L'Israël antique désigne des populations qui ont vécu dans les territoires actuels d'Israël et de Palestine dont le récit national est donné par la Bible hébraïque. Celle-ci présente les Israélites comme descendants d'une même famille, divisés en douze tribus indépendantes puis fédérés en un royaume unifié qui se scinde ultérieurement.

L'archéologie tend en revanche à situer leur origine aux derniers siècles du , après l'effondrement des grands empires égyptien et hittite dominant le Proche-Orient. Des sociétés sédentaires émergent alors dans les hautes terres situées entre la plaine côtière et le Jourdain, où se développent par la suite des entités politiques qui deviennent de plus en plus complexes, jusqu'à l'apparition de deux royaumes, Israël au nord et Juda au sud, peut-être issus de la scission d'un royaume unique. Ces deux États connaissent ensuite des fortunes diverses. Prospère, organisé autour de sa capitale Samarie, le premier est finalement vaincu et absorbé par les Assyriens en , qui ne parviennent pas à faire subir le même sort au second. Celui-ci, dont la capitale est Jérusalem, est finalement battu et annexé à son tour par l'Empire babylonien en 587 av. J.-C., et une partie de sa population est déportée en Babylonie d'où elle revient plusieurs décennies plus tard durant la domination des Perses achéménides (à partir de 539 ).

La rédaction et la composition de la Bible hébraïque par l'élite intellectuelle judéenne dotent progressivement les survivants et déportés puis leurs descendants d’une identité résistant à leur soumission et leur exil, centrée sur le culte de leur Dieu national et sur leur grand temple reconstruit, situé à Jérusalem. S'ouvre alors la période du Second Temple ( av. J.-C.-70 ap. J.-C.), dont les premiers peuvent être considérés comme marquant la fin de l'époque de l'Israël antique : les coutumes et croyances développées aboutissent finalement à l'élaboration du judaïsme, et ceux qui les suivent sont désignés sous le nom de Juifs. Les populations vivant dans la région de Samarie, les Samaritains, qui se considèrent comme les descendantes du royaume d'Israël, élaborent de leur côté une tradition religieuse proche de celle du judaïsme.

Bien qu'ayant été des royaumes peu puissants qui n'ont pas pesé dans l'histoire politique du Proche-Orient ancien, Israël et Juda ont connu un destin remarquable en étant les lieux d'émergence d'une religion, le judaïsme, et de son livre sacré, la Bible hébraïque, qui ont profondément marqué les civilisations du Moyen-Orient et du monde occidental. Ils ont eu un impact majeur en étant les lieux d'élaboration du monothéisme, autour de leur divinité nationale commune, Yahweh.

La Bible hébraïque a longtemps été jugée fiable pour reconstituer leur histoire. La critique historique qui s'est affirmée depuis la fin du , complétée par les nombreuses découvertes archéologiques réalisées depuis la même époque au Moyen-Orient et plus précisément en Israël et en Cisjordanie, ont abouti à la constitution d'études historiennes de l'Israël antique ne prenant pas le texte biblique à la lettre pour les événements historiques, et cherchant à le replacer dans son contexte d'élaboration et à mettre en avant les buts de ses rédacteurs et compilateurs. Plus largement, la découverte de nouveaux textes et de sites archéologiques a permis d'analyser de manière plus approfondie la civilisation de l'Israël antique, en particulier sa religion, mais également son organisation sociale et économique.

L'histoire de l'Israël antique est généralement marquée par des débats importants et insolubles qui font qu'il est impossible d'en présenter une vision unifiée. Ces oppositions reposent essentiellement sur l'approche de la fiabilité historique des textes bibliques, et confrontent schématiquement ceux qui conservent le plus d'éléments de cette documentation et ceux qui les remettent en cause. Si les historiens et archéologues considèrent pour la plupart qu'il leur est impossible d'étudier les textes relatifs aux origines des Israélites (Genèse, Exode) comme reflétant des événements historiques vérifiables, ils débattent surtout de la fiabilité des récits d'événements de la période de la monarchie unifiée de David et Salomon et de celle des royaumes d'Israël et de Juda. La religion de l'Israël antique est un autre objet d'étude majeur, en particulier la problématique de l'émergence du monothéisme.

vignette|redresse=2.5 |Chronologie des principales périodes de l'histoire de l'Israël antique.

Sources La documentation servant à reconstituer l'histoire et la civilisation de l'Israël antique est dominée par les différents livres de la Bible hébraïque. L'histoire de leur rédaction est très complexe, difficile à identifier et donc très débattue. Le fait que ce texte soit un livre sacré pour plus de deux milliards de personnes de nos jours soumet à des pressions et difficultés son étude, ce qui se retrouve jusque dans le champ de la recherche scientifique. L'apport des sources annexes, issues des découvertes archéologiques, est devenu essentiel pour traiter de l'Israël antique : monuments, objets divers, et en particulier les sources épigraphiques antiques provenant de diverses régions du Proche-Orient ancien et dont l'interprétation connaît des pressions et difficultés similaires.

Les textes bibliques

Composition La Bible hébraïque (ou Tanakh) est un ensemble composite de textes de natures différentes, compilés entre le Les plus anciens manuscrits, qui datent très probablement de la fin du , sont le Proto-Isaïe (cf. ) et le livre d'Osée (cf. ). et le , dont la canonisation se déroule en plusieurs étapes à partir du . Elle se décline en plusieurs éditions, dont une traduction en grec (la Septante) qui ne s'achève pas avant le début de l'ère chrétiennePour une présentation du texte biblique, voir notamment P. Gibert, La Bible : Le Livre, les livres, coll. « Découvertes Gallimard/Religions » (), Paris : Éditions Gallimard, 2000 et ..

La Bible hébraïque est divisée en trois grandes parties, et se présente encore sous cette forme de nos jours : la « Loi » (Torah), constituée elle-même de cinq livres, d'où son autre nom Pentateuque (« cinq coffres (à livre) » en grec) : le Livre de la Genèse relate les origines du monde, de l'homme, le début de l'Alliance entre Dieu et le peuple descendant d'Abraham, les Hébreux, jusqu'à son installation en Égypte, le Livre de l'Exode relate l’esclavage des Hébreux en Égypte et leur sortie sous la conduite de Moïse, figure fondatrice du Livre qui reçoit directement ses ordres du Dieu unique ; c’est au cours de la traversée du désert qui suit l’exode qu’Israël reçoit l’essentiel de sa Loi (dont les Dix commandements), le Lévitique est principalement consacré aux lois du culte par les prêtres de Dieu, le Livre des Nombres évoque les dernières années passées par le peuple hébreu dans le désert et leurs préparatifs avant l’arrivée en Terre promise ; il contient lui aussi des prescriptions réglementaires, le Deutéronome (« seconde Loi ») contient les derniers sermons et discours de Moïse, qui récapitule les lois et événements des trois Livres précédents avant sa mort ; les « Livres des Prophètes » (Nevi'im) sont traditionnellement divisés en « Premiers prophètes » (qui comprennent les livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois) et « Seconds prophètes » (qui vont du Livre d’Isaïe au Livre de Malachie). Les Premiers prophètes, qui relatent les faits ayant eu lieu entre l'arrivée en Terre promise et la prise de Jérusalem par Babylone, s'approchent d'une chronique historique ; les seconds sont des recueils de prophéties à proprement parler, contemporains des faits décrits dans les Premiers prophètes et prophétisant la fin de l'exil à Babylone ; les « Écrits » (Ketouvim) sont un ensemble composite de textes dits « poétiques » (Livre des Psaumes, Livre des Proverbes, Livre de Job), liturgiques (les « Cinq Rouleaux » : Cantique des cantiques, Livre de Ruth, Lamentations, Ecclésiaste, Livre d'Esther) et historiques (Livre de Daniel, Livre d'Esdras, de Néhémie et Livres des Chroniques).

Datation Les dates de rédaction de ces textes ne font pas l'unanimité dans les milieux biblistes pour une présentation détaillée de ces questions. Voir aussi les différentes contributions réunies dans .. La recherche ne retient plus désormais l'hypothèse documentaire qui proposait quatre sources à la Torah (document jahviste J, document élohiste E, document deutéronomiste D et document sacerdotal P) mais en a conservé les fondements idéologiques (la composition d’une histoire nationale à des fins politiques) et le principe de plusieurs remaniements et plusieurs couches d'écritures par des auteurs ou des écoles différentes, révélant les préoccupations de diverses périodes et tendances (l'approche « historico-critique »). Dans ces milieux, les discussions portent notamment sur l'« histoire deutéronomiste », à savoir une unicité de rédaction des livres allant du Deutéronome au Second Livre des Rois qui présenteraient une même volonté d'expliquer le déclin et la chute d'Israël comme une sanction divine ; cependant, même parmi ceux qui reprennent cette idée, la date de rédaction voire la possibilité de deux périodes de rédaction font débatA. de Pury, T. Römer et J.-D. Macchi (dir.), Israël construit son histoire : l'historiographie deutéronomiste à la lumière des recherches récentes, Genève, 1996. Le courant « sacerdotal », issu du milieu des prêtres du Temple de Jérusalem de l'époque post-exilique, est également vu comme important pour la rédaction de la Torah, en particulier les différentes lois mettant en avant la singularité des Judéens/Juifs. Un problème majeur pour l'étude de ces textes reste aussi le fait que même si on accepte une certaine unicité de rédaction, ils reposent manifestement sur des sources antérieures qui sont inconnues et ne peuvent donc qu'être supposées avec une marge d'incertitude. Ainsi, il est souvent proposé que certaines parties des récits « historiques » des Livres des Rois reposent sur des textes plus anciens (comme des chroniques), peut-être contemporains des faits qu'ils décrivent, qui auraient été repris au moment de rédiger ce texte puis plus ou moins remaniés pour faire passer le message théologique dominant du texte (notamment si on accepte l'idée d'un courant deutéronomiste) G. N. Knoppers, « », dans ; B. Halpern et A. Lemaire, « The Composition of Kings », ; A. R. Millard, « Books and Writing in Kings », dans .