thumb|250px|right|Façade de la synagogue de Nîmes L'histoire des Juifs à Nîmes, comme dans de nombreuses autres villes du sud de la France, remonte au début du Moyen Âge. Malgré souvent l'hostilité générale de la population chrétienne, la communauté juive y est très active jusqu'à son expulsion définitive du royaume de France en 1394. Redevenue florissante à la fin du , elle joue un rôle important dans l'histoire du judaïsme français. Décimée pendant la Seconde Guerre mondiale, elle connaît un renouveau avec l'arrivée des rapatriés d'Algérie dans les années 1960.
La communauté juive de Nîmes au Moyen Âge Les Juifs jusqu'à leur expulsion en 1306 On ignore la date à laquelle les premières Juifs sont venus s'installer à Nîmes. On sait que certains, chassés d'Espagne en 672 par Wamba, roi des Wisigoths, trouvent refuge à Nîmes, accueillis favorablement par Hildéric, comte de Nîmes. En bonne relation avec leurs voisins chrétiens, la communauté juive prospère et acquiert une grande importance, devenant l'une des communautés juives les plus actives du Languedoc. Nîmes devient aussi un centre d'études religieuses.
Vers la fin du , la communauté se compose d'une centaine de familles. Trois notables en président l'administration. Plusieurs membres de la communauté sont reconnus comme d'éminents médecins. Grâce à l'esprit de tolérance des habitants de Nîmes, un de ses membres, du nom de Durant, remplit même la fonction de sous-viguier, en rendant la justice au nom du comte.
Les Juifs occupent un quartier, la juiverie qui leur est réservé, situé dans le centre-ville, rue du Chapitre. La situation des Juifs se détériore nettement à Nîmes, après les différents concilesConcile de Narbonne en 1227; d'Arles en 1234; de Béziers en 1246; d'Albi en 1254; nouveau concile à Arles en 1260; enfin concile de Nîmes en 1284. tenus dans la région au , et plus particulièrement de celui de Nîmes de 1284 qui mentionne les mesures prises par l'Église pour humilier et abaisser les Juifs et les séparer de la société chrétienne. Ces mesures vont être appliquées par l'évêque Bertrand II de Languissel, évêque de Nîmes de 1280 à 1324. Il ordonne entre autres que « les juifs du diocèse de Nîmes porteront en tout temps une roseTerme employé en latin : Rosa, une pièce d'étoffe de forme circulaire ressemblant à une rose. Il est vraisemblable que le scribe aurait dû écrire Rota pour rouelle au milieu de la poitrine, afin qu'on les distingue des chrétiens ». Les autres règles contraignantes appliquées partout en FranceII est interdit aux Juifs de se présenter dans la rue à l'époque de la Passion, d'avoir chez eux des nourrices chrétiennes, de travailler publiquement le dimanche et les jours de fête, de vendre de la viande ou d'en manger ouvertement en carême et aux jours où les chrétiens s'en abstiennent. Aucun chrétien, sous peine d'excommunication, ne pourra vendre, soit à la boucherie, soit ailleurs dans la ville, les restes des viandes des juifs. Il ne s'assiéra pas à la table d'un juif et ne le recevra pas à la sienne a Puisque les juifs considèrent comme immondes les mets d'un chrétien, il est indigne et sacrilège pour les chrétiens de manger des leurs. Qu'aucun chrétien ne mange de leur pain azyme, n'habite avec eux dans la même maison, ne fasse appel à leurs médecins ou ne prenne un bain avec eux. Il ne doit plus leur être confié de charge publique. On ne contraindra au baptême ni juifs, ni païens; mais si leur désir d'embrasser le christianisme a été rendu public, qu'on ne se laisse arrêter par aucune protestation, pas même par celle des maîtres, et que jamais, à cause de sa conversion, le nouveau chrétien ne puisse être dépossédé de ses biens. Si le converti est esclave d'un chrétien, il demeurera esclave, mais s'il l'est d'un juif, le baptême le libérera immédiatement de la servitude. sont appliquées avec extrême rigueur à Nîmes.
En 1295, le roi Philippe le Bel ordonne à Alphonse de Rouvroi, sénéchal de Beaucaire, dont la circonscription inclut la ville de Nîmes, de faire arrêter les plus riches juifs du pays et d'en envoyer six au Châtelet de Paris, de saisir leurs biens, d'en dresser un inventaire et de lui en faire savoir la valeur, ainsi que d'effectuer des perquisitions dans toutes les maisons, soit des juifs, soit des chrétiens, où les juifs auraient pu avoir caché de l'argent et des effets, et de remettre à ses receveurs toutes les sommes trouvées. L'évêque de Nîmes se voyant dépossédé d'une partie de ses ressources, réclama, alléguant qu'on ne pouvait rien entreprendre sur les hommes « taillables de son église et sujets de sa justice ». Le roi de France faisant droit à ces réclamations, écrivit alors au sénéchal de délivrer les juifs de la juridiction de Nîmes qu'il avait fait arrêter, et de leur rendre tous les biens qu'il leur avait saisisLéon Ménard, Histoire de Nîmes, I, page 412; preuves: page 125; éditeur: typographie Clavel-Barillet; janvier 1873; cité par Joseph Simon : Histoire des Juifs de Nîmes, de la fin du à la fin du ; 1886;
La communauté de Nîmes a alors à sa tête deux rabbins distingués, R. Yehoudah ben Abraham Nemsi (de Nîmes) qui échange des questions et réponses avec R. Eliezer de Tarascon et R. Samuel d'Agde, et don Vidas qui consulte Abba Mari de LunelErnest Renan : Les Rabbins français dans l'Histoire littéraire de la France; tome XXVII; pages: 517 et 665.
En 1306 le roi Philippe le Bel ordonne l'expulsion de tous les Juifs du royaume de France, afin de s'en approprier les biens. Le , un arrêt d'exil est signifié aux Juifs qui ont un mois pour quitter le sol français. Beaucoup de Juifs de Nîmes fuient vers la Provence qui appartient à l'Empire, le Roussillon qui appartient au royaume de Majorque, la Savoie, l'Italie ou l'Espagne. Quelques-uns s'installent en Palestine. Tous leurs biens sont immédiatement confisqués et dès le , un mandement ordonne aux surintendants dans l'affaire des juifs et aux sénéchaux de mettre en vente les immeubles saisis en imposant aux acheteurs de révéler les trésors qu'ils pourraient trouver dans lesdits immeubles, maisons, terres ou vignes. Bertrand de Crépy, chanoine de Beauvais, commissaire royal dans l'affaire des juifs assiste comme adjoint Bertrand de l'Isle Jourdain, alors sénéchal de Beaucaire, Pour la ville de Nîmes, ils délèguent leurs pouvoirs à Pierre d'Auriac, sous-viguier de la cour royale de Nîmes, à Guillaume Gombrand et à Pons Fabre, citoyens de Nîmes, par mandat donné à Nîmes le mardi après la fête de la Nativité de l'an 1306. Dès le , les ventes des biens des Juifs commencent.
On n'a aucun document prouvant que l'évêque de Nîmes ait réclamé à cette occasion sa part de la dépouille en prétendant avoir la propriété des Juifs de son diocèse, comme il l'avait fait en 1295, et comme de nombreux évêques l'ont demandé, tel que l'évêque de Saint-Gilles, ville distante de seulement .
De leur retour à Nîmes en 1315 jusqu'à leur expulsion définitive en 1394
Pour des raisons financières, le roi Louis X le Hutin rappelle en 1315, les juifs dans son royaume, mais leurs biens ne leur sont pas rendus. Les Juifs n'ont plus de terre, plus de vigne et leur premier soin, en revenant est d'essayer de récupérer leurs créances, mais en 1317, Philippe V le Long envoie au sénéchal de Beaucaire un mandement dans lequel il lui enjoint de ne pas laisser exiger d'usures par les juifs et de les obliger à porter comme avant leur proscription la rouelle, « afin d'éviter les inconvénients et scandales qui en résulteraient, surtout à l'égard des femmes, si l'on n'établissait une différence entre les juives et les chrétiennesLéon Ménard, Histoire de Nîmes, II, page 21; preuves: page 25; éditeur: typographie Clavel-Barillet; janvier 1873; cité par Joseph Simon: Histoire des Juifs de Nîmes, de la fin du à la fin du ; 1886;
Charles IV le Bel, successeur de Philippe le Long, impose une contribution exorbitante aux Juifs, dont la part incombant à ceux de la sénéchaussée de Beaucaire s'élève à livres tournoisIsrael Bedarride: Les Juifs en France, en Italie et en Espagne, recherches sur leur état depuis leur dispersion jusqu'à nos jours, sous le rapport de la législation, de la littérature et du commerce; éditeur: Michel Lévy frères; 1859; page: 235; réédition: Kessinger Publishing; 10 septembre 2010; .
De nouveau expulsés par Philippe de Valois, ruiné par la défaite de Crécy, pour s'emparer de leurs créances, ils sont rappelés en 1359, afin de payer la rançon du roi de France Jean le Bon, prisonnier des Anglais. Celui-ci leur accorde de nombreux privilèges, car « Plus les juifs auront de privilèges, dit-il dans son ordonnance, mieux ils pourront payer la taxe que le roi fait peser sur euxIsrael Bedarride : Les Juifs en France, en Italie et en Espagne, recherches sur leur état depuis leur dispersion jusqu'à nos jours, sous le rapport de la législation, de la littérature et du commerce; éditeur : Michel Lévy frères; 1859; page: 242 ».
Encouragés par les conditions offertes, les Juifs reviennent en grand nombre à Nîmes comme dans toutes les villes du Midi.
À Nîmes, par décision du conseil municipal du , on leur attribue alors, afin qu'ils demeurent séparés de la population chrétienne, une partie de la rue de la Corrégerie-VieilleNîmes et ses rues; éditeur: Albin Michel; 1876; tome 1; pages: 247 à 250; (actuellement rue de l'Étoile), mais cette rue étant située près des remparts de la ville, certains habitants chrétiens prennent l'habitude de leur jeter des pierres du haut des remparts. La communauté demande au Conseil de la ville de leur attribuer un autre quartier, ce qui est accepté lors du conseil du . Ils peuvent alors s'installer dans la rue Caguensul (actuellement la partie de la rue Guizot comprise entre la rue du Mûrier d'Espagne et la tour de l'horloge), et dans la rue Fresque, autrefois rue de la Juiverie. En 1367, les Juifs sont installés dans le quartier formé par les rues Saint-Antoine, Fresque et de la Madeleine. Les juifs y vivent groupés, mais le quartier n'est pas fermé et leurs entrées et sorties ne semblent pas avoir été réglementées.
D'après un document daté de 1089, une synagogue s'élève rue du Chapitre à l'emplacement actuel de l'hôtel de la Prévôté. Le cimetière juif est situé au nord-est de la ville, sur le mont Duplan, qui porte au le nom de Podium JudaicumLe mont Duplan a porté différents noms au Moyen Âge selon H. Noel; 1899; Par ordre chronologique, noms successifs donnés à la colline : Poium Judaïcuna, 1030 (Germer-Durand, Cartulaire de Notre-Dame de Nîmes, 1874; chapitre 3, page 231; réédition: Kessinger Publishing; 18 avril 2010;) Poium Judïcum, 1055 (Léon Ménard, Histoire de Nîmes, I, page 22, colonne 2; éditeur: typographie Clavel-Barillet; janvier 1873) Podium Judeuin 1380 (Compoix de Nîmes) Puech Juzieu , 1479 (La Taula del Poss. de Nîmes) Puech-Jésiou 1671 (Compoix de Nîmes) Puech-Jasieu (Léon Ménard, tome III, page 33) Mont Cousieu (André Duchesne, Histoire du Languedoc, chapître 6). À leur retour en 1359, les Juifs récupèrent leur ancien cimetière sur le mont Duplan. Ils doivent payer pour chaque enterrement un redevance de neuf sols tournois ou une livre de poivre au monastère de Saint-BaudileLe , maître Moïse Boniaque, médecin, et Bonfils Durant, au nom de la communauté juive, signent une nouvelle confirmation de la concession avec Raymond de Gardie, représentant du prieuré et s'engagent à observer les clauses du traité aussi longtemps qu'il plaira au roi de laisser résider les juifs en France:« Pour tout juif de Nîmes ou du dehors qui sera enterré au lieu appelé cimetière des juifs ou Podius Judeus, il sera payé 9 sous tournois de monnaie courante, ou une livre de poivre. Les bailes apporteront la somme ou le poivre au prieuré de Saint-Baudile, aux frais et dépens de la Communauté. Item. -Tout décès .d'un juif nîmois ou étranger qui devra être enterré au dit cimetière, sera dénoncé au prieuré avant l'ensevelissement. Item. Le prieur aura le choix entre la livre de poivre et les 9 sous ».