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Larsenal de Roanne est un ensemble industriel militaire français, situé à Roanne dans la Loire. Créé en 1917 dans le contexte de la Première Guerre mondiale, il est aujourd'hui en majorité démantelé. Il constitue pourtant encore un élément structurant de la région roannaise, et un quartier des villes de Roanne et Mably.
Genèse thumb|Albert Thomas, ministre de l'armement, décide la construction de l'arsenal. Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, le , le sous-secrétaire d'État à l'armement, Albert Thomas, décide de procéder à la construction d'un arsenal sur le territoire des communes de Roanne et Mably, sur la base d'un rapport préalable établi par Raphaël Milliès-Lacroix. L'objectif est d'augmenter la capacité de production en obus et canons de gros calibre. La décision, annoncée aux maires de Roanne et de Mably, ainsi qu'à ceux des communes avoisinantes, le , ne fait pas l'unanimité, du fait des contraintes qu'elle opère sur les municipalités : les terrains deviennent domaine de l'État, et ceux-ci doivent être viabilisés aux frais des communes - égouts, rues, abattoirs, tramway, écoles, police… Le projet initial était d'environ . Il restera dans les années 1950 une sorte de ville dans la ville, sur ..
Choix de Roanne Le choix de l'emplacement est stratégique. La zone est relativement éloignée du front, mais elle est bien desservie par la voie fluviale (sans pour autant que le terrain soit inondable) et par le réseau ferroviaire du PLM. Mis en ligne le . Cite Barras, Histoire de l'Arsenal de Roanne…., et le bassin roannais se trouve non loin du bassin houiller stéphanois.
Problèmes de financement Le budget initial de l'opération n'est pas défini, et Albert Thomas ne prend ni décret ni la peine d'alerter la commission des finances lors de l'annonce de la construction de l'arsenal. Les travaux sont lancés à toute allure, mais le financement ne suit pas. Les frais engendrés par cette négligence d'Hugoniot sont si importants qu'un budget complémentaire de de francs est alloué le , et Albert Thomas affirmait alors que l'État devait rentrer dans ses investissements dans l'année, après des achats de terrains .. Actes notariés et matrice cadastrale de Mably..
Histoire La construction Les différents bâtiments La conception des bâtiments est confiée aux ingénieurs de l'État, dirigés par Émile Hugoniot..
Le projet initial comportait cinq grands bâtiments, alignés sur un axe nord-sud. Les énormes halles, d'un plan rectangulaire de sur , faisaient quelque chacune, .
L'appel d'offres de travaux attribue la construction des ateliers 1 et 2 au nord à l'entreprise Piketty, et les ateliers 3, 4 et 5 à l'entreprise Boussiron. Piketty réalise le bâtiment 2 et Boussiron les bâtiments 3 et 4, qui sont appelés respectivement Marne, Verdun et Somme, soit d'ateliers. Les bâtiments sont majoritairement réalisés en utilisant le procédé du béton armé Hennebique pour Verdun et Somme, et également la technique de la charpente métallique sur pilier béton pour Marne.
Les cités Dans le même temps, plusieurs cités ouvrières et camps sont construits à proximité de l'arsenal, afin de loger la main-d'œuvre travaillant à la construction de l'arsenal et à la production industrielle. . En les cités Mably sont encore en constructionPhotos datées et légendées d'époque.. Plus de travaillent à la construction des ateliers, sans compter les ouvriers attachés à la fabrication de munitions. des deux cités, "Roanne" et "Mably", conçues selon un plan grandiose, , travailleurs chinois et prisonniers de guerre allemands, Photos de groupe légendées. sont logés dans de rustiques baraquements de bois.
Selon le plan projeté, les cités "Roanne" et "Mably" répètent deux modèles de maisons, soit à rez-de-chaussée, soit à un étage. Par exemple, la cité "Mably" regroupe , comptant pour . Pour les célibataires, les bâtiments de la "cité du Colombier" et de la "cité des Essarts" sont constitués de chambres simples, mais spacieuses. .
La cité est initialement alimentée en eau de la Loire à partir d'une station de pompage située au pont d'Aiguilly (). L'eau est décantée, traitée . De nombreux puits publics sont également forés, et des fontaines sont disposées un peu partout dans les cités.
alt=Plan du réseau de tramway de Roanne en 1928|vignette|Plan du réseau de tramway de Roanne en 1928
Une ligne de tramway de de long est construite, reliant l'entrée de l'arsenal à la Gare de Roanne. Le , le conseil municipal de Roanne examine la demande du directeur de l’arsenal en date du pour la prolongation de la ligne du tramway St-Clair (faubourg Clermont) cimetière, jusqu’à l’arsenal.
En , monsieur Maroger, ingénieur des ponts et chaussées et directeur de la construction (et non de la production) de l'arsenal de Roanne, adresse au maire de Roanne une lettre, dans laquelle il écrit : « Je serais très désireux de donner à divers ouvrages, bâtiments et rues de l'Arsenal le nom de Roannais morts pour la France […] placés par ordre de préférence, les noms d'officiers ou de soldat originaires de Roanne, mort pour la France et cités à l'ordre ou les noms des familles les plus cruellement éprouvées[…] ». La liste sera trop importante et la direction de l'arsenal prendra la décision de nommer les rues avec des lieux de bataille où les Français ont emporté une victoire. Ces noms correspondent à des faits de guerre de 1915, en France, en Belgique ou en Extrême-Orient.
La main-d'œuvre La construction est réalisée en partie par une main-d'œuvre hétéroclite. D'abord les locaux (femmes et sursitaires), puis des prisonniers de guerre, puis des "volontaires" étrangers, notamment des travailleurs chinois. La commission dirigée par Georges Truptil en fait ainsi employer environ à Roanne. Programme d’études 2006-2008 Histoire et mémoires des immigrations en régions. Groupement de Maîtrise d'ouvrage de l'appel d'offres entre l'ACSÉ et l'université Lyon 2..
L'arrivée de tous ces travailleurs et l'organisation parfois erratique des travaux et des mises en marche d'ateliers ont été la cause d'un fort ressentiment dans la population roannaise, comme Claude-Joseph Gignoux le démontre dans sa thèse de doctorat de 1920. Le coût de production ne deviendra compétitif avec les prix du privé qu'en milieu d'année 1918.. Le manque de surveillance des ateliers et les salaires trop élevés sont également pointés du doigt, expliquant le manque de rentabilité de cette voulue par Albert Thomas. Les errements de ce contre-exemple économique seront en partie à l'origine de la fin de sa carrière politique, et le sujet d'études publiques, ordonnées par son successeur, le ministre Louis Loucheur, pour améliorer le financement des investissements de la défense nationale.
Les autres installations
En plus des ateliers et des cités, l'arsenal inclut diverses dépendances et des équipements permettant son bon fonctionnement. Une importante centrale thermique Un tramway et ligne de chemin de fer Une station de pompage Un port fluvial sur le Canal de Roanne à Digoin vers Bonvert, avec ses propres ponts roulantsUne photo de ces ouvrages, aujourd'hui disparus, sur projetbabel.org. Page consultée le 2 juin 2012..
Ces installations évoluent avec les besoins de la structure et les accidents de parcours : . Seulement neuf travées de la partie ouest de Verdun subsisteront alors, où prennent place la cantine, le service du personnel, la mécanographie puis le début du service informatique et du stockage. . Les bassins de décantation seront partiellement transformés en piscine à la fin des années 1950 et sont encore utilisés aujourd'hui. En 1952, début de la construction d'une piste d'essais de (plus de en comptant les voies de raccordement). Elle est située au nord-ouest de l'établissement et est bordé, de nos jours, par la route de Bonvert, la rue de la Maison du Passeur et l'allée centrale, jusqu'à l'ancienne entrée de l'arsenal appelée, à l'époque, porte 9. Elle comporte un tout-terrain de plus de , deux rampes de franchissement à 40 et 60 %, un pas de tir pour petit calibre (jusqu'au 12.7) et pour gros calibre (jusqu'au ) est aménagé dans le périmètre de cette piste. Au milieu des années 1990 débute la construction d'un nouveau bâtiment destiné à abriter toutes les fonctions administratives et support de l'établissement. Structure moderne de deux étages comportant bureaux et ateliers, il est nommé "Horizon".
Évolution des dénominations
Le nouvel arsenal prend pour nom de code ARE, pour Arsenal de RoannEEn cohérence avec les autres ateliers de l'État, par exemple l'AMX, pour les Ateliers de construction d'Issy-les-Moulineaux.Les plaques d'égout des cités de l'arsenal, fabriquées par la fonderie de l'arsenal entre 1918 et 1920, portent la mention "ARE". Certaines sont encore visibles en 2012., dès sa création en 1917. Par la suite, le sigle ARE est conservé, mais le nom complet est changé, devenant Atelier de Construction de Roanne. . Une lettre, signée du directeur, en date du porte déjà la mention "Atelier de construction de Roanne"Cette lettre signée du directeur le colonel Experton traite d'un droit de passage. (collection privée).. En 1992, l'atelier Marne, le plus au nord, spécialisé dans la construction des véhicules blindés dont le char Leclerc, est renommé pour l'occasion "Bâtiment Leclerc" par Pierre Chiquet, PDG de GIAT industrie à cette époque.
L'activité Première Guerre mondiale Du souhait d'Hugoniot, l'organisation du travail devait reprendre les principes fordistes. Hugoniot avait en effet convaincu Albert Thomas que la productivité devait s'en trouver améliorée, là où il n'avait pas réussi à convaincre André Citroën, qui devait le premier construire cet arsenal. Centre de recherche sur la culture technique, Neuilly-sur-Seine.. Par cette approche originale, le projet est accusé d'être collectiviste.
André Citroën obtint en un marché de plus d’un million d'obus de 75 à fabriquer dans une usine à créer. L'État verse une avance en espèces de de francs et des avances allant jusqu'à pour l'achat de nouvelles machines. L'objectif de production est atteint en été 1915. Il n'est pas question alors de l'Arsenal de Roanne. L'usine du quai de Javel naissaitSylvie Schweitzer, Des engrenages à la chaîne : les usines Citroën 1915-1935, Presses Universitaires de Lyon, 1982, 204.Collectif, 1914-1918 : L'autre Front, Éditions de l’Atelier, 1989 .Archives du Service historique de la Défense à Vincennes, site officiel.. Les objectifs de production avaient été fixés à et quatre canons de gros calibre par jour. Le projet d'y produire de la fonte aciérée est lui abandonné. À l'armistice de 1918, l'arsenal n'a pas atteint son objectif de production car il est encore en construction, tout comme ses cités.
La production débute dans les hangars Col, avant que l'ensemble du projet n'aboutisse, les bâtiments étaient encore en soumission. En , l'arsenal est en proie à une grève du personnel féminin. On chante L'Internationale. Les femmes crient : « À bas la guerre ! Rendez-nous nos maris ! », « Vive les soldats ! À bas leurs chefs ! ». Au moment de la Seconde bataille de la Marne (), sur l'invitation de Louis Loucheur, qui remplace Albert Thomas à la tête du ministère de l'armement, André Citroën prend très brièvement la tête d'un atelier de l'arsenal pour produire des munitions. Citroën arrive le , pour repartir dès l'armisticeClaude-Joseph Gignoux. 1920. L'Arsenal de Roanne et l'état industriel de guerre. Mémoire de thèse non publié. Voir le document au fonds documentaire de l'université Lyon 3 , p. 55, consulté le 5 janvier 2013.. Le directeur de l'Arsenal était alors le Colonel RouyerListe des directeurs (collection privée)..