(La Fontaine) est la plus ancienne des cinq chambres de rhétorique gantoises et existe toujours. Sa devise est (« Par goût, quand cela convient » ; attestée en 1539).

Bref historique

La ville s'adressa déjà avant la création de cette chambre, et notamment en 1441 et 1442, à des compagnies pour qu'elles rehaussassent l'éclat des célébrations et festivités par des représentations théâtrales, mais il ne s'agissait pas là de troupes permanentes et reconnues par les autorités localesBlommaert, 15-16.

Dans un acte, daté du , est stipulé que, le , dans une chapelle de l'église Saint-Nicolas, un service de louange fut institué, fondé par . Quoi qu'il en soit, ce n'est que le que la chambre fut reconnue par le magistrat de Gand. L'affiliation d'artistes était une constante dans le milieu des rhétoriciens du ; les fondateurs de , comme d'ailleurs ceux de la chambre de Sainte-Agnès, étaient des artistes visuelsBruaene, van, Om beters wille, 84 et le premier « prince »Une fonction parfois réelle, parfois à titre honorifique, au sein d'une chambre de rhétorique de était le peintre Claeys van der MeerschPorteman, 286. En 1458, la chambre est mentionnée, pour la première fois, pour s'être produite en tant que troupe, notamment à l'occasion de la Joyeuse Entrée de Philippe le Bon. La chambre figure pour la première fois dans les comptes de la ville en 1466, à l'occasion de la Joyeuse Entrée du comte de Charolais. Le , Charles le Téméraire accorda à la chambre le privilège de porter les couleurs et armes princières. Aussi reçut-elle le privilège princier d'être exempt du tirage au sort pour déterminer l'ordre dans lequel on jouait aux compétitions régionales : dorénavant, elle était toujours classée premièreBruaene, van, Om beters wille, 58. La chambre prit part au de Louvain en 1478. Si elle ne participa pas à la réunion à Malines en 1493, elle était toutefois présente au à Anvers en 1496. En 1498, la chambre organisa un banquet pour les sociétés rhétoriciennes accompagnant les sociétés de tir invitées à Gand par la corporation de Saint-Georges à l'occasion d'un grand concours de tir. Les chambres de rhétorique représentées avaient été invitées à pratiquer « la science de Rethoricque » et pouvaient remporter des prix pour des esbattementsUn genre de farce en thiois ([moyen] néerlandais) ou en wallon (français). La participation de Philippe le Beau au concours et la présence de la duchesse Jeanne de Castille confirmaient l'importance acquise par la chambre Bruaene, van, Om beters wille, 75.

Le nom de la chambre figure dans les sources comme (la compagnie de la Fontaine, 1448), (Fontaine, 1448), (la compagnie de la Sainte Trinité, qu'on appelle la Fontaine, 1528), (guilde de la Sainte Trinité, appelée la Fontaine, 1548); (Fontainistes, 1608). Sa patronne est la Sainte Trinité (attestée dès 1448). Les trois jets d'eau de la fontaine, figurant sur le blason de cette société littéraire, se rapportent à la Sainte TrinitéBlommaert, 18, en annexe dans : Geschiedenis der Rhetorykkamer: De Fonteine te Gent, Blommaert, 99.

Comme trois autres chambres de Gand, recevait du magistrat de la ville, dès 1534, une subvention annuelle de trois livres de gros. Par acte du , Marguerite d'Autriche accorda, au nom de l'Empereur, la permission d'organiser le de 1539. Dix-neuf sociétés de rhétoriciens répondirent à l'appel lancé par l'envoi d'une carte d'invitation contenant les questions auxquelles devaient répondre des chambres provenant des comtés de Flandre et de Hainaut et du duché de Brabant : il s'agit de chambres établies à Anvers, à Audenarde, à Axel, à Bergues, à Bruges, à Bruxelles, à Courtrai, à Deinze, à Enghien, à Kaprijke, à Leffinge, à Lo (dans le Métier de Furnes), à Menin, Messines, à Neuve-Église, à Nieuport, à Tielt, à Tirlemont, et à YpresBruaene, van, Om beters wille, 100Blommaert, 45. Le livre commémoratif des jeux et des refrainsUn genre proche de la ballade. fut ensuite prohibé.

Au , se manifestait comme la chambre principale de la Flandre. La plus ancienne lettre de baptême à avoir été conservée date du ; elle a été accordée par à la chambre de Roulers. À partir de 1546, la chambre s'appelait la chambre suprême et souveraine de Flandre.

Après les dévastations des iconoclastes, les subventions aux chambres de Gand furent suspendues. Cependant, la chambre fut très active pendant les années d'existence de la République calviniste (1577-1584)Bruaene, répertoire numérique des chambres de rhétorique. Aussitôt que le duc de Parme eut pris la ville de Gand, la subvention annuelle des autorités fut refusée. Par l'institution d'une censure sévère et par la publication de placards (1597), on interdit, entre autres, la distribution, le chant ou le jeu de louanges, de chansons et de pièces, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieurBlommaert, 60.

Le , la Ville accorda de nouveaux statuts à la chambreBruaene, van, Om beters wille, 179. Il est incertain s'il y avait une réelle continuité avec la société telle qu'elle existait au , d'autant plus que les statuts étaient, en grande partie, une copie de ceux, établis en 1508 pour une autre chambre gantoise, celle de Sainte-Agnès. Mais, quoi qu'il en soit, la nouvelle s'imposait à nouveau comme la chambre suprême de Flandre. Ainsi, la chambre fut étroitement impliquée dans le développement d'un réseau de rhétoriciens dans le pays de Waes.

On connaît peu de chose de l'histoire de la chambre au cours du , sauf qu'elle renaît de ses cendres vers 1700 ; pour cette raison, on l'appela, dès lors, parfois la guilde de phœnix ()Blommaert, 61-62 . Au début, elle n'était qu'une association de poètes mais, bientôt, elle recommença à jouer des pièces de théâtre. Après s'être réunis à l'enseigne des Armes d'Espagne, à la rue Haute-Porte, les rhétoriciens aménagèrent une salle de spectacle et de réunion, nommée (= le petit couloir), dans une dépendance de la maison de Lucas van Branteghem (qui était seigneur de Reybrouc et doyen de la société), située à l'actuelleC'est-à-dire, en 2012 place Saint-Bavon et accessible de la rue Magelein par un étroit passageAndries, 84 (note).. L'imprimeur gantois Cornelis Meyer, force motrice de la chambre, était l'auteur de la première pièce qui y fut représentée : (Le triomphe de Charles VI, empereur de la chrétienté, ou défaite d'Ahmet III, le sultan turc) , Frederiks et Van den Branden, 516Blommaert, 65. Plus tard, acquit son propre théâtre, (le Mont Parnasse) sur l’ à GandSite web de la chambre de rhétorique De Fonteine et, le , son règlement fut approuvé par les États de FlandreNote dans : Blommaert, 69 . À cette époque, elle comptait parmi ses membres Karel Broeckaert, auteur de , et l'imprimeur Jan-Frans Vanderschueren, éditeur du (l'Indicateur flamand) et de la (Gazette de Gand).

thumb|300px|Statue du sculpteur Isidore De Rudder et portrait en bas-relief, encastré dans un piédestal conçu par l'architecte Paul Hankar, dévoilés sur la place Saint-Bavon en 1899 et dédiés à la mémoire de Jan Frans Willems (1793 – 1846), homme de lettres flamand, qui est considéré comme le père du mouvement flamand, et qui était, entre 1842 et 1846, président de la chambre royale suprême et souveraine () .Malgré l'occupation française, continua encore longtemps à donner des représentations théâtrales en néerlandaisBlommaert, 69-72 .

Pendant l'existence du royaume uni des Pays-Bas, donnait des représentations théâtrales, en traduction néerlandaise, de pièces du répertoire français (Voltaire, Molière, Pelletier-Volmeranges…) et du répertoire allemand (Kotzebue…). En outre, la chambre montait des opéras (-comiques) français en traduction néerlandaiseBlommaert, 81-84 (note) . Le , elle fut promue Société royale par le roi Guillaume I et fut placée sous sa haute protectionBlommaert, 75 .

Après le concours de 1837, qui eut lieu à Courtrai, une partie des membres de fit sécession et constitua une nouvelle société de théâtre, opérant sous la devise (Amour fraternel et Zèle linguistique)Note dans : Blommaert, 87. Jan Frans Willems fut président de la chambre de 1842 à 1846Blommaert, 92-93. Willems encourageait l'écriture et la représentation de pièces de théâtre originales en néerlandais, ce qui conduisit à des représentations d'œuvres de Prudens van Duyse, Victor Lemaire, Pieter de Cort, Willem Rogghe et de lui-même.

Dans la seconde moitié du , jouait dans le théâtre Minard. Parmi ses membres et administrateurs, on retrouve Constant-Philippe Serrure, Napoleon Destanberg et Karel Ondereet (qui étaient aussi deux acteurs célèbres). Diana Robyn et Julie Lacquet étaient les actrices vedettes. Après la création d'une compagnie professionnelle à Gand en 1871, (Le Théâtre néerlandais), la chambre ne s'occupa que peu des arts de la scène et se transforma progressivement en une société savante.

Depuis 1943, publie une série d'annuaires (), consacrés à l'étude historique et littéraire de la culture et de la littérature anciennes et plus récentes des rhétoriciens. Depuis lors, plus de quarante volumes ont été publiés. Grâce à la coopération de plusieurs dizaines de spécialistes de Flandre et des Pays-Bas, cet annuaire fait autorité dans l'étude de l'univers des rhétoriciens. Il est le seul périodique scientifique entièrement consacré à cet aspect typique de la culture néerlandaiseBruaene, van, et Besien, Freddy van, Présentation de De Fonteine sur le site web www.literair.gent. Les numéros plus anciens de ce périodique sont consultables en version numérique sur le site web de la Bibliothèque numérique des lettres néerlandaisesTijdschrift Jaarboek De Fonteine, sur le site web de la Bibliothèque numérique des lettres néerlandaises.

En 1948, la chambre célébra ses cinq cents ans d'existence par, entre autres, l'organisation du quinzième tournoi du royal.

En tant que chambre suprême, elle poursuit la tradition de la vieille chambre de rhétorique, entre autres en reconnaissant des troupes de théâtre comme chambre et en organisant des activités culturelles.

La chambre dispose d'archives qui contiennent des documents remontant à l'année 1700 (registres aux résolutions, rapports de réunions, les comptes, les listes de membres, lettres, photographies, etc.). En outre, il y a environ 1 300 pièces imprimées des XVII, XVIII, XIX, XX siècles, environ 200 pièces de théâtre en manuscrit des XIX, XX siècles et quelque 200 partitions de musique de scène des XVIII et XIX siècles. Il y a aussi quelques pièces de musée, comme des médailles et des drapeauxPrésentation des archives sur le site web de la chambre de rhétorique .

Ressources Notes et références

Sources ANDRIES, Jean. Précis de l'histoire de la musique: depuis les temps les plus reculés, Gand, impr. et lith. de De Busscher frères, 1862, . BLOMMAERT, Philip Marie. Geschiedenis der Rhetorykkamer: De Fonteine, te Gent, (gesticht den 9 december 1448), Gand, éd. Gyselynck, impr. de livres et de lithographies de F. et E. Gyselynck, 1847, 117 FREDERIKS, Johannes Godefridus, et Frans Jozef VAN DEN BRANDEN (réd.). Biographisch woordenboek der Noord- en Zuidnederlandsche letterkunde, Amsterdam, L.J. Veen, 1888-1891, . PORTEMAN, Karel. « Commentaar », Conformisten en rebellen: Rederijkerscultuur in de Nederlanden (1400-1650) (réd. Bart A. M. Ramakers), Amsterdam University Press, 2004 , . VAN BRUANE, Anne-Laure. Le répertoire numérique des chambres de rhétorique des Pays-Bas méridionaux et de la Principauté de Liège (1400-1650), [En ligne], 2004, [www.dbnl.org]. VAN BRUANE, Anne-Laure. Om beters wille. Rederijkerskamers en de stedelijke cultuur in de Zuidelijke Nederlanden (1400-1650), Amsterdam University Press, 2008 , . VAN BRUANE, Anne-Laure, et Freddy VAN BESIEN. De Fonteine (rederijkerskamer, 15de eeuw -), [En ligne], , [www.literair.gent.be], [initiative de la Bibliothèque publique municipale de Gand (OB) et de l'ASBL Gent Cultuurstad (Gand, Ville culturelle)]. Annexes Quelques membres Karel Broeckaert (1767-1826) Jacob Hye (1667-1749) Cornelis Meyer ( ? - vers 1734)