L'équitation italienne de la Renaissance est à l'origine de l'équitation européenne de la Renaissance et de l'équitation classique. Sous l'influence des écuyers italiens, les pratiques équestres sont bouleversées en profondeur, pour donner naissance à l'équitation moderne. Une des marques de cette prédominance est l'importance des termes d'origine italienne dans le vocabulaire équestre, comme passage qui vient de ou qui est une expression italienne, comme le souligna Salomon de La Broue, qui travailla six années à Naples avec Gianbatista Pignatelli, dans son ouvrage Des préceptes du Cavalerice françois. Historique

Dès l'époque classique, les colonies grecques installées au sud de l'Italie, notamment en Sicile et dans la région de Naples, sont connues pour la qualité des chevaux qui y sont montés et attelés. La tradition de l'élevage dans le sud de l'Italie date de l'époque romaine quand Rome se fournissait en remonte dans la fertile Campanie, le Molise et les Pouilles. Les Romains introduisent massivement du « sang étranger » pour améliorer les races locales. Les apports étrangers continuèrent avec les invasions barbares, la conquête des Normands et l'importation de chevaux d'Orient par les armées rentrant des croisades.

Le royaume de Naples, carrefour de plusieurs traditions, passé sous le contrôle des Byzantins après la chute de l'Empire romain d'Occident, conserva cet héritage de la Grèce antique. Avec la multiplication des échanges commerciaux, les races locales s'améliorèrent, notamment avec le passage des armées de croisés revenant par mer de la Palestine et du Liban. Ils en ramenèrent aussi des techniques de monte et de chasse empruntées au monde arabe.

La pratique de la chasse amena l'élevage des chevaux à s’accroître, notamment sous l'influence de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, roi de Naples et de Sicile (1194-1250). Celui-ci écrivit le premier traité connu de fauconnerie. Disciple de l'école de Salerne, il participa avec son écuyer Jourdanus Ruffus à l'écriture d'un traité de soins aux chevaux.. Son règne correspond à une période de prospérité économique pendant laquelle dans la Capitanata, au nord des Pouilles, la quantité et la qualité des chevaux connurent un véritable essor à la suite d'interventions clairvoyantes et systématiques de l'empereur au début du . Des fermes royales furent implantées dans les plaines et zones humides du nord-est des Pouilles, à partir des souches provenant de l'héritage équin des colonies arabes de Sicile. À la Renaissance, le cheval n'est pas seulement une arme de guerre ou un moyen de transport, il devient une nouvelle forme d'expression artistique fondée sur la grâce et l'élégance de l'animal. La nécessité de monter à cheval se transforme en art équestre.

Pendant la domination espagnole et aragonaise, les , les haras, des Pouilles et de Calabre étaient dirigés directement par l'administration royale à travers une structure qui les gérait au niveau technique et économique. Celle-ci, qui possédait sa propre juridiction, était placée sous la responsabilité du Premier Cavalier du Royaume, poste honorifique donné à un noble de haut rang, les fonctions réelles étant exercées par le lieutenant. Chacun des deux grands haras avait des pâtures, des écuries ainsi qu'une équipe de gardiens et de spécialistes chargée d'assurer la sécurité, la santé et les soins aux animaux, placée sous la responsabilité d'un gouverneur désigné par le Vice-roi qui avait des pouvoirs judiciaires étendus.

L'équitation qui s'était toujours transmise oralement passe dans le domaine de l'écrit. Elle se rationalise pour devenir un art véritable au . Le jeune noble apprend à monter dans les manèges et les académies sous la direction de maîtres célèbres. Ces derniers transmettent leurs savoirs et leur art à travers des documents écrits..

Les chevaux élevés dans la péninsule bénéficient d'une très bonne réputation et rivalisent avec les chevaux ibériques dans les écuries des princes et des rois.

Les jeunes nobles viennent de l'Europe entière en Italie pour y apprendre le métier des armes et les usages de cour, bien que le voyage soit long, coûteux et parfois dangereux. La pratique de l'équitation devient alors le principe organisateur de l'institution académique italienne. C'est, dans les villes de Naples et de Ferrare, qu'apparurent les premières académies équestres de renom. Gianbatista Pignatelli, élève de Cesare Fiaschi, issu d'une noble famille napolitaine, fonde une académie à Naples.. Sa notoriété est telle qu'on y vient de l'Europe entière. Il eut comme élèves les écuyers français Salomon de La Broue et Antoine de Pluvinel..

Au , l'école d'équitation italienne subit la concurrence des écoles française et allemande qui sont fortement encouragées par leurs monarques pour des raisons de prestige culturel. Elle continuera toutefois à produire des travaux de grand intérêt.

Naissance de l'art équestre à Naples

Origines byzantines Le développement de l'art équestre à Naples découlerait d'une influence byzantine. Vers 1134, des cavaliers venus de l'hippodrome de Constantinople, auraient fondé une école d'équitation dans la ville. Il est établi qu'à la chute de Constantinople en 1453, plusieurs cavaliers byzantins arrivent à Naples où ils enseignent leur art.

Période Angevine Les Angevins qui occupent Naples au , attachent une importance particulière à l'élevage équin. Charles d'Anjou ordonne que les éleveurs séparent les plus belles juments et les meilleurs étalons des autres chevaux afin que leur progéniture, remarquable par sa noblesse et sa beauté, soit réservée aux princes et aux grands du royaume. À partir du , de nouveaux spectacles équestres voient le jour en plus des tournois qui ont perduré pendant tout le Moyen Âge. Boccace mentionne les somptueuses fêtes équestres organisées à tout propos, que ce soit pour les naissances, mariages, fiançailles des princes, les fêtes religieuses ou encore les visites de personnages illustres.

Période Aragonaise Une grande fête a lieu le pour célébrer le triomphe d'Alphonse qui devient roi de Naples. La procession débute à la porte du Marché où un arc de triomphe est érigé pour se terminer au Castel Nuovo. En 1452, pour la visite de l'empereur Frédéric III qui vient en Italie pour se faire couronner par le pape Nicolas V et se marier avec Aliénor de Portugal, les fêtes, qui durent dix jours, incluent des joutes et des ballets équestres qui se déroulent dans un amphithéâtre en bois spécialement construit dans le château royal.. Une chronique anonyme intitulée décrit le rôle majeur des cavaliers et des jeux équestres lors de cette célébration. Les jeux équestres sont précédés par « la plus belle des cavalcades de coursiers préparés et entraînés à tout, jusqu'à l'exercice le plus rapide », suivis par autres chevaux, berbères, turcs, grecques et genets, eux-mêmes suivis par provenant des écuries d'Alphonse , dont les juments et les étalons espagnols d'une rare beauté. Cette chronique rapporte , et que .

Sous les règnes de Ferdinand I et d'Alphonse II, respectivement fils et petit-fils d'Alphonse , Naples devient le centre de la culture équestre, où les joutes et les parades accompagnent chaque célébration civile ou religieuse. la famille royale participe aux cavalcades à travers les rues de la ville et montre une véritable affectation envers ses fameux coursiers. La passion de Ferdinand pour les chevaux est telle qu'il fait frapper en 1472 une pièce de cuivre pour le royaume de Naples et de Sicile appelée (« cheval »). Le portrait du roi figure sur l'avers et sur le revers, un cheval marchant en élevant l'antérieur droit.

La joute équestre à laquelle participent Alphonse V et son fils Ferdinand sur la Piazza dell'Immacolata lors des fêtes de 1452 est une joute d'origine ibérique nommée lors de laquelle les cavaliers doivent frapper une planche avec une lance ou un javelot. Le en est une variante dans laquelle les joueurs sont divisés en équipes qui se battent avec des lances émoussées, les équipes se poursuivant en lançant des roseaux avec des pointes collantes qui se fichent sur l'armure adverse, ou en lançant de petites boules d'argile. Ces deux jeux équestres introduits en Italie par Alphonse V font l'objet de diverses transformations et deviennent très populaires.

La passion des Aragonais pour l'équitation napolitaine est évoquée par Pasquale Caracciolo dans son traité publié en 1566. Federico Grisone souligne l'importance qu'attachent les Aragonais à leur cavalerie ainsi que la splendeur de leurs haras..

Vice-royauté espagnole

Au se développent les ballets et les jeux équestres. Les tournois y sont remplacés par des simulacres de combats et de batailles. Les joutes perduraient mais sont plus contrôlées. C'est dans ce contexte qu'un nouvel art équestre se développe, entièrement orienté vers la beauté du geste. Les techniques employées ont pour but d'aboutir à la perfection de l'effet esthétique. Les seigneurs de haut rang ne se référent plus qu'à la haute école qui devient partie intégrante du quotidien, les promenades en ville sont l'occasion pour les aristocrates de montrer leurs talents de cavaliers. Elles obéissent à des règles bien précises. Les cavaliers doivent chevaucher par deux au « botte à botte », seuls les princes peuvent précéder leur accompagnateur ou chevaucher seuls. Les cavaliers peuvent exécuter en solo des sauts d'école en l'honneur d'une dame, mais uniquement face à elle, après l'avoir saluée en ôtant le chapeau. Celui qui poursuit les exercices après le départ de la dame se ridiculise.

Une cavalcade remarquable a lieu en 1559 pour la visite de François de Guise, Grand Prieur de l'Ordre de Malte et Général français des galères, accompagné par son frère le Cardinal de Guise. Ils sont reçus avec tous les honneurs par le vice-roi Pedro Afán de Ribera. Une multitude de nobles espagnols et napolitains les accueillent au port où le vice-roi dépêche pour les recevoir de nombreux chevaux Napolitains, Berbères, Espagnols et d'autres races, tous plus beaux les uns que les autres, avec leurs caparaçons richement décorés d'or et d'argent. Le Grand Prieur monte un superbe cheval espagnol dont le vice-roi lui fait cadeau. Sur le chemin du palais, il montre ses qualités équestres en exécutant une série de courbettes qui fait l'admiration des présents. Brantôme qui rapporte la scène écrit .

Les Espagnols importent à Naples l'équitation « à la genêt » et le genêt d'Espagne concurrent du cheval napolitain. À cette époque, en Espagne et au Portugal, l'aristocratie pratique déjà dans les tournois des combats contre le taureau, , nécessitant une équitation basée sur la vélocité et la maniabilité du cheval.. Pierre Alvarez de Tolède, grand amateur de corridas auxquelles il participe en personne les encourage. À l'époque elles se répandent dans tout l'Italie. L'une d'entre-elles se déroule à Florence en 1584 sur la place Santa Croce lors de la visite du prince Vincent Gonzague, héritier du trône de Mantoue. Maria Bellonci raconte la passion des Borgia pour les taureaux et mentionne un combat du Duc de Valentinois, César Borgia, lors des fêtes de nouvel an 1502 sur la place Place Saint-Pierre de Rome.

Mouvement naturaliste La redécouverte de Platon et des atomistes présocratiques est à l'origine du mouvement naturaliste qui prend forme dans les cours italiennes de la Renaissance. Deux écrits de Xénophon sur l'équitation sont redécouverts, aboutissant à une nouvelle vision du rapport entre l'homme et le cheval. Des intellectuels s'opposent dès lors à l'anthropocentrisme et portent leur attention sur la nature et le monde animal. Les plus fameux protagonistes dans ce débat sont Ferdinand d'Aragon, roi de Naples, et les humanistes Giovanni Corte de Pavie et Baldassare Castiglione qui étudient le cheval et son utilisation. Ils considèrent que le dressage doit prendre en considération, non seulement la structure morphologique de l'animal, mais aussi son caractère ..