Le Tour de France 1919 est la du Tour de France. Première édition disputée depuis la fin de la Première Guerre mondiale, l'épreuve cycliste organisée par le journal L'Auto se déroule du au 1919. Disputé en quinze étapes, pour une distance totale de , ce Tour est alors le plus long depuis sa création et est encore le deuxième plus long après celui de 1926.

Le coureur belge Firmin Lambot, vainqueur d'une étape, remporte le classement général, devant les Français Jean Alavoine, vainqueur de cinq étapes, et Eugène Christophe. Soixante-sept coureurs prennent le départ de la course mais seuls onze d'entre eux rallient l'arrivée à Paris et finalement dix figurent au classement général d'une édition marquée par des conditions météorologiques défavorables lors des premières étapes et un parcours rendu difficile par le mauvais état des routes et le manque de matériel au sortir de la guerre. Il s'agit du plus faible total d'arrivants depuis la naissance du Tour.

Cette édition marque l'histoire de l'épreuve à plusieurs titres. En s'inscrivant dans un mouvement de , qui célèbre le rattachement à la France de l'Alsace-Lorraine, le Tour fait pour la première fois étape à Strasbourg et sillonne les routes des provinces auparavant annexées à l'Allemagne. Par ailleurs, le Tour 1919 voit la création officielle du maillot jaune pour distinguer le leader du classement général. Eugène Christophe est le premier coureur à recevoir ce maillot, qui reprend les couleurs des pages du journal organisateur, au départ de la onzième étape à Grenoble. Il le perd quelques jours plus tard à la suite d'un incident mécanique.

Contexte

Comme la plupart des principales épreuves cyclistes sur route, le Tour de France subit une interruption de quatre années en raison des combats de la Première Guerre mondiale. Dès la signature de l'armistice, les organisateurs décident de remettre sur pied leurs épreuves. Ainsi La Gazzetta dello Sport annonce la reprise du Tour d'Italie et L'Auto lui emboîte le pas en confirmant la tenue du Tour de France 1919. Directeur de la course, Henri Desgrange en fait l'annonce dans les colonnes de son journal le , tout en précisant que la course doit se tenir du au suivants.. Très vite, le calendrier cycliste de la saison se met en place avec la reprise des anciennes épreuves comme le Tour des Flandres ou Paris-Roubaix. Ce calendrier est confirmé par l'Union vélocipédique de France et publié dans L'Auto le .

En prévoyant l'organisation du Tour dès l'année 1919, L'Auto se prémunit d'une éventuelle concurrence, d'autant plus que les autres grands quotidiens de l'époque, sportifs ou non, créent de nouvelles épreuves, comme le Circuit des Champs de Bataille mis en place par Le Petit Journal de fin avril à début mai. Après quatre années de guerre, la reprise du Tour doit permettre à L'Auto de retrouver un niveau de ventes satisfaisant et d'assurer son avenir financier. Henri Desgrange compte également s'appuyer sur l'enthousiasme né de l'organisation des Jeux interalliés organisés au stade Pershing à Paris, à partir du ..

La décision de reprendre le Tour aussi tôt après la fin de la guerre n'est pas sans entraîner quelques difficultés d'organisation. Quelques mois après la fin du conflit, le matériel manque encore et reste rationné. Les industries du cycle et de l'automobile, reconverties en industries de guerre pour la fabrication d'armes, n'ont pas encore repris pleinement leurs productions d'origine. De même, l'état des routes pose question : elles sont fortement endommagées dans les régions qui ont subi les combats et mal entretenues dans le reste de la France. Enfin, certains hôtels sont toujours réquisitionnés, ce qui soulève le problème du logement des coureurs et du personnel pendant l'épreuve.

La participation des coureurs n'est d'ailleurs pas assurée : plusieurs mois après la signature de l'armistice, certains sont encore mobilisés. Retenus dans leur garnison, ils ne peuvent s'entraîner convenablement. Malgré ces difficultés, Henri Desgrange est déterminé à ce que le Tour reprenne dès cette année 1919, comme il le déclare dans son journal : . Il est finalement conforté dans son entreprise par la réussite des différentes épreuves organisées depuis début de l'année, à l'image de Paris-Roubaix, du Circuit des Champs de Bataille ou du Tour d'Italie.

Présentation Parcours vignette|redresse|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme assis à son bureau.|Henri Desgrange, ici en 1914, célèbre le premier passage du Tour en Alsace.

Le parcours du Tour de France 1919 comporte quinze étapes, comme en 1914. Le grand départ et l'arrivée finale sont situés à Paris, ce qui est le cas depuis 1905. L'édition 1919 est en revanche la plus longue de l'histoire de l'épreuve depuis sa création, avec une distance totale de . Comme lors des Tours 1913 et 1914, le sens de rotation est inversé : les coureurs s'élancent de Paris vers l'ouest pour revenir vers la capitale par l'est. Ainsi, comme avant-guerre, la course fait étape au Havre, à Cherbourg, à Brest, puis aux Sables-d'Olonne et non plus à La Rochelle. Les Pyrénées sont traversées en faisant étape à Bayonne, Luchon et Perpignan. Le Tour passe ensuite par Marseille, Nice, Grenoble, Genève, Strasbourg, Metz et Dunkerque et s'achève à Paris, au Parc des Princes. Avec une distance de , la cinquième étape entre Les Sables-d'Olonne et Bayonne est la plus longue de cette édition, tandis que la treizième entre Strasbourg et Metz est la plus courte, avec une longueur de .

vignette|gauche|alt=Gravure en noir et blanc de la ville.|Strasbourg en 1919. Le nouveau parcours du Tour de France prend par ailleurs une dimension politique : en faisant étape à Metz et Strasbourg, tout en sillonnant les routes de la plaine d'Alsace et de la Moselle, il célèbre ainsi le retour au sein de l'espace géographique français des provinces perdues en 1870. Le Tour finit d'épouser les frontières nationales pour former le voulu par Henri Desgrange et commencé avant-guerre.

Règlement Comme depuis le Tour de France 1913, le classement général est établi par l'addition des temps des coureurs à chaque étape. Durant l'épreuve, les coureurs ne doivent utiliser qu'un seul vélo, poinçonné lors des opérations de contrôle, et ne peuvent bénéficier de l'aide d'aucun soigneur ni d'aucun suiveur de leur équipe sous peine d'être mis hors course. De même, l'assistance mécanique ou le ravitaillement entre les coureurs sont interdits. Chaque étape est suivie d'une journée de repos lors de laquelle les coureurs peuvent recevoir des soins, à condition que les soigneurs aient été agréés par L'Auto avant le départ de la course.

Le Tour de France est richement doté avec un total de prix de . Le vainqueur du Tour reçoit la somme de , le deuxième obtient et le troisième reçoit . Ces prix sont dégressifs et versés jusqu'au vingt-cinquième rang du classement général final. Des prix sont également accordés à chaque étape aux huit premiers coureurs classés, de la manière suivante : au vainqueur, puis 200, 125, 100, 75, 50, 25 et 25. Il est à noter que ces prix sont doublés à partir de la neuvième étape. Des prix particuliers sont accordés aux coureurs de la , aussi bien aux étapes qu'au classement général : ainsi le meilleur coureur de cette catégorie reçoit à l'arrivée des étapes, et à Paris. Des prix spéciaux sont également accordés par des entreprises ou des particuliers lors de certaines étapes.

Coureurs engagés thumb|upright|alt=Photographie en noir et blanc d'un cycliste se tenant debout à côté de son vélo.|Vainqueur de Paris-Roubaix et Bordeaux-Paris, Henri Pélissier figure parmi les favoris du Tour.

Comme de nombreux cyclistes mobilisés, trois anciens vainqueurs du Tour sont morts pendant la Première Guerre mondiale. François Faber, engagé dans la légion étrangère, est tué à Carency en 1915. Octave Lapize tombe quant à lui lors d'un combat aérien en . et Lucien Petit-Breton meurt au front dans un accident d'automobile..

Dans les mois qui précèdent le Tour de France, s'inscrivent, mais ils ne sont finalement que 67 à prendre le départ de l'épreuve. Ce nombre est bien inférieur aux de l'édition 1914, la dernière avant le déclenchement de la guerre. Certains coureurs expliquent leur défection par le manque d'entraînement dû à une mobilisation qui s'étale longuement après la fin de l'armistice, quand d'autres évoquent la fatigue liée à la participation à de nombreuses épreuves depuis le début de la saison cycliste. L'Italien Costante Girardengo, grand vainqueur du Tour d'Italie, renonce à courir la Grande boucle, ce qui déçoit fortement le directeur de l'épreuve Henri Desgrange. D'autres coureurs qui ont brillé dans les mois qui précèdent manquent à l'appel, comme les Belges Charles Deruyter, vainqueur du Circuit des Champs de Bataille, et Henri Van Lerberghe, vainqueur du Tour des Flandres, ou encore le Suisse Oscar Egg, vainqueur d'étapes sur le Tour d'Italie et le Circuit des Champs de bataille.

vignette|redresse|gauche|alt=Photographie d'un cycliste sur son vélo.|Jean Alavoine est l'un des coureurs les plus expérimentés au départ. Les engagés sur le Tour de France sont répartis en deux catégories : 43 d'entre eux sont regroupés en équipes au sein de la et 24 disputent l'épreuve de manière isolée au sein de la . Les Français sont les plus nombreux parmi les engagés, avec , dont les frères Henri et Francis Pélissier, le premier affichant une excellente condition depuis le début de la en ayant remporté les classiques Paris-Roubaix et Bordeaux-Paris. Deuxième du Tour de France 1912, le Eugène Christophe représente également une belle chance de succès, de même que Jean Alavoine, déjà monté à deux reprises sur le podium du Tour et vainqueur de six étapes avant la guerre, ou encore l'expérimenté Paul Duboc, deuxième en 1911 et vainqueur de cinq étapes au cours de ses différentes participations.

Le cyclisme belge présente lui aussi un contingent important avec engagés, dont deux anciens lauréats du Tour : Odile Defraye, vainqueur en 1912 et Philippe Thys, vainqueur en 1913 et 1914. Marcel Buysse, qui a remporté six étapes en 1913, est lui aussi présent aux côtés de son frère Lucien, de même que Louis Mottiat, Jean Rossius, Firmin Lambot et Louis Heusghem, tous d'anciens vainqueurs d'étapes. Avant le départ de l'épreuve, L'Auto met aussi en avant les vainqueurs des différentes classiques de la saison, comme Hector Tiberghien, qui s'impose sur Paris-Tours, ou Alexis Michiels, qui remporte Paris-Bruxelles. Deux coureurs italiens, Luigi Lucotti et Pietro Fasoli, ainsi que le cycliste espagnol José Orduna, complètent le peloton.

Dans les colonnes de L'Auto, à la veille du départ, Henri Desgrange fait d'Émile Masson, vainqueur du Tour de Belgique, le favori de l'épreuve.

Équipes participantes En difficultés financières pour parrainer une équipe au sortir de la guerre, la plupart des fabricants de cycles décident de s'unir pour faire face au manque de matériel. Ils sont ainsi regroupés au sein du consortium La Sportive, dirigé par Alphonse Baugé, qui équipe plus de la moitié du peloton. Les principaux favoris de l'épreuve portent donc le maillot gris du consortium, à l'image de Philippe Thys, Eugène Christophe ou encore Henri Pélissier. Deux autres marques engagent néanmoins des coureurs sur cette édition 1919 : la firme J.B. Louvet est représentée par sept coureurs belges et français, comme Constant Ménager ou Urbain Anseeuw, tandis que la marque italienne Bianchi engage trois coureurs : Luigi Lucotti et les frères Marcel et Lucien Buysse...

Déroulement de la course De la Normandie à la Bretagne : la domination des Pélissier (de la à la ) vignette|redresse|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en tenue militraire.|Francis Pélissier, vainqueur de la .