L' est une rébellion qui se déroula le matin du , immédiatement après la reddition japonaise, dans la ville de Matsue, chef-lieu de la préfecture de Shimane au Japon. Les faits furent déclenchés par plusieurs dizaines de jeunes appelés les qui prirent les armes et attaquèrent les bureaux gouvernementaux de la préfecture. Le soulèvement provoqua la mort d'une personne.
L'évènement est aussi connu sous le nom de l'島根県広聴広報課「島根この100年 昭和元(1926)年~昭和20(1945)年」 島根県。(閲覧:2008年3月27日) ou l'.
Contexte de l'incident Le , l'empereur du Japon, Hirohito, annonce la reddition du Japon à la radio, mettant fin à la Seconde Guerre mondiale. À la suite de l'annonce, beaucoup de Japonais refusent la défaite. Le même jour, un groupe armé, le Sonno-Doshikai, monte sur le mont Atago, une petite montagne au centre de Tokyo, et appelle à s'opposer à la reddition en espérant que les soldats de l'armée impériale les soutiendraient. L'incident de Matsue, dernière tentative de coup d'État, est une réponse à cet appel. Sur la montagne, dix personnes sont tuées et deux arrêtées. Les meneurs de l'appel sont ensuite jugés par la cour suprême大審院 Dai-shin'in qui exista de 1875 à 1946.
Description générale vignette|Préfecture de Matsue. Au matin du , Isao Okazaki, 25 ans, mène plusieurs dizaines de jeunes à l'assaut des bureaux gouvernementaux de la préfecture de Shimane, dont le siège de la région, celui d'un journal et une centrale électrique. Leur but est alors de tuer le gouverneur et les juges de la région. Ils occupent ensuite la station de radio de Matsue et demandent à l'utiliser pour transmettre leur message mais le chef de la station refuse. Durant les négociations, le bâtiment est encerclé par des policiers et des militaires et tout le groupe est arrêté. Pendant le soulèvement, le siège de la préfecture et l'assemblée, soit m² de surface, sont incendiés et un habitant trouve la mort. L'électricité a été coupée pendant trois heures et demie, et le journal dut publier au format tabloïd jusqu'au . Les habitants de Matsue furent choquésShimaneken[1967:8] et les médias se virent strictement censurés pour ne pas encourager d'incidents similaires.
Isao Okazaki Tous les émeutiers avaient été recrutés par Isao Okazaki (1920-2006) et ses acolytes, Bunmei Hasegawa et Yasuhiko Hatano. Ceux-ci avaient été influencés par le nationaliste Masaharu Kageyama.
Okazaki est né dans la préfecture de Shimane et après ses études secondaires, il travaille pendant deux ans pour une compagnie japonaise en Mandchourie. De retour au Japon, il entre à l' (fondée en 1580) dans le but de devenir moine. À la même époque, il devient membre du groupe ultranationaliste Kinno Makotomusubi. Avec ses économies, il se fit construire une maison (Isshinryo) dans le quartier de Meguro à TokyoMaeda[1965:456] où il discute des nouvelles de la guerre avec ses amis. Il estimait que le gouvernement militaire de Hideki Tojo devait être renversé et ils essayèrent de se procurer des armes pour cela. Lorsque le complot fut révélé en , il fut arrêté et condamné à deux ans d'emprisonnement et trois ans de sursis en Hori[1961:77]Nakagawa[2002:118-119]. Il fut relâché en novembre mais resta sous étroite surveillance de la police spéciale. Après être retourné à Matsue, il devient membre du conseil de mobilisation générale de la préfectureKinro-Doin-Sho. Mais il était souvent en conflit avec ses supérieurs parce qu'il avait sympathisé avec les familles de chaque personne mobilisée. Ayant reçu l'ordre de sélectionner 75 femmes pour travailler à l'arsenal maritime de Kure, il se rendit compte que les femmes de condition élevée ne faisaient pas partie des personnes mobilisables et refusa d'obéir. Il dut ainsi démissionner de son poste et intégra le parti d'extrême-droite, Dai Nippon Genron HōkokukaiInose[1983:192-193].
Période du 15 au 24 août Le , le journal Matsue Shimbun annonce que le message de l'empereur est un appel au cessez-le-feu. Pour la première fois, plusieurs millions de Japonais purent entendre la voix de leur souverain, mais ne purent saisir le sens des déclarations de l’Empereur, celui-ci s’exprimant dans un japonais archaïque, utilisé uniquement dans l’ancienne cour impériale, et qui était donc incompréhensible pour le public japonais. De plus, l’enregistrement audio de mauvaise qualité, et l’Empereur ne faisant pas directement référence à la capitulation et à la défaite, mais plutôt à l’acceptation des termes de la conférence de Potsdam, ajoutèrent à la confusion.
Ces inconvénients avaient été prévus, c’est pourquoi un commentateur japonais de la radio expliqua clairement aussitôt après la diffusion du discours, le sens du message aux auditeurs, à savoir que le Japon avait perdu la guerre et que celle-ci était enfin terminée.
Le 15 et le , le gouverneur de la préfecture de Shimane, Takeo Yamada, lança des appels à l'unité. Le gouvernement régional exigeait l'ordre public. D'autre part, le chef militaire du district de Matsue, le major-général Zensho Ogawa, déclara que la zone devait rester en état de guerre jusqu'à la signature d'un traité de paix et que la population ne devait pas être trompée par des rumeurs sans fondements.
Immédiatement après le , plusieurs incidents éclatèrent dans tout le Japon mais prirent fin avant le . Dans la préfecture de Shimane, des avions japonais exposaient des banderoles où étaient marqué Continuons la guerre !. Dans les villes dévastées de Tokyo et d'Osaka, il était évident que le Japon n'avait plus les moyens de continuer la guerre. Mais dans les zones rurales comme Shimane, où peu de raids alliées avaient été menés, continuer la guerre alors que le pays était envahi apparaissait possibleHayashi[1987:5]. Le , Hasegawa et Hatano entendirent le message de l'empereur et comprirent que le Japon avait perdu. Saburoemon Sakurai, le chef du Hokokukai, réalisa qu'Okazaki était sur le point de se soulever mais il ne pouvait rien faire sans le soutien de l'armée qui refusa.
Hatano à Tokyo vignette|Base aérienne de Miho en 2008. Puisqu'Okazaki était sous surveillance policière, il envoya Hatano à Tokyo pour précipiter un incident dramatique qui ramènerait la nation de leur côté. À Matsue, Okazaki continuait de négocier avec l'armée. Le , il fut annoncé que les premières forces américaines devaient débarquer le 26, Okazaki fixa ainsi le jour du soulèvement avant le 25. Sur des tracts, il écrivit ses opinions telles que Le pays des kami de connait pas la défaite, Message à la population de Shimane, Aux membres de l'armée et de la marine impériales. Cependant, les avions de la base aérienne de Mino furent détruits le et les tracts ne purent pas être lancés.
La veille du soulèvement Dans la nuit du , Hatano rapporta des renseignements à Okazaki en provenance de Tokyo. Celui-ci alla au siège de la police militaire pour obtenir des armes. Son plan était le suivantNakagawa[2002:120-121] : Le siège de la préfecture de Shimane serait incendiéHayashi[1987:98]. Le gouverneur serait tué. Les communications du bureau de poste de Matsue seraient coupées. Le journal de Shimane serait détruit. La centrale électrique de Matsue serait mise hors fonction pour faciliter le soulèvement. Les juges de la région seraient tués. Des pamphlets seraient distribués dans les rues par des membres féminins. Après cela, la station de radio de Shimane serait occupée pour diffuser la nouvelle du soulèvement. Le début était fixé à 2h40 du matin le . Okazaki ordonna à Hatano et d'autres d'aller au sanctuaire Gokoku, puisqu'il était lui-même sous surveillance policière.
Cependant, la police militaire refusa de coopérer.
Préparation et affectations vignette|250px|Le sanctuaire Gokoku en 2008. Les émeutiers, tous âgés d'une vingtaine d'années, entrèrent à 1h du matin au sanctuaire Gokoku. Les hommes portaient des uniformes kaki et les femmes de simples kimonos. Hasegawa et un certain Moriwaki étaient armés d'épées japonaises. Un nommé Fujii avait quatre bâtons de dynamite. Il y avait exactement 15 fusils, dont des fusils Arisaka Type 38, qui venaient du lycée de Matsue. Les élèves de l'établissement, conscients que les armes allaient être dérobées, avaient caché les munitions. Avant le soulèvement, Okazaki leur avait dit que leur mort serait comme celle de Kusunoki Masashige, personnage historique synonyme de dévouement extrême à l'empereur, et que le soulèvement de Matsue conduirait à une restauration spirituelle du Japon. Hasegawa donna à chaque membre des objectifs : La maison du gouverneur : Okazaki et 5 autres La maison du juge en chef : Shigeo Takagi et 3 autres Le siège de la préfecture : Shokichi Moriwaki et 3 autres Le bureau de poste de Matsue : Ryosaburo Fujii et 2 autres La centrale électrique de Chugoku : Bunmei Hasegawa et 4 autres Le journal de Shimane : Seto Shiranami et 4 autres L'armurerie Ono : Yasuhiko Hatano et 4 autres La distribution de pamphlets : Kan-ei Moriwaki et 15 membres féminins.
Il fut décidé que dès que les équipes avaient atteint leurs objectifs respectifs, elles devaient se retrouver à la station de radio. Elles pouvaient tuer ceux qui s'opposaient.
L'insurrection vignette|Article de journal décrivant les émeutes de Matsue. Le début du soulèvement a lieu plus tôt que prévu. Les attaques sur le gouverneur et le juge en chef échouent, tout comme celles sur le bureau de poste et l'armurerie. À deux heures du matin, l'équipe du siège de la préfecture pénètre dans le bâtiment mais est repérée par un policier. Les membres incendient les bureaux à 2h20, 20 minutes plus tôt que l'heure prévue. Kan Sōda, propriétaire d'un petit restaurant, se précipite alors sur le lieu de l'incendie et est tué par Takeshi Kitamura, un des émeutiers, qui croyait que Sōda voulait s'opposer à eux. C'est le seul mort de l'incident. L'équipe du journal pénètre dans son bâtiment respectif en profitant de la confusion de l'incendie et saccage la machine à imprimer. L'équipe de la centrale électrique arrive sur le site à 3h au plus tard et coupe le câble de volts. L'électricité de Matsue est alors coupée pendant trois heures et demie. Le gouverneur et le juge en chef n'étaient plus à leur domicile au moment des attaques car ils avaient accouru sur le lieu de l'incendie du siège de la préfecture. L'équipe du bureau de poste réussit à installer de la dynamite sur le bâtiment visé mais rien n'explose bien que les fusibles grillent. L'équipe de l'armurerie n'est pas parvenue à pénétrer dans le commerceInose[1983:209-212].
La station de radio vignette|250px|La station de radio de Matsue en 1940.