Maurice Papon, né le à Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne) et mort le à Pontault-Combault (Seine-et-Marne), est un haut fonctionnaire et homme politique français, principalement connu comme collaborateur pendant l'occupation allemande de 1940 à 1945.
En 1998, il est condamné à dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'humanité concernant des actes d'arrestation et de séquestration, lors de l'organisation de la déportation des Juifs de la région bordelaise vers le camp de Drancy, d'où ils sont ensuite acheminés vers le centre d'extermination d'Auschwitz, commis quand il était secrétaire général de la préfecture de Gironde, entre 1942 et 1944, sous l'occupation de la France par les forces armées du Troisième Reich. Cependant, le tribunal estimant qu'il n'existait pas de preuve que Papon avait connaissance de l'extermination des Juifs à l'époque des faits, il est acquitté pour toutes les charges de « complicité d'assassinat » et des « tentatives de complicité d'assassinat ».
Préfet de police de Paris à partir de , il porte aussi la responsabilité du massacre du 17 octobre 1961, au cours duquel une centaine d'Algériens (les estimations varient de 48 à près de 200) furent tués par les forces de police lors d'une marche organisée par le Front de libération nationale (FLN). Quelques mois plus tard, le , il ordonne une nouvelle répression meurtrière lors d'une manifestation anti-OAS organisée par plusieurs syndicats et le Parti communiste français (PCF), causant la mort de neuf personnes à la station de métro Charonne, un événement qui reste dans l'histoire sous le nom d'affaire de la station de métro Charonne.
Biographie Jeunesse et premières affectations Fils de notable, Maurice Papon passe une partie de sa jeunesse à Gretz-Armainvilliers, dans la maison familiale où il est né. Son père, Arthur Papon, premier clerc à l'étude de Aulagnier, fonde la Société française des verreries champenoises, et sa mère se consacre à son éducation. Maurice Papon a neuf ans lorsque son père, de centre-gauche, devient maire de Gretz, poste qu'il conserve jusqu'en 1937 et qu'il cumule avec celui de conseiller général du canton de Tournan-en-Brie et de président de ce même conseil en 1937Maurice Papon décrit par l'accusation (biographie de Maurice Papon dans l'acte d'accusation de son procès de 1997, sur le site du journal Sud Ouest)..
Après des études secondaires à Paris, au lycée Montaigne et au lycée Louis-le-Grand, Maurice Papon fait des études de droit et de lettres, milite à la Ligue d'action universitaire républicaine et socialiste aux côtés de Pierre Mendès FranceAndré Coutin, Huit siècles de violence au Quartier latin, Stock, 1969, .. Il est introduit par son père auprès d'amis politiques députés, très influents dans le Parti républicain, radical et radical-socialiste. : il est ainsi membre du cabinet de Jacques-Louis Dumesnil, ministre de l'Air dans les trois gouvernements Laval de 1931 à 1932.
En 1932-1933, il effectue son service militaire : six mois de formation au peloton des élèves officiers de réserve de Saint-Cyr, puis officier au régiment d'infanterie coloniale, à la caserne des Tourelles à Paris, dans la compagnie d'instruction.
Il prépare le concours de l'Inspection générale des finances mais échoue. Marié, père d'une petite fille, il se présente au concours de rédacteur au ministère de l'Intérieur en 1935, pour subvenir aux besoins de sa famille. Admis en bonne place, il choisit Paris et il est affecté à l'Administration départementale et communale, où il fait la connaissance de Maurice Sabatier, alors directeur adjoint. Il est rapidement détaché auprès de François de Tessan, secrétaire d’État dans les deux gouvernements Léon Blum et les deux gouvernements Camille Chautemps. Puis, il réintègre l'Administration départementale et communale.
Il publie des articles dans Le Peuple de la Brie dont le directeur politique est François de Tessan. Ce dernier lui avait confié l'examen des questions marocaines. En 1938 et 1939, il écrit aussi dans Le Jacobin, journal bimensuel des jeunes radicaux dont le rédacteur en chef est Jacques MitterrandDans le numéro de décembre 1938, dans l'article « Une politique de classe », il propose de faire les 40 heures en 5 jours et critique la politique de Paul Reynaud, alors ministre des Finances du gouvernement Daladier.. Il écrit aussi dans le Journal de la démocratie et dans La République de Seine-et-Marne, organe du parti républicain radical (centre-gauche).
Mobilisé en septembre 1939 au d'infanterie coloniale à Brest, il s'occupe d'intendance et s'ennuie. Il se porte alors volontaire pour le Proche-Orient, où opère le . Il est envoyé à Tripoli du Liban, puis, pour les services de renseignement, il commande en le poste de Ras el AïnÀ la frontière avec la Turquie, longitude 40° E., où il étudie l'islam.
À Vichy Après l'armistice et l'instauration du régime de Vichy, Maurice Papon est rappelé par Maurice Sabatier. Ce dernier, après avoir été préfet en province, est devenu directeur de l'Administration départementale et communale et ses services se sont repliés à Vichy. Papon est rapatrié en France pour raisons de santé en et rejoint son corps d'affectation, en tant que sous-préfet de . Quand Sabatier est nommé secrétaire général pour l'Administration en J.O. du 17 février 1941, ., il le suit et devient son directeur de cabinet.
À la préfecture de Gironde vignette|gauche|Maurice Papon à la préfecture de Bordeaux, en avril 1945. Maurice Papon est nommé le Le CV de Papon dans l'ouvrage de René Bargeton, Dictionnaire biographique des préfets. secrétaire général de la préfecture de la Gironde. En janvier 1942, à la conférence de Wannsee, les nazis mettent au point les grandes lignes des déportations massives des Juifs d'Europe occidentale vers les camps d'extermination. Le premier convoi de déportés quitte la France en mars 1942 (voir Chronologie de la collaboration de Vichy dans le génocide des Juifs), mais l'intensification des déportations se produit après un voyage de Reinhard Heydrich en France en mai 1942 et aux accords entre Bousquet, secrétaire général de la police du régime de Vichy, et Oberg, chef supérieur des SS et de la police allemande en France, pour la collaboration de la police française à la déportation des Juifs étrangersAsher Cohen, Persécutions et sauvetages, Juifs et Français sous l'occupation et sous Vichy, éditions du Cerf, 1993, ..
En région parisienne, la rafle du Vélodrome d'Hiver débute le . En dehors de la région parisienne, la principale concentration de Juifs est en GirondeJoseph Billig, Le Commissariat général aux questions juives (CGQJ), Paris, 1957, , . avec plus de recensésRéférence précédente et Joseph Cohen, Journal d'un Rabbin, extraits, Imprimerie Mazarine, Paris, 1967, .. Les préparatifs s'effectuent à partir du , sous la direction du commissaire TechoueyresLe commissaire Techoueyres était co-accusé mais décédé lors du procès.Sur l'organisation des arrestations : Compte rendu sténographique, , ., du chef de service des questions juives Pierre Garat et du capitaine SS Doberschutz. Les rafles de Bordeaux débutent le et durent deux jours ; figurent sur la liste, 70 sont raflées et font partie du premier convoi de Bordeaux vers le camp de DrancyCompte rendu sténographique du procès, , ..
L'un des enjeux du procès Papon, en 1997, est de déterminer les responsabilités exactes des différents intervenants, en particulier celles de l'accusé. Maurice Sabatier a le titre de préfet régional. Maurice Papon est directement placé sous ses ordres et chapeaute cinq divisions de la préfecture et un Service des questions juives pour lequel il a la délégation de signature. Ce service, dirigé par Pierre Garat, est chargé d'assurer la partie administrative des décisions de la délégation régionale du Commissariat général aux questions juives (CGQJ), dont celles de son SEC, Service d'Enquête et de Contrôle, la gestion du fichier juif. Il ne dépend ni du CGQJ ni du SEC, et il est chargé de les contrôler pour le compte du préfet. On ne trouve trace d'un tel service dans aucun autre département.
De juillet 1942 à juin 1944, 12 convois transportent, de Bordeaux à Drancy, près de , qui seront ensuite acheminés vers Auschwitz. Parmi ces , un certain nombre est arrêté en tentant de franchir la ligne de démarcation, et d'autres, établis en Gironde et dans les départements limitrophes, ont été répertoriés par le Service des questions juivesL'arrêt de la chambre d'accusation. Acte d'accusation du procès, disponible sur le site du journal Sud Ouest.Les chiffres concernant les convois recoupent à peu près ceux donnés par Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz, Fayard, 1983..
À partir de 1943 et surtout en 1944, Maurice Papon est en contact avec des réseaux de résistance nommés par l'historien Jean-Pierre Azéma « vichysto-résistants » : des Le degré d'implication de Maurice Papon dans la Résistance a été une question accessoirement débattue au procès de 1997..
Il est attesté que Papon a hébergé à plusieurs reprises Roger-Samuel Bloch, un fonctionnaire juif radié et membre du réseau Marco-Kléber, lié aux services de renseignement de l'Armée de terre.. Il aurait également rendu des services au réseau Jade-Amicol, qui travaillait pour le compte de l'Intelligence service. Au début de , c'est Roger-Samuel Bloch qui conseille à Gaston Cusin, qui est nommé Commissaire de la République par de Gaulle, mais encore clandestinement, de faire appel aux services de Papon, qui aide Cusin pendant les trois mois précédant la libération de Bordeaux. Sorti de la clandestinité, Cusin demande à Maurice Papon d'être son directeur de cabinet.
Après-guerre À Bordeaux Maurice Papon avait été porté au plus haut grade de sous-préfet : hors classe, le René Bargeton, Dictionnaire biographique des préfets, . et, étant à Bordeaux, avait refusé du gouvernement Laval trois promotions qui lui auraient valu le rang de préfet : adjoint au secrétaire général de la Police en zone sud en , préfet du Lot en et préfet des Landes en Compte rendu sténographique du procès, , .. Le , Gaston Cusin le titularise préfet et le nomme directeur de son cabinet pour déléguer son autorité sur les préfets de la région de Bordeaux. Maurice Papon est directeur de cabinet des trois commissaires régionaux de la République successifs : Gaston Cusin, Jacques Soustelle et Maurice Bourgès-Maunoury.
Ces nominations sont contestées par le Comité de Libération (CDL) de Bordeaux. Maurice Papon ayant été mis en expectative, comme tous les autres fonctionnaires ayant servi sous Vichy. Le Comité d'épuration du corps préfectoral, sous la présidence d'Aimé Jeanjean, confirme ces nominations le , jugeant les contestations du CDL de Bordeaux non légitimesNotes sténos du procès, Albin Michel, , . Aimé Jean-Jean fut un membre éminent de l'O.C.M..
Au ministère de l'Intérieur Il quitte Bordeaux pour raisons médicales. Remis sur pied, il est intégré aux services centraux du ministère de l'Intérieur, chargé de la sous-direction de l’Algérie le Annuaire biographique des préfets.. Sous l'autorité de Hass-Picard, directeur des Affaires générales du ministère, il doit renseigner le ministre Adrien Tixier sur la répression qui sévit en Algérie à la suite des soulèvements de Sétif, Guelma et Kherrata qui scandalise le ministre. Maurice Papon est nommé chef de cabinet du secrétaire d'État à l'Intérieur Jean Biondi le .
Sous l'autorité d'Adrien Tixier, d'André Le Troquer et de Jean Biondi, Maurice Papon est chargé de la rédaction du projet de loi d'amnistie, qui sera votée le Jean-Pierre Peyroulou, Guelma 1945, La Découverte, 2009. Il y avait 143 condamnés à mort dans les prisons algériennes..
Préfet de Corse, puis de Constantine