Le sanctuaire nuragique de Santa Vittoria (en italien, ) est un site archéologique nuragique situé près de Serri, dans la province de Sardaigne du Sud, en Italie.

Le site comporte plusieurs temples, dont un « temple à puits », des bâtiments communautaires destinés à l'accueil des pèlerins et des habitations. Le site était un très important sanctuaire religieux qui a été détruit lors d'un violent incendie à l'époque romaine républicaine. L’abondant et riche matériel archéologique retrouvé lors des fouilles témoigne de sa renommée durant toute la période nuragique.

Histoire Antonio Taramelli explore le site en . Les premières fouilles archéologiques sont entreprises à partir de 1909 par Taramelli avec la collaboration de Filippo Nissardi et de Raffaele Pettazzoni du musée préhistorique de Rome. Ils mettent à jour l’enceinte du sanctuaire, le temple à puits et la « salle de l'assemblée ». L’importance des découvertes conduit Taramelli à entreprendre une nouvelle campagne de fouilles en 1919‑1920 au cours de laquelle sont découverts le « temple hypèthre », des édifices adjacents et d’abondantes offrandes votives en bronze. Entre 1922 et 1929, les fouilles mettent au jour la « cabane du chef », l’« enclos des fêtes », le groupe d’édifices du secteur est/sud-est et l’« enclos du double bétyle ». Taramelli publie une série de rapports préliminaires sur ces découvertes de 1914 et 1931.

En 1963, Ercole Contu entreprend la restauration de l’« enclos des fêtes », du temple à puits et du « temple hypèthre », travaux au cours desquels il découvre de nombreuses céramiques nuragiques ainsi que des restes de repas.

En 2021, le site fait partie des 31 sites nuragiques sardes candidats à l'inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCOLes sites candidats selon l'Unesco, lire en ligne.

vignette|gauche|Plan du site dressé par Taramelli. vignette|Plan du secteur sud-ouest : temples et annexes.

Le site Le nom du site est issu de la petite église de style roman qui est bâtie au-dessus d'un lieu de culte romain à quelques mètres du temple nuragique.

Le sanctuaire de Santa Vittoria s’étend sur environ trois hectares et demi. Il a été édifié à l’extrémité sud‑ouest d'un plateau, la Giara de Serri, qui s’élève à d’altitude et constitue un puissant bastion naturel, entre les basses plaines de Mandas, Gergei et Escolca au sud, et celle Isili au nord. Le site comporte, sur son front sud-sud-ouest, une paroi abrupte et imprenable, tandis que sur son côté nord‑ouest, en pente plus douce, le rebord naturel a été renforcé par un mur cyclopéen. Giovanni Lilliu décrit le site de la Giara de Santa Vittoria comme un « autel » vers lequel devaient se tourner les populations nuragiques de la Trexenta, de la Marmilla et du Sarcidano, avec un sentiment religieux comparable à celui qui animait les communautés grecques envers les célèbres sanctuaires panhelléniques d’Olympie et de Delphes.

Le site se compose de quatre groupes principaux d’édifices : au sud-ouest, un premier groupe constitué des temples et de leurs annexes ; un peu plus au centre, un vaste ensemble constitué par l’« enclos des fêtes » où les pèlerins devaient se restaurer et se reposer ; plus à l'est, un troisième groupe correspondant à l’« enclos du double bétyle » et, à l'est-sud-est, un dernier groupe correspondant à une zone d'habitats. Deux édifices singuliers sont situés en position isolée : la « cabane du chef » au nord-ouest et la « salle de l'« assemblée » au sud-est.

Le mur d'enceinte du sanctuaire est constitué de blocs basaltiques grossièrement équarris. Son épaisseur varie de . Il est percé d'une ouverture légèrement évasée, mesurant de largeur à l’extérieur et à l’intérieur. Du côté faisant face à la zone des temples, le mur comporte un banc en dalles calcaires, conservé sur de longueur. Une cabane remplissant probablement la fonction de poste de garde (capanna del custode) ou de cabane d’entrée est incorporée dans le mur côté sud‑est de l’entrée (16). Elle correspond à un espace circulaire ( de diamètre) construit en blocs de basalte. La couverture de la cabane devait être conique, avec un revêtement végétal. La porte, large de , s’ouvre vers la zone des temples avec une légère évasure interne. La fouille de cet espace a livré une abondante céramique nuragique ainsi qu’un anneau de suspension de vase en bronze. vignette|Plan du temple à puits selon Taramelli. vignette|Escalier du temple à puits. Temple à puits Le « temple à puits » (13) fut le premier monument à être reconnu et fouillé par Taramelli dès 1909, sa construction circulaire parfaite affleurant au milieu des ruines. Selon Taramelli, « avant le début de la fouille, le puits, construit sans chaux avec une technique murale d’une maîtrise exceptionnelle, aurait pu être attribué non pas aux rudes bâtisseurs de nuraghes, mais aux délicats maîtres de Pise, héritiers du magistère romain ». Compte tenu de la maîtrise technique qui se manifeste dans la construction, E. Pais, historien spécialiste du monde romain, datait le monument de l’époque carthaginoise, tandis que le paléo-éthnologue Giovanni Pinza y voyait une construction, destinée au rite du baptême par immersion, contemporaine de l'église primitive de Santa Vittoria.

Architecture Le temple à puits est orienté nord-est/sud-ouest. Il est composé des trois sections canoniques de ce type d’édifice : le vestibule (ou atrium), l’escalier et le puits. Le temple est inclus dans un enclos approximativement elliptique, faisant office de témenos et séparant l’espace principal du culte du reste du sanctuaire. L’enclos, construit en appareil cyclopéen, avait selon Taramelli pour fonction de soutenir un tumulus adossé à la base du temple à puits, lequel se serait élevé au sommet de ce relief artificiel. Dans l’espace compris entre l’enclos et l’aile gauche de l’atrium, fut identifié lors de la fouille, puis détruit, un grand bassin en trachyte reposant sur un socle annulaire, probablement destiné à des ablutions ou libations sacrées, semblable à ceux visibles à Pesarla et Nuracciana (Santa Giusta), San Salvatore et Cannevadosu (Cabras) et Su Nuraxi (Barumini).

Le vestibule du temple à puits est de plan carré (2 m × 2 m). Son pavement est constitué de dalles polygonales blanches en calcaire d’Isili, soigneusement ajustées sans mortier. Sur le côté nord‑est de l’atrium, près de l’escalier, se trouve un autel rectangulaire, muni d’une cavité centrale dotée d’un trou d’évacuation. Cet autel était manifestement destiné à des sacrifices particuliers impliquant l’écoulement d’un liquide qui, ne devant pas se mélanger aux eaux sacrées du puits, s’écoulait dans une petite canalisation aménagée sous le pavement et se terminant dans une cuvette creusée dans la roche près de l’entrée de l’atrium. La découverte sous le pavement d'un fragment de coupe attique datée de 470‑450 av. J.‑C. suggère que le pavement actuel fut installé au cours du en remplacement d’un ancien pavement.

Deux banquettes murales, formées de blocs calcaires moulurés dans leur partie supérieure, sont adossés aux ailes du temple. Taramelli pensait que ces banquettes, outre leur fonction évidente de sièges pour les officiants, pouvaient aussi servir de supports pour l’exposition des ex‑voto.

Un escalier de treize marches, soigneusement taillées dans le basalte, conduit au fond du puits. Le puits, presque cylindrique ( de diamètre), possédait à l’origine une couverture en tholos d’environ de hauteur (conservée sur ). La chambre du puits est creusée dans le sol basaltique jusqu’au niveau des tufs trachytiques sous‑jacents, où fut creusée une large cuvette destinée à recueillir l’eau infiltrée depuis l’extérieur par des trous de drainage aménagés dans la paroi interne. Cette paroi est réalisée avec une régularité surprenante, en vingt assises de blocs de lave noire, parfaitement travaillés au marteau sur la face externe, tandis que la face interne est taillée en biseau pour adhérer à la roche, avec l’aide d’un mortier de terre. Le tambour du puits, actuellement élevé d’environ au‑dessus du sol, mesure épaisseur. Il est formé d’un parement externe en blocs grossièrement équarris à la base avec des assises isodomes alternant calcaire et basalte dans les niveaux supérieurs, produisant un remarquable effet bichromatique. La couche de destruction de l’atrium a livré divers éléments architecturaux et sculpturaux appartenant vraisemblablement à l’élévation du temple : une frise en calcaire décorée de « dents de scie » et deux protomés taurins en calcaire. On ignore malheureusement l’aspect de la façade du temple à puits mais par analogie avec celui de Su Tempiesu, on peut imaginer un fronton triangulaire. Les protomés pouvaient appartenir à la décoration de la façade ou constituer des simulacres de culte, voire des offrandes prestigieuses, à l’instar du taureau androcéphale en bronze de Nule.

Matériel archéologique Le temple, comme le reste du grand village‑sanctuaire, semble avoir été profané et incendié lors d’une violente action datée de la période romaine. Taramelli découvrit de riches offrandes votives dans une couche de cendres et de charbons, le feu ayant tordu de grands vases en tôle de bronze et noirci des statuettes. Le matériel votif était abondant autour du temple : protomés taurines, navicelles en bronze, figurines animales (chevreau, cerf, taureau, colombe), boutons décorés, manche de miroir ajouré, épingles à tête d’ivoire importé, vases en tôle de bronze, scalpels, épées votives, poignards, élément de mors de chevaux ainsi que de nombreuses céramiques votives, lisses ou décorées au tampon et à l’incision () et de nombreux modèles de nuraghes‑autels en calcaire.

Temple hypèthre Ce petit édifice de plan quadrangulaire (7) fut fouillé entre 1919 et 1921 par Taramelli qui pensait qu'il s’agissait d'un sacellum à ciel ouvert, et pour cette raison il le baptisa « temple hypèthre ». L’hypothèse d’un temple à ciel ouvert paraît pourtant peu probable car elle n’aurait pas permis la conservation des centaines d’ex‑voto, souvent en bronze et donc sujets à une rapide détérioration. L'édifice a été endommagé au Moyen Âge et à des époques ultérieures lors de la récupération de blocs taillés pour la construction et la restauration de l’église voisine de Santa Vittoria. Il faut donc envisager l'existence d'une couverture originelle, peut‑être à double pente.

vignette|Le temple hypèthre.

Architecture L’édifice présente un plan rectangulaire ( × ), orienté nord‑sud. L’accès originel semble se situer sur le côté méridional. La structure, en blocs de basalte grossièrement équarris, montre de larges remaniements avec l’emploi de blocs calcaires taillés au marteau. Le côté nord s’ouvre vers un espace pavé. L’épaisseur des murs varie entre .

Le caractère cultuel de la construction est attesté par la présence de deux autels. Le premier, situé sur le côté nord, est un banc rectangulaire de × , constitué d’un soubassement en blocs de basalte sur lequel reposent des dalles calcaires destinées aux sacrifices, laissant au centre un espace sub-triangulaire destiné à recueillir le sang des victimes. Les dimensions importantes de cet autel suggèrent des sacrifices de bovins et de cervidés. Le second autel se trouve sur le côté oriental du petit temple. Il s’agit également d’un banc rectangulaire ( × ) en grandes dalles calcaires, avec un réceptacle triangulaire central pour le sang ou les libations. Ses dimensions plus modestes suggèrent des sacrifices d’animaux plus petits (porcins ou ovins). L’écoulement des liquides était assuré par une petite canalisation creusée dans un bloc, similaire à celle du temple à puits de Predio Canopoli à Perfugas. À côté du petit autel se trouve un espace rectangulaire ( × ), séparé de la cella par un mur en blocs équarris conservé seulement dans sa partie inférieure. Ce petit espace servait peut‑être de dépôt pour les objets votifs ou de pièce de service.

Matériel archéologique