Le slackline (de l'anglais « ligne molle ») ou slack est une pratique sportive s'apparentant au funambulisme, mais utilisant une sangle élastique en polyester non stabilisée et n'ayant pas recours à des accessoires de type balancier. La sangle utilisée, appelée « slack », est tendue entre deux ancrages (tels qu'arbres, poteaux, points d'ancrage d'escalade…) à l'aide d'un système facilitant sa mise en tension (cliquet, mouflage sur corde avec poulies ou mouflage autobloquant sur la sangle elle-même). Cette facilitation permet la pratique en milieu naturel ou urbain, voire en intérieur. Cette pratique a joué un rôle significatif dans l'essor de la slackline, encourageant le « slackeur » à adapter la discipline selon ses préférences et l'environnement disponible (highline, waterline, rodeoline…).
La nature élastique et dynamique de la slackline invite à y progresser en équilibre, mais aussi à y réaliser des figures utilisant parfois le rebond, ce qui la rapproche d'un trampoline long et étroit. Ce sport est lié aux pratiques de l'escalade, des sports de glisse, du funambulisme au cirque, ou de certains agrès de gymnastique comme le trampoline ou la poutre. Il peut aussi être utilisé comme moyen de concentration.
Histoire La pratique aurait été initiée dans un contexte de rassemblement et de ludisme : des grimpeurs du Camp 4 de Yosemite, qui ont l'habitude de se retrouver sous la forme de dans les années 1960-1970, transforment leur jeu d'équilibre en traversée entre deux points d'ancrage, utilisant des restes de cordes et sangles qu'ils fixent entre deux arbres à proximité du sol. La pratique devient ensuite un objet spécifique à partir des années 1980 lorsque les grimpeurs Adam Grosowsky et Jeff Ellington remplacent les cordes utilisées par des sangles tubulaires, . Si l'équilibre sur sangle est une pratique récente, elle s'insère néanmoins dans une très longue histoire d'équilibre sur corde, existant au moins depuis l'antiquité romaine.
La pratique ne semble avoir que faiblement essaimé au cours des années 1980 et 1990, essentiellement dans les pays anglo-saxons (Yosémite, Royaume-Uni) et les milieux proches de l'escalade. En 2007, elle connaît un essor, grâce notamment aux progrès techniques et au développement de fabricants et de distributeurs spécialisés dans les slacklines et le matériel associé.. En effet, la même année, Robert et Jan Kaeding développent le premier kit simplifié de slackline en Allemagne et fondent la première entreprise spécialisée, Gibbon Slacklines. La marque s'est concentré sur le développement d'une communauté de pratiquants à travers l'organisation d'évènements et de compétitions.
Le développement d'internet a également joué dans la popularisation du slackline à travers la publication de vidéos sur YouTube, l'échange de conseils sur des forums ou sur les réseaux sociaux. Entre 2008 et 2013, le nombre de pratiquants a plus que triplé aux États-Unis. Sa pratique connaît par ailleurs une forte expansion en France à partir de 2014, comme en témoignent les ventes de kits de slackline.
Pratique et vocabulaire La diversification de la pratique, ainsi que les progrès technologiques, conduisent certains à distinguer plusieurs sports au sein de la discipline tant les hauteurs, longueurs et tensions de slacklines sont variables.
Le terme de shortline (« short » pour « court » en anglais) est parfois utilisé pour définir la pratique la plus accessible et la plus connue du grand public : évoluer en équilibre sur une sangle de longueur limitée (jusqu'à environ), souvent près du sol (de 30 à environ), ce qui est idéal pour les débutants. Elle se pratique généralement sur une sangle plate de cinq centimètres de large..
Le terme blindline (de blind qui signifie « aveugle » en anglais) désigne parfois la pratique du slackline en aveugle. Ce n'est pas une discipline à part entière telle que le highline ou le waterline mais plutôt un défi qui peut être pratiqué sur tout type de ligne, et qui demande beaucoup de maîtrise, la vision étant importante dans la gestion de l'équilibre.
Plusieurs autres termes existent pour désigner par exemple le fait de faire du yoga sur une slackline (Yoga Slackline) ou le fait de faire du slackline avec du mobilier urbain (Urbanline).
Jumpline / trickline / freestyle vignette|Un sur une . Le (de l'anglais , qui signifie « saut »), ou , est une discipline dans laquelle on utilise une sangle courte à fort pouvoir de renvoi et proche du sol, afin de réaliser des figures acrobatiques. Ces figures ne sont pas impossibles sur des lignes plus hautes ou plus longues, mais elles sont beaucoup plus dangereuses en hauteur. Les pratiquants utilisent des sangles élastiques afin de réaliser des sauts plus puissants et des réceptions en douceur.
Les figures se divisent en deux types :
les figures statiques comme le dropknee, le grand écart ou le simple fait de rester assis, qui sont des figures lentes ou immobiles ; les figures dynamiques dans lesquelles le pratiquant saute, pivote, rebondit sur les fesses et peut même effectuer des saltos.
Le premier athlète qui réalise une figure peut l'annoncer comme « » à la commission du Sport de l'Association Internationale de Slackline, qui vérifie que cette figure n'a pas déjà été réalisée et la valide..
Longline vignette|Longline dans un parc à Bienne. La sangle qui pend permet d'attraper la ligne une fois celle-ci dans sa position de base.|gauche Cette pratique s'intéresse à la traversée de distances plus longues, souvent de slackline de plus de 30 mètres de long.
L'installation de longlines exigent beaucoup plus de temps, de connaissances et d'investissement qu'une slackline classique, et nécessite notamment du matériel spécifique : poulies, mousquetons en acier solide et une grande quantité de sangles.
Le premier record officiel de longline est établi en 2005 par Heinz Zak par la traversée d'une longline de 100 mètres de long. Les progrès technologiques sur les sangles ont progressivement permis de tendre des slacklines de plusieurs centaines de mètres. Ainsi, le record est détenu à partir de 2021 par Lucas Giovanni Moreira, avec une longueur de 713 mètres de long.
Highline vignette|redresse=1.2|Highline sur le Niederhorn. Les mainlines sont tendues tandis que les backups pendent en dessous
Cette pratique s'intéresse à la traversée de sangles tendues en hauteur (jusqu'à plusieurs centaines de mètres). On parle de highline à partir de l'instant où une chute entraînerait des blessures ou la mort. Les pratiquants portent un harnais d'escalade pour leur protection, relié à une corde de sécurité appelée leash. Cette pratique est réservée aux experts du slackline, en effet, la mise en place des ancrages est particulièrement complexe.
Deux sangles sont utilisées afin de garantir la sécurité du marcheur, une sur laquelle évolue le marcheur, la mainline, et une sangle de secours, suspendue sous la première en cas de rupture de celle-ci. La pratique de la highline fait un lien direct avec celles de l'escalade et de l'alpinisme, par la recherche de lieux adaptés, situés la plupart du temps en montagne, souvent à proximité des lieux d'escalade..
Le record mondial est partagé par 8 athlètes en en Auvergne ( de long) : Augustin Moinat, Arthur Lefèbvre, Tania Monier, Benoit Brume, Mia Noblet, Mattis Reisner, Joseph Premoselli et Julien Roux..
Waterline vignette|gauche|Waterline au dessus de la rivière Sulm. La pratique du waterline (de l'anglais water qui signifie « eau ») s'effectue en tendant une slackline au-dessus d'un cours ou d'une étendue d'eau. vignette|Des waterlines tendues et deux slackliners en train de marcher. Elle est aussi un bon entraînement à la highline car des contraintes supplémentaires apparaissent : les repères visuels sont en effet mouvants et il est impossible de prendre appui au sol pour les départs. Ainsi, il est préférable pour le pratiquant de s'être entraîné au départ assis, souvent appelé (du nom de son inventeur.)
Si les chutes dans l'eau semblent moins dangereuses que celles sur la terre ferme, il faut prendre toutefois en compte le risque de blessure si l'oreille frappe l'eau de manière perpendiculaire, ce qui entraîne une surpression contre le tympan..
Spaceline gauche|vignette|Une spaceline particulièrement exposée en Suisse (cf. longline et highline) Une spaceline résulte de la connexion d'au-moins trois slacklines entre elles, allant jusqu'à former un réseau pouvant dépasser dix slacklines..
Rodéoline alt=|vignette|Une rodéo line La pratique du rodéoline, ou rodéo, est inspirée de la pratique du funambulisme sur corde molle. Il s'agit de marcher sur une slackline détendue, dont la flèche peut varier de un à plusieurs mètres, et dont la longueur ne dépasse généralement pas .
Entraînement à l'équilibre avec une slackline Initialement, la slackline était utilisée pour entraîner son équilibre à l'escalade mais elle peut également être utilisée pour améliorer ses performances dans d'autres sports : le swing d'un golfeur ; des snowboarders professionnels ainsi que l'équipe américaine de ski utilisent des slacklines afin d'améliorer leur mémoire musculaire et leur temps de réaction ; pour l'équilibre des patineurs, surfeurs ou des pratiquants d'arts martiaux.
Matériel
Sangles
vignette|left|Détail d'une slackline en polyester de type Dragon.
Appelée aussi ligne, ou tout simplement slackline ou slack, la sangle est l'élément principal dans la pratique de la slackline. De nombreux types de sangle existent, faisant varier la masse linéique, l'élasticité, la résistance à la rupture… en fonction des dimensions, des formes, ainsi que de la matière et du type de tressage utilisés dans la fabrication de la sangle.
Deux largeurs de sangles sont fréquemment rencontrées : les sangles de et celles de . Les sangles de sont généralement utilisées pour la pratique débutante et celle de la jumpline par souci de confort d'abord, mais aussi du fait des tensions importantes qu'elles peuvent absorber pour sauter.
La masse linéique des slacklines peut être très variable, allant de à environ..
vignette|Schéma de fonctionnement d'un système de blocage de sangle de type banana.
Pour éviter de réduire la résistance à la rupture de la sangle, il est déconseillé de la bloquer par un système de nœuds. Différents mécanismes de blocage de sangle ont été conçus pour la pratique de la slackline. Le linelock est un maillon métallique qui, associé à un nœud simple de la sangle la bloque pour pouvoir la fixer au système de tension. Le banana, qui tire son nom de sa forme incurvée, bloque la sangle dans un sens mais pas dans l'autre, ce qui permet à l'utilisateur d'ajuster la longueur de la sangle utilisable (voir schéma ci-contre). Enfin, le line-grip est un système mécanique plus complexe composé de mâchoires et destiné à bloquer la sangle lors de la tension, avant d'être relayé par un mécanisme de blocage autre tel qu'un banana.
Systèmes de tension La tension soumise à une slackline peut devenir très importante en fonction de la pratique exercée, et c'est ainsi que les systèmes de tension se sont adaptés aux pratiques de plus en plus extrêmes (en longline et jumpline notamment). Ainsi, une longline de avec une flèche de pour un slackeur d'une masse de au milieu de la sangle, est tendue de sorte que la force de traction à chaque ancrage s'élève à environ , soit . Cependant, ce calcul considère une situation complètement statique, et ne prend en compte ni les mouvements du slackeur, ni même des sauts ou une chute en highline (ce qui est appelé leashfall).
Cliquet vignette|Système de tendeur avec un cliquet.