Le Héros est un vaisseau de ligne de 74 canons de la Marine royale française. C'est un vaisseau de force à deux ponts construit selon les normes définies dans les années 1740 par les constructeurs français pour obtenir un bon rapport coût/manœuvrabilité/armement afin de pouvoir tenir tête à la marine anglaise qui dispose de beaucoup plus de navires. depuis la fin des guerres de Louis XIV. Il est célèbre pour avoir été le vaisseau amiral du bailli de Suffren pendant la guerre d'indépendance des États-Unis. Il participe à six batailles navales (et un débarquement) depuis l'Atlantique jusqu'aux côtes indiennes en 1781-1783. Il est détruit lors du siège de Toulon, en 1793.
Caractéristiques générales thumb|Vaisseau de 74 canons. Le Héros appartient à cette classe développée depuis les années 1740 pour trouver une riposte à la Royal Navy. Le Héros est lancé en 1778 pendant la mobilisation navale qui correspond à l'entrée de la France dans la guerre d'Indépendance américaine. Il est construit aux chantiers de Toulon sur les plans de Joseph Marie Blaise Coulomb. Sans être standardisé, le Héros, partage les caractéristiques communes de tous les « 74 canons » construits à des dizaines d’exemplaires jusqu’au début du et qui répond à la volonté des responsables navals d’exploiter au mieux cette excellente catégorie de navire de guerreJacques Gay dans et Jean Meyer dans .. Il bénéficie du doublage de sa coque au cuivre et passe pour « bon marcheur »., c'est-à-dire rapide dans le langage du .
Comme pour tous les vaisseaux de guerre de l’époque, sa coque est en chêne. Son gréement, (mâts et vergues) est en pin.. Il y a aussi de l’orme, du tilleul, du peuplier et du noyer pour les affûts des canons, les sculptures des gaillards et les menuiseries intérieures. Les cordages () et les voiles (à peu près ) sont en chanvre. Un jeu de voiles et de cordages de secours est stocké en soûte. Prévu pour pouvoir opérer pendant des semaines très loin de ses bases européennes s’il le faut, ses capacités de transport sont considérables. Il emporte pour trois mois de consommation d’eau, complétée par six mois de vin210 000 litres d’eau douce. 101 000 litres de vin rouge, à raison d’un litre par jour et par homme. Le vin complète largement l’eau qui est croupie dans les barriques au bout de quelques semaines. Jacques Gay dans . S’y ajoute pour cinq à six mois de vivres, soit plusieurs dizaines de tonnes de biscuits, farine, légumes secs et frais, viande et poisson salé, fromage, huile, vinaigre, sel, sans compter du bétail sur pied qui sera abattu au fur et à mesure de la campagneDes moutons (six par mois pour 100 hommes), volailles (une poule par mois pour sept hommes, avec aussi des dindes, des pigeons, des canards), Jacques Gay dans ..
Le bâtiment porte l'armement habituel des « 74 canons », soit : 28 canons de 36 livres dans sa première batterie (les plus gros calibres en service dans la flotte à cette époque) ; 30 canons de 18 livres dans sa seconde batterie ; 16 canons de 8 livres sur ses gaillards.
Cette artillerie en fer pèse . Lorsqu'elle tire, elle peut délivrer une bordée pesant 838 livres (soit à peu près 410 kg) et le double si le navire fait feu simultanément sur les deux bordsSelon les normes du temps, le navire, en combattant en ligne de file, ne tire que sur un seul bord. Il ne tire sur les deux bords que s'il est encerclé ou s'il cherche à traverser le dispositif ennemi, ce qui est rare. Base de calcul : 1 livre = 0,489 kg.. Le vaisseau embarque près de pesants au total Dans le détail : de , et . .. S’y ajoute des boulets ramés, chaînés et beaucoup de mitraille (8 tonnes). Il y a de poudre noire, stockée sous forme de gargousses ou en vrac dans les profondeurs du vaisseauEn moyenne : un quart de la poudre est mise en gargousse à l’avance pour les besoins de la batterie basse, celle des plus gros canons au calibre de , et un tiers pour les pièces du second pont et des gaillards. . En moyenne, chaque canon dispose de 50 à 60 boulets.
Une carrière intense Six batailles en vingt-sept mois thumb|Le Héros est le navire amiral de Suffren lors de sa campagne aux Indes en 1781-1783. (National Maritime Museum) thumb|Les « Indes orientales ». Le Héros y livre cinq des six combats de Suffren. En 1781, il est confié au bailli de Suffren chargé d’aller porter la guerre en Inde avec quatre autres vaisseaux et en escortant huit transports embarquant un millier de soldats. Les autres vaisseaux sont l’Annibal (74 canons), le Vengeur (64), le Sphinx (64) et l’Artésien (64). La division est complétée d'une corvette, la Fortune (16), .. Bien que partant de Brest, les officiers et sous-officiers sont en grande partie des Provençaux, Suffren ayant obtenu le privilège d'embarquer les hommes de son choix.. Comme tous les navires de cette puissance, on compte à peu près 10 hommes par canon, soit 712 membres d'équipage.. Le , c'est l'appareillage vers l'Atlantique sud.
Le navire est engagé, le , contre les forces du commodore Johnstone qui font escale au cap Vert en attendant d’aller attaquer Le Cap. Suffren faufile Le Héros jusqu’au centre du dispositif adverse pour essayer de le détruire au mouillage.. Le vaisseau soutient presque seul le combat car les autres navires, moins bien commandés ou manœuvrés, sont peu ou pas engagés. Pendant plus d'une heure, Le Héros assure un feu continuel qui fait de gros dégâts dans les navires anglaisIl a tiré « aussi vite qu'il était possible de charger et de décharger » note le rapport anglais. Cité par .. À l’issue de l’affrontement, il prend en remorque l’Annibal qui a été complètement démâté par les tirs anglais et dont le commandant a été tué..
Le Héros stationne ensuite du au au Cap pour mettre la colonie hollandaise en défense (face à une menace de débarquement anglais) et réparer les dégâts subis à Porto Praya.. Le , il arrive à l’île de France pour faire sa jonction avec les six bâtiments qui y stationnent.. Les onze navires, avec Le Héros comme vaisseau amiral, quittent l’île le pour aller attaquer les forces anglaises en IndeLes noms des navires qui s’agrègent à ceux arrivés de Brest : L’Orient (74 canons), le Sévère (64), le Bizarre (64), l’Ajax (64), le Brillant (64), le Flamand (56) pour les vaisseaux, la Pourvoyeuse (38), la Fine (36), la Bellone (32) pour les frégates, la Subtile (24) la Sylphide (12), le Diligent (10), le Pulvérisateur (6 ou 4 canons) pour les corvettes et les très petites unités (comme le Pulvérisateur qui est un brûlot). Composition fournie par ..
Le , il participe à la bataille de Sadras, au large des côtes de Coromandel. Suffren l’engage contre le centre du dispositif anglais où il endommage gravement le (74 canons), le navire du contre-amiral Edward Hughes qui est touché sous la ligne de flottaison.. Le Héros stationne ensuite à Pondichéry et Porto-Novo avec le reste de l’escadre pour y débarquer les troupes du général Duchemin ( au ).
Le , toujours comme vaisseau amiral de Suffren, il est engagé dans la dure bataille de Provédien, au large des côtes de Ceylan. Le Héros attaque « à portée de fusil » le HMS Superb de Hughes qui subit un début d’incendie, puis le Monthmouth qui démâte et sort de la ligne anglaise.. Mais Le Héros est très atteint dans son gréement puis perd son mât de hune de misaine. Le vaisseau n’étant plus manœuvrable, Suffren doit le quitter en plein combat pour passer sur l’Ajax (64). Le navire stationne ensuite à Batticaloa, sur la côte de Ceylan, du au , pour réparer les avaries et faire reposer l’équipage, (comme pour le reste de l’escadre)..
Le , Le Héros participe au combat de Négapatam. Le vent, qui change brusquement de direction, disloque les deux lignes et la bataille tourne à la mêlée générale. Le Héros secourt le Brillant (64), qui a perdu son grand mât, puis essaye d’engager le combat avec le HMS Superb de Hughes mais celui-ci se dérobe et les deux escadres se séparent pour la troisième fois après un combat indécis.. Le , Le Héros fait escale à Gondelour où il stationne avec le reste de l’escadre jusqu’au . Suffren y rencontre le nabab Haidar Alî venu avec son armée conclure une alliance contre les Anglais.. Le navire lève ensuite l’ancre pour Ceylan.
Du au , Le Héros et le reste de l’escadre mouille de nouveau à Batticaloa (Ceylan) pour y recevoir deux vaisseaux de renfortsIl s’agit de l’Illustre (74) et du Saint-Michel (60). . et dix sept transports chargés de troupes et de munitions arrivés de France. Le navire y subit alors des travaux d’entretien sur la carène. Le Héros est « mis sur le côté » pour changer le doublage de bois qui protège la partie haute des œuvres vives.. C’est depuis Le Héros que Suffren prépare l’attaque sur Trinquemalay, le grand port de Ceylan qu’il veut reprendre aux Anglais. Le , lors du trajet vers Trinquemalay, Le Héros est légèrement endommagé par l’Artésien qui l’aborde sur l’arrière et défonce sa galerie.. Cette péripétie ne gène pas la suite des opérations et le vaisseau participe sans encombre au débarquement du qui se conclut par la prise du port et la reddition de la garnison anglaise le .
Le , Le Héros retrouve encore une fois sa place de navire amiral lorsque Suffren attaque l’escadre de Hughes venue secourir Trinquemalay. La bataille, particulièrement acharnée, manque de peu de provoquer la perte du navire et de Suffren. Le Héros, accompagné de deux vaisseaux [l’Illustre (74) et l’Ajax (64)], attaque vigoureusement le centre anglais, mais il n’est pas suivi par les autres bâtiments de l’escadre car le vent est tombé sur une partie de la ligne française et nombre de capitaines limitent leurs engagements à une canonnade livrée à bonne distance, contrairement aux ordres de Suffren.. Un croquis réalisé par un des officiers de Suffren montre qu’au plus fort de l’action, Le Héros subit pendant plusieurs heures le tir concentrique du (74), du HMS Montmouth (64), du HMS Burford (74) et du HMS Eagle (64). Le navire perd successivement son grand mât et son mât d’artimon, ce qui entraîne le pavillon français dans la mer et fait croire un moment aux Anglais que Suffren vient d’amener ses couleurs. Le navire est finalement dégagé lorsque les vaisseaux français non engagés virent de bord et se portent à son secours. Suffren passe alors sur l’Orient (74) tandis que Le Héros est pris en remorque par le Sphinx. Le navire regagne ensuite Tinquemalay où il mouille jusqu’au . Il y est réparé avec des éléments de mâture prélevés sur les autres vaisseaux et les navires de transport..
En octobre, Le Héros passe à Gondelour avec le reste de l’escadre pour soutenir la garnison française menacée de siège. En novembre-décembre, il hiverne à Sumatra pour se mettre à l’abri de la dangereuse mousson d’hiver sans trop s’éloigner du théâtre des opérations.. L’escadre s’y ravitaille et Suffren fait reposer ses équipages. Le Le Héros se transforme en ambassade flottante : Suffren y reçoit une délégation du sultan d’Aceh qui vient saluer l’escadre et qui cherche à être rassurée sur les projets français (le sultan craint une invasion)C’était la première fois qu’une escadre française aussi importante faisait escale dans la région. .. Le , Le Héros est de retour sur les côtes indiennes et participe à la prise par ruse d’une frégate anglaise puis mouille à Gondelour ().