Carmen est un opéra-comique en quatre actes de Georges Bizet, sur un livret d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy. L’œuvre est une adaptation de la nouvelle Carmen de Prosper Mérimée.. Carmen est une œuvre qui se rapproche de l'exotisme alors à la mode, qui se déroule dans une Espagne imaginaire. À la différence de Mérimée, Bizet choisit de faire de Carmen le personnage principal de cette histoire, à contre-pied du contrat social habituellement admis..

« Carmen », tout en transfigurant les réalismes littéraires hérités de Stendhal, Balzac et Flaubert, constitue le moment inaugural qui a inspiré ensuite les opéras véristes issus du mouvement naturaliste.

Créé le à l'Opéra-Comique sous la direction dans une mise en scène de Charles Ponchard, l'ouvrage ne rencontra pas le succès escompté, ce qui affecta beaucoup son compositeur (mort trois mois plus tard). Le succès viendra à partir du , grâce à l'interprétation à Bruxelles de Minnie HaukMichael Christoforidis, Elizabeth Kertesz, Carmen and the Staging of Spain: Recasting Bizet's Opera in the Belle Epoque, 2019, . Sa manière de chanter très intense entraîne un succès immédiat et est à l'origine de la renommée durable de l'opéra qui n'avait pas marqué les esprits lors de sa créationNorman Lebrecht, Genius & Anxiety: How Jews Changed the World, 1847-1947, 2020, . Aujourd'hui, Carmen est l'un des opéras les plus joués au mondeRevue Management & Avenir, 2006/3 .

Rôles vignette|Signature d'une partition par les auteurs et des interprètes de Carmen réunis le à l'occasion de la ; Rose Delaunay interprétait le rôle de Micaëla. Reproduction par la revue L'Art du théâtre en 1905, dix années après la première. Célestine Galli-Marié, Esther Chevalier et Barnolt jouaient encore les rôles qu'ils ont créés. RôleVoixDistribution lors de la création, 3 mars 1875Chef : Adolphe Deloffre Don José, caporal des dragons ténor Paul Lhérie Escamillo, toréador baryton Jacques Bouhy Le Dancaïre, contrebandier ténor comique Pierre-Armand Potel Le Remendado, contrebandier ténor comique Barnolt Zuniga, lieutenant des dragons basse Eugène Dufriche Moralès, brigadier baryton Edmond Duvernoy Lillas Pastia, aubergiste rôle parlé M. Nathan Un Guide rôle parlé M. Teste Carmen, une bohémienne mezzo-soprano Célestine Galli-Marié Micaëla, jeune NavarraisePersonnage qui n'existe pas dans l'œuvre originale de Prosper Mérimée et qui est destiné à faire contraste avec la sulfureuse Carmen vis-à-vis de la censure. soprano Marguerite Chapuy Frasquita, bohémienne, compagne de Carmen soprano Alice Ducasse Mercédès, bohémienne, compagne de Carmen soprano Esther Chevalier Chœurs : Soldats, jeunes gens, filles de la fabrique de cigarettes, supporters d'Escamillo, bohémiens, marchands, policiers, matadors, peuple, enfants.

Les décors sont d'Auguste Alfred Rubé et Philippe Chaperon, ce dernier inspiré par un voyage en Espagne. La plupart des costumes ont été dessinés par Édouard Detaille et Georges Clairin.

Orchestre L'orchestre est composé de : premiers et seconds violons, altos, violoncelles, contrebasses, 2 flûtes (prenant chacune aussi le piccolo), 2 hautbois (le 2ème prenant parfois le cor anglais), 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, 2 trompettes (historiquement des cornets à pistons), 3 trombones, 2 harpes (une partie), des timbales, 1 grosse caisse, cymbales frappées, 1 triangle, 1 tambourin, castagnettes

Argument L'action se passe à Séville et dans les environs, au début du ..

Acte I - La place Le prélude est l'un des plus célèbres de l'histoire de la musique : c'est un Allegro giocoso débordant au rythme joyeux et bondissant correspondant au motif de la corrida, entrecoupé d'abord par un petit thème du quatrième acte (où l'alguazil se fait copieusement huer) puis par le motif de la chanson d'Escamillo. Il est suivi immédiatement par un sombre Andante moderato dont le caractère inquiétant et frissonnant marque le thème du destin funeste qui sera joué aux moments clefs de l'opéra (Carmen jette la fleur à José, Micaëla convainc José de partir) et résonnera à toute volée à la fin du duo final.

Une place à Séville, entre la caserne des dragons d'Alcala et une manufacture de tabac (il en existe une à Séville) des soldats montent la garde. Leur brigadier, Moralès, voit arriver une jeune fille aux nattes blondes : c'est Micaëla qui cherche son ami d'enfance, le brigadier Don José, originaire du même village qu'elle, et dont la mère l'a en partie élevée. Les sollicitations des dragons se faisant trop pressantes, elle s'éclipse. Les clairons de la garde montante sont suivis d'un petit groupe de gamins qui jouent aux soldats : « avec la garde montante, nous arrivons, nous voilà... sonne, trompette éclatante, ta ra ta, ta ra ta ta ; nous marchons la tête haute, comme de petits soldats ». Moralès annonce à Don José qu'une « jolie fille est venue le demander » et qu'elle reviendra. Don José lui répond que c'est sûrement Micaëla. Le capitaine Zuniga, nouveau dans la province, demande à Don José s'il sait ce qu'est ce bâtiment de l'autre côté de la place. C'est, répond le brigadier, une manufacture de tabac où travaillent seulement des femmes. Sont-elles jolies ? demande le capitaine. Don José répond qu'il l'ignore, car, étant navarrais, il estime que « ces Andalouses lui font peur », qu'il « préfère éviter le regard brûlant des Andalouses et de notre jouissante Carmen ». Il raconte comment il est devenu soldat.

vignette|Manuscrit de la Habanera. La cloche sonne. C'est l'heure de la pause pour les cigarières de la manufacture qui font l'éloge de la fumée du tabac : « Dans l'air, nous suivons des yeux la fumée qui vers les cieux monte, monte parfumée [...] »

Une ouvrière, la plus attendue de toutes, ne tarde pas à apparaître ; c'est Carmen. Les jeunes gens assemblés lui demandent quand elle les aimera. En guise de réponse Carmen expose sa philosophie de l'amour, quelque peu pessimiste, dans la habanera « L'amour est un oiseau rebelle », pour laquelle Bizet s'est fortement inspiré de la habanera El Arreglito (« Le petit arrangement ») du compositeur basque espagnol Sebastián Iradier :

« L'amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser et c'est bien en vain qu'on l'appelle s'il lui convient de refuser [...] L'amour est enfant de bohème Il n'a jamais jamais connu de loi Si tu ne m'aimes pas je t'aime si je t'aime prends garde à toi. » Alors qu'elle chantait sa chanson, Carmen a repéré Don José ; elle l'aborde et engage avec lui une conversation sur un ton un peu moqueur, puis arrache de son corsage une fleur qu'elle lance au jeune homme. Cette fleur signifie qu'elle le choisit. « Quelle effronterie », dit le destinataire, qui néanmoins très troublé, après quelque hésitation ramasse la fleur qui est tombée à terre, la respire en disant : « Certainement, s'il y a des sorcières, cette fille-là en est une ».

Arrive Micaëla qui annonce à Don José qu'elle vient de la part de sa mère ; ils chantent la nostalgie de leur village navarrais, elle lui remet au jeune homme une lettre qui lui conseille d'épouser la porteuse de la lettre, car « il n'y en a pas de plus sage et de plus gentille ». Micaëla donne à José le baiser qu’elle a promis à la mère de transmettre à son fils, José lui rend le baiser. Micaëla s‘en va, Don José relit la lettre : « il n'y en a pas de plus sage ni de plus gentille. » : José se félicite de revenir à la raison après avoir failli succomber à Carmen.

Un vif tumulte se produit. Carmen, « railleuse à son ordinaire », s'est moquée d'une ouvrière, il en est résulté une bagarre et Carmen a marqué une croix de saint André au couteau sur le visage de son adversaire.

Zuniga interroge Carmen, qui fredonne pour toute réponse. Zuniga fait arrêter la bohémienne et lui promet la prison. Ce sera Don José qui sera chargé de l'y conduire. Carmen commence à embobiner son aimable gardien et chante la séguédille :

« Près des remparts de Séville chez mon ami Lillas Pastia j'irai danser la séguédille et boire du Manzanilla [...] j'emmènerai mon amoureux mon amoureux ? Il est au diable je l'ai mis à la porte hier mon pauvre cœur est très consolable mon cœur est libre comme l'air j'ai des galants à la douzaine (...) qui veut m'aimer, je l'aimerai. »

Et elle dit qu'elle pense à « certain officier qui n'est que brigadier » et joue une scène enjôleuse à José. Celui-ci finit par céder à son attirance pour la bohémienne : fou d’amour, il délie la corde qui lie les mains de Carmen, qui s‘enfuit lorsque les soldats veulent l’emmener, sous les rires et les vivats des cigarières et de la foule.

Acte II - La taverne Deux mois plus tard, des soldats et quelques officiers se trouvent dans la taverne de Lillas Pastia, repaire notoire de contrebandiers. Carmen chante la « chanson bohème », accompagnée des deux autres bohémiennes, ses amies Mercedes et Frasquita. Lillas Pastia déclare que l'heure de la fermeture a sonné ; le capitaine Zuniga lui répond qu'il n'est pas dupe de ce qui se passe dans l'établissement après la fermeture.

Zuniga invite les bohémiennes au théâtre : elles refusent. Il invite Carmen qui refuse également ; il lui demande si c'est parce qu'elle lui en veut de l’avoir envoyée en prison. Carmen feint de ne pas s'en souvenir et Zuniga lui annonce que le jeune brigadier chargé de la conduire s'est fait dégrader et emprisonner pour l'avoir laissé échapper. Le soldat vient de terminer de purger sa peine.

Des exclamations viennent de l'extérieur de la taverne : « Vivat le torero, vivat Escamillo ». Le chœur loue l'intrépidité d'Escamillo, qui s'est couvert de gloire aux dernières courses de Grenade. À l'invitation de Moralès, il entre dans l'auberge et se présente avec le Chant du toréador (« Votre toast, je peux vous le rendre »). Escamillo aperçoit Carmen et lui fait des avances qu'elle rejette avec une certaine coquetterie. vignette|Anna Caterina Antonacci et Andrew Richards, Opéra Comique, 2009.

Les contrebandiers Le Dancaïre et Le Remendado essayent d'embringuer Carmen et ses deux amies dans une opération de transport de marchandises de contrebande à travers la montagne. Carmen refuse de les accompagner. La raison ? « Je suis amoureuse, à perdre l‘esprit » Le Dancaïre : « Voyons, Carmen, sois sérieuse. »

De qui Carmen est-elle amoureuse ? Certainement, dit Frasquita, de ce prisonnier à qui Carmen a fait remettre une lime et une pièce d'or pour qu'il puisse s'échapper ; il ne s'en est pas servi.

Don José, tout juste sorti de prison, fait son entrée au moment où tous les autres, sauf Carmen, partent. Elle lui demande pourquoi il ne s'est pas servi de cette lime. Le brigadier répond que son honneur de soldat lui interdit de déserter et proclame son amour à celle qu'il retrouve.

Carmen s'amuse à rendre jaloux son amoureux en disant qu'elle a dansé pour les soldats, puis elle le calme en disant qu'elle dansera pour lui seul cette fois, ce qu'elle fait au cours d'une danse très suggestive et ensorcelante. Alors, le clairon sonne et Don José veut rejoindre son unité, ce que n'accepte pas Carmen qui le chasse avec colère et mépris :

« Il court, il perd la tête et voilà son amour. » Don José proteste de toute sa force : « la fleur que tu m'avais jetée dans la prison était restée flétrie et sèche cette fleur gardait toujours sa douce odeur. »

Carmen demande à Don José, pour lui prouver son amour, de la suivre dans la montagne « là-bas si tu m'aimais » avec les contrebandiers. Pour Don José, ce serait la honte et l'infamie que de déserter. « Non, je ne t'aime plus » lui dit Carmen. « Adieu, adieu pour toujours » dit Don José.

Survient le capitaine Zuniga, qui entre en faisant sauter la porte et qui prétend user de l'autorité que lui confère son grade pour chasser le brigadier et courtiser Carmen. Don José saute sur son sabre, les contrebandiers désarment le capitaine et le retiennent quelque temps. Zuniga admet son impuissance et tient des propos menaçants à l'égard de Don José.