Tite-Live (), dit « Le Padouan » (en latin « Patavinus »), né en ou en et mort en 17 dans sa ville natale de Padoue (Patavium en latin), est un historien de la Rome antique, auteur de la monumentale œuvre de l'Histoire romaine (Ab Urbe condita libri : AUC).
Biographie Le nom complet (tria nomina) de Tite-Live n'est pas connu. Son surnom (cognomen) n'a pas été conservé : seuls Titus, son prénom (praenomen), et Livius, son nom (nomen) ou gentilice (gentile nomen) ont été transmis. Quant à Patavinus (c'est-à-dire le Patavin ou le Padouan), il s'agit d'un sobriquet (agnomen). Sa situation familiale est inconnue bien qu'une de ses filles ait épousé Lucius Magius, orateur médiocre de l'avis de Sénèque l'AncienSénèque l'Ancien, Controverses, X, 2 ; .
Tite-Live est né au à (Padoue), cité des Vénètes (actuelle Vénétie) Entrée , dans .. Le lieu de cette naissance est attesté par son surnom [« le Padouan »] Entrée , dans .. Son année de naissance est incertaine : il serait né en () d'après la Chronique de Jérôme de Stridon, année 1958 (AUC) : ., ou en () si, comme le dit cet auteur, Tite-Live est né la même année que l'orateur , dont la carrière politique connue permet de préciser la date de sa naissance. Cette incertitude peut s'expliquer par la confusion de lecture entre les consuls définissant l'année , Caesar et Figulus, et ceux de , César et Bibulus. La date de naissance de a la préférence des historiens, car elle justifie mieux la fidélité de Tite-Live envers Pompée, mort en , donc lorsque Tite-Live avait .
Issu d'une famille riche, Tite-Live reçoit son éducation en province. Ses études de rhétorique l’amènent à s’installer à Rome, peut-être plus tard qu'à l'âge habituel de seize ou dix-sept ans, en raison des troubles politiques. Cette jeunesse prolongée à Padoue serait par ailleurs une des explications de son surnom. Il n' exercera jamais de charge publique puisqu'il consacrera toute sa vie à la littérature et à l'histoire.
Selon certains historiens, il était en contact avec l'empereur Auguste, , 20, 7 : . qui respectait ses sympathies pour la République. D'après les Annales de Tacite, , 34, 6 : ., Auguste le surnommait [« le Pompéien »], terme qui désigne les partisans et les soldats de Pompée pendant la Guerre civile de César. Il aide d’ailleurs l'empereur dans son entreprise de restauration de la grandeur de Rome. D'après la Vie des douze Césars de Suétone, 41, 1 : ., il encouragea Claude, dans ses jeunes années, à écrire de l'histoire.
L'historien est très mal connu, mais à l'époque médiévale, la découverte d'inscriptions est vue à tort comme apportant des témoignages. Deux inscriptions funéraires retrouvées à Padoue mentionnent un Titius Livius. La première (CIL, V, 2865) fut vue comme son épitaphe : : « T(itus) Livius C(ai) f(ilius) sibi et / suis T(ito) Livio T(iti) f(ilio) Prisco f(ilio) / T(ito) Livio T(iti) f(ilio) Longo f(ilio) / Cassiae Sex(ti) f(iliae) Primae / uxori ».. La seconde inscription : « V(ivus) f(ecit) / T(itus) Livius / Liviae T(iti) f(iliae) / Quartae l(ibertus) / Halys / Concordialis / Patavi / sibi et suis / omnibus ». marque le lieu de sépulture d'un affranchi de Livia Quarta, fille de Titus Livius. Mais cette identification ne repose que sur l'homonymie. L'inscription fut découverte au et la plupart des humanistes de l'époque, dont Boccace et Pétrarque, ne remettaient pas l'identification en cause. L'inscription fut placée dans la basilique Sainte-Justine de Padoue, où un tombeau découvert au au sein du bâtiment fut identifié comme celui de Tite-Live, ce qui provoqua un culte de reliques. En 1451, le squelette qu'il contenait fut présenté à l'ambassadeur de Naples à Venise, et un fragment d'os d'avant-bras lui fut offert à l'intention d'Alphonse d'Aragon et de Naples. Pourtant, le cognomen Halys et le statut d'affranchi indiquent que ce n'est pas l'historienBerthold Louis Ullman, The Post Mortem adventures of Livy, 1945, republié dans Studies in the Italian Renaissance, 1973.
Œuvre
vignette|Tite Live (). Sénèque écrit que Tite-Live a rédigé des traités de philosophie et des dialogues tenant autant de l'histoire que de la philosophie. Il le classe en troisième place comme auteur, après Cicéron et son contemporain Asinius Pollion, 100, 9 : .. De même, Sénèque l'Ancien et Quintilien rapportent dans quelques fragments que Tite-Live avait écrit des œuvres rhétoriques et une correspondance. Ces écrits ont disparu.
L'œuvre principale de Tite-Live, intitulée Ab Urbe condita libri (en français : Histoire de la ville [c.à.d de Rome] depuis sa fondation), était à l’origine un recueil de 142 livres comme le prouve le nombre de ses résumés (Periochae). Cependant, seuls 35 livres ont survécu. Les livres relatant l'histoire de Rome des années 292 av. J.-C. à , et ceux couvrant la période allant de 166 av. J.-C. à , ont disparu. Ils ne sont connus que par des fragments et des abrégés (periochae), sortes de tables des matières plus ou moins détaillées, à distinguer d'éventuels résumés ou epitomae (qui ont dû exister mais dont les periochae ne semblent pas issues). L'Histoire de Rome depuis sa fondation est écrite à partir de 31 av. J.-C., et paraît progressivement en fascicules peu avant ou en Auguste se sert de ces livres pour renforcer son pouvoir.
Tite-Live connut de son vivant un succès qui dépassa les limites de l'Italie, comme l'atteste l'anecdote de Pline le Jeune évoquant un habitant de Gadès (Cadix) qui entreprit de venir à Rome pour le voir, , 3, 8 : , .
Tite-Live eut au moins un détracteur, Asinius Pollion, qui seul et par deux fois, lui reprocha sa « patavinité » (). L'interprétation de ce terme a suscité une abondante littérature : on a proposé de le comprendre comme désignant la manière de parler et d'écrire le latin propre aux habitants de Padoue (consulté le 23 août 2015)., une sorte de jargon provincial dont Tite-Live n'aurait pu se défaire. Jacques Heurgon se rallie à l'avis de Pierre FlobertPierre Flobert, Revue des études latines, 1981, p. 193-206., la de Tite-Live serait un mot caricatural inventé par un concurrent jaloux, forgé sur le modèle de l', l'expression cultivée romaine.
D'après Jérôme de Stridon, Tite-Live meurt dans sa ville natale en (), trois ans après Auguste, année 2033 (AUC) : ..
Postérité
Références littéraires à Tite-Live Dante cite de nombreux personnages historiques dont Tite-Live au chant IV de l'Enfer, première partie de la Divine Comédie :
Honneurs L'astéroïde porte son nom.
Bibliographie
Traductions commentées
Études Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, vers 1512-1520 ; Hippolyte Taine, Essai sur Tite-Live, Paris, 1856 ;
P.G. Walsh, Livy. His Historical Aims and Methods, Cambridge, 1970 ; T.J. Luce, Livy. The Composition of His History, Princeton, 1977 ;
G.B. Miles, Livy. Reconstructing Early Rome, Ithaca-Londres, 1995 ; Marie-Hélène Tesnière, À propos de la traduction de Tite-Live par Pierre Bersuire. Le manuscrit Oxford, Bibliothèque Bodléienne, Rawlinson C 447, 2000 ; . .
Dictionnaires Jean Leclant (dir.), Marielle de Franchis, Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, PUF, 2005. Margaret C. Howatson (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité: Mythologie, Littérature, Civilisation, Paris, Robert Laffont, 1993.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie . .
Articles connexes Historiographie latine Historiens célèbres Auteurs latins
Liens externes
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