L’Aulne ( en breton) est un fleuve côtier français de de long, qui prend sa source sur la commune de Lohuec dans les Côtes-d'Armor et se jette dans la rade de Brest au niveau des communes de Landévennec et de Rosnoën. Sa partie aval est aussi dénommée « Rivière de Châteaulin ».

Géographie

Fleuve côtier long de , l'Aulne prend sa source à Lohuec, à côté du lieu-dit Penn Aoun,à une altitude de 307 m, à l'est des monts d'Arrée. Ce fleuve côtier coule dans sa partie amont du nord au sud, dans la faille produite entre Lannéanou et Landeleau par l'éruption du massif granitique du Huelgoat. Plus en aval, à partir de la confluence de l'Hyères, il coule parallèlement à la direction armoricaine des plis, c'est-à-dire est-ouest. Mais il dessine des méandres très accentués et très encaissés : entre la confluence avec l'Hyères à Pont Triffen, commune de Landeleau, et Châteaulin, son cours est de alors qu'à vol d'oiseau la distance n'est que de L. Gallouedec, revue « Annales de géographie », année 1893, , lire en ligne.

En aval, entre Pont Triffen et Port-Launay, l'Aulne est canalisée et constitue une partie du canal de Nantes à Brest. L'Aulne se termine par une ria sur ses entre Châteaulin et Rosnoën qui est soumise à l'influence des marées. Cette partie du fleuve, de Port-Launay à la mer, est appelée couramment l'Aulne maritime et se jette dans la rade de Brest à hauteur de Landévennec.

Un méandre de l'Aulne maritime abrite le cimetière des navires de Landévennec.

vignette|Carte de l'embouchure de l'Aulne et de la presqu'île de Landévennec par Antoine Choquet de Lindu, datant de 1779. Adolphe Joanne et Élisée Reclus décrivent ainsi l'Aulne au début du :

Affluents thumb|Carte du cours médian et aval de l'Aulne. thumb|Carte des affluents de l'Aulne.

D'amont vers l'aval (la longueur exprimée en km des cours d'eau correspond aux chiffres du SANDRE) : Le ruisseau de Guérichard (rgrd pour rive droite et rg pour rive gauche), sur la commune de Plourac'h ; Le Roudouhir ou Rudalveget (rd), ; Le Beurc'hoat ou Squiriou (rd), (la confluence est vers d'altitude) et son affluent le Mendy, ; Le Fao, ou rivière d'Argent, ou Pont-Pierre, ou ruisseau de la Mine (rd), ; L'Ellez (rd), ; L'Hyères (rg), (cet affluent pourrait être considéré comme le cours d'eau principal car, à débit équivalent, il est plus long de quelques kilomètres que l'Aulne lors de leur confluence qui est vers d'altitude et à partir de cette confluence, le cours de l'Aulne se confond avec le tracé du canal de Nantes à Brest) ; Le ruisseau du Crann (rg), ; Le Ster Pont Mine (rg), ; Le Quilliou (rd) : il conflue avec l'Aulne à Penn ar Pont en Châteauneuf-du-Faou ; Le Ster Goanez (rd), ; Le Rozvéguen (rg), ; Les Trois Fontaines (rg), ; Le Vernic ou ruisseau de Pleyben, . Au niveau de l'estuaire : La Douffine ou Doufine, (rd), ; La rivière du Faou, .

Hydrologie L'Aulne est un fleuve abondant, comme tous les cours d'eau coulant dans la partie occidentale de la Bretagne. Son régime hydrologique est dit pluvial océanique. Climat

L'Aulne à Châteauneuf-du-Faou Son débit a été observé sur une période de 38 ans (1970-2007), à Châteauneuf-du-Faou, localité du département du Finistère située malheureusement assez loin de l'embouchure du fleuve dans la rade de Brest. Le bassin versant du fleuve y est de (soit plus ou moins 65 % de sa totalité qui fait ). Les chiffres observés n'en sont pas moins parfaitement significatifs et extrapolables à l'ensemble du bassin de l'Aulne.

Le module du fleuve à Châteauneuf-du-Faou est de .

L'Aulne présente des fluctuations saisonnières de débit très marquées, comme presque tous les fleuves côtiers bretons, avec des hautes eaux d'hiver portant le débit mensuel moyen à un niveau situé entre , de décembre à mars inclus (avec un maximum en janvier), et des basses eaux d'été, de juillet à septembre, avec une baisse du débit moyen mensuel jusqu'à au mois d'août. Mais les fluctuations sont bien plus prononcées sur de plus courtes périodes. Étiage ou basses eaux À l'étiage, le VCN3 peut chuter jusque , en cas de période quinquennale sèche, ce qui est vraiment très bas, mais assez normal en Bretagne. Le débit minimum connu sur consécutifs est de et a été mesuré sur l'intervalle de temps du 22 au .

Crues Les crues peuvent être très importantes. Ainsi le débit instantané maximal enregistré a été de le , tandis que la valeur journalière maximale était de le même jour. Le QIX 10 est de , le QIX 20 de et le QIX 50 de . Les QIX 2 et QIX 5 valent quant à eux respectivement . D'où il ressort que les crues de étaient d'un niveau supérieur à celui de crues cinquantennales, et exceptionnelles.

On peut comparer ces débits à ceux de l'un des affluents de la Seine au sud-est de Paris qui a un débit moyen à peu près équivalent, le Loing, réputé jadis pour ses débordements, et quelque peu régularisé depuis. Le QIX 10 du Loing en fin de parcours vaut seulement (contre 290 pour la portion de l'Aulne en question) et son QIX 50 se monte à (contre 390 pour l'Aulne). Ainsi, bien que la partie étudiée de l'Aulne soit quatre fois moins étendue, le volume des crues de l'Aulne l'emporte largement sur celles du Loing.

Lame d'eau et débit spécifique L'Aulne est un fleuve côtier très abondant, alimenté par des précipitations elles aussi abondantes, dans la région du massif armoricain notamment. La lame d'eau écoulée dans son bassin versant est de annuellement, ce qui est très élevé, largement supérieur à la moyenne d'ensemble de la France, ainsi qu'à l'ensemble des bassins de la Bretagne. Le débit spécifique (ou Qsp) de la rivière atteint de bassin.

La pollution des eaux dès les Temps modernes

Traditionnellement les saumons étaient surabondants dans le bassin de l'Aulne, de même que les moules d'eau douce dans plusieurs de ses affluents, notamment l'Ellez. Des pêcheries liées à des barrages existaient, notamment à Châteaulin ; un témoignage de 1648 dit qu'on y prend quelquefois à chaque marée jusqu'à 30 saumonsDom Noël, "Histoire de l'abbaye de Landévennec" .

La pollution des eaux engendrée par le rouissage du lin et du chanvre est évoquée dès 1736 par Boureau-Deslandes : « Les saumons disparaissent tous au mois de juillet, que la récolte des chanvres se trouvant finie, on les met à rouir dans les eaux courantes ». Jacques Cambry en 1794 accuse aussi les mines de plomb argentifère de Poullaouen et du Huelgoat ; il écrit : « Les rivières (...) étaient très poissonneuses, mais les écoulements des mines ont détruit les brochets, les dards , les brèmes et les perches qui les peuplaientJacques Cambry, "Voyage dans le Finistère où État de ce département en 1794 et 1795"..

Les ardoisières de la vallée de l'Aulne Selon Louis Charpentier, dans une monographie intitulée "De Funnay à Ty Mur. Mémorable aventure d'Escailleurs ardennais qui s'en furent au pays d'Armor, exploiter les pierres d'ardoises", vers 1777 des Ardennais, venant principalement de la région de Fumay, vinrent trouver du travail dans les ardoisières de la vallée de l'Aulne, apportant avec eux l'art de mieux tailler l'ardoise. Dans l'impossibilité de trouver leur lieu réel d'origine, P.-A. Limon les surnomment "Parisiens" dans son livre "Usages et règlements locaux en vigueur dans le Finistère" publié en 1857, et les ardoises bretonnes furent surnommées "parisiennes". Cette immigration concerna principalement les communes de Port-Launay, Châteaulin, Lopérec, Saint-Coulitz, Pleyben, Lothey, Gouézec, Lennon, Spézet, Motreff, Châteauneuf-du-Faou et Saint-Goazec. Les noms de famille se sont transformés au fil du temps : les Waslet sont devenus Voachelet, Les Lefèvre sont devenus Lefeuvre, les Bouchy Bouché, etc...

En 1893 les ardoisières de la vallée de l'Aulne sont en pleine décadence, même si 28 carrières à ciel ouvert et 7 exploitées souterrainenemt sont alors encore recensées :

L'Aulne canalisée, tronçon du canal de Nantes à Brest

De la confluence avec l'Hyères jusqu'à Châteaulin et même Port-Launay, le cours médian de l'Aulne coïncide avec un tronçon du canal de Nantes à Brest, désormais déclassé pour la navigation commerciale, attractif pour les pêcheurs à la ligne et les randonneurs sur le chemin de halage. Une navigation touristique existe aux environs de Châteauneuf-du-Faou.

Description du pays de l'Aulne datant de 1893 thumb|L'Aulne à Châteaulin. thumb|L'Aulne à Châteauneuf-du-Faou.

Les franchissements de l'Aulne vignette|upright=2|Carte d'État-Major de l'estuaire de l'Aulne. Traditionnellement, le dernier pont avant l'embouchure se trouvait, comme pour la plupart des fleuves, à la limite de la zone de remontée de la marée, provoquant l'essor d'une « ville-pont », en l'occurrence Châteaulin. Plus en aval, seuls des bacs permettaient de franchir l'estuaire.

Le lieu-dit Le Passage entre Rosnoën et Dinéault se nommait en breton , le nom provenait du breton (« passage ») et de saint Guinal, dont la chapelle éponyme se trouvait en haut de la côte menant à Dinéault.. Ce fut longtemps un axe de passage important reliant Sainte-Marie-du-Ménez-Hom au Léon, emprunté entre autres par les marchands se rendant aux foires. Une cale fut construite en 1858 pour faciliter le passagehttp://www.menezhom.com/IMG/pdf/DossierPresse_MHJ_D.pdf.

D'autres bacs permettaient de franchir l'estuaire à hauteur de Trégarvan et à Térénez, ce dernier sur le chemin de grande communication allant du Faou à Crozon.

Ces bacs ont disparu à la suite de la construction du premier pont de Térénez en 1925 (démoli par les Allemands en 1944), reconstruit en 1951, lui-même remplacé par un nouveau pont à haubans mis en service en 2011.

L'Aulne maritime, un tronçon du canal de Nantes à Brest thumb|Félix Marant-Boissavant : Rivière de Châteaulin près de Landévennec et dans le fond la Rivière du Faou (dessin de 1843). Cette description date de 1909 (l'auteur décrit un voyage partant de Brest et le voyageur a donc déjà traversé la rade de Brest) :

L'Aulne maritime était fréquenté par de nombreuses gabares qui remontaient de Brest jusqu'à Port-Launay, voire Châteaulin. Les dernières gabares furent La Fée de l'Aulne et la Notre-Dame de Rumengol, chargées de sable. Une navette régulière, le vapeur brestois, existait deux fois par semaine entre Brest et Port-Launay jusqu'à la décennie 1930Article du journal Le Télégramme, du . « Quant au voyage de Châteaulin [depuis Brest], par les rives pittoresques de l'Aulne, il se fait rarement et au prix de longues heures de traversée » écrit Victor-Eugène Ardouin-Dumazet en 1895Victor-Eugène Ardouin-Dumazet, « Voyage en France.... », tome 4, , Berger-Levrault, Paris, 1895, lire en ligne.

Les bateaux empruntaient l'Aulne maritime pour livrer du maërl aux agriculteurs, le seul engrais dont ils disposaient à l'époque. Les anciens se rappellent les bateaux échoués sur le bord des champs, et les manœuvres qu'il fallait faire pour décharger le sable à la pelleTémoignage de Claude Guévarrec dans Le Télégramme du .

L'estuaire de l'Aulne et la rade de Brest thumb|left|Carte géologique de la rade de Brest thumb|Les anciens méandres de l'Aulne sous la rade de Brest Lors des glaciations quaternaires, en particulier les deux dernières glaciations de Riss et de Würm, l'Aulne poursuivait son cours à l'emplacement actuel de la rade de Brest pour rejoindre l'océan Atlantique par les actuels lits de la Penfeld et de l'Aber Ildut, le niveau de la mer étant à l'époque de 80 à en dessous du niveau actuel. Sous les eaux de la rade de Brest existent donc des méandres très accentués de l'ancien cours de l'Aulne, à demi immergé (la presqu'île de Landévennec est le lobe d'un ancien méandre) ou totalement immergé. Les petits fleuves côtiers se jetant dans la rade de Brest, y compris l'Élorn, étaient à l'époque des affluents de l'Aulne.

En littérature Xavier Grall a rendu hommage aux dans un article publié par l'hebdomadaire La Vie. voir Xavier Grall, La Fête de nuit et Philippe Le Guillou, Le Passage de l'Aulne.

Voir aussi Articles connexes