vignette|L'Hôtel-Dieu en flammes à la suite de tirs lors de la libération en septembre 1944.|alt=Dôme de l'Hôtel-Dieu en flammes vu depuis la rive gauche du Rhône.

Lyon, durant la Seconde Guerre mondiale, joue un rôle important dans l'histoire française. Située en zone libre jusqu'en 1942 et très proche de la ligne de démarcation, la ville accueille de nombreux réfugiés et devient un foyer de Résistance précoce et important. Particulièrement marquée par la répression, surtout après l'invasion de la zone sud en , Lyon est finalement libérée le . Lyon se prépare comme toutes les autres villes à la guerre en 1939-1940 et ne connaît pas d'évènement particulier durant la drôle de guerre. Lors de l'invasion, Lyon ne connaît pas de combats, son maire Édouard Herriot ayant obtenu le statut de ville ouverte pour son agglomération. Si les Allemands ne restent pas longtemps, un très grand nombre de réfugiés s'installent à Lyon à compter de . La ville connaît entre cette date et la même vie politique unique faite de censure et de propagande officielle que l'ensemble de la France soumise à l'autorité du gouvernement vichyste. En revanche, Lyon connaît un très riche réseau de résistants, regroupant toutes les tendances qui fondent rapidement un grand nombre de mouvements et d'organes de presse clandestins. Toutefois, comme partout, la majorité de la population reste sur cette période fidèle à la figure du maréchal Pétain, à l'image du cardinal Gerlier.

Après l'invasion de la zone sud, après le , Lyon subit une répression importante, due à la fois à l'importance des mouvements résistants locaux et au fait qu'elle est un chef-lieu régional pour les organes de répression allemands (Gestapo, SS et Feldgendarmerie) et pour la Milice française. La population a, à la fin de 1942, perdu la confiance dans le gouvernement de Vichy et connaît jusque la Libération près de deux années de privations sévères. Les mouvements résistants procèdent à des actions de plus en plus nombreuses et hardies, et subissent en retour des pertes importantes, dont l'arrestation de personnalités majeures des mouvements de résistance tel Jean Moulin. Lourdement bombardée à la fin du conflit, la ville est libérée le par l'armée américaine et les forces armées françaises, ayant débarqué en Provence le . Les Forces françaises de l'intérieur, au niveau régional, avaient décidé de ne pas procéder à un soulèvement auparavant, manquant d'armement et craignant une riposte aveugle de la part des troupes notamment SS.

Lyon et la Seconde Guerre mondiale Lyon joue un rôle certain dans les évènements politiques et militaires de la Seconde Guerre mondiale, sans n'avoir jamais été aux premières loges.

Lyon à l'orée de la guerre

Le cadre urbain vignette|Vue de la Croix-Rousse depuis la colline de Fourvière. Bibliothèque du Congrès.

En 1939, Lyon est une ville à l'habitat vieillissant, plus de 95 % des immeubles de la ville datent d'avant 1914. À cette date, il existe déjà des logements sociaux pour , mais plus de sont encore en attente d'un logement décent.

vignette|gauche|Le Palais de la Bourse, symbole des beaux quartiers centraux de Lyon. Bibliothèque du Congrès.

La presqu'île entre Perrache et la Croix-Rousse, de même que le Vieux Lyon, montrent un visage urbain similaire à celui de nos jours. Le Vieux Lyon, encore largement insalubre et mal rénové, est un quartier populaire, tandis que le centre historique est un beau quartier aisé. Le plateau de la Croix-Rousse est encore percé de nombreux espaces campagnards.

À l'ouest, les pentes de Fourvière, le plateau du Point du jour et le quartier Saint-Just sont également dotés de nombreuses propriétés avec de grands jardins et espaces verts.

À l'est, les Brotteaux sont encore en voie de transformation. Le nord devient de plus en plus résidentiel tandis que le sud reste encore populaire et peuplé d'artisans. Plus à l'est, autour de l'hôpital de Grange Blanche pas encore terminé, se trouve l'avenue Berthelot, prévue pour être une grande avenue résidentielle moderne, et plus au sud l'avenue des États-Unis est peuplée d'immeubles HLM flambant neufs. Plus à l'est encore se trouve le boulevard de ceinture tout récemment terminé, qui se trouve encore presque en pleine campagne.

Le sud de Lyon, avec Gerland, est un quartier évité par la population à cause des nuisances des usines chimiques.

Administrativement, Lyon à l'époque ne comprend pas encore la commune de Saint-Rambert, le cinquième arrondissement arrivant alors jusqu'à Vaise et le septième arrondissement comprenant encore ce qui sera plus tard le huitième.

Situation politique vignette|Édouard Herriot prononçant un discours en 1936. BNF, Est., EI-13 (2915).

Lyon arrive dans la guerre avec Édouard Herriot comme maire, élu sans discontinuer depuis 1905. Maire radical issu d’un parti en perte de vitesse au cours des années 1930, il dispose toutefois d’une aura qui lui permet de se maintenir dans une position incontournable dans la cité rhodanienne . Mais sa position est fortement contestée à la fois par sa gauche, avec une SFIO et un Parti communiste en pleine ascension, et par sa droite par le Parti social français proche, à Lyon, des idées de Joseph Rambaud. À droite, une partie de l’opinion est attirée par le Parti populaire français de Jacques Doriot, pour qui le journal conservateur Le Nouvelliste a des attirances.

L'économie lyonnaise à la veille du conflit

L'économie lyonnaise durant les années trente est en pleine mutation. L'industrie traditionnelle du tissage de la soie finit de s'effondrer, la crise de 1929 ayant porté un coup fatal à un secteur largement affaibli par les changements d'habitude de sa clientèle et les nouvelles concurrences internationalesPierre Vernus, Art, luxe & industrie : Bianchini Férier, un siècle de soierie lyonnaise : 1888-1992, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, coll. « Histoire industrielle », 2006, 429 p. , . Remplaçant ce secteur, celui du textile artificiel, la rayonne, a pris une grande importance dans l'aire urbaine lyonnaiseBernadette Angleraud et catherine Pellissier, Les dynasties lyonnaises : Des Morin-Pons aux Mérieux du à nos jours, Paris, Perrin, 2003, 830 p. , .

En revanche, depuis une trentaine d'années, Lyon a largement diversifiée son parc industriel et possède de nombreuses entreprises de grande dimension. Les usines Berliet, en agrandissement constant, fabriquent toujours des berlines mais sont surtout devenu un puissant constructeur de poids lourds. Les sociétés C.G.E. et la Société industrielle des téléphones viennent de s'unir pour créer la plus puissante câblerie de France. Dans le même secteur, Lyon voit la société S.W. grandir rapidement. Les sociétés d'industries lourdes locales connaissent un regain de vigueur en 1938 avec les commandes d'armement.

La vallée de la chimie est déjà une réalité avec Saint-Gobain et Rhodiacéta à Saint-Fons et de multiples petites entreprises en remontant jusqu'à Gerland.

Dans le domaine du transport, Lyon est un centre d'échange ferré français majeur. Perrache, la principale gare, connaît un trafic de 180 trains en moyenne par jour. En 1938, plus d'un million de tonnes de marchandises sont passées par les gares ferrées lyonnaises, et par les gares fluviales, surtout via la Saône.

Lyon et la drôle de guerre : septembre 1939 - juin 1940 Mesures préparatoires à la guerre

Le gouvernement Daladier, très méfiant envers les communistes accusés de pacifisme défaitiste, dissout le les municipalités tenues par le Parti communiste français, dont celles de Villeurbanne, Saint-Fons et Vénissieux. Cela n'entraîne pas de grandes réactions.

« La drôle de guerre »

Durant la « drôle de guerre », Lyon, comme l'ensemble de la France, ne change pas particulièrement ses habitudes ; les seuls signes tangibles de la guerre sont des distributions de masques à gaz et la préparation d'abris. Une batterie anti-aérienne est installée près de l'aérodrome de Bron, la défense passive est organisée (recensement d'abris, diffusion des mesures de précaution, mise en place de postes de secours). En revanche, des déplacements importants de population, surtout d'enfants, venus des frontières de l'Est de la France, imposent dès des mesures d'accueil souvent mal anticipées. La Croix-Rouge française, entre autres, est chargée de s'occuper de cette question.

Durant l'hiver 1939-1940, puis le printemps 1940, les alertes aériennes causées par des avions de reconnaissance allemands deviennent de plus en plus fréquentes, sans jamais qu'il y ait bombardement. C'est durant l'hiver 1939-1940 que les mesures de restrictions alimentaires sont décidées par le gouvernement Daladier, par une annonce le , avec un début d'application fin avril-début mai, vite stoppée par l'invasion allemande.

vignette|322x322px|Potez 63-11 utilisé à Lyon lors de la Seconde Guerre mondiale avec la cocarde française.

Les Polonais à Lyon de 1939 à 1940

Le , les Allemands ont déclaré la guerre à la Pologne. Dans la cadre du pacte germano-soviétique, les Polonais se sont retrouvés encerclés par les soviétiques et les Allemands. L’invasion fut très rapide puisque dès le , la Pologne est occupée par les Allemands. C'est dans ce contexte que certains aviateurs polonais ont décidé de poursuivre leur combat en dehors de leur frontière. Environ se sont réfugiés sur la base aérienne de Lyon Bron. Ils y restèrent jusqu’en . Ils étaient placés sous deux commandements: celui de la France et celui de la Pologne. Ils ont participé à plusieurs batailles en France avant de rejoindre l’Angleterre lors de l'armistice française de .

Les industries de guerre

Durant cette première période, une partie des industriels de la région lyonnaise sont pleinement partie prenante de l'économie de guerre. En tout, une vingtaine d'usines sont mises à contribution pour soutenir l'effort national. Directement tenus par l'État, les Aciéries de Longwy à Vénissieux et les Ateliers de constructions d'Irigny et de Lyon sont directement liées aux commandes de l'armée. Mais en dehors de ces deux cas, ce sont plus de deux cents établissements, de moyenne et petite taille, le plus souvent des sous-traitants de grosses entreprises basées à Paris ou dans le Nord, qui participent à la construction militaire.

L'invasion

Le , l'offensive allemande, qui se traduit à Lyon par le bombardement de l'aéroport de Bron, réveille brusquement les consciences. Un premier raid, puis un second fait une quinzaine de morts, civils et militaires, mais aucun appareil français n'a pu décoller pour contre-attaquer, de très nombreux pilotes français et polonais étant en permission.

Rapidement, dès mi-mai, des colonnes de réfugiés fuyant l'avance allemande arrivent ou passent par Lyon. En premier lieu des Belges, Néerlandais et Luxembourgeois. Viennent ensuite rapidement des Français, venant du Nord et de l'Est.

Les attaques contre l'aérodrome de Bron, puis contre des cibles stratégiques lyonnaises deviennent de plus en plus fréquentes. Le , Givors est violemment frappée, les Allemands causant de nombreuses pertes civiles, en particulier des employés des Verreries Grammont. Le , c'est la ville de Bron qui est touchée.

Le , alors que Paris est prise, l'évacuation des plus jeunes est décidée et organisée par le préfet Émile Bollaert. En trois jours, la ville a perdu la moitié de sa population. Ce même jour, le maréchal Pétain accorde le statut de ville ouverte à Lyon, pour lui éviter les combats, à la demande d'Herriot qui avait été contacté par le préfet Bollaert estimant que toute résistance serait inutileLyon et sa région en juin 1940, Musée d'histoire militaire de Lyon. Ordre est donné par le général Weygand au général Jules Hartung d'évacuer la ville et de ne pas faire sauter les ponts. Toutefois, les dépôts d'essence de Collonges-au-Mont-d'Or et du port Édouard-Herriot sont incendiés.