Obizzo III d'Este (1294-1352) est un condottiere italien du appartenant à la maison d'Este. Son père ayant organisé, après son éviction de Ferrare, la réconciliation des différentes composantes de la famille, celle-ci est en mesure de reprendre collégialement le contrôle de la cité, Obizzo partageant alors le pouvoir avec deux de ses frères et deux de ses cousins. Une fois ceux-ci disparus, il assume seul la conduite de la famille et de l'action politique de la maison d'Este, alors devenue, par l'action militaire et par la voie diplomatique, une des plus puissantes de l'Italie du Nord.

Jeunesse et accession au pouvoir Obizzo III d'Este naît le de l'union du marquis Aldobrandino II, frère d'Azzo VIII d'Este (Azzone)Alors seigneur de Ferrare, Modène et Reggio. et de Alda di Tobia Rangoni, issue de la noblesse de Modène.

Des héritages contestés Alors qu'il est encore adolescent, son père, qui a passé une grande partie de sa vie en révolte ouverte contre les factions qui ont chassé la maison d'Este de Ferrare, décide de l'émanciper, ainsi que son frère aînéRinaldo, deuxième du nom., lui faisant don d'une partie importante de son patrimoine.

Le testament de son grand-père Obizzo II (daté du ) reconnaissait pour héritiers les trois fils qu'il avait eu avec Iacopina Fieschi, sa première épouse, mais également ceux à naître de sa relation avec Costanza, fille d'Alberto Della Scala, ouvrant ainsi le champ à une violente guerre de succession, que ce soit pour sa fortune que pour son héritage politique.

Il semblait aux observateurs qu'Azzo VIII (Azzone), l'aîné, était destiné à hériter de Ferrare ; Aldobrandino II, de Modène, où il avait des liens familiaux ; Francesco, de Reggio, la plus récente des conquêtes de la famille.

Cependant, quand Obizzo II décède brutalement, le , les autorités municipales élisent Azzone à la tête de Ferrare, suivies de peu par celles de Modène et Reggio. Si Francesco se résigne à cette situation, Aldobrandino décide de combattre par les armes ce qui lui apparaît comme une injustice. Avec ses alliés padouans et véronais, il mène contre Azzo une guerre intermittente qui ne cesse réellement qu'une quinzaine d'années plus tard, à la mort de celui-ci ( - ). Le défunt ne laisse pas de descendance. Le , alors que la succession paraît s'être simplifiée, les autorités municipales, s'inspirant du testament du défunt, élisent pour « dominus generalis » Fresco d'Este, le plus âgé des bâtards d'Azzone, en qualité de régent du jeune Folco, son fils.

Aldobrandino II et Francesco, à nouveau floués, cherchent alors à recourir contre cette décision, puis prennent contact avec des alliés potentiels pour faire valoir leurs droits. Mais à la fin du mois de février, Aldobrandino finit par renoncer officiellement, émancipe ses fils et se retire en exil à Bologne.

De concert avec son frère Rinaldo et son oncle Francesco, Obizzo III mène alors, jusqu'à l'automne 1308, des actions militaires contre Fresco. Quand celui-ci, en , accepte la tutelle de Venise, tous trois se rangent contre lui sous la bannière du pape et finissent, aidés par la peste qui décime les troupes vénitiennes, par chasser Fresco et Folco de Ferrare.

Le sort de la fortune familiale peut alors être régléEntre février et août 1311.. Elle concerne une multitude de biens situés dans la région de Padoue, dans le Ferrarais et le Polésine de Rovigo. Dans les seules juridictions d'Este, de Soleso et de Montagnana, la maison d'Este possède alors de domaines cultivables, sans compter les vallées, les marais, les bois, les voies navigables, les forteresses et les châteaux, ainsi que les droits seigneuriaux et les juridictions.

À l'été 1312, Aldobrandino est détenu quelques semaines à Ferrare, après la mort brutale de son frère Francesco (), tué par la milice municipale, alors qu'il complotait probablement, peut-être de concert avec son frère, pour s'emparer de la ville. Obizzo doit alors affronter, avec son père et ses frères (Rinaldo II e Nicolas I), ses cousins Azzo (IX) et Bertoldo.

Mariage, alliances et prises de Ferrare En , dans le cadre d'une union arrangée de longue date par son père depuis son exil bolognais, Obizzo épouse Giovanna, fille de Romeo Pepoli, guelfe de premier plan et acteur économique et politique central de la vie municipale bolognaise et, au-delà, de la plaine du Pô. Le mariage marque le retour de la maison d'Este et de son patrimoine réunifié au premier rang de la vie politique du nord de la péninsule. Sont alors posées les bases qui vont permettre à Obizzo et à sa parentèle de revenir à Ferrare. Alors que la famille accueille la promise à Rovigo, la maison d'Este complote déjà pour prendre le pouvoir à Ferrare, alors incarné par un vicaire du roi de NaplesRobert d'Anjou. auquel le pape a confié le gouvernement de la ville.

Le , leurs partisans s'emparent de Ferrare et, tandis que les Angevins s'enferment dans le castel Tedaldo, les appellent à venir de Rovigo en prendre possession. C'est ainsi qu'Obizzo, Rinaldo et leur cousin Azzo IX, réconciliés, font leur entrée à Ferrare. Tandis qu'Obizzo se précipite à Bologne pour éviter que la ville n'intervienne en faveur des assiégés, Rinaldo et Azzo parviennent à négocier la reddition de l'ennemi, s'emparent du château auquel ils mettent le feu, après avoir trahi leur parole et massacré la garnison ().

Seigneurie collégiale Ayant rejoint ses parents à Ferrare, Obizzo négocie avec eux la suite des événements : le , Obizzo, ses frères Rinaldo et Nicolas, et leurs cousins Azzo et Bertoldo sont élus conjointement par peuple « domini dicte civitatis Ferrarie et districtus sine aliqua contradictione ». Leur nomination, entérinée par les conseils municipaux, marque la réunification de la maison d'Este pour les trente-cinq années suivantes (1317-1352).

Cette collégialité est modifiée en 1318 par la mort — sans héritier — d'Azzo IX, qui augmente le poids de la lignée issue d'Aldobrandino au détriment de celle issue de Francesco. Il semble en effet que Rinaldo et ObizzoEt dans une moindre mesure leur cadet Nicolas. aient tenu le devant de la scène, tandis qu'Azzo et Bertoldo apparaissent beaucoup plus rarement dans les archives publiques.

Quant à ce qui revient à Obizzo et à Rinaldo, entre, le au , date de la mort de ce dernier, l'action publique des deux frères est indissociable. C'est le cas quand ils soulèvent les forces guelfes contre le pape, alors que celui-ci, en réaction à leur rétablissement, les excommunie, les accuse d'hérésie et jette l'interdit sur Ferrare.

Partisans de l'Empire Obizzo est impliqué dans les activités diplomatiques et militaires multiples de la maison d'Este : rapprochement avec Cangrande Della Scala, siège et assaut d'Argenta (1321), adhésion à la ligue offensive et défensive formée par le vicaire impérial représentant de Louis IV de Bavière, puis à la grande ligue gibeline (1324) qui s'oppose à la politique de Jean XXII et le voit, au mois de juin, se porter aux côtés de Cangrande contre Padoue.

À l'automne, en échange de leurs bons et loyaux services, les d'EsteA l'exclusion de Bertoldo. se voient confirmer par l'Empereur leurs droits sur leurs domaines. Ils rentrent en possession d'Argenta, puis de Comacchio. Au printemps 1325, ils dévastent les possessions de Bologne, passée du côté du pape, se saisissant des places fortes de Floriano et de Sassuolo.

En septembre, Alisia, sœur d'Obizzo, épouse Rainaldo Bonacolsi, renforçant les liens entre la maison d'Este, Mantoue et Modène. Le même mois, la mère d'Obizzo décède, suivie de peu dans la tombe par son époux Alobrandino. Avant de trépasser, ce dernier a pu parachever son œuvre de réunification de la maison d'Este en arrachant à l'évêque de Catane toute une série de possessions de famille situées dans les juridictions de Padoue, Ferrare et Rovigo.

En 1326, le parti guelfe reprenant de la vigueur après une série de reculs, Obizzo commande les renforts envoyés à Azzone Visconti et à Rainaldo Bonacolsi. Pour protéger le Ferrarais, il fait bâtir la stellata de Sant'Alberto sur le Pô de Primaro.

En il est à Trente pour entendre Louis de Bavière déclarer le pape Jean XXII illégitime et hérétique. Quand les troupes impériales franchissent les Alpes pour appuyer ces anathèmes, les d'Este se mettent à la disposition de l'Empereur. Ils reçoivent en retour les châteaux d'Argenta et de Sant'Alberto (1327) ainsi que le titre de vicaires impériaux à Ferrare (1328).

La même année, inquiets des bouleversements provoqués par l'intervention de l'Empereur, ils entament des négociations avec la Papauté, envoyant des émissaires à Avignon pour examiner avec Jean XXII les conditions d'un rapprochement. Le , le pape absout Obizzo et ses frères et, le , lève l'interdit sur Ferrare. Le , contre le versement annuel de florins d'or, ils reçoivent le mandat de vicaires apostoliques sur Ferrare pour une durée de dix ans. Ils ont maintenant le droit d'y nommer les chanoines et bénéficient, puisqu'ils ont tourné le dos à l'Empereur, de mesures annulant celles prises contre eux par Louis de Bavière.

En 1330, à la demande du légat du pape et à la poursuite de leurs propres intérêts, les d'Este s'emparent de Finale et de Massa Finalese, d'où Guido et Manfredo Pio, vicaires impériaux de Modène, partaient régulièrement pour dévaster les possessions papales et les environs de Bologne. Ils y sont confirmés pour une durée de dix ans par le Saint-Siège.

Contre Jean de Bohème et Bertrand du Pouget, légat du pape

L'expansionnisme des Della Scala ayant attiré en Italie Jean de Luxembourg, roi de Bohème, celui-ci se porte au secours de Brescia et progresse rapidement dans la plaine du Pô. Quand il se rapproche du légat du papeConférences de Castelfranco Modenese et de Piumazzo, 16-17 avril 1331. et de l'empereur Louis IV, la maison d'Este, tout en restant en de bons termes avec le Saint-Père, entre en opposition avec l'activisme du légat du pape, Bertrand du Pouget.

En , Jean XXII, pour apaiser les tensions, demande à ce dernier de céder pour dix ans la forteresse de Finale Modenese à la maison d'Este. Le , cette dernière constitue, avec les Della Scala (Vérone) et les Feltrino (Mantoue), une ligue offensive et défensive. Ils prennent aussi attache avec Venise, avec laquelle ils signent une entente amicale. Tout en défiant le légat allié au roi de Bohème, les d'Este conservent leurs relations cordiales avec le Saint-Père. Le , ils sont confirmés dans leurs fonctions de vicaires apostoliques pour le territoire et la cité de Ferrare.

Le , à Vérone, les grands seigneurs du nord de l'ItalieRinaldo III d'Este (Ferrare), Mastino Della Scala (Vérone), Luigi Gonzaga (Mantoue), Azzone Visconti (Milan), Tornielli (Novare), Rusca (Como). constituent une alliance militaire pour défendre leurs domaines et détruire les seigneuries instituées en Italie par le roi de Bohème et par Bertrand du Pouget. Dès le mois de , Obizzo est sous les murs de Brescia. En août, il participe aux négociations pour admettre Florence dans la ligue.

Alors que le conflit se durcit et s'étend, Bertrand du Pouget envahit les domaines de la famille d'Este, bat Nicolas à Consandolo (Argenta)6 février 1333., marche sur Ferrare et y met le siège. Le , Obizzo participe à la défense de Ferrare et à la sortie qui rompt le siège et met en déroute le légat et son allié de Bohème. Les Este profitent de leur avantage pour passer à l'offensive dans l'est de l'Émilie. Ils défont les troupes du légat à Argenta () et y mettent le siège. Vers la mi-août, le prince Charles de Bohème quitte l'Italie. En septembre, les villes de Romagne se rebellent contre la tutelle du légat. Enfin, à la mi-octobre, le roi Jean quitte la péninsule.