En 1676, une colonie grecque en provenance du sud du Péloponnèse s'est installée sur le littoral occidental de Corse, d'abord à Paomia, puis à Cargèse, au nord d'Ajaccio.

De l’origine de l’exil des Grecs Vers 1670, les habitants du Magne, une péninsule située dans le sud-ouest de la province du Péloponnèse, entre le golfe de Laconie et celui de Messène, émigrent pour échapper à la domination ottomane.

Réfugiés dans leurs montagnes, les Maniotes révoltés y sont attaqués. Quelques familles de cette contrée, soit près de Maniotes originaires de Vitylo ou Oitylos (Laconie) dans le Magne, décident de quitter la région sous la conduite de leur évêque Parthenios (ou Parthenius<ref name="Galletti">Jean-Ange Galletti in Histoire illustrée de la Corse, contenant environ trois cents dessins représentant divers sujets de géographie et d'histoire naturelle, les costumes anciens et modernes, les usages, les superstitions, les vues des paysages…" Imprimerie de Pilet fils Aîné - Paris 1863-1866</ref>) pour fuir la répression.

Un Grec respecté de Maïni, Ioannès Stephanopoulos (Ghjuvan Stefanopoli en corse, Jean Stéphanopoli en français), est chargé de leur trouver un refuge. Après une vaine quête d'un lieu propice en Italie, il arrive à Gênes où il demande au Sénat sa protection et lui expose l'objet de son voyage. Il est bien accueilli par les autorités, qui lui concèdent un vaste pays sur la côte occidentale de l'île de Corse, avec la possibilité de choisir entre Paomia, Salogna et Revinda dans la juridiction de VicoFrancesco Maria Accinelli in L’histoire de la Corse vue par un Génois du - Transcription d’un manuscrit de Gênes - ADECEC Cervioni et l’Association FRANCISCORSA Bastia 1974, et offrent leur aide pour l'établissement de la colonie.

Stephanopoulos visite l'île de beauté et revient après avoir choisi la piève de Paomia. De retour à Maïni, Stephanopoulos n'a aucun mal à décider ses compatriotes à quitter leur patrie. Les circonstances étaient on ne peut plus pressantes car le sultan Mourad IV (mort en 1640) venait d'envoyer contre eux des forces considérables.

L'exode En 1673, profitant de la présence d'un vaisseau français dans le port de Vitylo, 730 Maniotes s'embarquent diligemmentC. De Friess-Colonna in Histoire de la Corse - Depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours – Firmin Didot Frères, éditeurs, imprimeurs-libraires de l'Institut de France – Paris 1839.

La petite colonie, composée d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards, montagnards du Taygète, marins de Vitylo et popesColonna de Cesari-Rocca et Louis Villat in Histoire de Corse Ancienne librairie Furne, Boivin & Cie Éditeurs - Paris 1916, embarque le 3 octobre 1673 à Porto-Betilo, à bord du navire « Le Sauveur », sous pavillon français, attaché au port de Marseille et commandé par Daniel, son capitainePatrice Stéphanopoli in Histoire des Grecs de Corse – Éditions Ducollet Frères à Paris 1900. Après deux escales à Zante et à Messine, Stephanopoulos se rend à Gênes, où la concession de territoire qui lui était promise est solennellement formalisée par le Sénat.

Selon le contrat de transport pour Gênes que les Grecs ont conclu à Porto Vitylo avec le capitaine du navire, le voyage devait durer dix jours. Il en met en fait 97 pour arriver à bon port. Le bateau fait voile vers Gênes ou Livourne, selon que le vent le dirigera vers l’une ou l’autre desdites villes. Au cours de ce long et pénible voyage, 120 Grecs périssent pour des causes diverses : mauvaises conditions de vie et d'hygiène à bord du bateau, tempêtes et chutes à la mer, attaques des pirates barbaresques. Il y aura aussi quelques naissances à bordM. Villemain in Étude d'Histoire Moderne – Didier libraire-éditeur Paris 1846.

Les Grecs arrivèrent à Gênes dans les premiers jours de janvier 1676. Une autre émigration, composée de , partira quelques jours après, pour rejoindre la première, mais elle est prise par la flotte turque et massacrée impitoyablement.

Dans une lettre de mission adressée à Isidoru Bianchi de Coggia, premier gouverneur de la colonie en 1676, le gouvernement génois a écrit : Martinu Frasali in U Scalu di i Grechi in Corsica, A culunia di Paomia è di Carghjese – Conférence faite à Cervione le 27 avril 1976André-Marie Valleix dit Père André-Marie, membre fondateur de l'association Franciscorsa et membre de Société des sciences historiques et naturelles de la Corse, affirme que Paomia avait été assigné aux Grecs.

La convention avec les Génois Durant les deux mois de leur séjour à Gênes, les Grecs signent le 18 janvier 1676 avec le gouvernement de la Ligurie, le traité daté du 18 janvier 1676, qui assure à la colonie la possession des terres de Paomia. Ce traité contenait les quatorze articles suivants :

1° La république de Gênes entend que la colonie grecque qui va s'établir en Corse soit soumise au souverain pontife en ce qui touche la religion, et qu'elle exerce le rite grec tel qu'il est en usage dans le domaine pontifical et dans les royaumes de Naples et de Sicile ; 2° Qu'à la mort de l'évêque actuel, des moines et des prêtres venus avec la colonie, ceux qui les remplaceront soient nommés par le pape ou par ses délégués ; 3° Que, suivant les sacrés canons et les conciles, le clergé grec soit soumis à l'évêque latin du diocèse de la colonie ; 4° À leur arrivée à Paomia, les colons devront bâtir des églises, des maisons pour leur habitation, et suivre les ordres du Régent que la république y entretiendra ; 5° Lorsque la république en aura besoin, les colons devront la servir sur mer comme sur terre en fidèles sujets ; 6° Les colons jurèrent fidélité et obéissance aux lois de la République, et s'engagèrent à payer exactement les impôts établis ou à établir ; 7° La république assigne aux Grecs, à titre d'emphytéose, trois pays, savoir : Paomia, Revida et Salogna. Elle les leur concède pour eux et leurs descendants, à condition toutefois que les portions de terrain qui seront assignées à chaque colon soient transmises en portions égales à ses enfants, sans distinction de garçon ou de fille. En cas de déshérence, la république rentrera de plein droit en possession du bien ; 8° L'administration de Gênes s'oblige à fournir les matériaux pour construire les églises et les maisons, ainsi que le blé et le froment pour les semailles, à condition que ces avances lui seront remboursées avec exactitude dans le délai de six ans ; 9° Chaque colon est libre d'avoir des fours, et des moulins à eau ou à vent ; 10° La colonie pourra avoir, pour son usage ou sa commodité, des troupeaux de gros et menu bétail ; 11° La république permet à chaque colon d'avoir chez lui des fusils et d'autres armes. Quant aux armes prohibées, il devra en donner connaissance au juge, selon les circonstances ; 12° Le commerce de toute espèce de marchandise est libre, en payant toutefois à la république les droits établis ; 13° Il est permis aux colons d'aller en course contre les Turcs sous pavillon de la république, à charge par eux de payer les droits consulaires et de se conformer aux règlements sur cette matière ; 14° La république s'engage à transporter en Corse, sans frais, la colonie ; mais elle entend être remboursée des dépenses qu'elle a déjà faites pour ledit voyage, et qui s'élèvent à environ mille pièces ()C. De Friess-Colonna, chapitre II – Établissement de la colonie grecque à Paomia.

Établissement de la colonie à Paomia En 1676, Gênes prête la somme de sans intérêt ni redevance à la colonie, afin qu'elle puisse s'installer et bâtir des maisons.

Le 14 mars 1676, le navire accoste au port de Muniacale, « port des Moines », à l'est de la Pointe des Moines, dans le golfe de Sagone. Les Grecs débarquent et se mettent aussitôt en route sur Paomia.

La tradition orale veut qu'à Paomia, tout comme à Renno son voisin, le village a toujours été plus ou moins habité. Dans une lettre écrite à ses parents en Grèce le 25 mai 1677, Stephanopoulos dit : « Les Corses sont venus à nous et nous les avons bien accueillis ; et nous aussi avons été accueillis par des amis » (copie transcrite en langue corse de : I Corsi venenu ind'è noi e l'accugliemu bè ; e noi dinò semu accolti da amici).

C'est Raffaellu Giustiniani, lieutenant du gouverneur provincial de Vico, qui a négocié la venue des Grecs à Paomia.

En contrepartie et en gage de leur volonté de s'insérer dans la société corse, ils acceptent la proposition des autorités de l'île de faire suivre leurs noms du suffixe ACCI. Cette condition transforme les Stephanopoulos, les Capodimachos, les Papadakis, les Zanetakos les Frimigakos et les Dragatsakos en Stefanopoli, Capodimacci, Papadacci, Zanettacci, Frimigacci, Dragacci. Quelques patronymes comme celui de la famille Exiga ne subissent aucune modification. Désormais, les émigrés grecs conserveront leurs nouveaux patronymes durant toutes leurs migrations et jusqu'à nos jours.

thumb|Ancienne église Sainte-Barbe devenue église Saint-Élie avec les Grecs Aussitôt arrivés,

La colonie se met à reconstruire les maisons, qui sont toutes en ruines, et à rebâtir les édifices religieux dans cinq des hameaux rasés au siècle précédent : Pancone (u Pancone), Corone (Curona), Rondolino (u Rundulinu), Salici (u Salge) et Monte-Rosso. .

Mais la République a manqué de prudence en ne réglant pas au préalable la question de la propriété : . Toutefois, la colonie n'éprouve aucune résistance à son établissement.

Homme fort influent dans la contrée, Isidore Bianchi, de Coggia est nommé régent de la nouvelle colonie.

En moins de trente ans, elle parvient à un état parfait de prospérité, et Limperani, qui la visitera en 1713, raconte qu'il fut émerveillé de la beauté du pays, du développement de la culture et de l'industrie des habitantsLimperani, t. II.

Toutefois, la réussite des Grecs suscite bientôt la jalousie de leurs voisins, qui viennent souvent les attaquer ; mais les Grecs, auxquels les Génois ont permis le port des armesCf. l'article 11 du contrat passé avec les Génois, réussissent à les faire renoncer à s'emparer de leur établissement. Tranquilles pendant près de quinze ans encore, ils mettent ce temps à profit pour valoriser leur territoire.

Conflits avec les Corses thumb|Tour de Paomia La colonie a connu le bonheur durant cinquante-trois ans à Paomia, depuis son installation en 1676 jusqu'en 1729, époque de la révolution qui éclate dans la Terre de commune et qui dure jusqu'en 1769. 1729 - Les Grecs sont brutalement impliqués dans le conflit entre la Corse et Gênes. Vicolais et Niolins envahissent Paomia et, malgré une vive résistance à la tour d'Omigna, ils désarment les habitants en avril 1731. Le village est saccagé, les champs dévastés. Mais les Corses laissent la vie sauve aux habitants.

thumb|Chapelle des Grecs à Ajaccio 1731 - Attaqués, les Grecs se réfugient à Ajaccio où, lors d'un recensement en 1740, est dénombrée une population grecque de . Pour l'exercice de leur religion, ils sont autorisés à utiliser l'ancienne chapelle de la Madonna di u Carmine, située en bordure de l'actuelle route des Sanguinaires, qui est depuis dite « chapelle des Grecs ».

Les faits ci-après sont extraits de « La grande révolte des Corses contre Gênes 1729-1769 », une chronologie recueillie par Antoine Dominique Monti, président de l'ADECEC Cervioni 1979 : 1730 - En mars, les populations de Vicu dévastent les terres des Grecs de Paomia ; Le août, les gens de Vicu assiègent Paomia mais sont repoussés par les Grecs armés, qui demeurent fidèles à leurs bienfaiteurs. Le 15 août, de nouveaux incidents ont lieu entre les gens de Vicu et les Grecs.