L’Adoro te devote est une poésie chrétienne (rhythmus dans le manuscrit) dont on attribue en général la composition à Thomas d'Aquin. Si l'on peut considérer que l'usage fut, à l'origine, personnel, c'est un chef-d'œuvre du Moyen Âge, qui exprime le mystère de l'union avec Dieu dans l'Eucharistie.
Le texte latin français(I) Adoro te devote, latens Deitas, quæ sub his figuris vere latitas : tibi se cor meum totum subjicit, quia te contemplans totum deficit.
(II) Visus, tactus, gustus in te fallitur, sed auditu solo tuto creditur ; credo quidquid dixit Dei Fílius : nil hoc verbo veritatis verius.
(III) In cruce latebat sola Deitas, At hic latet simul et humanitas: Ambo tamen credens atque confitens, Peto quod petivit latro pœnitens.
(IV) Plagas, sicut Thomas, non intueor, Deum tamen meum te confiteor. Fac me tibi semper magis credere, In te spem habere, te diligere.
(V) O memoriale mortis Domini ! Panis vivus, vitam præstans homini ! Præsta meæ menti de te vivere, Et te illi semper dulce sapere.
(VI) Pie pellicane, Jesu Domine, Me immundum munda tuo sanguine, Cujus una stilla salvum faceret, Totum mundum quit ab omni scelere.
(VII) Jesu, quem velatum nunc aspicio, Oro fiat illud, quod tam sitio ; Ut, te revelata cernens facie, Visu sim beatus tuæ gloriæ. Amen Site de l'Académie de chant grégorien .Je t'adore dévotement, Dieu cachéQui sous ces apparences vraiment prends corps,À Toi, mon cœur tout entier se soumetParce qu'à te contempler, tout entier il s'abandonne.
La vue, le goût, le toucher, en toi font ici défaut,Mais t'écouter seulement fonde la certitude de foi.Je crois tout ce qu'a dit le Fils de Dieu.Il n'est rien de plus vrai que cette Parole de vérité.
Sur la Croix, se cachait ta seule divinité,Mais ici, en même temps, se cache aussi ton humanité.Toutes les deux, cependant, je les crois et les confesse,Je demande ce qu'a demandé le larron pénitent.
Tes plaies, tel Thomas, moi je ne les vois pas,Mon Dieu, cependant, Tu es, je le confesse,Fais que, toujours davantage, en toi je crois,Je place mon espérance, je t'aime.
O mémorial de la mort du Seigneur,Pain vivant qui procure la vie à l'homme,Procure à mon esprit de ne vivre que de toiEt de toujours savourer ta douceur.
Pieux pélican, Jésus mon Seigneur,Moi qui suis impur, purifie-moi par ton SangDont une seule goutte aurait suffi à sauverLe monde entier de toute faute.
Jésus, que sous un voile, à présent, je regardeJe t'en prie, que se réalise ce dont j'ai tant soif,Te contempler, la face dévoilée,Que je sois bienheureux, à la vue de ta Gloire. AmenSite de l'ordre d'Ursulines . L'édition critique, qui présente quelques variantes mineures, fut établie par Robert Wielockx (1998), et se trouve dans J.-P. Torrell, Recherches thomasiennes, Vrin, 2000, p. 368.
1. Je T'adore agenouillé(e), Ta divinité, qui sous ces figures vraiment est voilée: mon cœur se soumet à Toi, en Te contemplant, grâce à Ta présence dans ce sacrement. 2. La vue, le toucher, le goût se méprennent en Toi, seule l'ouïe est fiable, pour trouver la foi. Je crois Ta parole, c'est la vérité, car Tu es le Fils de Dieu et rien n'est plus vrai. 3. Sur la croix était cachée Ta divinité, mais ici se cache aussi Ton humanité. Toutes les deux en croyant et en confessant, je Te supplie comme le larron pénitent. 4. Tes plaies, comme Thomas, je ne les vois pas, je confesse cependant, Seigneur, Dieu, c'est Toi! Fais moi davantage croire en Toi, toujours! En Toi est mon seul salut, ma foi, mon amour. 5. O mémorial d'amour, Sacrifice de Dieu, Pain vivant pour l'homme, Pain du haut des cieux. Que mon âme vive, de Toi, mon Sauveur, et qu'elle savoure toujours Ta douceur. 6. Jésus toi, mon Seigneur, le pieux pélican, purifie en moi l'impur, par Ton précieux Sang, dont la moindre goutte suffit à sauver, de toutes les fautes, notre monde entier. 7. Jésus, sous un voile je Te vois ici, que Tu réalises mon vœu je t'en prie: Que je voie Ta gloire révélée enfin, le bonheur de cette vue est mon seul destin !
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Caractéristique de texte Denis Sureau résume le caractère de cette poésie chrétienne : . C'est pourquoi l'auteur sélectionna cette forme littéraire.
La composition en sept strophes est expliquée par Dom Eugene Vandeur de l'abbaye de Maredsous, dont Denis Sureau cite le texte : Livre Adoro te, Éditions Desclée de Brouwer 1939. Il s'agit donc d'une composition par excellence, de la main d'un auteur de qualité.
Historique Origine Parmi les écritures de saint Thomas d'Aquin, l'attribution de l'Adoro te devote était souvent doutée ou contestée.
En fait, l'usage des textes de Thomas d'Aquin dans le rite romain ne fut établi, en dépit des confirmations et recommandations de plusieurs papes, qu'au , notamment après celles de Sixte IV († 1484), et surtout c'était le cas de la séquence Lauda Sion destinée à la Fête-Dieu. D'où il existe une difficulté considérable à identifier l'auteur par les manuscrits. Faute d'autographes de ce Docteur de l'Église, cet attachement était effectué avec la tradition textuelle et littéraire des manuscrits ainsi que la comparaison avec les doctrines présentées dans ses œuvres théologiques. Dans ce contexte, en 1929, Dom Henri-Marie-André Wilmalt ayant étudié en détail ce poème ne donna pas sa conclusion. L'année suivante, Auguste Gaudel insista que la pensée de l'auteur de lAdoro te dans la deuxième strophe Visus, tactus était étrange de celle que Thomas d'Aquin présentait dans la Somme théologique Tertia pars.
Contrairement à ce que Wilmalt et Gaudel pensaient, Jean-Pierre Torell, spécialiste de Thomas d'Aquin, considère de nos jours que ce Dominicain est tout à fait l'auteur : Le texte complet se trouve dans la quatrième version de l’Ystoria sacti Thome (Histoire de saint Thomas) de Guillaume Tocco, plus critique. Il s'agit de la première biographie de ce théologien. À la différence des hymnes de ce Docteur de l'Église, ce poème était mentionné dans un manuscrit du qui présentait que cette prière était prononcée par frère Thomas sur son lit de mort. Un poème de Jacopone da Todi, daté entre 1280 et 1294, contient des mêmes vocabulaires de la prière de l’Adoro te, selon lequel on peut considérer comme paraphrase. L'expression particulière une seule goutte (strophe VI) se trouve dans d'autres œuvres de ce Docteur. Henk J. M. Schoot précisa encore, en 2016, que la plupart des 51 manuscrits les plus anciens mentionnaient le nom de Thomas d'Aquin ainsi qu'aucun document ne présentait autre nom comme auteurp. 69, note n° 4. Ces manuscrits étaient très souvent liés aux Dominicains et/ou à NaplesÉditions Canterbury Press (À Naples où saint Thomas était étudiant, naquit sa première vocation dominicaine ; il priait beaucoup à la chapelle Saint-Nicola de Naples jusqu'à la fin de sa vieBenoît XVI, audience générale du 2 juin 2010 ). Le théologien remarquait aussi que le texte exprime la transsubstantiation et non transformationp. 70, note n° 5. Le dogme de cette transsubstantiation avait été déterminé, pour la première fois, par le quatrième concile du Latran, tenu sous le pontificat d'Innocent III en 1215. La composition par Thomas d'Aquin avec ce dogme reste, donc chronologiquement, raisonnable. D'après Schoot, il est probable que l’Adoro te devote était, à l'origine, la prière personnelle de ce Docteur de l'Église. D'ailleurs dans un dictionnaire, la composition est supposée vers 1260 à Paris, lorsque Thomas d'Aquin se consacrait aux études de l'eucharistie. Ce point de vue, théologie de Thomas sur l'eucharistie qui est présentée dans l’Adoro te, est soutenu par plusieurs chercheurs, depuis l'étude de Martin Grabmann.
En admettant que la Commission léonine ait décidé de supprimer cette pièce dans son édition critique en préparation, mais sans présenter sa raison, les avis des théologiens de nos jours préfèrent Thomas d'Aquin, dit doctor eucharisticusp. 68, note n° 2, comme auteur. D'ailleurs, il n'est pas facile à trouver un autre personnage qui était capable de satisfaire la qualité de cette œuvre et la circonstance. D'où en 2016, le théologien Henk Schoot lui aussi conclut qu'il est quasiment certainement l'auteur. La Bibliothèque nationale de France garde sa détermination semblable : « Attribué à : Thomas d'AquinData Bnf . »
Encore faut-il restaurer le texte, si celui qui reste en usage est le texte critique de Dom André Wilmart. En effet, les syllabes et accents du premier verset manquent de cohérence avec d'autresp. 68, note n° 1Paul Hammond, Milton's Complex Words, p. 334, Oxford University Press 2017 . Comme il est peu probable que Thomas d'Aquin ait commis ce type d'erreur, Schoot propose le verset Te devote laudo, latens veritas, en tant que strophe restauré. Car, une modification de texte aurait été effectuée tardivement, après le trépas de Thomas d'Aquin.
Adoro te Domine en tant que prière de l'Adoration de la Croix Il faut remarquer qu'avant que ce texte ne soit composé, la prière Adoro te existait déjà, avec de nombreuses variations, par exemple Adoro te domine Iesu Christe in cruce ascendentem, note n° 6Simon Keynes, Anglo-Saxon England, tome XXVI, p. 123, Cambridge University Press 1998 . L'origine remonte à l'époque carolingienne, au . Son usage était réservé, selon ce texte, à l'Adoration de la Croix, à savoir du Christ crucifié, et notamment au Vendredi saint. À partir du , cette prière pour la Croix était intégrée à celle de l'élévation, c'est-à-dire l'utilisation devint commune. Aussi, sous influence de l’Adoro te Domine, l'usage de l’Adoro te devote pour l'adoration fut-il établi.
À la Renaissance La trace de cette poésie restait, au , très faible. Jean-Pierre Torrell ne comptait en 2015 que seuls trois manuscrits. Il fallait attendre le siècle suivant de sorte qu'elle soit diffusée.
À partir de la fin du , l'usage de l'hymne fut diversifié dans la célébration alors qu'auparavant, l’Ave verum corpus était en multiusage. L’Adoro te devote entra de plus en plus dans le répertoire, et, avec lO salutaris Hostia, la Panis angelicus et d'autres, était utilisée tant pour la prière de dévotion que pour l'élévationWarren Drake (éd.), Ottaviano Petrucci, Motetti de Passione, de Cruce, de Sacramento, de Beata Virgine, p. 19 - 21, 2002 . Aussi l'usage pour le Saint-Sacrement devint-il habituel jusqu'aujourd'hui.
Après la Contre-Réforme À la suite du concile de Trente, l'Église catholique fit réformer sa liturgie. Dans le Missel romain, publié en 1570 sous le pontificat de Pie V, lequel était le premier dans son histoire, l'hymne Adoro te devote fut ajoutée. Jamais officielle dans la messe auparavant, elle se plaça, en tant que prière de célébrant, à la fin du Missel pour l'action de grâceMichael J. Ortiz, Like the First Morning : The Morning Offering as a Daily Renewal, p. 75, 2015 Synopsis Ritus Romanus de 1962 (issu de 1570) et de 1969, Orationes, Gratiarum actio post Missam p. 6 de 12 p. 78, note n° 15 ; Schoot n'est pas d'accord pour cette attribution, car selon lui, la prière était recitée lors de Viaticum dans quelques manuscrits les plus anciens.. Si la tradition disait que Pie V lui-même fit insérer cette hymne, on ne sait pas quel document précisait cette attribution. Ce qui reste probable est que la Contre-Réforme fit retrouver et favoriser cette hymne oubliée. En 1872, William Edward Scudamore écrivit qu'il n'avait trouvé aucun missel, publié avant 1570, et qui contenait lAdoro te devoteWilliam Edward Scudamore, Notitia Eucharistica, p. 839, note n° 1, 1872 . Cela confirme l'approbation formelle par le Saint-Siège.
Composition musicale