vignette|Génisse vosgienne sur la chaume du Hohneck. La chaume, jadis écrite chaulme, est un alpage ou pâturage extensif d'altitude, autrefois domaine du bétail et des hommes pendant la belle saison dans les Vosges et les régions de langue arpitane allant des cantons romands en Suisse aux Hautes Chaumes du Forez. Dans le massif des Vosges la chaume désigne l'étage subalpin qui démarre à partir de d'altitude dans cette moyenne montagne du nord-est où l'espace pastoral est légalement défini pour la pratique marcaire ou paysanne. La forte majorité des chaumes lorraines, alsaciennes et franc-comtoises sont situées sur le territoire du parc naturel régional des Ballons des Vosges. Quelques hauteurs sommitales vosgiennes conservent encore ce paysage agro-pastoral, mais s'il est visible de loin, il est, en absence de pâturage et de fauchage, le plus souvent à l'état dégradé.

Les chaumes comme hauts pâturages s’inscrivent dans un schéma de l’économie pastorale commun à l’Europe centrale des monts des Géants aux Vosges en traversant les Alpes, comme l’a étudié le Suédois John Frödin en 1940 dans son ouvrage Économie pastorale d’Europe centrale., devenu une référence reprise et complétée par les géographes contemporains...

Il convient de ne pas confondre la transhumance avec la vie pastorale des chaumistes vosgiens ou de Forêt-Noire ; la vie pastorale implique en principe une stabulation hivernale, donc la dépendance du chalet d’altitude vis-à-vis de l’habitat permanent en fond de vallée ou sur les flancs de montagne demeure entière. La chaume est un domaine de l’économie pastorale avec plusieurs établissements qui se partagent des parcelles en fonction du nombre de têtes de bétail. Il y a des différences humaines entre les massifs médioeuropéens. Par exemple, . Les chaumes vosgiennes sont un espace ouvert et diglossique.

Origine du mot La chaume ou chaulme est un terme connu du moyen français par le texte de Bouillon au . Il signale, selon le linguiste Albert Dauzat, un haut plateau dénudé. Il faut s'inscrire en faux contre cette assertion péremptoire, valable a minima pour une région semi-désertique. Les archivistes retrouvent trois termes distincts caractérisant les chaulmes : costes (côtes), paturaiges (herbages marqués par le droit seigneurial sur les pâturages), montagne (au sens où il faut quitter la vallée pour gagner d'autres territoires herbeux en hauteur). Le gros bétail, on disait autrefois les bêtes rouges, a besoin de fraîcheur et d'ombre pour ruminer, c'est pourquoi les chaumes du Jura ou des Vosges, outre d'abondante(s) fontaines, comportent presque toujours, au voisinage des herbages ouverts, des grands arbres ou mieux des parcours-dédales de pré-bois où le bétail peut ruminer. Sinon, le gardien du troupeau devait disposer de bâtiments ou d'abris sommaires suffisamment vastes.

Le mot vient du latin populaire calmis, très usité en toponymie prélatine et peut-être d'origine gauloiseHenry Suter, Calmis, sur le site des Noms de lieux de Suisse romande, Savoie et environs.. Le mot calmis est aussi connu en latin médiéval : il désigne un espace agraire momentanément abandonné au pâturage, ou impropre à la culture où il est permis de laisser paître le bétailDu Cange cite dans son dictionnaire de latin médiéval l'extrait suivant daté de 871 : « ut cuncta pecora gregum suorum per cunctas colles et calmis sive pascuaria absque ullo homine blandiente pascant ».. Il nomme aussi les sommets des montagnes pastorales. En Espagne, les chaumes y sont, d'après Du Cange, semblables à de vastes déserts. Le mot pluriel calma est cité dans une charte du roi Clotaire II en 627 qui révèle les destructions d'une calamité climatique, mais cela ne s'applique qu'aux espaces agraires de pâture, les chaumes après les récoltesEt silvas de ipso agro devastassent, et terram exinde aut prata per loca plurima invasissent, vel vineas deplantassent aut calmas rupissent (Du Cange)..

Notons qu'en Aquitaine, en Saintonge, en Berry, terre appartenant précocement au royaume de France, la chaume est une terre généralement communale réservée au pâturage des bestiaux car elle était impropre aux cultures. De même, en Bourgogne le chaume ou chaumeau, forme diminutive apparemment remasculinisée, désignait les friches de l'arrière-côte bourguignonne. Les calms, mot pluriel très proche du calmis latin, nomment en Roussillon des pâturages appartenant à la communauté où l'on mène paître les bestiaux sous la garde d'un berger commun. Les Chalms, espaces sommitaux à vocation pastorale, de Fenayrols sont citées dans l'histoire de l'Auvergne de Baluzium en 1294.

Il existe enfin les dérivés suivants : le suffixe calm des pays occitans, dans de nombreux (micro)toponymes ; les diminutifs de genre féminin chaumelle, calmelle, chalmelle, calmet ou chaumette ; une charme en français officiel du pour désigner une chaume dans une enclave forestière ; les variantes locales chaux, combe, combel, combette... , pas uniquement jurassiennes, décrivant les vallées ou vallons occupés par des chaumes.

Des observations linguistiques précédentes, il ressort que le terme calmis a pu désigner en latin médiéval un lieu de pâturage défini par une législation locale collective. Avec le temps, les chaumes d'un finage donné sont parfois devenues des friches de diverses natures. Il est ainsi difficile de distinguer chaume ou estive véritable, des espaces de parcours.

Selon certains patoisants vosgiens, une chaume désignerait une haute montagneConsulter le dictionnaire du patois de Gérardmer sur. Méfiance sur ces définitions simplistes qui demanderaient objectivement davantage de précision.. Les termes de patois vosgiens sont bien flottants et choqueraient les anciens. Les rares locuteurs actuels emploient aussi stoillon ou staillon par métonymie au lieu de « chaumes ». La parenté est évidente puisque le mot provient du mot patois stoye ou staye qui signifie l'étable.

Aussi la chaume tend à désigner aussi le chalet, la hutte ou la grange (en patois gringe), où vivent le vacher et son bétail, la jasserie des Foréziens ou le buron des Auvergnats. Et son habitant temporaire devient le chaumiste. Ce télescopage des termes a pour conséquence dans l'esprit des gens une fusion bien pratique ; quand on dit monter à la Chaume du Chitelet, on fait référence aussi bien à la maison qu'au pâturage.. Ce n'est d'ailleurs pas spécifique aux chaumes ; quand on voulait aller chez quelqu'un, il était parfois d'usage dans les contrées paysannes de nommer la maison ou son lieu-dit plutôt que le nom du propriétaire.

L'adjectif qualificatif haute et le pluriel ne paraissent effectivement pas fortuits en français actuel dans la désignation des hautes chaumesLes « hautes chaumes ». : il pourrait n'y avoir, dans une bonne logique géographique, qu'une seule chaume dans un massif, il peut y avoir des chaumes plus hautes que d'autres et il se peut également que, par le jeu d'une ligne de crête très étendue, une chaume succède à une autre en chapelet. Par conséquent, les Hautes Chaumes vosgiennes feraient logiquement référence aux plus élevées et aux plus étendues, ce qui explique que dans la langue administrative lorraine du on parle aussi de Grand PasturageDénombrement du duché de Lorraine, en 1594, par Thierry Alix président en la Chambre des comptes de Lorraine, , page 143, cf. Gallica.. Pourtant, l'expression n'est nullement patoise ou dialectale. Elle est d'origine administrative car le contrôle des richesses capitalistes s'effectuait par l'État lorrain dès la fin du .

Les Chaumes dans les Vosges Haute et basse chaume : difficile datation des pelouses d’altitude On distingue dans les Vosges les « petites chaumes » ou « basses chaumes » des « hautes chaumes ». Les premières sont des clairières ouvertes par l’homme dans la haute futaie alors que les secondes forment des pâturages asylvatiques continus généralement sur la ligne de crêtes.. Dans les hautes chaumes, les biogéographes, pédologues, palynologues et paléoécologues distinguent les « chaumes primaires » des « chaumes secondaires » considérées comme anthropiques.. Néanmoins, la datation de ces pelouses d'altitude n'est pas établie avec certitude. En se fondant sur les archives historiques, l'idée que la création des abbayes au Haut Moyen Âge a abouti au peuplement et à l'exploitation progressive des hautes vallées.. Cette première explication a été remise en cause par les analyses palynologiques qui faisaient remonter le déboisement à l'Antiquité. Or, les analyses pédoanthracologiquesPar l'identification de charbons de genévrier (Juniperus communis) datés du ou du Cette espèce est caractéristique des milieux ouverts en voie d'enfrichement remettent à nouveau en cause l'hypothèse basée sur la palynologie et prouvent selon leurs auteurs que des pâturages d'altitude existaient au moins 800 ans avant les dates les plus anciennes avancées. Par conséquent, les chaumes remonteraient au moins à la fin de l'âge du fer.. De même, la distinction entre chaume primaire et secondaire ne fait plus forcément l'unanimité. Histoire des chaumes vosgiennes vignette|Chaumes du Hohneck, Vosges. Ces prairies des hauteurs, terre d'altitude. en herbes et en graminées, où la fenaison donnait un foin petit et parfumé, se sont considérablement raréfiéesHautes chaumes. Un héritage à transmettre, par le "Parc naturel régional des ballons des Vosges"]. depuis la fin du , mais les plus notables dans le haut massif, malgré une dégradation de la végétation sous forme de broussailles et de landes à éricacées, de zones à mousses ou à lichens, à marais sphaigneux ou tourbeux, accueillent encore aujourd'hui des troupeaux bovins et peuvent aussi fournir un fourrage court et parfumé. Elles commencent souvent au milieu des forêts de hêtres, d'érables sycomores, de sapins pectinés ou d'épicéas tout en gagnant le sommet qui leur donne un nom. Lorsqu'elles se situent au-dessus de la hêtraie-sapinière, biotope d'altitude jusqu'à , elles sont qualifiées de hautes chaumes. Elles restent souvent cantonnées au voisinage des hautes valléesSe reporter à la carte de la publication du PNRBV : . de la Thur, de la Weiss, de la Fecht, de la Moselle, de la Moselotte, de la Vologne et de la MeurtheOrigine, histoire et dynamique des Hautes-Chaumes du massif vosgien. Déterminismes environnementaux et actions de l’Homme, par Stéphanie Goepp.. vignette|Plaine d'Alsace ennuagée depuis les chaumes dégradées du sud du Hohneck. Contrairement à une croyance les limitant aux divers ballons et aux environs du Hohneck, les chaumes ont existé à des altitudes faibles, parfois moins de d'altitude, ainsi que dans les Vosges gréseuses. Ainsi les terres du comté et duché de Salm ont recélé de vastes étendues de chaumes. Par exemple, il subsiste sur carte le toponyme « Chaume de Réquival », au nord-ouest du Donon, il s'agit d'un chaînon gréseux entre la vallée du Blancrupt et la vallée de la Plaine. Sur la ligne de crête du col de Saales au col du Donon et au-delà jusqu'au Schneeberg. , il y avait un grand nombre de chaumes, dont les « Hautes Chaumes » de la principauté de Salm. On peut aussi citer le vaste Champ du Feu. et les chaumes du Rossberg dans son prolongement.

Gestion des pâturages

L'historien, fasciné au siècle dernier par les reliquats de paysages visibles, retrouve dans les archives. les fameuses « Grandes Chaumes »Carte du cf . connues sous le nom de « Grand Pâturage »., amodiées entre 1300 et 1370 aux bourgeois de Munster. par l'abbaye des chanoinesses d'Empire de RemiremontLa conquête des Hautes-Chaumes par les marcaires de la vallée de Munster.. Elles couvraient en théorie les hauteurs du Ballon d'Alsace au col de la Schlucht, incluant le massif du Hohneck. Il faut soustraire au sud du Rainkopf, le Pâquis des Hautes Fées et les deux crêtes massives entourant la vallée de la Thur, présentant des chaumes exploitées par les marcaires du val de Thur sous la protection de la noble abbaye de Murbach.