Sigottier est une commune française située dans le département des Hautes-Alpes, dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Blotti dans le creux des falaises, au bord de l'Aiguebelle (Belle eau en provençal), Sigottier est un site classé surmonté par d'impressionnantes falaises : il est situé dans une cluse, un passage étroit creusé par l'eau dans les roches calcaires, ce qui lui donne un aspect très pittoresque. Il est dominé par le Rocher Saint Michel.

À quelques kilomètres à l'Est se trouve le petit hameau de la Montagne près du torrent d'Arron, dont la vallée s'étend d'Est en Ouest, et au nord se trouve le hameau du Forrest.

La commune est traversée par le GR94 - GR de Pays Autour du Grand Buëch.

Géographie

Géologie alt=chevrons visibles|vignette|Crête dans le prolongement du rocher Saint-Michel. Le village de Sigottier est construit au débouché aval d'une cluse qui est pratiqué par le torrent d'Aiguebelle. Il s'appuie sur le versant sud de la barre du Tithonique du flanc nord du synclinal de Montmorin, redressée à la verticale. L'érosion a spectaculairement découpé les bancs supérieurs, un peu moins massifs, de ces calcaires en une succession de clochetons qui sont de typiques chevrons de V topographiques..

L'Aiguebelle, formée par différents ravins, coule dans un pays argileux dont les schistes marneux sont en grande partie décomposés. La vallée, qui est calcaire à son origine, n'a ensuite que de l'argile dans tout son cours. vignette|Paysage de Terres noires à Sigottier.|alt= vignette|Vallée du torrent d'Arron à Sigottier.|alt=

Hydrographie Le territoire de la commune de Sigottier est traversée par deux torrents de montagne : le torrent d'Aiguebelle, à l'origine des petites gorges reliant Sigottier à la commune de la Piarre ,et le torrent d'Arron prenant sa source au niveau du col d'Arron à l'ouest, affluent de l'aiguebelle. Le village de Sigottier se situe à la confluence de ces deux torrents. Le torrent d'Aiguebelle rejoint le Buëch peu avant la commune de Serres. vignette|Le torrent d'Arron à Sigottier.|alt=

Climat

Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat des marges montagnardes, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols, etc.) et des données couvrant la période 1971-2000. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat de montagne ou de marges de montagne et est dans la région climatique Alpes du sud, caractérisée par une pluviométrie annuelle de 850 à , minimale en été. Elle est en outre dans la zone H1c au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves.

Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de , avec une amplitude thermique annuelle de . Le cumul annuel moyen de précipitations est de , avec de précipitations en janvier et en juillet. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune du Saix à à vol d'oiseau., est de et le cumul annuel moyen de précipitations est de . .

Pour afficher une liste d’indicateurs climatiques caractérisant la commune aux horizons 2030, 2050 et 2100 et pouvoir ainsi s'adapter aux changements climatiques, entrer son nom dans Climadiag-commune, un site de Météo-France élaboré à partir des nouvelles projections climatiques de référence DRIAS-2020.

Urbanisme Typologie Au , Sigottier est catégorisée commune rurale à habitat très dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à sept niveaux définie par l'Insee en 2022.. Elle est située hors unité urbaine et hors attraction des villes...

Occupation des sols L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des forêts et milieux semi-naturels (75,9 % en 2018), une proportion identique à celle de 1990 (75,9 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : forêts (42,8 %), milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (29,9 %), terres arables (15,9 %), zones agricoles hétérogènes (5 %), prairies (3,2 %), espaces ouverts, sans ou avec peu de végétation (3,2 %)..

L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui).. vignette|centre|upright=1.4|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).

Toponymie Le nom de cette localité, alors paroisse, se retrouve sous la forme latine Cigoterium Castrum vers 1100, du radical pré-indi-européen "Sig " pour Rocher. On le voit aussi sous les formes Cigoter en 1120Dans le cartulaire de l'abbaye de Durbon et en 1242, Cigottier au milieu du XIIe. Il prend sa forme Sigotier (avec un "t") vers 1516Paul-Louis Rousset, Les Alpes & leurs noms de lieux: 6000 ans d'histoire ? : les appellations d'origine pré-européenne, 1988, ., en occitan haut-alpin. Le deuxième "t" fera son apparition bien plus tard.

Du gaulois sego (« fort »), du provençal segure (« sûr ») appliqué à des lieux fortifiés ou bien protégés par la nature. On retrouve aussi la racine "Sik " ou "Sek" pour rocher ou montagne.

Histoire Au , Sigottier comptait 175 habitants. Au début du XVIIIe, la population est montée aux alentours de 300, pour redescendre graduellement à partir des années 1900 puis de plus en plus rapidement avec les guerres mondiales, et l'exode rural. On peut supposer que la population était liée à l'activité des mines de La montagne.

Aux , les habitants de Sigottier étaient principalement des agriculteurs, mais le village avait aussi une mine de plomb argentifère.

La mortalité infantile était très élevée : un quart des enfants n'atteignaient pas même leur dixième année.

Dans une petite vallée où l'espace cultivable manque, l'élevage n'est guère plus satisfaisant.

Le village était aussi un important point de passage, le chemin de La montagne (qui passait près des mines, la route de la vallée n'existait pas encore) étant alors très fréquenté, c'était le chemin des colporteurs, qui était aussi un important passage de contrebande.

Les toits du village sont en tuile, mais au hameau de La Montagne, les toits resteront en chaume bien longtemps.

Sigottier a connu six seigneuries qui se sont fondues en une seule en 1670.

Sentier des contrebandiers Le sentier qui suit le torrent d'Arron fait le plaisir des randonneurs. C’était autrefois, un chemin bien connu des contrebandiers. Dans la région du Buëch, il y avait peu de routes, principalement des sentiers de colporteurs (la route de Serres-Montclus-L'Epine a été ouverte en 1806 et celle du Col de Cabre en 1836). Serres, ville de commerces et de passage, vu sa situation géographique, était pour ainsi dire incontournable pour les voyageurs venant de la Vallée du Rhône.

Si à cette époque, il n'y avait pas d'autoroute sur le royaume, le péages (taxes de passage) existaient déjà, et plus que tout, la gabelle (impôt sur le sel, monopole d’État sous l'Ancien Régime avec obligation pour chaque sujet du roi d'acheter tous les ans une certaine quantité de sel) existait depuis 1340.

À Serres se trouvait le dépôt de sel de la région, donc, obligation aux marchands de laisser le sel au dépôt avec la cascade de taxes qui l'accompagnait.

Pourquoi prendre un chemin onéreux, alors que sur une vallée parallèle, le passage est gratuit ? L’itinéraire le plus simple était : Montmorin -Col d'Arron -La Montagne - Sigottier -La Batie Montsaléon. De plus, il était facile de se camoufler à Sigottier, il y avait tellement de monde qui circulait entre La montagne et Le Village avec l’exploitation minière.

La route était alors un chemin à flanc de montagne sur le versant de l’adret, passant à proximité des mines (Montagne anciennement nommée l’Argentière du fait de la mine). On retrouve encore aujourd’hui des traces de ce chemin, même s’il n’est plus guère emprunté que par les chèvres.

Activité minière L'exploitation minière à Sigottier est avérée dès le , probablement plus tôt. Certaines sources parlent même du . Cela semble plausible car le Moyen Âge correspond à un temps fort de l’activité minière et métallurgique, mais nous n'avons pas traces écrites pour confirmer cette hypothèse.

L'activité semble s'arrêter et reprendre à plusieurs reprises. On tente d’y revenir et d'exploiter le zinc entre 1890 et 1931 mais l'opération ne se poursuit pas après guerreAncel, Bruno. (2006). Archéologie minière dans les Alpes du Sud et la Provence.. Actes Coll. “Mine et métallurgie en Provence et dans les Alpes du Sud de la Préhistoire au XXe siècle : reconversion industrielle et enjeux culturels”, Châteaudouble 2001. - 4000 ans d’histoire des mines. Mélanges Jean-Paul Jacob. Actilia Multimédia. 159-176..

L'exploitation est située sur la montagne alors nommée « L'Argentière », sur la crête dans le prolongement du rocher Saint-Michel, avec des entrées du côté de Sigottier et également du côté de La Piarre ("Le Jallet"). La route du fond de la vallée n'existait alors pas et tout semble indiquer que l'accès à la vallée du torrent d'Arron et au lieu-dit « la Montagne », et donc aux mines, se faisait a flanc de montagne.

Il existe quelques témoignages historiques de cette exploitation minière :

Lorsque Lesdiguières fit de Serres son quartier général en 1581 : « On exploita activement les mines de plomb de Sigottier et de la Piarre ; les paysans furent requis pour y travailler et aussi, avec leurs mulets, pour le transport du minerai à la fonderie ». Durant les évènements des années 1580 Lesdiguière aurait donc stimulé une activité certainement préexistante pour approvisionner en plomb son armée. Il est donc probable que l’on exploitait déjà à ce moment-là, mais de façon plus confidentielle, le plomb et sans doute l’argent dans la région de Serres. La teneur de 1 ‰ en métal précieux font de la galène de ces gisements un minerai de plomb argentifère tout à fait honorable et aussi riche que celui de la mine d’argent du Fournel à l’Argentière-la-Bessée ou de celle de Vallauria à Tende.

Les quantités exploitées sont difficiles à estimer, car « Les communautés ne dévoilent aucun indice de prospérité ... de crainte de conséquences fiscales »

La fonderie aurait été située à Serres, sous le Portalet près des murailles de la ville.

L’exploitation aurait ensuite été abandonnée pour sa pauvreté, avant de reprendre selon certains témoignages : « Il existe une mine de plomb et d’argent que l’ancien seigneur du lieu avait découvert il y a environ 160 à 180 ans (vers 1660) et en continua l’exploitation assez longtemps ayant épuisé les bois de la commune et ceux des environs et fait sa fortune. Un évènement qui lui fit craindre pour ses jours, le déconcertère et il abandonna. »Lettre du maire de Sigottier, 23 avril 1838 ; Archives départementales des Hautes-Alpes, 8S 3065