L'Aquilée romaine (Aquileia en italien, Aquileia en latin) est la ville à l'origine de l'Aquilée moderne de la province d'Udine, dans la région autonome du Frioul-Vénétie Julienne en Italie. Elle a été fondée par les Romains en 181 , sur le territoire des anciens Carni.
Depuis 1998, la zone archéologique et la basilique patriarcale d’Aquilée sont classées au patrimoine mondial par l'UNESCO.
Période républicaine (181 à 31 )
Fondation Aquilée est fondée en 181 av. J.-C. près de la rivière Natissa, colonie romaine de droit latinVelleio Patercolo, Historiae Romanae ad M. Vinicium libri duo, I, 13.2., par Lucius Manlius Acidinus Fulvianus, Publius Cornelius Scipio Nasica et Caius Flaminius, envoyés par le Sénat romain pour bloquer la route aux populations voisines de Carni et aux Histres, qui menacent les frontières orientales de l'ItalieTite-Live, Ab Urbe condita libri, XXXIX, 55; XL, 34.2-3; XLI, 1; XLI, 9-10; XLIII, 1.. Elle est s'abord gouvernée par un duumvir puis par un quattuorvirs avec son propre sénatLuisa Bertacchi, Aquileia: l'organizzazione urbanistica, p.209.. La ville se développe comme avant-poste militaire en vue de futures campagnes contre les Histres et les Carni, puis plus tard comme « quartier général » pour une éventuelle expansion romaine vers le Danube.
Les premiers colons sont 3 000 vétérans suivis de leurs familles respectives de Samnium, soit un total d'environ 20 000 personnes, suivis par des groupes de Vénètes ; plus tard, en 169 av. J.-C., 1 500 autres familles les ont rejointTite-Live, Ab Urbe condita libri, XLIII, 17.1., tandis que des communautés orientales, telles que des Égyptiens, des Juifs et des Syriens, se sont également installées dans la ville.
Base militaire et stratégique
Aquilée constitue la base principale des opérations militaires en Illyrie des consuls Lucius Cornelius Lentulus Lupus, Gaio Marcio Figulo et Publius Cornelius Scipio Nasica Corculum, pendant les années 156-155 av. J.-C., contre les tribus dalmates, qui conduisent à la conquête de la ville de DelminiumAppien, Guerra illirica, 11.. En 129 av. J.-C., le consul Caius Sempronius Tuditanus attaque les Histres, les Iapydes et les Liburniens de l'Italie du Nord depuis son « quartier général » à Aquilée, comme le rappelle un éloge qui lui est dédié.Pline l'Ancien, Naturalis historia, III, 129., et par la suite vainc également les populations alpines de Carni et les Taurisques de la région de Nauporto, obtenant un triomphe pour ces succèsFasti triumphales: .. Dix ans plus tard, en 119 av. J.-C. Lucius Caecilius Metellus Delmaticus mène une nouvelle campagne victorieuse contre les Dalmates, utilisant Aquilée comme base de ses opérationsMassimiliano Pavan, Aquileia città di frontiera, in Dall'Adriatico al Danubio, Padova 1991, p.126., célébrée l'année suivante par un triompheFasti triumphales 625 anni ab Urbe condita., ce qui lui vaut le titre victorieux de DelmaticusAppien, Guerra illirica, 11 e 33; Tite-Live, Periochae 62; Eutrope, Breviarium ab Urbe condita, IV, 23.2.. Quatre ans plus tard, en 115 av. J.-C., le consul Marcus Æmilius Scaurus, opère en Gaule cisalpine à la fois contre les Ligures à l'ouest, et contre les Carni et les Taurisques à l'est, utilisant dans ce second cas Aquilée comme « quartier général »Aurelius Victor, De Viris Illustribus, 72.7.. Deux ans plus tard, en 113 av. J.-C., le consul Cnaeus Papirius Carbo est envoyé pour faire face à une invasion de peuples germano-celtes (dont les Cimbres), qui ont pénétré en Illyrie, puis en Norique. Carbon, à la tête d'une armée qui a Aquilée pour « quartier général »Appien, Guerre celtiche, 13; Strabon, Geografia, V, 1.8., est cependant vaincu lors de la bataille de Noreia.
La forme quadrilatérale de la garnison dérive de la base militaire originale, divisée par le cardo maximus, l'actuelle via Julia Augusta, et par le decumanus maximus. La région, la ville et la municipe sont pacifiées et romanisées après 89 av. J.-C. grâce à la Lex Iulia de civitate qui leur confère la plénitude du droit romain, en l'attribuant à la tribu Velina.. Elle est agrandie par phases successives, comme en témoignent les différentes murailles de la ville, devient un centre politico-administratif, capitale de la Regio X Venetia et Histria et un emporion prospère, bénéficiant du long système portuaire et du tracé radial d'importantes routes qui bifurquent vers le nord, au-delà des Alpes et vers la mer Baltique (« route de l'ambre »), de la Gaule à l'Est. Depuis la fin de la république romaine et pendant presque toute l'ère impériale, Aquilée est l'un des grands centres névralgiques de l'Empire romainMassimiliano Pavan, Aquileia città di frontiera, in Dall'Adriatico al Danubio, Padova 1991, p.124.. La vie artistique est remarquable, portée par la richesse de la clientèle et l'intensité du trafic et des contacts. Sa position fait de la ville le carrefour du commerce du verre, du fer et de l'ambre ; un vin appelé Pucinum y est également produit.
Dans cette période, Aquilée acquiert de plus en plus d'importance stratégique et militaire. Elle sert de poste avancé pour protéger le nord de l'Italie contre d'éventuelles invasions du nord et de l'est, comme cela se produit lors de la guerre des Cimbres en 102A.Degrassi, Per quale via i Cimbri calarono nella Val Padana, in Scritti vari di antichità, II, Roma 1962, pp.991 seg. av. J.-C., ou lors de la formation du puissant royaume des tribus daces par leur roi BurebistaStrabon, Geografia, VII, 3, 11.. Lorsque Mithridate VI planifie une invasion de la péninsule, grâce à l'alliance avec les Gaulois et les Scythes, il espère que de nombreuses populations italiques s'allieront à lui dans la haine des Romains, comme cela s'était produit lors de la deuxième guerre punique avec Hannibal, après que les Romains lui ont fait la guerre en Espagne. Il sait aussi que la quasi-totalité de l'Italie s'était révoltée contre les Romains à deux reprises au cours des trente dernières années : lors de la guerre sociale en 90-88 av. J.-C. et lors de la troisième guerre servile du gladiateur Spartacus, dans les années 73-71Appien, Guerre contre Mitridathe, 109; Strabon, Geografia, VII, 4.3; Plutarque, Vie de Pompée, 41.2; Dion Cassius, XXXVII, 11.1. av. J.-C..
Jules César Lors de son premier consulat en 59 av. J.-C., Jules César, avec le soutien des autres triumvirs, Pompée et Crassus, obtient avec la Lex Vatinia du 1er mars, le proconsulat des provinces de Gaule cisalpine et d'Illyrie pour cinq ans, et le commandement d'une armée composée de trois légions. Peu après un sénatus-consulte ajoute également celui de Gaule narbonnaise, dont le proconsul est mort subitement, et le commandement de la Legio X EquestrisLawrence Keppie, The making of the roman army, from Republic to Empire, Oklahoma 1998, p. 80-81..
Le fait que César se voit initialement attribuer la province d'Illyricum dans le cadre de son imperium, et qu'au début de 58, trois légions soient localisées à AquiléeJules César, Commentarii de bello Gallico, I, 10., pourrait indiquer qu'il a l'intention d'y chercher la gloire et la richesse en augmentant sa puissance et son influence militaire et politique : César a besoin de victoires militaires importantes pour construire son propre pouvoir personnel avec lequel contrebalancer ce que Pompée a construit avec les victoires obtenues à l'Est. À cette fin, il planifie probablement une campagne au-delà des Alpes carniques jusqu'au Danube, exploitant la menace croissante des tribus de Dacie (correspondant à peu près à la Roumanie actuelle), qui se sont rassemblées sous la direction de Burebista, qui a mené son peuple à la conquête les territoires situés à l'ouest de la rivière Tisza, traversant le Danube et soumettant toute la zone sur laquelle s'étend l'actuelle plaine hongroise d'Alföld, mais surtout en se rapprochant dangereusement de l'Illyrie romaine et de l'Italie. Ses armées, cependant, se sont arrêtées brusquement, peut-être par crainte d'une éventuelle intervention directe de Rome dans la région des Balkans et des Carpates. Ainsi, au lieu de poursuivre sa marche vers l'ouest, Burebista est retourné à ses bases en Transylvanie, puis a tourné son regard vers l'est : il a attaqué les Bastarnes et a finalement assiégé et détruit l'ancienne colonie grecque d'Olbia (près de l'actuelle Odessa)J.Carcopino, Giulio Cesare, Milano 1981, pp.255-260; A.Piganiol, Le conquiste dei Romani, Milano 1989, pp.432-433..
Les nombreux séjours de César à Aquilée lors de la guerre des Gaules sont documentés : à l'hiver 57-56 av. J.-C., en relation avec des opérations militaires et diplomatiques menées par le proconsul lui-même près de Salone vers le 3 mars Cicéron, In P. Vatinium ("Contro Publio Vatinio"), 38; Jules César, De bello Gallico, II, 35 e III, 7. ; en 54 a. C. pour mener une brève campagne contre les habitants des Pirasti qui vivent dans le sud de l'IllyrieJules César, De bello Gallico, V, 1, 5-9. ; dans les hivers de 54-53Jules César, De bello Gallico, VI, 44. et 53-52Jules César, De bello Gallico, VII, 1.1.av. J.-C. lorsque César y revient avec la légion XV pendant l'hiver, après que la ville ait été attaquée avec Tergeste par les IapydesAulo Irzio, De bello Gallico, VIII, 24.3; Appien, Guerra illirica, 18 e 52. alors que le proconsul est engagé en Gaule contre Vercingétorix. Les habitants d'Aquilée sont non seulement contraints de réparer les murs endommagés, mais commencent la construction de deux camps romains défensifs : à Tricesimo (50 km au nord d'Aquilée). et Iulium CarnicumA.Degrassi, Per quale via i Cimbri calarono nella Val Padana, in Scritti vari di antichità, II, Roma 1962, pp.36 seg..
En 49 av. J.-C., au déclenchement de la guerre civile de César, Aulus Gabinius est rappelé par César et reçoit le commandement des opérations en Illyrie. Il semble qu'il ait eu trois nouvelles légions à Aquilée (la XXXIII, la XXXIV et la XXXV, soit 30 cohortes au totalH.Parker, Roman legions, pp.64-65.) et qu'à la tête de 15 cohortes et de 3 000 chevaliers, marchant vers le sud vers la Macédoine, il subit une attaque soudaine des Dalmates, parvenant à Salona avec seulement quelques survivantsAppien, Guerre d'Illyrie, 12.. Finalement, il réussit à rejoindre Lucius Cornificius (qui a sous ses ordres les légions XXXI et XXXII) avec les quelques hommes armés restants, pour lutter contre ces populations.
Quinze ans plus tard, entre 35 et 33 av. J.-C., Aquileia demeure le « quartier général » de la campagne d'Octavien en Illyrie. Elle est au centre de trois sens de déplacement différents : celui plus au sud-est vers les tribus de la côte ; celle « centrale » qui mène aux territoires des Iapydes ; et celui plus au nord-est contre les populations de Carni et les TaurisquesAppien, Guerre d'Illyrie, 16-22..
Archéologie de l'Aquilée républicaine
En 148 av. J.-C., commence la construction de la via Postumia qui relie la mer Adriatique à la mer Tyrrhénienne près de GênesMassimiliano Pavan, Aquileia città di frontiera, in Dall'Adriatico al Danubio, Padova 1991, p.125.. La route est une voie romaine construite par le consul romain Spurius Postumius Albinus Magnus dans les territoires de la Gaule cisalpine, l'actuelle plaine du Pô, à des fins principalement militaires. Une quinzaine d'années plus tard, en 131 av. J.-C., le préteur Tito Annio Rufo commence la via Annia qui relie Hatria (Adria moderne) à Patavium (Padoue), Altinum, Iulia Concordia (Concordia Sagittaria moderne), où elle traverse la via Postumia, et enfin Aquilée.