thumb|Commandant des Piquiers, Compagnon de 1602. La Compagnie de 1602 est une association historique et patriotique genevoise fondée le mercredi dépositaire des commémorations officielles de la Fête de l'Escalade.

Origines et fondation thumb|left|Le Cortège commémoratif de l'Escalade en 1867. Le premier cortège référencé comme tel semble dater de 1793 ; il part alors de la Maison de ville (actuel hôtel de ville) et regroupe des citoyens armés et en uniforme, des autorités genevoises et nationales ainsi que des clubs patriotiques. À l'occasion de cette cérémonie dont le Journal de Genève du se fait l'écho, les armes, cuirasses, pétard des ennemis ainsi que la fameuse marmite de la Mère Royaume sont exhibés par des citoyens au sein de la procession ; la présence des échelles et du canon qui les brisa est également mentionnéeRoussy, A. E., "Les Cortèges d'Escalade." in Anniversaire de l'Escalade, années 1927-1936. p.72 et suivantes..

Dès le milieu on note un renouveau de l'esprit patriotique en Suisse et à GenèveCe patriotisme doit se comprendre comme un besoin de référence et de justification de l'identité à la suite de la construction d'un État suisse moderne, avec une nouvelle Constitution (1848), etc.. Ainsi, si l'Escalade - c'est-à-dire l'échec de la prise de Genève par le Duc de Savoie - a été commémorée quelques jours seulement après l'attaque savoyarde en Immédiatement après la nuit du 11 au 12 décembre 1602, les Genevois ont eu conscience d'avoir, en préservant leur indépendance et leur foi, « joué leur destin ». La première commémoration, un jeûne décrété par les autorités civiles et religieuses, eut lieu dix jours après l'Escalade. On voulait remercier Dieu pour sa protection et célébrer sa louange. Puis, malgré les réticences de la Compagnie des Pasteurs, hostile au culte des morts, on décide dès 1603 d'apposer sur le mur nord du temple de Saint-Gervais une plaque sur laquelle sont gravés les noms des victimes de l'Escalade. in http://etat.geneve.ch/dt/archives/commemorations-66-2191-971.html, c'est véritablement vers 1860 que les fêtes patriotiques connaissent leur essor : à Genève, l'Escalade constitue un bon exemple de ce phénomène.

Durant ces années plusieurs monuments sont érigés et différents événements ont lieu : entre autres, la construction de la fontaine de l'Escalade en bas de la rue de la Cité (1853), les premiers cortèges (1867-1868 et 1871)C'est en 1867 qu'il semble que le premier cortège ait été organisé. L'appel daté du 3 décembre dit ceci: . L'ordre du cortège annonce: Flambeaux - batterie de tambours - maréchal du cortège - trois héraults. Corps des archers - trophée de l'Escalade - Picot et son pétard - ronde avec la lanterne sourde. Section des hallebardiers-huissiers, syndic Canal-soldats-bourgeois armés - bourgeois demi-vêtus armés. Section des Hallebardier - Mère Royaume sur son âne - la Marmite et son escorte. Section d'arbalétriers - Tabazan et ses aides - Corps des Suisses alliés fermant le Cortège." in Anniversaire de l'Escalade -Année 1931 (Article: "Les Cortèges de l'Escalade"), des banquets patriotiques ou encore la première mention de la marmite de l'Escalade ()La première mention trouvée à ce jour, rapportée par l’historien Bernard Lescaze (Journal de Genève, 8 décembre 1984, p.30), figure dans un journal du 10 décembre 1881 où est publiée une publicité qui évoque des marmites en nougat et en chocolat : « marmites bonbonnières, genre nouveau […] dorées avec écusson genevois ». Le succès semble pourtant fulgurant : à l’occasion du anniversaire de cette victoire, la marmite d’Escalade « était devenue habituelle, sinon commune. » L'historien Dominique Zumkeller observe toutefois que les menus des très nombreux repas organisés afin de célébrer la nuit de l’Escalade ne mentionnent jamais la « marmite » avant le début du . La date d'apparition de la marmite est donc relativement tardive, et on doute que de nouvelles recherches permettent de remonter très en deçà, du fait que les progrès décisifs de la chocolaterie moderne ont eu lieu au cours de la seconde moitié du seulement. In ..

Durant ces années, ce sont principalement des sociétés militaires — la Société des sous-officiersqui en 1912 fournit 92 fantassins et 20 cavaliers. in Le Sous-Officier, janvier 1913. — ou étudiantes — Zofingue — qui célèbrent l'Escalade.

Outre les cortèges de la fin des années 1860-début 1870 ou les cavalcades improvisées certaines années (1872-1873) par quelques cavaliers costumés — dont le premier héraut de la Compagnie, Frédéric Kursner — il faut rappeler l'existence de festivités déguisées. Pendant une dizaine d'années, à partir de 1874 environ, ce sont des charivaris et des célébrations plutôt carnavalesques qui ont lieu. En 1884, puis en 1885, ce sont des concours de masques et un cortège populaire déguisé qui sont mis sur pied.

thumb|alt=Milices de la ville (1590), Cortège du .|Cortège du arrivant au Bourg-de-Four. 1902-1926, du tricentenaire à la fondation de la Compagnie En 1892, en réaction aux manifestations carnavalesques considérées à l'époque par certains comme immorales, un cortège historique a à nouveau lieu sous l'impulsion de quelques citoyens. Il se compose de deux groupes distincts partis de chacune des rives se réunissant dans les rues basses. Tous les chars et les cavaliers partaient alors de la rive droite, les organisateurs ayant renoncé à leur faire emprunter la rue Verdaine jugée trop raide et trop dangereuse. Six ans plus tard, en 1898, l'Association patriotique genevoise pour la rénovation de l'Escalade est créée en vue de la célébration du tricentenaire de l'Escalade http://etat.geneve.ch/dt/archives/commemorations-66-2191-972.html. La création de cette association est née de la réponse du Conseil d'État Alfred Dimier à une pétition relevant le peu de « dignité » et les « scènes scandaleuses »in Geisendorf, "L'Escalade de Genève-1602". p. 527. qui se déroulaient lors de la fête de l'Escalade.

La réponse du Conseiller d'État Dimier, chargé de la Justice et de la Police :

Le , le Cercle des Arts et des Lettres constitue un cortège de 249 figurants, auquel s'associent les magistrats, des écoliers, des étudiants et des sociétés en tout genre. Ce même jour des cérémonies officielles ont lieu à la Cathédrale Saint-Pierre, aux temples de Saint-Gervais et de la Madeleine, ainsi qu'à l'église catholique du Sacré-cœur. À cette occasion, la plaque commémorative de la Corraterie est inaugurée par le Conseiller d'État Henri Fazy.

Le véritable Cortège commémoratif du troisième centenaire de l'Escalade est repoussé au Lundi de Pentecôte, , pour causes de troubles politiques et de la grève de la CGTE dans la ville. Ce Cortège conduit par le colonel Audeoud rassemblera 1150 participants et 200 chevauxin " Anniversaire de l'Escalade - Année 1931"..

Après des interdictions officielles du Conseil d'État durant les années de guerre entre 1914-1918 et durant l'épidémie de Grippe espagnole, un Cortège est à nouveau organisé en 1919Durant les années de guerre, à place du cortège, ont lieu des conférences sur l'Escalade qui attirent une foule importante. voir Richard Gaudet-Blavignac, "Les Proclamations", Anniversaire de l'Escalade, n°313, décembre 1997. pp.798-823.. Les documents nous apprennent qu'il regroupa 1000 participants et qu'il coûta environ 3000 francs. Cependant, étant donné les difficultés financières générées par l'époque, ce ne sont que de plus modestes réunions qui sont organisées les années suivantes 1920, 1921, 1924 et 1925 — toujours autour de lectures de la proclamation.

Un nouveau nom : la Compagnie de 1602 prend le relai La Compagnie de 1602 telle qu'elle existe actuellement a été fondée le . Le bulletin du nous apprend ainsi que Bulletin de la Compagnie de 1602. 20 novembre 1926, n°1.. vignette|left|Première page du premier bulletin officiel de la Compagnie de 1602. 20 novembre 1926. Le , quelques mois après sa fondation, la Compagnie se compose ainsi: Un comité directeur comptant 7 membres : Gustave Maunoir (président) Frédéric Kursner (vice-président et premier héraut de la Compagnie), Robert Vettiner (secrétaire), Gaston Maurier (trésorier), Louis-J. Courtois (archiviste), Marc Odier (conservateur du matériel) et Pierre Jaccard. Un conseil de direction comptant 14 membres : Louis Roux (président d'honneur (mort en 1930)), Ferdinand Baerlocher, Antoine Bastard, Alfred Blanchet, Auguste Bolle, David Decrue, Guillaume Fatio, Louis Favre, Frédéric Finaz, Charles Gertis, William Keller, Paul-E. Martin, Henri Piguet et Alphonse Romand. Les simples membres — nommés Compagnons — dont font partie par exemple : Gustave Ador, Édouard Elzingre, John Grasset, Alfred Dimier, Louis Blondel (architecte et archéologue cantonal), Edmond Chenevière, Marcel Kursner, Émile Rivoire, Ernest Chaponnière, Maurice Brachard... En tout, c'est donc 56 hommes, mais aussi deux sociétés — la société de gymnastique d'hommes de Genève et Pro Helvetia — qui forment cette nouvelle association.

Les présidents À Gustave Maunoir succèdera Albert-E. Roussy. Puis, dans les années 1950, Fernand Basso sera président de la Compagnie avant de céder sa place à Eugène-Louis Dumont dans les années de 1963 à 1978. Gabriel Schmutz occupera par la suite cette fonction jusqu'au milieu des années 1990. Depuis, six présidents différents se sont succédé, parmi lesquels, pour la première fois, dans les années 2000, une femme, Corinne Gobet-Mahler"Discours de Madame Corinne Gobet-Mahler, présidente de la Compagnie de 1602, le 30 décembre 2002, promenade de la Treille." in http://www.ge.ch/fao/2003/20030106.asp. Les autres présidents furent Christian Colquhoun, Alain Decrausaz, Ivan Rochat et Jean-Paul Vulliéty. Jean-Marc Barberis en est le président actuel depuis 2019.

La transition: 1926-1952 Le Cortège se définit et s'étoffe Au départ, entre 1926 et 1929, faute de moyens, la Compagnie de 1602, tout nouvellement créée, ne peut faire mieux que l'ancien comité : de petits cortèges ont donc encore lieu.

Toutefois, quelques changements arrivent petit à petit. En 1927, le petit cortège prend, pour la première fois, le nom de « Cortège historique de la proclamation », il a lieu le dimanche entre 17h15 et 19h et son itinéraire est publié dans le bulletin.

Deux ans plus tard, en 1929, le Cortège qui débute à 20h15, compte sept proclamations : au Bourg de Four, à la Fontaine de l'Escalade, à Saint-Gervais, à Chantepoulet, au Molard, à la Madeleine et dans la Cour St-Pierre. Pour la première fois, dans la rue de la Tertasse, la plaque Jean Canal (syndic de Genève tué à la Porte de la Tertasse durant l'assaut des Savoyards..), offerte cette même année par la Tribune de Genève pour ses 50 ans, est fleurie. Le Cortège, composé de quelques dizaines de compagnons, comprend, mis à part quelques "escholiers" c'est-à-dire des étudiants, uniquement des groupes armés : le groupe du héraut, les piquiers, les arquebusiers et les argoulets (arquebusiers à cheval.), tous éclairés par des porteurs de torches.

Puis, en 1930, apparaissent pour la première fois un commandant du cortège, un banneret de la Compagnie, un groupe de civils bourgeois, des tambours qui, cependant, devaient faire partie des cortèges depuis longtemps déjà ; en 1934, ce sont les couleuvriniers, les syndics ainsi que les bourgeoises qui font leur apparition ; puis en 1935, les rejoignent Théodore de Bèze, la Mère Royaume sur un âne prêté par le zoo de Genève, le sautier., les conseillers, et les fifres et tambours de la Compagnie. En 1936, c'est le guet qui fait son apparition.

En 1937-1938, les groupes s'étoffent davantage : on compte un groupe composé des héros de l'Escalade ; celui des bourgeoises voit Dame Piaget, Dame Aguiton et Dame Anjorrant défiler aux côtés de la Mère Royaume.