Susiya ( ; hébreu : סוּסְיָא ; Susiyeh, Susiya, Susia) est un village arabe mais également une colonie israélienne portant le nom de « Susya » et un site archéologique excavé en 1972 pouvant être appelé « Khirbet Susiya » en arabe et « Khorbat Susya » en hébreu, abritant notamment les vestiges d'une antique synagogue, tous situés au sud des collines de Hébron et de la Cisjordanie.
Avec un historique incertain mais remontant à la période byzanto-romaine, le site a été occupé aussi bien par des juifs, des arabes musulmans que des chrétiens.
Le village palestinien, établi au connait depuis 1986, date de classement de son site archéologique, de nombreux incidents et plusieurs expulsions, démolitions et tentatives de déplacement forcé de la population, qui mobilisent organisations de défense juives et communauté internationale... La colonie israélienne s'y est implantée en 1983.
Nom Le site est connu sous quatre noms correspondant à trois implantations différentes : Susiya, en arabe, pour le village de bédouins palestiniens, Susya ou Suseya pour la colonie israélienneMichael Feige, Settling in the Hearts: Jewish Fundamentalism in the Occupied Territories , Wayne State University Press, 2009, p. 75-76 Présentation en ligne.
« Susya constitue un cas unique. L'existence de cette ancienne cité juive était inconnue des sources juives, mais a été découverte grâce à des fouilles archéologiques… Les colons ne sont pas libres de choisir les noms : cette responsabilité incombe au Comité national de dénomination, rattaché au cabinet du Premier ministre, qui prend en compte divers facteurs. Toutefois, connaissant bien le territoire et son histoire, les colons jouent un rôle important dans cette décision. » , Khirbet Susiya (Ruines de Susiya) en arabe ou Khorbet Susya (Ancienne Susya) en hébreu pour le site archéologique.
Étymologie L'étymologie du nom est très incertaine, Steven H. Werlin s'étonnant que le lieu n'apparaisse ni dans les textes romains, chrétiens ou juifs avant le , avec un nom remontant probablement à la première période d'islamisation, voire à la période romaine, entrainant de nombreuses conjectures sur son identification. Quoi qu'il en soit de son rattachement à un lieu ancien connu, il constate que la synagogue, dotée d'une forte importance archéologique pour connaitre la vie d'un ancien village juif, est établie dans un village qui remonte à la période de mixité religieuse byzanto-romaine dans les collines d'Hébron. Pour un auteur allemand, « Ce nom arabe [Khirbet Susiya] avec une étymologie peu claire n'est attesté dans aucun document antique. Susja était l'une des nombreuses localités byz[antines] florissantes de la Judée du Sud ... ; c’est par hasard qu’elle n’apparaît dans aucun document, bien qu’elle soit loin d’être la plus isolée ou la plus petite agglomération de cette région »Othmar Keel, Max Küchler et al.: Orte und Landschaften der Bibel. Ein Handbuch und Studien-Reiseführer zum Heiligen Land, (trad. Lieux et paysages de la Bible. Un manuel et un guide d'étude sur la Terre Sainte) Band 2: Der Süden, Zürich und Göttingen 1982, S. 758. .
Selon d'autres auteurs, le site archéologique, en arabe Khirbet Susiya [Ruines de Susiya], signifierait « Ruines des plants de réglisse », en référence à ce qui y pousseJerome Murphy-O'Connor, The Holy Land: an Oxford archaeological guide from earliest times to 1700,5th ed. Oxford University Press US, 2008, pp.351-354.Avraham Negev, Shimon Gibson, Archaeological Encyclopedia of the Holy Land, rev. ed. Continuum International Publishing Group, 2005. p. 482.
Le terme « Susya » correspond au nom hébreu du nouveau village juif retenu par les colons.
Conjectures et faits historiques L'archéologue Avraham Negev suggère que Khirbet Susiya désigne le grec ancien Χερμαλα, Chermala, un village juif près de Sif, cité dans l'Onomastikon d'Eusebe de Césarée (vers 331 ap. J.-C.). Eusèbius ne s'est pas efforcé de saisir complètement les lieux de Palestine à son époque ; il s'est limité à ceux qui étaient associés à un lieu biblique ; comme ce n'était pas le cas pour Susiya, il a omis de citer cette agglomération.
L'archéologue Yuval Baruch considère et vignette|Fresque sur le site archéologique de Susya. Selon Günter Stemberger et Avraham Negev, Susya pourrait correspondre au Carmel biblique citée notamment dans le Livre de Josué (Josué 15.5)Günter Stemberger, Juifs et chrétiens en Terre sainte : la Palestine au IVe siècle , trad. Ruth Tuschling, Continuum International Publishing Group, 2000, p. 151.Avraham Negev, Shimon Gibson, p.484.. Cette identification, fondée sur l'absence de mention explicite de Susiya dans les sources anciennes, est cependant contestée par l'archéologue Steven H. Werlin, qui relève plusieurs incohérences dans le raisonnement de Negev, notamment l'absence de lien géographique avec le village de auquel Eusèbe de Césarée associe le site, et souligne que l'origine du nom de Susiya reste largement incertaine.
Aux , un croisé nommé Gauterius Baffumeth, seigneur d'Hébron et fait don des terres de Sussia aux HospitaliersJoseph Delaville Le Roulx, Cartulaire général de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, 1, Paris 1896, n° 20, pp. 21-22, « …Je loue et confirme en outre à l’hôpital susmentionné un certain cottage, que Gautier Baffumeth lui a donné, et qui s’appelle Sussia… ». Les croisés établissent une garnison à Chermala et Eshtemoa, non loin de là, et, à leur suite, certaines familles s'installent dans les ruines pour cultiver les terres fertiles.
Durant l'époque ottomane, l'archéologue et historien français Victor Guérin, décrivant des ruines en pierres de taille d'un ville et de son église écrit en 1863 : « Je vois devant moi de vastes ruines appelées Khirbet Sousieh », qu'il rattache avec de forts doutes à la tribu de Simeon. Deux ans plus tard, dans son livre The Land of Israel: A Journal of travel in Palestine, Henry Baker Tristram décrit la ville en ruine de Sûsieh avec, autour de sa « basilique », de nombreux fragments de colonnes éparpillés au sol. Dans leur ouvrage intitulé Survey of Western Palestine, Claude Reignier Conder et Herbert Kitchener, du Palestine Exploration Fund, indiquent également en 1883 que le village de Sûsieh, jadis lieu important, est alors déserté« Sûsieh. Ce village déserté fut jadis un lieu important et compte parmi les plus grands du district. Il est divisé par la route principale en deux parties, est et ouest, chacune abritant un édifice public important. ».
Le nom de « Susya » est mentionné pour la première fois dans le relevé topographique de la Palestine occidentale. Le site est cartographié pour la première fois en 1875 ; ce relevé décrit un grand bâtiment et comprend des plans de celui-ci.
Le territoire de Susiya, d'une superficie d'environ 3 000 dounams (741 acres), est enregistré en 1881 et appartient notamment à des résidents arabesRabbis for Human Rights : Mme Plia Albeck, de 'moeder van de Israëlische nederzettingen ' erkende Susiya : « La synagogue [ancienne] est située dans une zone connue sous le nom de terres de Khirbet Susya, autour d'un village arabe, entre les ruines antiques. Les terres de Khirbet Susya sont officiellement enregistrées au cadastre, selon lequel ces terres, d'une superficie d'environ 3 000 dunams [environ 741 acres], appartiennent à de nombreux propriétaires arabes. Par conséquent, la zone proche de la synagogue [ancienne] est entièrement privée. » (1982). RHR, mai 2015. Le lieu figure également sur les cartes britanniques de 1917.
Durant le mandat britannique sur la Palestine, le bâtiment de la synagogue antique n'est identifié comme telle qu'en 1937. La carte de la Palestine de John G. Bartholomew de l'Institut géographique d'Édimbourg et la carte de Frederick J. Salmon de 1936 montrent Susiya comme un lieu de ruines. Le recensement britannique de 1945 ne mentionne pas non plus Susiyahttps://cs.anu.edu.au/~bdm/yabber/census/PalestineVillageStatistics.pdf.
En 1948, des réfugiés palestiniens, principalement des Bédouins, expulsés de la région d'Arad, s'installent sur ce territoire.centré|vignette|Sol en mosaïque datant de l'époque byzantine (- s.) à Susya, disant en hébreu : « « Souvenez-vous bien de la sainteté du martyre du rabbin Isi HaCohen, le rabbin respecté, qui a fait de cet édifice un lieu pacifiste et a enduit ses murs de chaux, laquelle fut offerte lors de la fête du rabbin Yochanan HaCohen, le Sofer, à notre fils Rabbi, que la paix soit sur Israël. Amen. »|350x350px
Localisation Le site archéologique de Susya se situe dans les collines de Judée, en Cisjordanie occupée par Israël, à 13,5 km au sud d'Hébron, à une altitude de 750 m au-dessus du niveau de la mer. Il s'étend en forme de fer à cheval sur une superficie de huit hectares (80 dounams)Steven H. Werlin, p. 136..
Khirbet Susiya se trouve dans le Masafer Yatta, la région qui entoure la ville palestinienne de Yatta et ses nombreux villages.
De nos jours, Khirbet Susiya appartient au gouvernorat d'Hébron de l'Autorité palestinienne et relève de la zone C des territoires palestiniens, contrôlée par les forces de défense israéliennes, conformément aux accords d'Oslo de 1993. Le village israélien de Susya relève de l'État d'Israël.
Site archéologique vignette|Vestiges de la synagogue byzantine de Susya. Sur les terres du village de Khirbet Susiya se trouvent les vestiges d'une synagogue de qualité, au sol pavé de mosaïques, datant de l'époque byzantine (IVe-VIIe), de bâtiments, de nombreux mikvés (bains rituels juifs) et des pressoirs à vin ; on estime qu'environ 1 500 personnes vivaient à Susya. Au , après la conquête musulmane ou selon l'historien Steven H. Werlin, avant 808/809, la synagogue est transformée en mosquée, après avoir été saccagée par des iconoclastes, vers 725/750Steven H. Werlin, p. 175-180..
Depuis la fin des années 1960 jusqu'à nos jours, plusieurs études et campagnes de fouilles archéologiques ont lieu qui mettent à jour de nombreux artefacts antiques, particulièrement de l'ancienne synagogue dont une menorah, aussi des mikvés et des bâtiments alentourSteven H. Werlin, p. 139-140, 171-174 et svv.https://www.researchgate.net/publication/387006462_Late_Roman-Byzantine-Period_Ritual_Baths_at_Horbat_Susya_in_Daroma. Elles font également apparaître un important comptoir commercial dans ses ruines du siteDessins de reconstitution in Zeev Safrai, The economy of Roman Palestine, Routledge, 1994, p.127..
Ce lieu est classé site patrimonial. Les visites sont organisées par le Centre de tourisme et d'apprentissage Susya. L'activité comprend un spectacle audiovisuel projeté dans une grotte découverte sur le site, avec la participation du public.
Période actuelle vignette|Laiterie de Susya. D'après Rabbins pour les droits humains, le village palestinien figure sur des cartes britanniques du mandat dès 1917. En 1981-1982, on estime que 100 à 120 familles vivent en permanence dans des grottes de la région au sud du mont Hébron, tandis que 750 à 850 familles nomades n'y vivent que quelques mois par anYaakov Havakook, Life in the caves of Mount Hebron (1985). En 1983, la colonie israélienne de Susya s'implante sur ce territoire. Avant leur expulsion en 1986, les habitants palestiniens vivent dans des habitations troglodytiques sur le site aujourd'hui occupé par le parc archéologique. En 1986, des familles palestiniennes sont expulsées de leurs maisons à Susiya par l'armée israélienne car leurs logements se situent sur le site archéologique de Susya. N'obtenant pas de permis de construction par les autorités israéliennes pour s'installer à proximité, les Palestiniens construisent des structures temporaires et habitations troglodytiques sur un terrain adjacent qu'ils appellent « Rujum al Hamri ». Ce site est encore plus proche de la colonie juive de Susya qui les harcèle et désire leur évacuation.vignette|Manifestation palestinienne contre la démolition du village de Susya par Israël (juin 2012)