mississippi et s’égare beaucoup plus loin […] au Texas. » Ce n’est qu’en 1698, une décennie plus tard, que des Canadiens français lancent une deuxième tentative de colonisation. Cette fois-ci tout se passe comme prévu et l’aventure s’achève avec la fondation de Biloxi (1698), Mobile (1701) et de La Nouvelle-Orléans (1718) par Pierre le Moyne d’Iberville. La présence de la langue française est donc effective depuis les premières fondations de ce qui deviendra finalement les États-Unis.
Les colons ne tardèrent pas à s’y implanter. Venant en grande partie de la France et de la Nouvelle-France, la langue française s’utilise entre ces deux peuples. Pourtant, il n’y a pas que des francophones, et il ne faudrait pas supposer une homogénéité.
Mélangée à l’extrême dès l’origine, la population de Louisiane n’a aucune cohérence ethnique ni linguistique, et il est permis de supposer que la toute jeune Nouvelle-Orléans présente déjà un aspect bigarré : esclaves noirs, Indiens, Allemands, Français y cohabitent plus ou moins harmonieusement. Quand on sait à quel point les peuplades indiennes sont elles-mêmes hétérogènes, on juge de la confusion qui peut régner alors dans le domaine culturel.
Cependant, le français conservait une place de valeur parmi les langues diverses, car il restait néanmoins la langue de la nation colonisatrice.
Le français sous la colonisation espagnole
Moins de cent ans après la première arrivée de Cavelier de La Salle, la France céda sa colonie à l’Espagne en 1763. Cependant ce n’est qu’en 1768-1769 que cette occupation sera effective. Les Louisianais veulent rester français, en 1768 lors de l’arrivée d’Antoni d’Ulloa, gouverneur espagnol, la « population de la Nouvelle-Orléans conduite par le Conseil Supérieur de la Louisiane, se soulève et le chasse ». Les administrateurs espagnols, craignant de nouvelles insurrections, permettent à leur peuple d’adoption de continuer à parler le français.
Non seulement permirent-ils aux Louisianais de parler la langue de la France, mais ils adoptèrent un programme d’immigration qui favorise l’utilisation de cette langue. La prépondérance du français « fut renforcée par deux types d’immigration ; l’arrivée des Acadiens et celle, plus tardive, des Créoles venus des îles ». Entre 1765 et 1785, un grand nombre d’Acadiens avaient été expulsés de la colonie britannique de Nouvelle-Écosse lors du Grand DérangementCette population vient, plus précisément, de la région appelée l’Acadie, et qui est devenue aujourd’hui la province canadienne de la Nouvelle-Écosse.. Cette communauté francophone, exilée pour des raisons largement linguistiques, retrouva en Louisiane la langue de sa patrie. Quant aux CréolesIci, lorsque nous parlons de « Créoles », nous nous appuyons sur la définition de l’époque, qui était celle d’une population de sang mixte., ils étaient en grande partie des réfugiés de Saint-DomingueActuellement Haïti. (). qui cherchaient à s’installer dans un lieu à la fois stable et francophone, ce qu’ils trouvèrent en Louisiane.
L’école publique étant en langue espagnole, « les Louisianais, francophones dans leur immense majorité, préféraient envoyer leurs enfants dans des écoles paroissiales, généralement confiées aux prêtres. Les plus fortunés continuaient à engager des tuteurs français ». Il y avait également une présence considérable d’écoles privées françaises, que Griolet estime au nombre de huit dans les environs de la Nouvelle-Orléans en 1788, ce qui démontre encore le prestige détenu par la langue française. « Au total, l’enseignement s’était développé en Louisiane, sous la domination espagnole, au profit de la langue française qui en sortait à tous les égards renforcée ».
Comme la scolarité privilégiait le français, on trouve à cette époque toutes les marques d’une culture littéraire en langue française. La première imprimerie installée à la Nouvelle-Orléans fut une « imprimerie du roi », établie à la fin de 1763. De ces imprimeries françaises émanaient des ouvrages en français, et c’est à ce moment que les premiers journaux français apparaissent en Louisiane, dont Le Courrier du Vendredi en 1785 et le Moniteur de la Louisiane en 179. Ces dates révèlent qu’en pleine période espagnole, cette langue à laquelle les Louisianais tenaient avec autant d’ardeur n’était pas qu’une langue orale, mais qu’elle était également une langue écrite. Ainsi on peut parler du français comme d’un idiome qui transcende la période espagnole et qui sert toujours de lingua franca lorsqu’en 1800 la colonie redevient française.
L’État américain
« En 1800, à cause des initiatives de Napoléon en Espagne, tous les territoires cédés à l’Espagne auparavant sont revenus sous contrôle français » : . Aujourd’hui lorsqu'on parle de l’achat de la Louisiane par les États-Unis en 1803, il est largement reconnu que ces derniers l’acquièrent de l’empereur Napoléon I mais pas de l'État françaisD'après l'historien Henry Adams : « La vente de la Louisiane aux États-Unis était invalide ; si c'était des biens français, Bonaparte ne pouvait pas constitutionnellement l'aliéner sans l'assentiment de l'Assemblée nationale ; si elle était propriété espagnole, il ne pouvait pas l'aliéner du tout ; si l'Espagne avait un droit de réclamation, sa vente était sans valeur » (Wikipédia). En tout état de cause, la Louisiane était redevenue, pendant une période qui dura à peine trois années, un territoire français.
La Louisiane antebellum
Il faudra attendre huit ans, de 1803 à 1812, pour que le nouvellement créé Territoire d'Orléans (qui ne couvrait que l'extrémité sud de l'immense Louisiane française) devienne l’État de Louisiane. La constitution des États-Unis aura un effet non seulement sur la dénomination de l’État mais aussi sur sa langue. Ce n’est qu’une fois qu’elle fut intégrée aux États-Unis que l’effet d’anglicisation se déclencha véritablement. « En effet, les Anglo-Saxons se trouvent dans la double position de maîtres du pays (administrateurs, officiers et soldats) et de nouveaux immigrants ». Toutefois, il est convenable de parler du français avant la guerre de Sécession, ou antebellum, comme d’une situation de bilinguisme, et non pas de diglossie, car les deux langues dominantes coexistent sans qu’elles soient attribuées à des emplois ou des statuts mutuellement exclusifs.
Pour répondre aux besoins d’une population majoritairement française, la « législature sera, elle aussi, à prédominance française », traduisant jusqu’à quel point le français conservait sa place d’égalité vis-à-vis à l’anglais. Comme l’expliqua Griolet, celui qui parlait les trois langues de la Confédération était d’une utilité considérable car on était dans une époque où « la population […] est essentiellement française, les textes officiels espagnols et le gouvernement anglais [sic] […]Peter (Pierre) Derbigny, cité par . ». Pourtant, on comprend que l’espagnol n’ait jamais réussi à s’implanter comme langue vernaculaire et que c’est le bilinguisme anglais-français qui régnait en Louisiane. C’est sur ce sujet qu’écrit le maire de la Nouvelle-Orléans au Président Jefferson : « J’oserais vous le représenter, Monsieur le Président, il est indispensable que les chefs de la Louisiane possèdent la langue française comme la langue anglaise. »
C’est peut-être pour cela que la Nouvelle-Orléans devint une agglomération attirante pour tout peuple francophone. Parmi cette population on retrouve l’importance de ce qu’on appelle la langue créole à base française, langue qui mélangea le français, bien entendu, avec d’autres idiomes locaux. Le créole arriva surtout avec des peuples provenant des Caraïbes, mais pas exclusivement. De nombreux spécialistes estiment que les esclaves emmenés d’Afrique ont eux aussi formé des créoles à bases française. Pendant quelque temps la langue créole a pu s’épanouir, mais puisque c’était une époque de racisme inhérent à la société, ces langues créoles, associées aux peuples noirs ou mixtes, étaient victimes d’une stigmatisation indubitable. Néanmoins, on peut constater que de façon générale « le français parlé à la Nouvelle-Orléans, surtout parmi les gens cultivés, a évolué dans une meilleure harmonie avec le français métropolitain que celui du Canada […] ». Cependant, le prestige de la langue française s’acheva en parallèle avec la période antebellum, car « […] les liens entre la France et la Louisiane, surtout à la Nouvelle-Orléans, continuent à demeurer fortes […] jusqu’au début de la guerre civile (1861). »
La Louisiane postbellum jusqu’à la période moderne
Suivant la guerre de Sécession, c’est-à-dire dans l’Amérique postbellumPostbellum signifie « après guerre »., la langue anglaise commença à exercer une véritable domination linguistique en Louisiane. Le processus d’assimilation linguistique qui avait deux siècles auparavant favorisé le français par rapport aux langues amérindiennes ainsi qu’aux autres langues d’immigrés, s’était maintenant tourné contre la francophonie. Avant la guerre civile, la plupart des anglophones habitaient le territoire nord de l’État mais au fur et à mesure (et surtout postbellum) une société anglophone s’établit dans le sud. De plus, la volonté du gouvernement fédéral de neutraliser, dans les États du SudLes États du Sud qui faisaient partie des États s’étaient manifesté comme étant révolutionnaires lors de la guerre civile., la non-conformité linguistique fait que les Louisianais sentaient non seulement une présence anglaise, mais aussi que cette présence leur était hostile du point de vue de leur langage. Malheureusement, comme l’expliqua Picone, les « centres urbains tels que la Nouvelle-Orléans et Bâton Rouge étaient plus susceptibles » aux effets de l’anglicisation et petit à petit, « adoptent une infrastructure anglocentrique : ».