Le théâtre national de l'Opéra-Comique, également appelé « salle Favart », est une salle de spectacles située place Boieldieu, dans le de Paris.
Cette salle accueille de manière permanente la troupe de l'Opéra-Comique de 1783 à 1801 puis de 1840 à 1971. Elle a le statut d'établissement public à caractère industriel et commercial.
Histoire de la salle Favart Origine
L'Opéra-Comique est fondé sous le règne de , le par Catherine Baron et Gautier de Saint-Edme à partir de troupes qualifiées de « foraines » qui se produisent lors des spectacles donnés lors des foires annuelles de Paris. L'une des troupes de la foire Saint-Germain prend alors le nom d'Opéra-Comique.
Son répertoire est surtout constitué de pantomimes et de parodies d'opéras afin de déjouer les interdictions dont il est frappé à la suite de procès intentés par la Comédie-Française, inquiète face à la qualité montante des spectacles qui lui font directement concurrence. En , un décret autorise la troupe à avoir son propre théâtre avec une contrainte : intercaler des dialogues parlés dans les œuvres chantées. C’est, depuis, la définition de l'opéra-comique.
Les débuts de l'Opéra-Comique sont difficiles, avec plusieurs périodes de fermeture, de 1719 à 1720, puis de nouveau de 1722 à 1723. En , Jean Monnet prend la direction de l’établissement et invite l'auteur Charles-Simon Favart. Le succès est au rendez-vous, mais fait ombrage aux autres théâtres parisiens. Pour y remédier, les autorités provoquent une nouvelle fermeture de 1745 à 1751. Cette année-là, la ville de Paris obtient la réouverture du théâtre, toujours sous la direction de Jean Monnet.
En , l'Opéra-Comique de la foire fusionne avec la Comédie-Italienne. Il déménage le à l'hôtel de Bourgogne.
En , la « Comédie-Italienne » devient « Théâtre-Italien », mais la troupe ne comporte déjà plus aucun ItalienBernard Jolibert, La Commedia dell'arte et son influence en France du , L'Harmattan..
Toutefois, en 1780, l'ensemble reprend officiellement le nom d'« Opéra-Comique ».
Première salle Favart (1783-1838) vignette|Vue de la première salle Favart (architecte Heurtier) qui hébergea l’Opéra-Comique de 1783 à 1838.|gauche La salle Favart, dont l'architecte est Jean-François Heurtier, est inaugurée le en présence de la reine Marie-Antoinette. Construite sur un terrain de l'hôtel de Choiseul (à l'emplacement où se trouve désormais le théâtre national de l'Opéra-Comique, place Boieldieu dans le ), elle dispose de et comprend une loge réservée à perpétuité aux descendants du duc de Choiseul.
Pendant la Révolution française, l'Opéra-Comique poursuit son activité, mais il subit la rude concurrence du théâtre Feydeau. En 1801, les deux troupes fusionnent pour former, le , le théâtre national de l'Opéra-Comique, installé salle Feydeau. Pendant plusieurs années, le fonctionnement de l'institution oscille entre sociétés d'artistes et un modèle plus classique avec directeur en commandite.
En 1802, Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, décide de transférer dans la salle restée vacante la troupe de l'Opera-Buffa (plus connue sous le nom d'« Italiens ») créée l'année précédente au Théâtre-Olympique par . Elle la quitte à son tour, faute de public, après une dernière représentation le , pour fusionner avec la troupe du théâtre Louvois sous la direction de Louis-Benoît Picard et devenir le « théâtre de l'Impératrice ». La troupe de l'Opéra-Comique revient alors salle Favart le en raison de travaux à la salle Feydeau. La salle Favart bénéficie à l'automne de travaux de restauration et d'embellissement qui conduisent la troupe de l'Opéra-Comique à jouer temporairement au Théâtre-Olympique, du au . Revenue à Favart le , elle y donne sa dernière représentation le avant de s'installer au Théâtre Feydeau le . vignette|Incendie du Théâtre Royal Italien. Nuit du 15 Janvier 1838 de Domenico Ferri. En 1807, l'Opéra-Comique est porté sur la liste des quatre principaux théâtres parisiens et un décret fixe le genre de l'opéra-comique comme suit : « comédie ou drame mêlés de couplets, d'ariettes ou de morceaux d'ensemble. » La salle Favart est vendue à un certain Delamarre. Les Italiens font leur retour en 1815 sous la direction de la cantatrice Angelica Catalani, suivis en 1818 de la troupe de Odéon et en 1820 de celle de l'Opéra, puis par différentes troupes. En 1825, Charles X rachète la salle Favart pour y reloger les Italiens.
Le , la troupe de l'Opéra-Comique, occupant alors la salle Feydeau, est obligée de la quitter pour s'installer dans la salle Ventadour. La salle menace en effet de s'écrouler et doit être détruite. Édifiée spécialement, la nouvelle salle est cependant trop chère pour la troupe de l'Opéra-Comique, qui fait faillite plusieurs fois entre 1829 et 1832 (notamment à cause de la révolution de Juillet). Face à ces charges trop élevées, Jean-François Boursault alors directeur de la troupe, doit renoncer et se reloger au théâtre des Nouveautés.
À Favart, dans la nuit du au , un incendie détruit la salle après une représentation de Don Giovanni de Mozart. Cet incendie est dû au système de chauffage : un tuyau du calorifère du foyer de l'orchestre, chauffé au rouge, met le feu au magasin de décorsRevue et Gazette musicale de Paris, , 21 janvier 1838.. Hector Berlioz propose alors au ministère un projet d'exploitation de la nouvelle salle à ses propres frais, mais cette demande est rejetée par la Chambre des députés.
Deuxième salle Favart (1840-1887) vignette|alt=|gauche|L'incendie du 25 mai 1887. Dessin d’Eugène Courboin pour Paris illustré . En 1840, la salle est reconstruite par l'architecte Théodore Charpentier, sous la direction de Francois Louis Crosnier : d'une capacité de places environ, elle est inaugurée par la représentation du Pré aux clercs, de Ferdinand Hérold, la troupe de l'Opéra-Comique réintégrant les murs après huit ans passés hors de la salle Favart.
La salle étonne, et notamment l'imposante structure métallique (l'utilisation structurelle du fer étant favorisé par l'évolution des techniques de production industrielles). Ses loges, aménagées avec des salons confortables et un éclairage intimiste, font jaser les familles bourgeoises. Contrairement à l'Opéra de Paris, qui accueille un bal masqué et des aventures galantes, l'Opéra Comique a un public familial, qui vient voir des œuvres « comme il faut ».. alt=Scène de l'incendie, IIe acte de Mignon. Estampe de la création de l'oeuvre à l'Opéra Comique par Eugène Lami (1866)|vignette|Scène de l'incendie, II acte de Mignon. Estampe de la création de l'œuvre à l'Opéra Comique par Eugène Lami (1866). Le est une époque de grand succès pour l'Opéra-Comique, grâce notamment à des compositeurs tels qu'Adolphe Adam, Daniel-François-Esprit Auber, Georges Bizet, Félicien David, Jules Massenet ou même Nicolas Bochsa, le célèbre harpiste excentrique qui compose sept œuvres jouées à l'Opéra-Comique.
Le , l'Opéra-Comique, dirigé par Adolphe de Leuven, présente pour la première fois un opéra d'Ambroise Thomas qui connaît immédiatement un grand succès : Mignon, livret de Michel Carré et Jules Barbier inspiré par Wilhelm Meister de Goethe.
En 1880, le nouveau directeur, Léon Carvalho, assisté du directeur musical Charles Lamoureux, reprend Mignon avec une nouvelle cantatrice américaine, Marie van Zandt, surnommée « miss Fauvette » ou « miss Caprice ». Après quelques succès avec Le Pardon de Ploërmel et Les Noces de Figaro, Carvalho la programme dans Le Barbier de Séville de Rossini, mais son accent américain fait scandale et elle est contrainte de se retirer.
Le à , un incendie détruit de nouveau la salle pendant la représentation du premier acte de Mignon. Cet incendieRuines de l'Opéra Comique après l'incendie, peintures d'Emmanuel Lansyer, musée Lansyer de Loches, site pop.culture.gouv.fr., provoqué par une défectuosité de l'éclairage au gaz de la herse située au-dessus de la scène, coûte la vie à quatre-vingt-quatre personnes, dont quatre danseurs, deux choristes, quatre habilleuses, quatre ouvreuses, et met au chômage tout le personnel. Le gouvernement paye une compensation aux victimes et un concert est donné au bénéfice des employés de l'Opéra-Comique, qui s'installe provisoirement au théâtre des Nations (futur Théâtre de la Ville), place du Châtelet.
Carvalho est jugé responsable, condamné puis acquitté en appel. À la suite de cet incendie, le maire de Lyon prend un arrêté, le , rendant l’éclairage électrique obligatoire dans tous les théâtres et cafés-concerts de la ville... Emmanuel Chabrier, de son côté, écrit le Duo de l'ouvreuse de l'Opéra-Comique et de l'employé du Bon Marché, pièce à l'humour noir, les représentations de son opéra Roi malgré lui étant définitivement annulées, sans compensation financière.
Une vingtaine de victimes sont enterrées au cimetière du Père-Lachaise ( division) dont dix dépouilles non reconnues dans un monument dédié.
alt=Plan en coupe de la troisième Salle Favart, Louis Bernier, 1893, crayon, plume, encre noire.|gauche|vignette|Plan en coupe de la troisième Salle Favart, Louis Bernier, 1893, crayon, plume, encre noire.
Troisième salle Favart (depuis 1898) vignette|gauche|L'Opéra-Comique, plan, prix des places et administration en 1925. vignette|Affiche du « théâtre de l’Opéra-Comique » (Jean de Paleologu, 1897). La salle est reconstruite par l'architecte Louis Bernier sur un modèle moins strict que les précédents, avec une riche statuaire. Notamment dans des niches au une statue intitulée La Musique par Denys Puech (1854-1942) et une autre intitulée La Poésie par Ernest Guilbert (1848-1913). L'imposante corniche est soutenue par six cariatides.
Le , après onze ans de reconstruction, la salle est inaugurée en présence du président de la République Félix Faure. Elle a une capacité de places.
Les difficultés financières du théâtre dans les années 1930 entraînent l'intervention de l'État, qui, le , rapproche par décret l'Opéra-Comique du théâtre national de l’Opéra, pour former la Réunion des théâtres lyriques nationaux (RTLN) sous l'administration de Jacques Rouché. Le , la nouvelle structure devient un établissement public à part entière, placée sous l'égide du ministère de l'Éducation nationale.
Après une première fermeture en 1971, l'Opéra-Comique cesse son activité le pour devenir de 1974 à 1978 un lieu de formation pour les jeunes chanteurs sous le nom d'« Opéra-Studio »Remplacé en 2005 par l'Atelier Lyrique de l'Opéra de Paris.. La Réunion des théâtres lyriques nationaux est dissoute officiellement le au profit d'une nouvelle structure unique : le Théâtre national de l'Opéra. La salle Favart devient alors la seconde salle de spectacle de l'Opéra. C'est dans ce contexte qu'ont lieu les créations d'Atys de Lully (1987) et de Médée de Charpentier (15/06 - 30/06 1993) dirigés par William Christie avec une mise en scène de Jean-Marie Villégier.
Elle recouvre son indépendance en 1990 sous forme d'une association loi de 1901, à la suite de l'inauguration d'une nouvelle salle pour l'Opéra de Paris : l'Opéra Bastille. Elle est successivement dirigée par Thierry Fouquet (1989-1994), Pierre Médecin (1994-2000) et Jérôme Savary (2000-2005).
Théâtre national de l'Opéra-Comique (depuis 2005) Le théâtre est régi, depuis le , par le décret fixant le statut du théâtre national de l'Opéra-Comique qui devient ainsi un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). de ce décret lui confie une mission très large puisqu'il peut représenter des ouvrages lyriques, mais aussi des pièces de théâtre sans musique. Son répertoire s'étend de la musique baroque à la musique contemporaine.