vignette|Six des vingt-et-un membres de la famille impériale japonaise. De gauche à droite : le couple Naruhito (empereur), le couple Akihito (empereur émérite) et le couple Akishino (prince héritier). Une controverse sur la succession impériale japonaise existe depuis 2001 quant à une nécessaire réforme des règles de succession au trône japonais. Celui-ci n'est actuellement accessible qu'aux hommes de la famille impériale japonaise qui fait face à une pénurie d'héritiers mâles. Dans l'état actuel des choses, si les règles ne sont pas modifiées et que le dernier héritier mâle meurt sans fils, alors la dynastie régnant sur le Japon, la plus vieille du monde, s'éteindra.
La situation de la famille impériale fait actuellement l'objet de débats dans le monde politique japonais : la loi de la maison impériale, qui vise à préserver la pureté de la lignée impériale, risque de conduire à l'extinction de la dynastie. La famille impériale n'est composée que de vingt-et-un membres : les descendants de l'empereur Meiji par leur père (un empereur, quatre princes impériaux), leurs épouses (cinq princesses impériales, deux veuves) et leurs enfants (huit princesses, un prince). Les règles donnent une priorité absolue aux hommes, qui sont les seuls à pouvoir apporter des membres supplémentaires ; or la famille impériale n'a donné naissance qu'à des filles (huit princesses au total) de 1965 à 2006 — date à laquelle est né un garçon.
Selon les règles, lorsqu'une princesse se marie, elle est exclue de la famille impériale. La famille impériale pourrait donc se réduire de plusieurs membres dans les années à venir.
L'avenir de la famille impériale repose donc aujourd'hui essentiellement sur Hisahito qui est le seul à pouvoir apporter des membres supplémentaires (avec sa femme et ses enfants) ; s'il échoue à avoir un fils, la famille impériale disparaîtra, à moins que les règles ne soient modifiées. Même s'il réussit à donner naissance à un fils, la crise n'en sera que reportée d'une génération.
Contexte Évolutions historiques Par tradition, la succession au trône impérial était régie par le principe d'ancienneté agnatique (du père à l'enfant aîné). En théorie, tous les membres, hommes ou femmes, descendants patrilinéaires (par le père) des premiers monarques japonais, qui descendaient eux-mêmes du premier empereur, Jinmu, pouvaient prétendre au trône du chrysanthème (surnom du trône impérial). En pratique cependant, la priorité était donnée aux fils aînés des monarques, suivi par ses frères, puis des fils et autres mâles de la famille patrilinéaire directe, en dernier recours suivis par des membres des maisons shinnōke (branches de la famille impériale), soit en d'autres termes par tout parent mâle et occasionnellement par des cousins éloignés. Parce qu'il n'y avait aucune restriction au remariage ou polygynie dans le Japon d'autrefois, il existait généralement une pléthore de mâles pouvant prétendre au trône. Il y a cependant plusieurs cas historiques de femmes régnant sur le trône. Mais comme leurs descendants n'avaient pas le droit de prétendre au trône (droit transmis uniquement par les hommes), le fait de couronner une femme provoquait souvent des disputes de succession à la fin de son règne. Dans certaines occasions, l'héritier mâle direct était trop jeune pour assumer la fonction, ainsi, dans ces cas-là, c'est sa mère, sa tante ou sa sœur aînée, si elles descendaient du monarque précédent, qui pouvaient temporairement monter sur le trône jusqu'à la puberté de l'enfant, âge jugé suffisant pour assumer la fonction.
Ère Meiji : occidentalisation du système impérial Cependant, après la restauration de Meiji de 1868, le Japon copie le modèle prussien de succession impériale dans lequel les femmes de la famille impériale étaient explicitement exclues. Fait plus significatif, en pleine période d'occidentalisation et de modernisation du Japon, le gouvernement interdit la polygamie, qui était alors autorisée aux membres des familles nobles (samouraï ou kuge), surtout si la première femme n'arrivait pas à donner naissance à un fils. Les femmes sont bannies de la succession impériale pour la première fois en 1889 par la constitution Meiji d'influence prussienne. Cette interdiction est confirmée par la loi de la maison impériale de 1947, adoptée durant l'occupation américaine. Plus important encore, le Japon vote l'interdiction de la polygynie (plusieurs concubines) et l'empereur Meiji est le dernier souverain à avoir une deuxième épouse officielle.
Réforme de 1947 Après la Seconde Guerre mondiale, une autre restriction est imposée : seuls les proches parents de l'empereur (enfants et descendants, frères et sœurs et descendants) faisant partie de la famille impériale officielle, peuvent prétendre à la succession.
La loi de 1947 limite la succession aux descendants mâles de l'empereur Meiji seulement (excluant du même coup les autres lignées mâles de la dynastie impériale, comme les Fushimi, Higashikuni, Kitashirakawa, etc) et interdit explicitement à l'empereur et aux autres membres de la famille impériale d'adopter des enfants. Récemment, certaines personnes ont affirmé que le système actuel ne pouvait plus fonctionner sur le long terme étant donné qu'il est de moins en moins probable qu'un prince mâle soit disponible pour monter sur le trône.
Situation actuelle
L'empereur émérite Akihito a deux fils : l'empereur régnant Naruhito et le prince Akishino. Ce dernier est le père du seul petit-fils d'Akihito, le prince Hisahito (né en 2006). Le frère de l'empereur émérite, le prince Hitachi, n'a pas d'enfants. Son oncle, le prince Mikasa (mort en 2016), n'a pas de petits-fils et son cousin, le prince Yoshihito de Katsura, est décédé sans enfants.
L'empereur Naruhito et sa femme l'impératrice Masako ont une enfant, la princesse Toshi, né le . La naissance de cette enfant, plus de huit ans après le mariage de ses parents et à la suite des grandes difficultés de sa mère (de notoriété commune) de concevoir un enfant, suscite un vif débat au Japon à propos de la succession impériale. Pour ajouter à cette pénurie d'héritiers mâles, le frère de Naruhito, le prince Akishino, n'avait que deux filles, la princesse Mako d'Akishino, née le , et la princesse Kako d'Akishino, née le . Les deux autres membres collatéraux de la famille impériale n'ont que des filles. Le défunt prince Tomohito de Mikasa avait deux filles, la princesse Akiko de Mikasa, née le et la princesse Yōko de Mikasa, née le . Le défunt prince Norihito de Takamado avait trois filles, la princesse Tsuguko de Takamado, née le , la princesse Noriko de Takamado, née le et la princesse Ayako de Takamado, née le . Aucun héritier mâle n'est né dans la famille impériale pendant quarante-et-un ans.
Au début des années 2000, la controverse sur la succession impériale devient une véritable question politique. En mai 2006, le journal Asahi Shinbun publie un éditorial sur la situation intenable du système actuel. Dans un sondage du journal de , 82 % des répondants soutenaient une réforme de la loi de la maison impériale pour permettre à une femme d'accéder au trône impérialSondage de l'Asahi Shinbun du 22 mars 2009.. Le Premier ministre de l'époque, Jun'ichirō Koizumi, soutient aussi fortement une réforme lors d'une session au Parlement en 2006 en s'engageant à présenter un projet de loi. Certains conservateurs s'y opposent et affirment que le débat est prématuré. vignette|Journaux japonais annonçant la naissance du prince Hisahito. Le cousin de l'empereur, le prince Tomohito de Mikasa, soutient aussi la proposition en affirmant que les membres mâles officiels de la famille impériale japonaise, dont il fait partie, devraient pouvoir prendre des concubines pour avoir plus de chance de produire un héritier mâle, parce qu'il était autrefois possible qu'un enfant illégitime monte sur le trône. Il affirme cependant plus tard que cette suggestion était une plaisanterie. Une autre solution envisagée serait de restaurer les branches shinnōke (branches collatérales agnatiques de la famille impériale qui furent désanoblies par les forces d'occupation américaines).
L'épouse du prince Akishino, la princesse Kiko d'Akishino, donne naissance à un garçon le . L'enfant, le prince Hisahito d'Akishino, est actuellement deuxième dans l'ordre de succession au trône. À la suite de cette naissance, le débat politique sur le sujet diminue en importance. Koizumi retire son intention de présenter un projet de loi, bien que l'opinion publique sur une possible réforme reste élevée, à 68 %.
L'arbre généalogique suivant représente la structure de la famille impériale. Les personnes décédées sont en italiques et, dans un souci de simplicité, les épouses et veuves sont occultées :
Chronologie des événements récents Une controverse existe sur une possible réforme des règles de succession régies par la loi de la maison impériale de 1947. En politique, la droite préconise un changement sur le modèle de primogéniture agnatique prussien (premier enfant du monarque homme, garçon ou fille) et également d'abolir la précédente exclusion de nombreux mâles de la famille impériale. Les libéraux préconisent l'adoption d'une primogéniture absolue. Les modérés préconisent la ré-adoption des anciennes règles de succession par lesquelles une femme pouvait accéder au trône si elle avait préséance d'ancienneté ou proximité au sein de la fratrie patrilinéaire. La princesse Takamatsu (décédée en 2004), dernier membre de la branche Arisugawa-no-miya et tante de l'actuel empereur, préconisait, lors d'une entrevue avec un média en 2002, l'adoption des règles traditionnelles permettant aux princesses de monter sur le trône à la suite de la naissance de la princesse Aiko (née en 2001).
L'adoption d'une primogéniture absolue permettrait, comme ce fut le cas plusieurs fois dans l'histoire, aux descendantes célibataires ou veuves de la lignée mâle de la famille impériale de monter sur le trône du chrysanthème, et amènerait également une innovation : autoriser les princesses mariées et leurs enfants, dont les pères ne sont pas descendants de la lignée mâle des premiers empereurs, de monter sur le trône. Ce scénario signifierait qu'une nouvelle dynastie monterait sur le trône.
2004-2005 : prémices d'une volonté de réforme En décembre 2004, lorsque la princesse Masako atteint l'âge de quarante-et-un ans et que ses chances d'avoir un nouvel enfant s'amenuisent, le Premier ministre Jun'ichirō Koizumi réunit un groupe de dix experts pour étudier le problème de la succession et trouver des solutions possibles. Les experts sont : Hiroyuki Yoshikawa, ancien président de l'université de Tokyo et spécialiste en ingénierie robotique, Itsuo Sonobe, ancien juge à la Cour suprême autrefois membre du conseil de la maison impériale et spécialiste de la loi de la maison impériale, Sadako Ogata, ancienne responsable du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, Sumiko Iwao, sociologue faisant autorité sur les questions de discrimination sexuelle, Takeshi Sasaki, président de l'université de Tokyo, Kōji Satō, spécialiste de la Constitution nationale, Masaaki Kubo, spécialiste des classiques occidentaux, Haruo Sasayama, historien, Hiroshi Okuda, président de Toyota, et Teijirō Furukawa, ancien Secrétaire général du Cabinet. Sur les dix membres, seuls deux ont autorité dans les affaires de la famille impériale. Il est prévu que le groupe se réunisse chaque mois à raison d'une heure ou deux à chaque fois.