Lintervention française au Mexique, l'expédition du Mexique ou la campagne du Mexique (, « Seconde intervention française au Mexique ») est une importante expédition militaire française qui a lieu de 1861 à 1867 et a pour objectif de mettre en place au Mexique un régime catholique favorable aux intérêts français, le Second Empire mexicain.

À l'origine de cette initiative se trouvent des conservateurs mexicains en Europe qui souhaitaient installer au Mexique un souverain européen catholique et conservateur pour contrebalancer le pouvoir grandissant des États-Unis protestants. José Manuel Hidalgo y Esnaurrízar, l'un d'entre eux, fit la connaissance de l'impératrice Eugénie et réussit à l'intéresser à sa cause. , sur les conseils du duc de Morny, chercha et trouva, après avoir essuyé le refus d'autres princes, l'archiduc Maximilien de Habsbourg qui venait de refuser d'être roi de Grèce. Maximilien hésita, mais, encouragé par sa femme Charlotte, fille du roi des Belges , il finit par accepter de devenir empereur du Mexique.

L'Empire mexicain, qui était un État faible, fut de fait, entre 1861 et 1867, un protectorat français.

Contexte Le Mexique à la veille de l'intervention thumb|left|upright| en 1861. Après l'indépendance vis-à-vis de l'Espagne, les revenus du gouvernement mexicain diminuèrent et ses dépenses augmentèrent. Le déficit fut couvert par des emprunts sur le marché financier de Londres. Après la publication de décrets en et ayant pour but l'expulsion hâtive de la plupart des Espagnols, expulsions qui provoquèrent une évasion de capitaux et une baisse de la production tant industrielle qu'agricole, malgré les tentatives du gouvernement centraliste entre et du conservateur Anastasio Bustamante et de son ministre Lucas Alamán de réorganiser les finances publiques, 90 % du budget de la nation se destinaient à l'entretien de l'armée Luis Pazos, Historia sinóptica de México, de los Olmecas a Salinas, editorial Diana, México, 1994 ..

Les créoles composaient les classes supérieures ; les métis avaient eux aussi une part importante dans les affaires. Les indigènes quant à eux étaient divisés en une multitude d'ethnies souvent antagonistes et pour la plupart quasi indépendantes et farouchement attachées à leurs coutumes ; certaines, totalement coupées des réalités, ignoraient même que le pays était devenu indépendant. Néanmoins certains de ces indigènes (Benito Juárez, Mejía) avaient réussi au niveau national ; d'autres, tel Santiago Vidaurri, étaient des caciques très puissants et très riches.

Les classes aisées étaient divisées politiquement. D'un côté le parti conservateur, centraliste et clérical, était soutenu par l'Église catholique, le plus grand propriétaire foncier du pays, ainsi que par les communautés indigènes qui craignaient pour leurs terres et les privilèges fiscaux et fonciers qui leur avaient été octroyés par le vice-roi don Martín de Mayorga, de l'autre le parti libéral, fédéraliste et anticlérical, était majoritairement soutenu par les petits propriétaires métis ou créoles ainsi que par la bourgeoisie, avides de s'emparer des terres de l'Église et de celles des communautés indigènes que la nouvelle constitution libérale ne protégerait plus.

Les loges maçonniques jouèrent un grand rôle dans la politique. Les loges dites « écossaises » originaires d'Espagne étaient partisanes du centralisme et de la conservation d'un gouvernement qui continuerait celui de la colonie. Les loges dites « d'York », fondées par l'ambassadeur américain Joel Roberts Poinsett, étaient du côté des libéraux et partisanes du fédéralisme.

En , le Mexique avait déjà perdu le Texas. Le pays avait fait face à un débarquement espagnol en à Tampico et à une intervention de la flotte française à Veracruz en , le premier repoussé par le général Antonio López de Santa Anna. Le Mexique sortait d'une guerre contre les États-Unis (1846-1848) qui lui avait fait perdre de km².

En , les conservateurs, opposés à Juárez signèrent avec l'Espagne le ; ils y promettaient de payer les dettes dues aux Européens. C'est donc à un pays affaibli et divisé qu'allait s'attaquer la coalition franco-anglo-espagnole, menée par la France.

Juárez au pouvoir vignette|gauche|redresse|Benito Juárez, président du Mexique. En , Benito Juárez, membre du parti libéral, accéda au pouvoir. En , son gouvernement signa avec les États-Unis le Tratado de Tránsito y Comercio connu aussi sous le nom erroné de , qui aurait concédé à perpétuité des droits de passage sur le territoire mexicain, notamment dans l'isthme de Tehuantepec, en échange entre autres de l'appui militaire des États-Unis en cas d'intervention étrangère. Ce traité n'entra jamais en vigueur, car il ne fut pas ratifié par le Sénat des États-Unis.

Une rébellion éclata cependant, menée par les généraux conservateurs Zuloaga et Miramón. Cette dernière parvint à chasser un temps Juárez, qui repoussa les insurgés en . Cette nouvelle guerre civile avait une fois de plus appauvri l’État. Juárez reconnut que le Mexique devait de pesos à l’Angleterre, à l’Espagne et à la France. Mais, les caisses du Mexique étant vides, Juárez décida en de suspendre pour deux ans le paiement de la dette extérieure.

Son gouvernement eut cependant le temps de promulguer plusieurs lois. En , ce furent les lois de confiscation des biens de mainmorte ou de corporations civile et ecclésiastique connue sous le nom de « ». Cette loi ordonnait de vendre à leurs locataires les biens que l'Église catholique leur louait. Puis en et se succédèrent : loi de nationalisation des biens ecclésiastiques : suppression des ordres religieux, les livres et œuvres d'art en possession de l'Église passent en mains publiques ; loi du mariage civil et contrat de mariage civil sans intervention du clergé ; loi du registre civil. Les statistiques, le contrôle de la population, les registres des naissances et des décès passent sous contrôle exclusif de l'État ; loi de sécularisation des cimetières, interdiction d'enterrer quiconque dans une église ; loi de liberté des cultes.

L'intervention française thumb|Soldats de l'armée mexicaine.

Les rivalités politiques divisent les classes dirigeantes. De plus, depuis l’indépendance, le Mexique est en proie à une instabilité qui use financièrement le pays. L'Empereur des Français , dans une vision d'hégémonie franco-catholique en Amérique latine, souhaite doter le Mexique d'un régime stable, notamment pour faire face aux États-Unis protestants en pleine expansion, certes alors en pleine guerre civile, mais qui avait déjà agressé le Mexique à de nombreuses reprises par le passé. Il s'agit aussi d'installer un régime à la solde de la France et d’en récolter les bénéfices.

Ce plan, qui pouvait contrebalancer en Amérique la puissance des États-Unis en créant un Empire catholique allié à la France, est notamment soutenu par Eugène Rouher, lequel en parle comme de « la plus grande pensée du règne », sans cependant avoir consulté les Mexicains, pourtant les premiers intéressés.

Les conditions géopolitiques sont excellentes en 1861 : les dettes du Mexique et l'attitude du gouvernement libéral de Juárez qui entame son deuxième mandat (du au ) fournissent des prétextes tout trouvés pour une intervention française « légitime ». En outre, l'intervention américaine est exclue, la guerre de Sécession battant alors son plein (la France se considérant par ailleurs neutre dans ce conflit).

Historique des opérations Phase internationale vignette|Expédition du Mexique, sous le commandement de Jurien de la Gravière (L'Illustration, 1862). Après la signature de la Convention de Londres (1861), les gouvernements espagnol et britannique envoient eux aussi une force expéditionnaire (le Mexique leur doit bien plus d'argent qu'à la France). Les Espagnols envoient le général Juan Prim débarquant le et provenant de Cuba. Les Britanniques envoient 700 marines à bord d'une escadre formée de deux vaisseaux et quatre frégates commandées par l'amiral DunlopMax Patay et Éric Bourdessol, Les Grandes batailles de l'histoire : Camerone 1863, Socomer édition, 1988. qui débarquent le . Le , les Français arrivent avec l'escadre de l'amiral Jurien de La Gravière avec le Masséna, cinq frégates, deux avisos à hélice et un à roues, deux canonnières et trois transports amenant les prémices du corps expéditionnaire :

vignette|redresse=1.5|Expédition française au Mexique.

Sous le commandement du général Charles Ferdinand Latrille de Lorencez remplacé par Élie-Frédéric Forey en 1862. des 1 et d'infanterie de marine formant un régiment de marche ; 800 fusiliers marins ; du de zouaves ; un peloton du d'Afrique ; une batterie d'artillerie servie par des marins ; une batterie d'obusiers servie par des matelots ; 20 sapeurs du du génie ; gendarmes à cheval Une légion belge de accompagne les Français sous le commandement du lieutenant-colonel Van der Smissen. La future impératrice Charlotte étant la fille du roi des Belges , celui-ci avait voulu participer à l'expédition, autant par raison familiale, que parce qu'il nourrissait des espoirs d'expansion coloniale, comme l'avait prouvé une tentative de peuplement belge en Colombie.

Des négociations ont lieu entre le gouvernement libéral mexicain et les Européens, après que ces derniers ont signé la Convention de Soledad en , dans laquelle ils s'engagent à ne pas attaquer le Mexique. Mais elles n'aboutissent qu'à une impasse. En , Britanniques et Espagnols retournent au port de Veracruz et quittent le pays.

Phase exclusive française

Les Français décident de se maintenir. Le général Charles Ferdinand Latrille de Lorencez, à la tête du commandement français, décide de marcher vers Puebla qui, une fois prise, permettrait d'ouvrir la voie vers Mexico.

Après de petits affrontements avec les soldats de la république mexicaine, les Français arrivent au nombre d'environ The History of Cinco de Mayo - Mexonline.com. devant la ville le . Environ du général Ignacio Zaragoza y sont solidement retranchés, mais ils sont pauvrement armés. Lorencez lance ses troupes dans un assaut frontal contre le couvent fortifié du Cerro de Guadalupe (« colline de Guadalupe »). Bien abrités par les murs, les soldats gouvernementaux parviennent à repousser les Français appuyés par des troupes mexicaines conservatrices aux ordres des généraux Márquez, Zuloagaga et Cobos, rejoints le par arrivant de Guanajuato, payés par l'Église catholique Vicente Riva Palacio (dir.) México a través de los siglos : José María Vigil : La Reforma, Capítulo VI, (contient le récit complet de la bataille du , à Puebla), Mexico - Rééditions de 1953 et 1979 par Editorial Cumbre, México DF.. 462 Français et 83 Mexicains meurent au cours de la bataille In Mexico, Cinco de Mayo is a more sober affair - The Washington Post, .. Lorencez sonne alors la retraite et se retire dans la ville d'Orizaba.

Le général mexicain reçoit l'ordre de faire le siège d'Orizaba et positionne et plusieurs canons sur la colline du Cerro Borrego pour bombarder la ville.

Le capitaine Paul Alexandre Détrie escalade la colline de nuit avec moins de du de ligne et déloge les Mexicains pris de panique, croyant avoir affaire à l'ensemble de l'armée française. Cette victoire héroïque et spectaculaire qui libère le siège d'Orizaba connaît un immense retentissement en France et sur le moral du corps expéditionnaire éprouvé par la défaite de Puebla.

Le , le général Edmond Le Bœuf, aide de camp de l'empereur Napoléon III, écrit au colonel Charles Letellier-Valazé, chef d'état-major du corps expéditionnaire :