Maria « Macha » Brouskina (en , Maria Baryssawna Brouskina ; en , ), née en 1924, est, pendant la Seconde Guerre mondiale, une résistante soviétique biélorusse d'origine juive, pendue à l'âge de , le . Son identité est celle d'héroïne « inconnue » (неизвестная) de 1945 à 2009, date à laquelle la Biélorussie reconnaît officiellement son identité.
Éléments biographiques thumb|Lioucia Moiseïevna Bougakova et Boris Davidovitch Brouskine, parents de la résistante juive soviétique Macha Brouskina, pendue par les nazis le .|gauche Fille de Lia (Lioucia) Moïseyevna Bougakova et de Boris Davidovitch Brouskine (1898-1972), Macha Brouskina est née à Minsk en 1924. Le témoignage de Vera Bank, amie et voisine de Macha Brouskina, indique qu'elle est forcée de vivre dès 1941, avec ses parents, rue Zamkova située à l'intérieur du ghetto.
Plus jeune, Macha Brouskina vécut rue Proletarskaïa, à Minsk, auprès de ses parents. Après un début de scolarité à l'école n°26 de Minsk, ses parents déménagent au 79 Starovilenskaïa. Elle effectue ensuite des études d'infirmière à l'école de Minsk : élève brillante, elle en sort diplômée en . Passionnée par le théâtre qu'elle pratique assidument, elle est pionnière (scouts soviétiques) et membre du Komsomol, conseil des jeunesses communistes. Le journal Піянер Беларусі (Pionniers de Biélorussie) note dans un article du à travers son portrait élogieux : Masha Bruskina est une élève de année à l'école n°28 de Minsk. Elle n'a que des bonnes et excellentes notes dans toutes les matières. («Маша Брускина — ученица 8 го класса 28 й школы города Минска. У нее по всем предметам только хорошие и отличные отметки.») Le la Wehrmacht occupe la Biélorussie, et en juillet, elle et sa mère Lia sont enfermées dans le ghetto de Minsk (où Lia, devenue folle à la suite de l'assassinat de sa fille, mourra dans le premier massacre de masse - Aktion -, où 4000 juifs de Minsk furent assassinés, le 7 ). Le père de Macha, Boris Davidovitch Brouskine, enrolé sur le front Est, quitte Lia Bougakova au début de la guerre, le . Il rejoint Moscou avec les forces spéciales aériennes, selon le témoignage de l'amie de Macha, Elena Drapkina, cité par Anika Walke. Boris Brouskine est soldat de ligne sur le front de l'Est et survit à la guerre. Macha effectue des voyages à Moscou pour rendre visite à son père Boris. Lia Bougakova est employée à la maison d'édition d'État de la RSS de Biélorussie, le « Gosizdat BSSR ». De ce fait, Macha Brouskina est initiée à la littérature de manière précoce. vignette | Plan du Ghetto de Minsk.The Minsk Ghetto 1941-1943: Jewish Resistance and Soviet Internationalism, University of California Press, 2008
Engagement dans la résistance au nazisme Macha Brouskina ne tarde pas à s'évader de la rue Zamkova, aux confins de ghetto. Dans un premier temps, elle tente avec sa camarade Sofia Andreïevna Davidovitch de rejoindre Drozdy, pour porter secours aux prisonniers gisant entourés de barbelés, en leur distribuant de l'eau. Par la suite, elle et son amie Sonia Idelson s'éclaircissent les cheveux au peroxyde d'hydrogène pour paraître non juives. Avec son amie Elena Drapkina, elles tentent de se faire embaucher au Judenrat, sans succès.
Finalement, en patriote convaincue et militante communiste, elle trouve un emploi d'infirmière à l'hôpital de l'Institut polytechnique, mis en place pour regrouper les blessés du corps de fusiliers de l'Armée rouge capturés par la Wehrmacht. Elle se lie alors avec un réseau de résistants au sein de l'hôpital. Cet hôpital est situé hors du ghetto, donc interdit aux Juifs. La cellule agissant au sein de l'hôpital évacue clandestinement les combattants soignés vers des groupes de partisans opérant dans les forêts avoisinantes, les otriads (Отряд), tels que ceux de Slutsk, Koidanovo (Dzyarzhynsk), et Naliboki, où opère le groupuscule d'Anatoly (Touvia) Bielski et ses frères, Alexandre Zeisal Bielski (Zus), Aharon Bielski et Asael Bielski.
C'est sous le nom de sa mère, Bougakova, qu'elle intègre une des premières cellules de résistance, liée à son activité de soignante. Son rôle au sein du groupe est de fournir des médicaments, des vêtements et de fausses identités aux prisonniers soviétiques afin de favoriser leur évasion vers les forêts avoisinantes. En outre, Macha Brouskina convoie des cartes topographiques, des boussoles, des armes blanches et des pistolets dans l'enceinte de l'ancien Institut polytechnique. Elle s'expose à la peine de mort immédiate en transportant des appareils photographiques (qui serviront à établir de faux passeports). L'ambulancier (au sens ancien militaire de Feldscher : position spécifique aux champs de bataille, entre infirmier et médecin) Pissarenko confectionne et distribue les faux papiers dans l'hôpital. L'amie de Macha Brouskina, Elena Drapkina, indique et confirme à son père Boris Brouskine en 1944, dans une lettre, qu'elle est pendue précisément pour avoir aidé des prisonniers soviétiques à s'échapper dans les forêts avoisinantes.thumb|La rue Zamkova, incluse dans le ghetto en 1941, Minsk. Macha Brouskina y vécut brièvement avant d'entrer dans la clandestinité|gauche
Elle vit alors dans une maison située au 79 Starovilenskaïa (Старовиленская, 79) à Minsk, où elle partage la cour avec sa voisine et amie Vera Bank, de 1936 à 1941. Elles cohabitent à nouveau brièvement au sein du ghetto, rue Zamkova, avant de s'en échapper grâce à de faux papiers.
Elle rend fréquemment visite aux membres de la résistance Kirill Trus et Olga Chtcherbatsevitch (pendue le même jour que sa propre exécution, aux balançoires du parc de l'Académie des Sciences). Ensemble, ils ont pour mission de diffuser les informations de l'Informburo ou Sovinform (organe central d'information soviétique), afin de contrer la propagande de guerre nazie. Pour ce faire, Kirill Trus assemble un poste de radio dans son grenier, où les partisans rédigent des bulletins diffusés dans la clandestinité. Macha Brouskina se distingue ainsi dans son activité clandestine de messagère, en plus de ses qualités d'infirmière.
Dénonciation et arrestation Le , elle et son groupe sont dénoncés par un soldat de l'Armée rouge prisonnier : Boris Roudzyanko (1913-1951) qui a été soigné à l'hôpital où elle servait (jugé et condamné à mort pour trahison le ). Roudzyanko a élaboré avec le groupe d'Olga Chtcherbatsevitch, incluant son fils Volodia (dit Vloden), un plan de fuite pour franchir la ligne de front à l'Est, coordonnée avec les commandants Levit et Zorine. Roudzyanko est alors capturé par la Wehrmacht, alors qu'il opère sous un faux passeport obtenu en 1941, portant le nom « Oblomov ». Il trahit alors son groupe de partisans en donnant les détails de l'opération ainsi que l'identité des résistants. Boris Roudzyanko, ainsi, devient un collaborateur de l'ANST-MINSK (Abwehrnebenstelle Minsk, organe biélorusse de contre-espionnage collaborant avec l'Abwehr, dirigé par Wilhelm Kribitz) et dénonce sans difficulté. Macha Brouskina et ses onze camarades d'infortune ne tardent pas à être arrêtés. Boris Roudzyanko est convoqué par les Nazis pour identifier les partisans : la déposition qu'il fait en 1951 à son procès est claire, il dit leur avoir donné les noms et les visages des partisans (probablement avec des portraits). Dans cette même déposition, il indique qu'il était déjà un traître avant l'affaire des partisans pendus de Minsk. C'est la dénonciation de Roudzyanko qui permet de révéler que quelque 48 soldats de l'Armée Rouge ont été libérés de l'hôpital avec des faux papiers pour rejoindre les unités résistantes du maquis alentour de Minsk.
thumb|Portrait de Macha Brouskina en costume de pionnière, paru en 1938 dans le journal Піянер Беларусі (Pionniers de Biélorussie) (1924-1941)
Les Chtcherbatsevitch sont appréhendés à Novy Dvor, une bourgade à quelques kilomètres au Sud-Est de Minsk. Comme la majorité des partisans promis à la potence, ils sont envoyés à Minsk, à la prison « Volodarski » (Prison Pichtchalovski).
A ce moment, la sentant en grand danger, un chef du groupe, « Volodia » (Vladimir Istomin), demande a Macha de ne plus venir travailler à l'hôpital. Selon l'enquête de Freydin et Dikhtiar, quelques jours auparavant, Lia Bougakova aperçoit Macha Brouskina au bras d'un certain « Belov », portant un brassard blanc de policier. Elle et Sofia Davidovitch s'en alarment : il était probablement un policier biélorusse en civil tentant d'obtenir des informations, des noms et des documents. Le nommé « Belov » rassure Bougakova en lui affirmant que sa fille est en sécurité à son bras. Cet élément jette le doute sur le rôle de ce jeune policier biélorusse dans la dénonciation de Macha. Macha Brouskina ne réapparaîtra plus à l'hôpital. Inquiète par son imprudence, Sofia Andréïevna Davidovitch lui propose de venir habiter chez elle, mais Macha refuse, arguant qu'elle n'utilise plus que son identité « Bougakova », conformément à ses papiers d'identité. Elle demeure alors dans un appartement sur-occupé, ressemblant à un dortoir, sur la rue Zamkova, où elle retrouve Vera Bank. Emma Radova y habite également. Alors qu'elle se repose sur son lit, Macha Brouskina entend par la fenêtre qu'elle est désignée comme « Macha la blonde » par des jeunes gens collaborationnistes, qui la provoquent délibérément depuis la cour de son immeuble pour le compte des occupants qui la recherchent activement. Selon les récits compilés par Lev Arkadiev et Ada Dikhtyar (un témoignage de Sofia Andréïevna Davidovitch, qui avait assisté à la scène), elle aurait répondu avec aplomb :« Les gars, vous me demandez ? J'arrive tout de suite ! » Se précipitant hors de la maison, la jeune fille sans méfiance a crié à sa mère : « Les gars sont là, je vais avec eux. Ne vous inquiétez pas, je reviens tout de suite. » («Ребята, вы меня спрашиваете? Я сейчас!» Выбежав из дома, ничего не подозревавшая девушка крикнула маме: «Ребята пришли, я с ними пойду. Не беспокойся – скоро вернусь».) thumb|La prison du Château Pichtchalovski (Пішчалаўскі замак) ou « Prison Volodarski »en 1941. Les partisans y sont incarcérés du 14 au . |gauche Macha Brouskina est incarcérée durant neuf jours à la prison Pichtchalovski (Пішчалаўскі замак ou « Château Pichtchalovski » la prison de la rue Volodarski) de Minsk où elle ne cède pas à la torture et aux interrogatoires sévères. Elle ne dénonce aucun complice partisan. Sa mère parvient à lui faire envoyer de la nourriture jusqu'à la prison. Après son arrestation, Macha Brouskina écrit une lettre à sa mère le . En retour, entre le 21 et (selon S. Davidovitch), sa mère achète un soldat collaborateur avec une montre-bracelet, afin que Macha obtienne le colis de vêtements d'école. Cette lettre, jamais retrouvée, est lue plusieurs fois par une amie de la famille, Sofia Andréïevna Davidovitch, qui atteste l'avoir précisément mémorisée : L'historienne Macha Cerovic estime que l'action de Macha Brouskina et des partisans de l'hôpital était une entreprise maladroite. On sait, via le témoignage de Vera Bank, que Lia Bougakova s'était lamentée d'avoir vu sa fille se mettre en danger.
D'après l'historienne Barbara Epstein, c'est la mort tragique de son amie Macha Brouskina qui décida Emma Radova a entrer en résistance.
Son exécution : huit photographies pour preuves