La seigneurie de Carpi (signoria di Carpi, ou signoria dei Pio en italien) était une seigneurie souveraine de l'Italie médiévale et de la Renaissance, qui exista entre 1336 et 1527.
Histoire Les origines de la seigneurie de Carpi thumb|left|upright|Le Palais des Pio, résidence des seigneurs de Carpi. Au début du , Carpi dépendait du marquisat de Modène.
Modène était depuis 1311 entre les mains des Gibelins. Francesco Pico della Mirandola avait été nommé cette année-là vicaire impérial de la ville. Il fut battu et capturé à Baggiovara le par les Bolonais, alliés des Guelfes de Modène exilés. La faction gibeline de la ville s’empressa alors de désigner le suivant Rinaldo (dit Passerino) Bonacolsi, vicaire impérial de Mantoue, comme seigneur de la cité pour éviter que les Guelfes reprennent le pouvoir.
Francesco Pico ayant finalement été libéré, des dissensions apparurent au sein du camp gibelin entre Francesco Pico lui-même et le nouveau seigneur de Modène, Passerino Bonacolsi. Francesco et son fils Prendiparte Pico finirent par chasser de Modène Bonacolsi le . Francesco recouvra le pouvoir sur la cité, mais sans le titre de vicaire impérial. C’est à l’occasion de cet évènement qu’apparaît Manfredo Pio, qui appartenait à une ancienne famille gibeline de la ville. Il est mentionné comme ayant aidé les Pico della Mirandola à chasser le vicaire de Mantoue.
Cependant, il se retourna rapidement contre les Pico et prit le parti de Bonacolsi. En mai 1319, il s’empara avec son cousin Guido Pio et avec des membres de la famille Papazzoni de la cité de Carpi qui était dirigée par un certain Zaccaria Tosabecchi, fidèle des Pico, qui fut fait prisonnier. En septembre de cette même année, Francesco Pico della Mirandola mit le siège devant les murs de la cité pour la récupérer. Le siège dura trois semaines mais Manfredo reçut le soutien de Giberto, seigneur de Correggio qui était à la tête de nombreuses troupes de Bologne et de Romagne. Le siège échoua et Manfredo conserva Carpi.
Profitant de l’absence de Francesco Pico qui menait ce siège à Carpi, Passerino Bonacolsi s’empara à nouveau du pouvoir à Modène à la fin de cette année 1319. Reniant ses engagements de paix, il fit arrêter Francesco et ses deux fils Tommasino et Prendiparte le . Il les enferma dans la forteresse du château de Modène et les y laissa mourir de faimSelon les chroniques, Francesco Pico della Mirandola mourut de faim dans le château de Modène après avoir dévoré la chair de ses propres fils.. Cette même année 1321, Manfredo Pio rendit Carpi à Bonacolsi.
En juin 1327, Passerino Bonacolsi perdit définitivement Modène, chassé par la population de la ville. Il retourna à MantoueOù il sera assassiné le 16 août 1328 par Louis de Gonzague et ses fils.. L’année suivante Manfredo Pio s’empara du pouvoir. Lui et son cousin Guido furent nommés vicaires impériaux à Modène par l’empereur Louis de Bavière le .
Le , Manfredo remporta une victoire à Formigine contre une armée guelfe et fit prisonnier le général de cette armée, Bertrando del Balzo. Cette même année 1330, le roi Jean de Bohême descendit en Italie. Manfredo se rendit à Brescia pour lui rendre hommage. De retour à Modène, il le fit proclamer seigneur de la ville par le Conseil général. Cependant, Jean de Bohême suivit en Italie le parti du Pape et des Guelfes. Manfredo et Guido Pio, confirmés par l’empereur Louis IV comme vicaires impériaux à Modène avec des privilèges élargis, reprirent la lutte contre les Guelfes. Manfredo vainquit le à San Felice une armée commandée par Giovanni da Camposampiero et Charles de Bohême, fils du roi Jean.
Mais en 1335, Modène et Carpi furent assiégées par Rinaldo d’Este, de l’ancienne Maison des marquis de Modène, qui entendait recouvrer son héritage, et ses alliés Alberto II della Scala, coseigneur de Vérone, et Guy de Gonzague, fils du seigneur de Mantoue Louis de Gonzague. Devant une telle coalition, et craignant un soulèvement populaire, Manfredo Pio signa le un accord dans le château de Vérone. Il cédait Modène à Obizzo et Niccolò d’Este. En échange, il reçut 28000 florins et il lui fut reconnu, pour lui et ses descendants, la propriété de la seigneurie de Carpi, qui fut ainsi détachée du marquisat de Modène. Manfredo remit les insignes de la cité de Modène à Obizzo d’Este dans cette ville en mai suivant. Son cousin Guido reçut la seigneurie de San Felice mais mourut presqu’aussitôt sans héritier () et cette seigneurie fit retour aux Este.
Deux siècles d'indépendance Manfredo thumb|upright|L'église de La Sagra et son campanile. Le sarcophage de marbre dans lequel repose Manfredo Pio se trouve dans cette église. thumb|upright|Sarcophage de marbre de Manfredo Pio, par Sibellino da Caprara, église de La Sagra, Carpi, 1351. Durant les deux siècles d’existence de la seigneurie de Carpi en tant qu’entité politique souveraine, les Pio participèrent aux intrigues et conflits qui se déroulèrent dans cette région de l’Italie.
À partir de 1336, Manfredo fit de longs séjours à la cour des Scaliger de Vérone, ses nouveaux alliés. En 1344, alors qu’il raccompagnait à Modène Obizzo d’Este, qui venait de prendre possession de la seigneurie de Parme, il fut fait prisonnier par Filippo de Gonzague, vicaire impérial de Reggio, qui redoutait d’être enclavé dans les vastes possessions des Este. Il fut rapidement libéré.
Manfredo mourut à Carpi le . Il fut inhumé dans l’église Matrice, appelée aujourd’hui Santa Maria in Castello, ou encore La Sagra. Il repose dans un sarcophage en marbre réalisé en 1351 par Sibellino da Caprara, qui existe toujours.
Manfredo avait épousé Fiandrina, ou Franchina, fille d’un certain Gandolfo de’ BrocchiCe mariage a eu lieu au plus tard le 27 juillet 1332, date à laquelle Fiandrina testa dans un acte.. De cette union, il avait eu une fille, Agnese, et un fils, Galasso, qui lui succéda dans la seigneurie de Carpi.
Galasso Au début de sa seigneurie, Galasso Pio continua à suivre la politique d’alliance avec les Este qu’avait menée son père. En 1352, il fut créé chevalier par le marquis Obizzo III d'Este, en même temps que Lanfranco Rangoni et Ugolino da Savignano. Mais en 1354, lorsque les Visconti engagèrent une guerre contre Feltrino de Gonzague, seigneur de Reggio, il suivit leur parti. Et lorsque les Este, tout comme d’ailleurs les da Carrara, seigneurs de Padoue, les della Scala, seigneurs de Vérone, ainsi que les Vénitiens, soutinrent Feltrino de Gonzague, il se rebella ouvertement contre eux et confirma son alliance avec les Visconti. Il confia la garde de Carpi à son oncle Bernardino Pio. Ses troupes joignirent celles des Milanais, commandées par Francesco Castracani et Albizzo degli Ubaldini, alors que ceux-ci entreprenaient le siège de Campogalliano, aux environs de Modène, place défendue par Aldobrandino Rangoni. Ce siège échoua. Les troupes milanaises occupèrent alors divers châteaux et désolèrent la campagne environnante. Les Este déclarèrent Galasso rebelle. La coalition guelfe ravagea la seigneurie de Carpi.
Galasso vécut alors en exil. En 1355, Matteo II Visconti le choisit comme cocapitaine du Peuple de Bologne avec Giovanni da Oleggio. Matteo Visconti n’avait aucune confiance en ce dernier et comptait sur Galasso pour le surveiller. Mais en avril, Giovanni da Oleggio s’empara de la seigneurie de Bologne et Galasso dut quitter la ville et se réfugier dans le château de Lugo. Par la suite, il continua à servir militairement les Visconti. En juin 1357, il pénétra dans le territoire de Modène à la tête de 2000 cavaliers et de multiples hommes à pied et fit de nombreux dommages. Il rencontra une résistance significative à Marsaglia, puis dévasta le territoire de Sassuolo où il détruisit les récoltes. En juillet, il arriva à Calcara par la route de Piumazzo et mit en difficulté Giovanni da Oleggio. Mais il dut diviser son armée en deux et envoyer la moitié de celle-ci en soutien dans sa seigneurie de Carpi, attaquée par des troupes des marquis d'Este. Carpi sera à nouveau attaquée en janvier 1358.
En juin 1358, la paix entre les Visconti et les Este fut conclue à Milan. En septembre, Galasso se rendit à Ferrare pour confirmer cette paix, dans le palais d'Aldobrandino III d'Este, où était présent notamment Giberto da Correggio. À cette occasion, il rendit aux Este le château de Campogalliano qu’il avait fini par occuper pendant la guerre. En échange, on lui rendit sa seigneurie de Carpi et on lui reconnut les droits qui avaient été concédés à son père. On lui reconnut également le droit de construire une tour sur le fleuve Secchia et de creuser un canal depuis ce fleuve pour arroser Carpi. Afin de garantir la bonne exécution de ce traité de paix, il dut laisser deux de ses fils comme otages auprès d'AldobrandinoOn ne sait lesquels parmi ses six fils furent concernés.. Cette concorde dura peu de temps. Les hostilités reprirent entre les Visconti et leurs ennemis. Galasso prit à nouveau le parti des Milanais et réoccupa Campogalliano en 1361. Défait militairement près de Solara en avril 1363, il finit par s'associer à la nouvelle paix conclue en septembre de cette même année.
Galasso mourut le . Il laissa à la cité de Carpi ses premiers statuts. De son mariage en 1311 avec Beatrice da Correggio, fille d’Alberto, comte de Correggio et veuve d’Alboino della Scala, seigneur de Vérone, il eut sept enfantsJacopo, podestat de Milan en 1373, capitaine du Peuple de Bergame en 1380 ; Taddeo, peut-être chanoine de Modène en 1378; Lodovico, conservateur de Sienne en 1359 et 1362 ; Orsolina, qui épousa Giberto, comte de Correggio ; Giberto et Marsiglio, coseigneurs de Carpi; et enfin Antonio.. Seuls deux d’entre eux, Giberto et Marsiglio, héritèrent de la seigneurie de Carpi. On ignore pourquoi les autres fils furent exclus de cette succession.
Giberto et Marsiglio Du vivant de leur père, les deux nouveaux seigneurs de Carpi avaient suivi la même alliance milanaise. Giberto avait servi en 1363 dans l’armée de Bernabò Visconti et Marsiglio avait exercé en 1364 la fonction de podestat de Bergame, ville sous domination milanaise.
Les deux frères participèrent en 1370 à la tentative de Bernabò Visconti de s’emparer de Reggio. La paix fut signée l’année suivante mais le conflit repris dès 1372. C’est à cette date que des dissensions apparurent entre Giberto et Marsiglio. Ce dernier ne continua pas, contrairement à son frère, l’alliance avec les Visconti. En 1374, il se réconcilia avec les Este et les Guelfes. Cette même année, pour le récompenser, les marquis Niccolò et Alberto d’Este l’investirent des fiefs de Limiti, Cortile, San Tommaso et San Zenone della Lama. Ils précisèrent que ces fiefs appartiendraient également à Giberto si celui-ci se réconciliait avec eux. Dans le même temps, ils envoyèrent des troupes pour assiéger Carpi (juin). En novembre, après un long siège de plusieurs mois, Giberto fut contraint d'abandonner l’alliance avec les Visconti. Il promit à son tour d’être fidèle aux Este, en leur faisant même allégeance pour le château de Carpi et pour celui de Novi, ce dernier ayant été concédé aux Pio en 1373 par l’évêque de Reggio contre 50 florins d’or annuels. En 1375, la paix avec les Gibelins fut signée. Marsiglio se rendit en janvier à Bologne où, en son nom et en celui de son frère, il déclara son allégeance à l’Église de Rome et à la Maison d'Este et s’obligea, lui et sa famille, à les défendre de leurs ennemis.
Si les deux frères menèrent désormais chacun une politique pro-guelfes, leurs discordes personnelles redoublèrent. Elles durèrent jusqu’à la fin de l’année 1383, date à laquelle ils signèrent une déclaration d’amitié devant le marquis Niccolò II d’Este. Marsiglio mourut l’année suivante. Il ne laissait qu’un fils naturel, Nolfo. Giberto resta donc le seul maître de la seigneurie de Carpi, ainsi que des fiefs relevant du marquisat de Modène concédés par les Este.