La bataille de Qadesh (ou KadechCatherine Chadefaud, Autour de la bataille de Kadech : image et texte dans les choix de la « propagande » religieuse et politique de , voir en ligne) est une bataille qui a eu lieu aux environs de 1274 av. J.-C. et qui a opposé deux des plus grandes puissances du Moyen-Orient : l'empire hittite de Muwatalli, dont le centre était en Anatolie centrale, et le Nouvel Empire égyptien de . Cette bataille s'est déroulée aux abords de Qadesh, dans le Sud de l'actuelle Syrie. Son résultat est discuté parce qu'il semble indécis. Bien qu'ayant commencé à l'avantage des Hittites, elle se solde par un renversement de situation en faveur des Égyptiens, mais il est parfois considéré que les Hittites sont vainqueurs si on tient compte des gains territoriaux obtenus après le conflit.
La bataille de Qadesh est la première bataille documentée par des sources antiques, des textes et des images gravés sur les murs de temples égyptiens sur l'ordre de . Il s'agit également de la plus grande bataille de chars répertoriée.. En raison de la précision des sources égyptiennes, quoique leur fiabilité soit discutée, elle est devenue un objet d'étude pour nombre d'amateurs, chercheurs spécialistes en sciences militaires et historiens. Elle est également un objet d'étude sur la propagande et l'idéologie royale au travers de son impressionnante commémoration par qui la voit comme une victoire personnelle même si elle n'est pas vraiment un succès pour son royaume. L'absence de comptes rendus hittites de la bataille laisse cependant un point de vue biaisé sur celle-ci.
Sources Temples égyptiens Très peu de temps après la bataille, ordonne sa commémoration sur les murs de plusieurs de ses temples, témoignant de l'importance de l'événement pour son règne. La bataille de Qadesh est décrite dans cinq temples différents : dans un état fragmentaire sur deux murs du temple de Rê à Abydos, sans doute la plus ancienne version ; en deux endroits dans le temple d'Amon à Karnak ; en trois emplacements dans le temple d'Amon à Louxor ; deux dans chacune des grandes cours du Ramesséum, le temple des millions d'années de à Thèbes-Ouest ; et enfin une présentation plus courte dans la première salle hypostyle du temple principal d'Abou Simbel en Nubie. Des copies de ces textes sur papyrus en hiératique ont également été retrouvées.
Textes Trois textes commandités par Ramsès et répétés en plusieurs exemplaires rapportent la bataille de façon différenteLes textes en hiéroglyphes des inscriptions monumentales sont transcrits dans . Plus ancien : . :
le Poème de Pentaour (P) est un récit épique de la bataille que a fait écrire après le combat par le scribe Pentaour. Il s'agit d'un long texte (350 lignes), dont subsistent huit copies dans des temples ainsi que deux sur des papyrus. C'est la présentation la plus détaillée du combat, mais aussi la plus poétique et la plus romancée, celle qui met le plus en avant les qualités du roi et surtout son lien avec le dieu Amon, célébré dans un poème inclus dans le récit. Traductions dans et ; le Bulletin (B) est un texte plus concis (110 lignes) dont il existe sept copies en bas-relief, aux côtés de celles du Poème, qui n'évoque pas la présence d'Amon et se concentre sur l'héroïsme du roi. Il sert de commentaire aux représentations sur bas-relief. Traduction dans ; les légendes des bas-reliefs (R) constituent une troisième source écrite. Ces commentaires des représentations figurées de la bataille fournissent parfois des informations non rapportées par les deux textesTraduction dans .
Bas-reliefs vignette|Scènes de la bataille de Qadesh gravées sur le premier pylône du Ramesséum (Thèbes).
Les bas-reliefs des temples égyptiens ont été beaucoup utilisés par les rois de la pour commémorer leurs exploits militaires. suit en cela l'exemple de son père qui a fait représenter sa victoire sur les Hittites sur les murs de Karnak. Parmi les différentes campagnes de Ramsès mises en image sur les murs, celle de Qadesh est la plus attestée. Ces représentations imagées sont en relation étroite avec le Poème et le Bulletin qu'elles illustrent, tandis que les légendes apportent des précisions pour leur compréhension. Les bas-reliefs sont traditionnellement divisés en plusieurs parties représentant des moments clés de la bataille. Un premier groupe de scènes est constitué par les événements se déroulant dans le camp égyptien et un second concerne la bataille à proprement parler. Sont particulièrement mis en avant le camp égyptien et le conseil de guerre précédant la bataille, puis l'attaque hittite et surtout la réaction du roi qui défait ses adversaires sur son char, et la débandade de l'armée hittite. D'autres tableaux représentent le roi capturant des prisonniers, et les offrandes qu'il effectue aux dieux lors de son retour en Égypte pour les remercier de lui avoir accordé la victoire présente les scènes principales avec des commentaires.Voir par exemple la présentation des bas-reliefs d'Abou Simbel dans . Présentation plus détaillée dans .
Ces scènes narratives remarquables visent avant tout à magnifier les exploits du roi, tout comme les textes, mais elles apportent des représentations vivantes et dramatiques des événements comme la bastonnade des patrouilleurs hittites capturés ou encore la situation pathétique des vaincus lorsqu'ils sont repoussés vers les zones marécageuses et se noient. Elles rapportent des faits délaissés par les textes, comme le rôle des Na'arin. Ces documents permettent également de mieux connaître l'organisation, l'armement et les techniques de combatCf. ..
Sources hittites Aucun texte hittite décrivant la bataille de Qadesh n'est connu. n'a pas laissé de texte officiel commémorant ses campagnes militaires, mais le conflit l'ayant opposé à est néanmoins mentionné dans des textes émanant de ses successeurs : l'Apologie (CTH 81) et un décret (CTH 86) de son frère qui était présent sur le champ de bataille, ainsi que le prologue historique du traité conclu entre le fils de ce dernier, , et le roi Shaushgamuwa d'Amurru (CTH 105). La bataille de Qadesh semble évoquée dans des lettres envoyées par à , mais il s'agit de sources provenant d'Égypte, qui de toute manière sont dans un état trop lacunaire pour être bien comprisesVoir cependant .
Contexte Le conflit égypto-hittite vignette|redresse=2.0|La situation géopolitique du Moyen-Orient vers 1300 av. J.-C. (l'Amurru et Qadesh sont figurés parmi les vassaux des Hittites).
Au début du avant notre ère, les Égyptiens et les Hittites sont en relation conflictuelle depuis plus d'une vingtaine d'années. Les deux pays se disputent la domination sur plusieurs principautés de Syrie, région riche mais fragmentée politiquement, ce qui facilite les intrusions des grands royaumes voisins qui se la disputent depuis plus de deux siècles. Les deux royaumes entretenaient pourtant des relations cordiales auparavant : sans frontière commune durable, ils ont longtemps entretenu chacun de leur côté une rivalité contre le royaume du Mittani qui dominait la majeure partie de la Syrie. L'alliance qui se noue finalement entre l'Égypte et le Mittani n'entache pas les bonnes relations entre rois égyptiens et hittites, bien que ces derniers restent adversaires du Mittani.
L'équilibre est vraiment rompu par les campagnes du monarque hittite contre le Mittani dans les années 1340/1330 av. J.-C., qui se soldent par la désagrégation du royaume mittanien et l'établissement de la domination hittite sur la majeure partie de la Syrie. Plusieurs vassaux égyptiens basculent même dans le camp hittite, comme Ugarit, l'Amurru et Qadesh, mais il ne semble pas que le pharaon de l'époque, Akhenaton, ait jugé nécessaire de combattre pour les récupérer. Le conflit entre l'Égypte et le Hatti éclate, selon les sources hittites, à la suite de l'affaire de la demande d'une reine égyptienne, sans doute Ânkhésenamon, veuve de Toutânkhamon, qui réclame à Suppiluliuma un de ses fils en mariage pour en faire le roi du pays égyptien. Après des hésitations, le roi hittite accepte la proposition et envoie son fils Zannanza comme promis à la reine, mais il est assassiné en chemin. Le roi hittite choisit alors d'entrer en conflit contre l'Égypte en dépit du traité d'amitié qui lie les deux pays depuis longtemps. Les conflits, menés par les fils du roi hittite vieillissant, ne donnent pas lieu à des résultats significatifs. La réplique égyptienne aux progrès hittites ne vient qu'avec Horemheb, considéré comme le dernier pharaon de la . Il soutient une révolte de plusieurs vassaux hittites, notamment Qadesh et Nuhasse, qui sont difficilement soumis par les troupes hittites menées par des princes hittites (notamment celui de Karkemish). Le roi intervient par la suite en personne pour rétablir la cohésion parmi ses vassaux, en concluant plusieurs traités de paix avec eux.
vignette|gauche| au combat, du temple d'Amon-Rê de Karnak.
Mais la situation change et les Hittites sont désormais sur la défensive face aux Égyptiens. , deuxième pharaon de la , veut mener la revanche égyptienne en reprenant les vassaux perdus. Il commémore sa victoire contre les Hittites par une inscription accompagnée de relief dans un temple de Karnak. Il réussit à s'emparer de Qadesh, alors que le roi Bentesina d'Amurru rallie son camp. Les troupes hittites vaincues à ce moment sont sans doute dirigées par le vice-roi de Karkemish qui supervisait la domination hittite en Syrie, le roi étant alors retenu en Anatolie occidentale où il doit mater des rébellions jugées sans doute plus menaçantes que la situation en Syrie, en dépit du fait que son autre adversaire dans la région, l'Assyrie, progresse également. La réaction hittite est lente. Qadesh revient dans l'orbite hittite dans les années qui suivent, dans des conditions méconnues car les sources hittites ne documentent pas ces événements.
À l'avènement de vers 1279 av. J.-C., seul l'Amurru est resté dans le camp égyptien, mais Muwatalli accentue la pression pour le faire revenir dans son camp. Les trois premières années de règne du nouveau pharaon sont consacrées à des affaires internes, puis il passe à l'action en 1275 av. J.-C. en menant une première campagne vers l'Amurru, en passant sans doute par la mer, laissant au passage une stèle à Nahr el-Kalb (sur le littoral du Liban central). Cette expédition vise sans doute à démontrer qu'il soutient son vassal face aux Hittites. Les deux adversaires préparent leurs troupes pour l'année suivante, et c'est à ce moment que débutent les récits de la bataille de Qadesh laissés par Ramsès.
Les objectifs vignette|redresse=2.0|La Syrie à l'époque de la bataille de Qadesh.
La bataille de Qadesh est généralement présentée comme ayant pour but la domination de la ville de Qadesh : les Égyptiens veulent la reprendre alors que les Hittites veulent la conserver, après l'avoir récupérée à la suite du conflit contre . Les textes égyptiens ne mentionnent pas explicitement cet objectif : si c'était bien le but de Ramsès, il est logique qu'il n'apparaisse pas dans les textes à sa gloire, n'ayant pas été rempli. Les ruines de Qadesh sont couramment identifiées à celles du Tell Nebi Mend, aujourd'hui au sud-ouest de la Syrie près de la frontière libanaise, vingt-cinq kilomètres au sud de Homs. C'est sans doute un vassal intéressant du fait de sa position : Qadesh dispose d'une situation avantageuse sur l'Oronte qui coule du sud vers le nord et constitue une artère commerciale importante, ouvrant au sud sur la plaine de la Bekaa. Vers l'ouest, la côte méditerranéenne (le long de laquelle s'étend l'Amurru) est accessible par la « trouée de Homs », affaissement situé entre le Djébel Ansariyé et le mont LibanVoir la discussion détaillée sur les éléments topographiques intéressant la bataille de Qadesh dans .. C'est donc une ville de carrefour.