Les Pénates sont des divinités romaines chargées de la garde du foyer, et plus particulièrement, des biens, du garde-manger et du feu servant à faire la cuisine. À partir du , les Pénates passent du culte privé au culte public.

Étymologie et expression Le mot « Pénates » est masculin pluriel. Il est rarement employé au féminin, ainsi qu'au singulierpar exemple Pénate est le nom du chien de la peintre du Charlotte Eustache Sophie de Fuligny-Damas dont le décès est commémoré par un poème qui invoque le chirurgien Alexis Boyer : , ou encore, pour désigner des objets. Le terme est dérivé du latin penus qui signifie le « garde-manger »Encyclopédie Universalis.

Les Pénates sont ainsi les dieux du « garde-manger » ou de l'intérieur de la maison — penes « chez », de *pen- « nourrir »Jean Haudry, Le feu dans la tradition indo-européenne, Archè, Milan, 2016 , p.228. Leur nom n'est qu'un adjectif qui requiert devant lui le substantif « dieux ». Leur personnalité se confond avec leur localisationGeorges Dumézil, La religion romaine archaïque, revue et corrigée, Paris : éditions Payot, 1987, p. 358 et suiv..

L'expression « regagner ses pénates », c'est-à-dire rentrer chez soi, retrouver son foyer ou sa patrie, en est dérivéeRegagner ses pénates, Historia, 26/9/2013.

Coutumes Au cours de leurs migrations, les peuples n'oubliaient pas d'emporter avec eux, non seulement le culte de leur pays d'origine, mais surtout les statues antiques, vénérées par leurs ancêtres. Ce sont ces idoles — devenues des sortes de talismans dans les nouveaux États ou les nouvelles cités — qu'on appelait les dieux Pénates. Les petites bourgades, les simples hameaux, les humbles maisons avaient les leurs, comme les grandes villes et les vastes États. Troie eut son Palladion : une statue d'Athéna (Minerve dans l'Empire romain), la protectrice et gardienne de ses destinées. Rome eut ses propres Pénates.

Culte des Pénates privés vignette|Entrée d’un culte des Pénates privés Les Pénates demeurent longtemps les dieux du « garde-manger » avant que les Romains n'incluent dans ceux-ci tous les dieux — masculins ou féminins — honorés dans la maison pour quelque raison que ce soit. Plus tard, le maître de maison se sent libre de choisir dans le panthéon des divinités qui il veut pour di penates, « le titre ne désignant plus qu'une fonction ouverte aux candidats les plus divers, y compris les plus distingués (Jupiter, Vénus, Fortuna...) ».

Ainsi, les familles se choisissent librement leurs Pénates, parmi les grands dieux ou les grands hommes déifiés — généralement au nombre de deux (l'un pour la nourriture, l'autre pour la boisson). Ces dieux, qu'il importe de ne pas confondre avec les dieux Lares, se transmettent de père en fils, comme un héritage. Dans chaque habitation, on leur réserve une place, au moins un réduit, souvent un autel et parfois un sanctuaire (nommé laraire). Les Pénates sont toujours invoqués collectivement. Ils sont attachés à la famille et la suivent dans ses déplacements (au contraire des Lares qui sont attachés au lieu).

Culte des Pénates publics de Rome Les Pénates se sont sûrement déplacés depuis le culte privé vers le culte public, où, pendant les temps républicains, ils ne jouent pas un grand rôle.

Selon Annie Dubourdieu, les Pénates de l'État sont, à l'origine, ceux du roi. Ainsi, le temple des Pénates sur la Velia est situé à l'emplacement de la maison de Tullus Hostilius, ou près de celle-ci. Le sanctuaire de Vesta, où sont aussi gardés les Pénates du peuple romain, est intégré dans un complexe architectural qui comprend la maison du roi — la Regia, liée à NumaAnnie Dubourdieu, Les origines et le développement du culte des Pénates à Rome, Publications de l'École française de Rome, Année 1989, 118.

Tacite atteste leur présence dans le temple de Vesta jusqu'à l'incendie de Rome qui détruit l'édifice sous Néron. Par la suite, ils ont une aedes sur la Velia où ils sont représentés par deux jeunes hommes assis portant une lance, probablement une représentation des Jumeaux divinsJean Haudry, 2016, p.228. Plusieurs pièces de monnaie du premier siècle portent ainsi des têtes de Dioscures avec l'inscription D(i) P(enates) P(ublici).

Enfin, les Romains rendent officiellement un culte aux Pénates de Lavinium, au sud-est de Rome. Ce culte, qui prend la forme d'une sorte de procession annuelle comprenant les plus hauts magistrats de Rome, est étroitement lié à la légende des origines troyennes de la cité, laquelle suppose que les Pénates de Lavinium ont été apportés par Énée. Se considérant comme les descendants de ce dernier, les Romains vénèrent tout naturellement ces Pénates comme les leurs propres.

Légendes attachées aux Pénates publics de Rome vignette|Évocation de l'arrivée d'Énée en Italie. Les Pénates de Troie sont abrités dans un temple situé à gauche au-dessus des rochers . Selon certains auteurs antiques, le culte de ces dieux provient de Phrygie et de SamothraceDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, livre I, 68; Denys s'appuie sur l'autorité de trois auteurs très mal identifiés, un Callistratus, un certain Satyrus, et un certain Arctinus. Élevé dans la religion des Cabires, Tarquin l'Ancien édifie un temple unique à trois divinités samothraciennes, qui plus tard, s'appelleront « les Pénates des Romains »cette affirmation semble une lecture complètement erronée d'un passage de Macrobe dont nous n'avons pas pu retrouver à l'instant la référence qui dit de manière complètement séparée que Tarquin était 1-instruit des cultes de Samothrace et 2- avait fondé le temple capitolin avec sa triade Jupiter/Junon/Minerve; ce passage est à corriger avec une référence claire.

Denys d'Halicarnasse les nomme « dieux troyens », et en effet, ils font partie de la légende troyenne. Selon celle-ci, les Pénates originels proviendraient de Troie, et c'est Énée qui — en s'enfuyant avec son père Anchise sur le dos et son fils Iule à la main — les aurait emportés. À Troie, les Pénates avaient, semble-t-il, le même rôle que celui qui leur est dévolu à Rome. Le grand savant romain Nigidius et le théologien romain Cornélius Labéon se demandent si les dieux Poséidon et Apollon, ceux qui construisirent le mur de Troie pour le roi Laomédon, ne seraient pas une préfiguration des PénatesRapporté par Macrobe, Saturnales , III.4..

Dans l’Énéide, Virgile en dit :

Des objets mystérieux réputés associés à la légende troyenne étaient conservés à Lavinium. À l'époque classique, alors que le mythe romulien est bien consolidé au moyen d'une filiation « Lavinium/Albe/Rome », il faut bien trouver une explication à cette étrangeté. C'est ainsi que Denys d'Halicarnasse rapporte une histoire selon laquelle ces objets, emportés par Ascagne lors de la fondation d'Albe, auraient à deux reprises manifesté de façon miraculeuse leur refus d'être déplacés. Ascagne se serait ainsi résigné à les laisser à LaviniumDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, livre I,67.

Bibliographie Annie Dubourdieu, Les origines et le développement du culte des Pénates à Rome (Collection de l'École française de Rome, 118), Rome, École française de Rome ; Paris, diff. de Boccard, 1989, X-566 p. lire en ligne Georges Dumézil, La religion romaine archaïque, revue et corrigée, Paris : éditions Payot, 1987

Notes et références

Voir aussi

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