Frédéric d'Aragon, né le à Naples (Naples) ., mort le à Montils-lèz-Tours (Touraine), prince de Tarente et d'Altamura, duc d'Andria par son deuxième mariage, puis roi de Naples (1496-1501)Petit Larousse sub Frédéric (Sicile péninsulaire), fils de Ferdinand , roi de Naples, et d'Isabel de Chiaramonte. Il est le dernier des rois de la maison de Trastamare de la dynastie d'Aragon-Naples, qui avait été fondée par son grand-père Alphonse le Magnanime au bénéfice de son fils illégitime Ferrante d'Aragon (« le Roi Ferrant » pour les chroniqueurs français).

Parvenu au trône après le décès de son frère aîné Alphonse II de Naples et de son neveu Ferdinand II de Naples, il dut, comme eux, faire face aux tentatives du roi Louis XII de France pour récupérer le royaume de Naples dont il se considérait le légitime possesseur en tant qu'héritier de son prédécesseur Charles VIII (cf. l'expédition française de 1494-95), lui-même héritier de la seconde dynastie d'Anjou, et plus particulièrement de René d'Anjou et de Charles V d'Anjou, comte du Maine.

Attaqué, en 1501, par Louis XII et ses alliés, le pape Alexandre VI et son fils César Borgia, trahi par Ferdinand II le Catholique qui feignait d'être son allié, Federico choisit de traiter avec le roi de France, et échange avec celui-ci ses droits sur le royaume de Naples contre les revenus du comté du Maine.

Biographie Diplomate et lieutenant du roi Ferrant

Il est baptisé le au Castel Capuano et son parrain n'est autre que l'empereur Frédéric III qui rendait alors à Alphonse le Magnanime une visite diplomatique.

Son père accède au trône de Naples, à la mort d'Alphonse le Magnanime, le et donne à ses fils les meilleurs maîtres : Andrea da Castelforte, Giovanni Elisio Calenzio, Baldassare Offeriano et Girolamo FortiGirolamo Forti, né à Teramo, et mort en 1489, est surtout connu pour un poème épique intitulé (Renauld de Montauban Amoureux) qu'il traduisit probablement d'un roman en français vers le Toscan (Manuel du Libraire et de l'Amateur de livres, Jacques-Charles Brunet, Tome 4, page 91, Sylvestre, Paris, 1843. vignette|redresse=1.5|gauche|Naples au . La Tavola Strozzi représente probablement l'entrée triomphale de la flotte de Ferdinand après la bataille d'Ischia en 1465. En 1464, il reçoit de son père, alors qu'il réside à Tarente, l'ordre d'organiser l'escorte qui doit conduire de Milan à Naples, Ippolita Maria Sforza, fille aînée de Francesco Sforza, duc de Milan que l'on vient de fiancer à son frère aîné Alphonse, alors duc de Calabre. Il quitte Naples, le avec une suite de et apprend, alors qu'il est en route, le , le décès de sa mère. Il est reçu à Rome, le par le pape Paul II qui lui remet la traditionnelle rose d'or. Il gagne ensuite Sienne, puis Florence où il est reçu, le par Laurent le Magnifique. Il gagne ensuite Milan, où il parvient le , en passant par Bologne. Il quitte Milan le avec une suite doublée par celle de la fiancée afin de regagner Naples par le même chemin qu'il avait emprunté à l'aller. Le voyage est interrompu par Francesco Sforza, qui menace de rompre la promesse de noces, à Sienne où la suite s'arrête jusqu'à ce que la situation diplomatique se débloque. Il est de retour à Naples, le .

De 1464 à 1473, il exerce les fonctions de lieutenant du roi de Naples dans les Pouilles : en Capitanata, en Terre de Bari et en Terre d'Otrante. Son rôle n'y a rien d'honorifique : il y reçoit les hommages liges, supervise la perception des impôts et veille à l'application des accords commerciaux avec la république de Venise. Il participe aussi à l'activité diplomatique intense que son père mène, notamment en recevant les puissants seigneurs dont le roi de Naples désire acquérir l'alliance ou la bienveillance. Il accueille ainsi, en mars 1472, à Aversa puis à Naples, Jean della Rovere, préfet de Rome, seigneur de Senigallia et neveu du pape Sixte IV (François della Rovere), et le , à Naples, Charles Manfredi, seigneur de Faenza.

Projets de mariage

Dès le mois d', son père se propose de le marier avec Marie de Bourgogne, fille et unique héritière de Charles le Téméraire, et cette espérance semble prendre corps en , après la signature d'une alliance entre le duc de Bourgogne et le roi de Naples..

Tenter de marier Marie de Bourgogne, l'une des plus riches héritières de son temps, avec l'un de leurs rejetons constitue un objectif pour de nombreux princes européens : Ferdinand le Catholique, Nicolas de Lorraine, Philibert de Savoie, Georges Plantagenêt et Charles de Guyenne, ont fait partie des prétendants plus ou moins agréés au fil des projets changeants de Charles le Téméraire. Louis XI lui-même a exprimé son intérêt pour une candidature d'un prince d'Aragon-Naples avec lequel il pourrait échanger les prétentions des Anjou contre des territoires bourguignons dès qu'il héritera du comte du Maine.

En , le roi Ferdinand reçoit à Naples, en grande pompe, dans l'objectif de servir ce projet, une délégation bourguignonne qui insiste sur le fait que Charles le Téméraire, pour sa part, n'a pas arrêté son choix. Éléonore de Naples, la sœur de Frédéric se dit confiante dans l'idée que le duc de Bourgogne appellera son frère à le rejoindre avant Pâques. Mais ces espoirs sont douchés pendant l'été lorsqu'on apprend, à la cour de Naples, les fiançailles de Marie de Bourgogne avec Nicolas de Lorraine-Anjou, petit-fils du roi René, qui se parait des titres de duc de Lorraine, marquis de Pont-à-Mousson, duc de Calabre et prince de Gérone, et qui prétendait hériter non seulement de la Lorraine et du duché de Bar mais des royaumes de Naples et d'Aragon (héritage angevin de Louis II et Yolande d'Aragon), fiançailles qui résultent de l'alliance passée entre les ducs de Bourgogne et de Lorraine, alliance que Charles le Téméraire paraphe à Arras le et que Nicolas de Lorraine signe à son tour, le . Marie de Bourgogne donne son consentement à la promesse de mariage le et Nicolas lui transmet la sienne, datée de Mons-en-Hainaut, le même jour..

En , une nouvelle ambassade bourguignonne séjourne à Naples qui rassure le roi Ferdinand à propos de l'impact des fiançailles de Marie de Bourgogne sur les relations entre Charles le Téméraire et le roi de Naples. En partant, elle laisse sur place deux jeunes gens qui sont chargés d'aider Frédéric à améliorer son français. Charles le Téméraire utilisait l'éventuel mariage de sa fille comme un instrument de sa diplomatie.

Les fiançailles de Marie de Bourgogne et de Nicolas de Lorraine durent d'ailleurs peu. Le , au camp de Charles le Téméraire à Beaurevoir, Nicolas renonce à la promesse de mariage sans préjudice de l'alliance entre les deux ducs. Marie de Bourgogne y renonce le , et de toute façon Nicolas meurt subitement dès 1473.

L'année 1473 se passe en récriminations, de part et d'autre, sur le fait que l'allié ne respecte pas ses engagements et quand le bruit se répand que Charles le Téméraire envisage de marier sa fille avec Maximilien de Habsbourg, le fils de l'empereur Frédéric III, le roi Ferdinand explore la possibilité d'une union entre Frédéric et Jeanne d'Aragon, fille de Jean II d'Aragon, que le roi de Naples finit par choisir d'épouser lui-même. On évoque aussi la possibilité d'un mariage avec une fille de Luca Sanseverino, prince de Bisignano, avant de revenir à l'hypothèse des noces bourguignonnes.

À la cour de Charles le Téméraire Le roi Ferdinand décide, afin de favoriser la possibilité d'un mariage avec la fille de Charles le Téméraire, d'envoyer son fils auprès de celui-ci, et de saisir n'importe quelle occasion qui obligera le duc de Bourgogne à accepter de le recevoir. Le , au Castel Nuovo de Naples, il donne l'ordre de départ et délègue à son fils les pouvoirs qui lui permettront de négocier son mariage .. Le , depuis Foggia, Ferdinand donne à Francesco Bertini, évêque de Capaccio, son ambassadeur à la cour de bourgogne, les pleins pouvoirs afin de conclure la négociation.Le , Alphonse, duc de Calabre, depuis Cassano, confirme les pouvoirs conférés par son père à son frère et à l'évêque de Capaccio. vignette|gauche|Portrait de Marie de Bourgogne vers 1500 par Michael Pacher. Frédéric quitte Naples le , accompagné d'une suite princière et multiplie les visites courtoisie en dans la péninsule italienne, en attendant que l'occasion de se rendre à Dijon se présente. Il est reçu à Rome et à Urbino, puis à Ferrare chez son beau-frère Hercule d'Este. Le , il est accueilli, accompagné par de sa suite, par le doge de Venise Pietro Mocenigo, dans le cadre d'une splendide réception, à l'occasion de laquelle la Sérénissime République l'accueille à bord du Bucentaure.

L'occasion de rejoindre la cour de Charles Le Téméraire lui est fournie par la signature d'un accord militaire entre celui-ci et Galéas Marie Sforza, le . Au début de , Il quitte Milan pour Turin où Yolande de FranceYolande de Franceassure la régence du duché de Savoie au nom de son fils Philibert et en tant que veuve de son époux Amédée IX de Savoie. Galéas Marie Sforza est, depuis qu'il s'est remarié avec Bonne de Savoie, l'époux de sa belle sœur., qui est à l'origine de l'alliance entre les ducs de Bourgogne et de Milan, lui confie la conduite d'un contingent d'hommes d'armes et d'arbalétriers. Il parvient à Besançon à la fin du mois de février, alors que Charles le Téméraire assiège Neuss.

L'équipée possède des aspects rocambolesques, mais elle s'inscrit avant tout dans la complexité de la diplomatie et des méthodes de communication de l'époque. Le périple italien sert à propager la nouvelle parmi les cours italiennes, et Guy de Brimeu, conseiller du duc de Bourgogne s'étonne que l'on ait fait circuler la nouvelle du mariage parmi les cours italiennes. Ferdinand savait que les projets de mariage était des questions fluctuantes et soumises aux aléas politiques, et que ceci était plus vrai encore qu'ailleurs à la Cour de Bourgogne. Aussi confiait-il à son fils deux autres missions : la première consistait à remettre à Charles le Téméraire le collier de l'Ordre de l'Hermine qu'il avait fondé et dans lequel il avait admis le duc de Bourgogne pour lui rendre l'honneur qu'il lui avait fait de l'accueillir au sein des chevaliers de l'ordre de la Toison d'Or, la seconde consistait à supplanter, dans l'entourage de Charles, Nicola Pietravalle di Monforte, comte de Campobasso, un ancien vassal de Ferdinand qui avait servi René d'Anjou et lié son destin à celui de Jean de Calabre père du duc Nicolas de Lorraine, recruteur de mercenaires en Piémont, en Lombardie et en Émilie pour qu'ils servent dans les armées bourguignonnes, et dont Charles le Téméraire vient de faire l'un de ses chambellans ..

Tandis que Frédéric d'Aragon parvient à la cour de Bourgogne, Antoine de Bourgogne, le demi-frère de Charles le Téméraire, se met en route pour Naples accompagné de son fils Philippe, de François d'Este, un fils illégitime de Lionel d'Este et de Guillaume de Rochefort, et d'une centaine de personnes afin de remettre au roi Ferdinand le collier de l'ordre de la Toison d'or dans lequel il a été admis, au Chapitre de Valenciennes, en 1473, à la demande insistante de Charles le Téméraire .. Parti de Malines aux environs du , Antoine de Bourgogne séjourne à Moncalieri du au chez la duchesse Yolande. Il rencontre peut-être à cette occasion Frédéric d'Aragon qui se rend à Chambéry (). Giovanni Pietro Panigarola, Genève in Fonti per la storia d'Italia. Carteggi Milano (Ducato) - Relazioni con il Ducato di Borgogna - Fonti - 1453-1475, publiés par Ernesto Sestan, Istituto storico italiano per l'età moderna e contemporanea, Roma, 1985, page 411..

Antoine de Bourgogne est somptueusement reçu à la cour milanaise du au , puis reprend la route de Naples où il est accueilli par le duc de Calabre Alphonse, le . Le , le roi Ferdinand annonce qu'il a été investi dans l'Ordre de la Toison d'or et qu'il a prêté serment d'en respecter les statuts. Le séjour de l'ambassade bourguignonne est l'occasion de grandes festivités et notamment de joutes.