Merise (prononcer //) est une méthode d'analyse, de conception et de gestion de projet informatique.
Merise a été très utilisée dans les années 1970 et 1980 pour l'informatisation massive des organisations. Cette méthode reste adaptée pour la gestion des projets internes aux organisations, se limitant à un domaine précis. Elle est en revanche moins adaptée aux projets transverses aux organisations, qui gèrent le plus souvent des informations à caractère sociétal (environnemental et social) avec des parties prenantes.
Historique
Issue de l’analyse systémique, la méthode Merise est le résultat des travaux menés dès les années 1970 par une équipe de chercheurs et d’ingénieurs aixois, parmi lesquels René Colletti, Arnold Rochfeld, Hubert Tardieu, Jean-Louis Le Moigne, Dominique Nanci, Henriy Heckenroth, Daniel Pascot et Bernard Espinasse. Ces travaux s’inscrivaient dans une réflexion internationale autour de la modélisation des systèmes d’information, notamment influencée par le modèle relationnel d’Edgar Frank Codd.
Inventée en France, Merise devient un projet opérationnel au début des années 1980, à la demande du ministère de l’Industrie, afin de normaliser et structurer la conception des systèmes d’information. Elle est alors largement adoptée par les SSII fondatrices, telles que Sema-Metra et CGI Informatique, principalement pour des projets de grande envergure, notamment au sein de grandes administrations publiques et privées.
L’utilisation de la méthode Merise s’étendra également hors de France, en particulier en Belgique, en Suisse et dans le Maghreb francophone, où elle sera durablement intégrée dans les pratiques d’ingénierie des systèmes d’information.
Merise, méthode spécifiquement française, a d'emblée connu la concurrence internationale de méthodes anglo-saxonnes telles que , SDM/S ou Axial. Elle a ensuite cherché à s'adapter aux évolutions rapides des technologies de l'informatique avec Merise/objet, puis Merise/2 destinée à s'adapter au client-serveur. Merise était un courant majeur des réflexions sur une « Euro-Méthode » qui n'a pas réussi à percer.
Dans le livre de référence présentant la méthode Merise, la préface rédigée par Jacques Lesourne introduisait une analogie avec le merisier , même si beaucoup de gens ont voulu y voir un acronyme comme « Méthode d'Étude et de Réalisation Informatique par les Sous-Ensembles » ou (« pour les Systèmes d'Entreprises »), « Méthode pour Rassembler les Idées Sans Effort » ou, pour les mauvaises langues, « Méthode Éprouvée pour Retarder Indéfiniment la Sortie des Études »..
Définition générale du système (Merise 2) vignette|Synoptique général de la méthode MERISE 2 pour la conception du SI. Dans Merise deuxième génération, la définition générale du système comprend les étapes suivantesMerise deuxième génération / Définition générale du système : Objectifs de la définition générale du système ; Les phases de la définition générale du système ; Phase d'appréciation du projet ; Positionnement du projet ; Délimitation des fonctions à informatiser ; Évaluation des enjeux ; Phase de spécifications générales ; Modélisation conceptuelle des données ; Macromodélisation organisationnelle des traitements ; Rédaction du dossier de spécifications générales.
Position de la méthode
La méthode Merise est une méthode d'analyse, de conception et de réalisation de systèmes d'informations.
En amont, elle se situait dans le prolongement naturel d'un schéma directeur, souvent conduit suivant la méthode RACINES, très présente notamment dans le secteur public.
Les projets Merise étaient généralement des projets de grande ampleur de refonte d'un existant complexe, dans un environnement grand système. La méthode a aussi connu des tentatives d'adaptation avec les SGBD relationnels, les différentes interfaces homme-machine IHM, l'Orienté objet, le développement micro, les outils CASE, la rétroingénierie... mais qui n'ont pas connu le même succès.
La méthode est essentiellement française. Elle a des équivalents à l'étranger en ce qui concerne les modèles de données (avec des différences, par exemple, les cardinalités ne sont pas aussi détaillées dans les modèles anglosaxons). En revanche, la modélisation des traitements est beaucoup plus complexe que dans les méthodes anglo-saxonnes.
Sa mise en œuvre peut paraître lourde. On consacre beaucoup de temps à concevoir et à prédocumenter avant de commencer à coder, ce qui pouvait sembler nécessaire à une époque où les moyens informatiques n'étaient pas aussi diffusés qu'aujourd'hui. Cela dit, elle évite l'écueil inverse du développement micro, qui souffre du manque de documentation, et où les erreurs sont finalement très coûteuses à réparer a posteriori.
Même si les échanges et la consultation entre concepteurs et utilisateurs sont formellement organisés, on a aussi reproché à Merise d'utiliser un formalisme jugé complexe (surtout pour les modèles de données), qu'il faut d'abord apprendre à manier, mais qui constitue ensuite un véritable langage commun, puissant et rigoureux pour qui le maîtrise.
L'articulation très codifiée et bien balisée des différentes étapes, avec un descriptif très précis des résultats attendus, est ce qui reste aujourd'hui de mieux connu et de plus utilisé.
Méthode d'analyse et de conception vignette|MERISE est une méthode d'analyse et de conception des systèmes d'information basée sur le principe de la séparation des données et des traitements. Elle possède plusieurs modèles qui sont répartis sur 3 niveaux (Le niveau conceptuel, le niveau logique ou organisationnel, le niveau physique)Jean-Baptiste Waldner, CIM, les nouvelles perspectives de la production, Dunod-Bordas, 1990 .. La méthode Merise d'analyse et de conception propose une démarche articulée simultanément selon 3 axes pour hiérarchiser les préoccupations et les questions auxquelles répondre lors de la conduite d'un projet : Cycle de vie : phases de conception, de réalisation, de maintenance puis nouveau cycle de projet. Cycle de décision : de grands choix (GO-NO GO : Étude préalable), la définition du projet (étude détaillée) jusqu'aux petites décisions, des détails de la réalisation et de la mise en œuvre du système d'information. Chaque étape est documentée et marquée par une prise de décision. Cycle d'abstraction : niveaux conceptuels, d’organisation, logique et physique/opérationnel (du plus abstrait au plus concret) . L'objectif du cycle d'abstraction est de prendre d'abord les grandes décisions métier, pour les principales activités (Conceptuel) sans rentrer dans le détail de questions d'ordre de l’organisation ou technique.
La méthode Merise, très analytique (attention méthode systémique), distingue nettement les données et les traitements, même si les interactions entre les deux sont profondes et s'enrichissent mutuellement (validation des données par les traitements et réciproquement). Certains auteurs (Merise/méga, puis Merise/2) ont également apporté la notion complémentaire de communication, vues au sens des messages échangés. Aujourd'hui, avec les SGBD-R, l'objet, les notions de données et de traitements sont de plus en plus imbriqués.
« Courbe du soleil »
La littérature parle de « courbe du soleil », établissant une analogie entre la démarche Merise et le lever puis le coucher du soleil : de même, le projet doit élaborer une analyse critique de l'existant (en partant du niveau physique et en s'élevant jusqu'au conceptuel : démarche bottom-up, phase ascendante de la courbe), puis décliner la solution retenue (en partant du niveau conceptuel et revenant au niveau physique : démarche top-down, phase descendante de la courbe).
Le recensement de l'existant est très décrié de nos jours, car il augmente la durée du projet et inciterait à reconduire les solutions existantes. Il semble néanmoins assez rationnel de commencer par un bilan du passé. Sur ce point, la démarche Merise est à l'opposé des méthodes itératives de type RAD, ou de l'adoption systématique des bonnes pratiques observées dans d'autres entreprises du secteur, qui constituent une démarche typique dans l'implémentation de progiciels. Merise/Mega insiste aussi beaucoup plus sur l'analyse de l'état de l'art pour chercher des solutions innovantes.
Niveau conceptuel
L'étude conceptuelle Merise s'attache aux invariants de l'entreprise ou de l'organisme du point de vue du métier : quelles sont les activités, les métiers gérés par l'entreprise, quels sont les grands processus traités, de quoi parle-t-on en matière de données, quelles notions manipule-t-on ?... et ce indépendamment des choix techniques (comment fait-on ?) ou d’organisation (qui fait quoi ?) qui ne seront abordés que dans les niveaux suivants.
Au niveau conceptuel, on veut décrire, après abstraction, le modèle (le système) de l'entreprise ou de l'organisme : le Modèle conceptuel des données (ou MCD), schéma représentant la structure du système d'information, du point de vue des données, c'est-à-dire les dépendances ou relations entre les différentes données du système d'information (par exemple : le client, la commande, les produits, etc.), et le Modèle conceptuel des traitements (ou MCT), schéma représentant les traitements, en réponse aux évènements à traiter (par exemple : la prise en compte de la commande d'un client).
Dans l'idéal, le MCD et le MCT d'une entreprise sont stables, à périmètre fonctionnel constant, et tant que le métier de l'entreprise ne varie pas. La modélisation ne dépend pas du choix d'un progiciel ou d'un autre, d'une automatisation ou non des tâches à effectuer, d'une organisation ou d'une autre, etc.
MCD : modèle conceptuel des données
Le MCD repose sur les notions d'entité et d'association et sur les notions de relations. Le modèle conceptuel des données s'intéresse à décrire la sémantique du domaine (entity/relationship en anglais).
Entité ou objet
L'entité est définie comme un objet de gestion considéré d'intérêt pour représenter l'activité à modéliser (exemple : entité pays). À son tour, chaque entité (ou objet) est porteuse d'une ou plusieurs propriétés simples, dites atomiques (exemples : code, nom, capitale, population, superficie) dont l'une, unique et discriminante, est désignée comme identifiant (exemple : code).
L'entité représente le concept qui se décline, dans le concret, en occurrences d'individus.
Par exemple : (FR, France, Paris, 60,4 millions d', ), et (DE, Allemagne, Berlin, , ), sont deux occurrences de l'entité « pays » et sont constituées de n-uplets de propriétés, que le code FR ou DE suffit à identifier sans risque de doublon.
Par construction, le MCD impose que toutes les propriétés d'une entité ont vocation à être renseignées (il n'y a pas de propriété « facultative »).
Le MCD doit, de préférence, ne contenir que le cœur des informations strictement nécessaires pour réaliser les traitements conceptuels (cf. MCT). Les informations calculées (ex : montant taxes comprises d'une facture), déductibles (ex : densité démographique = population / superficie) et a fortiori celles liées aux choix d'organisation conçus pour effectuer les traitements (cf. MOT) ne doivent pas y figurer.
Association ou relation
L'association est un lien sémantique entre entités : 1 entité reliée à elle-même : la relation est dite réflexive, 2 entités : la relation est dite binaire (ex : une usine 'est implantée' dans un pays), plus rarement 3 ou plus : ternaire, voire de dimension supérieure. En fait, hormis le cas d'une date (la table date disparaît) si une relation a 3 points d'attache ou plus, on peut réécrire la relation en transformant la relation en table et en transformant les liens en relations.
Une association peut également être porteuse d'une ou plusieurs propriétés (ex : 'date d'implantation' d'une usine dans un pays)