Amarna (Tell el-Amarna ou el-AmarnaSelon l'archéologue (reprenant une argumentation de Sydney Hervé Aufrère), toutes ces dénominations sont des néologismes d'archéologues et « résultent du mélange ou de la confusion des noms des villages modernes implantés sur le site et des populations qui y habitent. Puisqu'il ne s'agit pas d'une butte stratifiée que l'on appelle un Tell en archéologie proche-orientale et que l'article arabe « el- » se justifie difficilement devant ces noms modernes créés par les Occidentaux, suivant l'usage le plus fréquent en archéologie la désignation Amarna est privilégiée. ») est le site archéologique des ruines d'Akhetaton, la capitale construite par le pharaon Akhenaton aux alentours de -1360.

Le nom arabe de Tell el-Amarna est sans doute la contraction des noms du village actuel, el-Till, et d'une tribu nomade, les Beni Amran, qui quittèrent le désert au pour s'installer sur les bords du Nil. Akhetaton signifie « L'Horizon d'Aton » en égyptien ancien.

À cet endroit, situé entre Thèbes et Memphis, les hautes falaises de la chaîne Arabique qui se dressent sur la rive droite du Nil s'écartent du fleuve pour former un hémicycle de douze kilomètres de longueur ; c'est là qu'en l'an 4 de son règne (vers -1360) Akhenaton jeta les fondations de la cité qui sera la capitale de l'empire égyptien pendant un quart de siècle. La ville, dédiée au culte du dieu unique Aton, fut élevée rapidement en briques crues et en talatates ; quatre ans après sa fondation, elle était déjà habitée par une population nombreuse qu'on estime à vingt mille personnes au moins. Des stèles frontières délimitèrent le territoire de la ville. Sur l'une d'entre elles, le roi proclame qu'Aton lui-même avait choisi cet emplacement parce qu'il était vierge de la présence de toute autre divinité. Lorsque Toutânkhamon quitta Akhetaton pour retourner à Thèbes, la cité fut laissée à l'abandon, puis démantelée par les successeurs d'Akhenaton et recouverte par les sables.

Akhetaton est la seule ville de l'Égypte antique dont nous ayons une connaissance détaillée, notamment à cause du fait qu'elle fut désertée peu de temps après la mort d'Akhenaton, pour ne plus jamais être occupée. Cependant, en raison de son caractère exceptionnel et des conditions dans lesquelles la ville fut fondée puis abandonnée, il est difficile de savoir dans quelle mesure « L'Horizon d'Aton » était représentatif de l'urbanisme égyptien.

Les fouilles

Visité sporadiquement par des voyageurs et des collectionneurs d'antiquités au , cartographié par les savants de la campagne d'Égypte, le site fut exploré au par des missions archéologiques britanniques et allemandes. L'Allemand Karl Richard Lepsius copia les inscriptions, les fresques et les reliefs auxquels il avait accès et les publia dans ses Denkmäler aus Ägypten und Äthiopien (1849-59) (Monuments d'Égypte et d'Éthiopie). D'autres relevés du site furent réalisés entre 1891 et 1908 par Sir William Matthew Flinders Petrie et Norman de Garis Davies. Les publications de ces savants sont d'une grande valeur, car depuis lors le site fut vandalisé régulièrement par des villageois en quête de matériaux de construction et de sebakh, un engrais naturel. De 1907 à 1914, la Deutsche Orientgesellschaft explora l'atelier du sculpteur Thoutmès où elle découvrit le buste de Néfertiti qui est exposé depuis le au Neues Museum de Berlin. Les fouilles furent interrompues pendant la Première Guerre mondiale, puis reprirent dans les années 1920. Depuis 1977, la Société d'exploration de l'Égypte (Egypt Exploration Society) procède à l'étude systématique du site, sous la responsabilité de Barry J. Kemp, directeur des fouilles et professeur à l'Université de Cambridge.

vignette|Princesse amarnienne, Musée du Louvre.

Chronologie des fouilles vignette|Le buste de Néfertiti, Neues Museum, Berlin. 1714 - Le jésuite français Claude Sicard décrit le premier une stèle d'Amarna ; 1798-1799 - Les savants de Bonaparte établissent une carte d'Amarna publiée dans la Description de l'Égypte (1809 – 1828) ; 1824 - Sir John Gardner Wilkinson explore et cartographie les ruines de la cité antique ; - Jean-François Champollion visite brièvement le site ; 1833 - Le copiste Robert Hay et G. Laver explorent des tombes sud et en reproduisent les reliefs sur des gravures conservées depuis à la British Library ; 1843-1845 – Une expédition prussienne dirigée par Karl Richard Lepsius établit une topographie d'Amarna au cours de deux visites de douze jours. Les dessins et les moulages en plâtre que l'expédition avait réalisés sur les lieux sont publiés dans Denkmäler aus Ægypten und Æthiopien (1849-1859) ; 1881-1882 - Découverte de la tombe d'Akhenaton par des habitants de la région ; 1887 - Découverte d'un dépôt de tablettes d'argile gravées en cunéiforme : les lettres d'Amarna ; 1891-1892 - Sir William Matthew Flinders Petrie étudie le Grand temple d'Aton et les palais royaux entre autres ; 1903-1908 - Norman de Garis Davies dessine et photographie les tombes et les stèles d'Amarna ; 1907-1914 – Une mission archéologique allemande dirigée par Ludwig Borchardt sous la tutelle de la Société allemande d'Orient (Deutsche Orient-Gesellschaft) fouille les périphéries nord et sud de la cité. Elle découvre notamment le fameux buste de Néfertiti, le . Les fouilles sont interrompues par la Première Guerre mondiale. 1921-1936 - T.E. Peet, Sir Leonard Woolley, Henri Frankfort et John Pendlebury explorent le site ; Années 1960 - Des fouilles sont organisées régulièrement par le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes ; À partir de 1977 - Barry J. Kemp dirige les expéditions de l'Egypt Exploration Society, qui deviennent annuelles ; 1974-1989 - Geoffrey T. Martin publie ses études de l'hypogée dit la Tombe royale dans The Royal Tomb at el-Amarna.

Les lettres d'Amarna

En 1887, une villageoise cherchant du sebakh sur le site découvrit un dépôt de plusieurs centaines de tablettes provenant des archives royales. Ces tablettes, les lettres d'Amarna, sont rédigées en akkadien cunéiforme, la langue des relations diplomatiques de l'époque. Il s'agit pour la plupart de missives échangées entre la cour royale et ses vassaux du Proche Orient ainsi que ses alliés d'alors. Cette découverte est très précieuse, car elle couvre les échanges entre les chancelleries depuis la fin du règne d', attestant encore une fois qu'une corégence avec son fils est plus que probable, jusqu'aux temps troubles du règne d'Akhenaton. Ainsi, elles comportent une série d'appels à l'aide lancés par les vassaux égyptiens en Syro-Palestine, menacés par les ambitions hittites, et des lettres adressées « au grand roi, leur frère » par les rois de Babylone, d'Assyrie et du Mittani, qui devaient eux aussi faire face à cette rupture de l'équilibre des forces dans la région auquel Pharaon semble cependant avoir été indifférent.

Bien sûr, les lettres d’Amarna ne donnent qu'un aperçu forcément incomplet de cette période, mais elles attestent néanmoins les liens étroits existant entre les cours royales de la région et témoignent de l'activité diplomatique intense qui dans l'Antiquité déjà caractérisait les rapports entre les protagonistes du Proche Orient.

L'Horizon d'Aton

gauche|Plan du site d'Amarna.

La ville, située en face d'Hermopolis Magna, formait un vaste ensemble qui s'étirait sur près de neuf kilomètres. Les fouilles ont révélé l'existence de quatre palais, étagés du nord au sud le long du Nil. Le « Palais nord des berges du fleuve » entouré d'un mur d'enceinte paraît avoir été la résidence royale, fortifiée et isolée de la ville proprement dite. Plus au sud se trouvait un deuxième palais construit vraisemblablement pour Kiya, la « Grande Épouse aimée du roi ». Au centre de la ville se dressait le Grand Palais ou Palais officiel avec ses nombreuses dépendances administratives, ses cours cérémonielles et son pavillon royal qui comprenait une salle d'audience. L'accès se pratiquait au nord et à l'ouest par deux axes de circulation qui se croisent et distribuent les différentes parties principales. Le portail nord donnait sur un vaste parvis qui précédait le Grand temple d'Aton, tandis que l'accès ouest devait donner sur le Nil et un port royal.

La grande avenue qui reliait le Grand palais aux deux palais septentrionaux, la voie royale, sans doute la voie processionnelle d'Akhenaton, divisait le palais en deux zones distinctes : l'une, à l'ouest de l'avenue, bordant le Nil, davantage administrative et cérémonielle, avec sa gigantesque salle du trône, et une grande cour avec un kiosque monumental bordée de colosses du rois ; l'autre, à l'est, plus intime avec les appartements royaux, ses jardins et ses dépendances. L'avenue était enjambée par un pont couvert reliant les deux parties, et dans lequel était aménagée une « fenêtre des apparitions », celle-là même depuis laquelle le roi couvrait de l'or de la récompense ses fidèles sujets. De part et d'autre du Palais officiel furent édifiés le Grand temple, la « Demeure d'Aton dans Akhetaton », une enceinte de , et le Petit temple, consacré lui aussi à Aton.

À la périphérie sud enfin, le Marou-Aton était sans doute un lieu de plaisance et de recueillement, bâti pour satisfaire l'amour porté à la nature par la famille royale : il possédait de vastes jardins, dont le roi semble avoir fait un parc zoologique, ainsi que plusieurs lacs artificiels.

Les deux temples d'Aton occupaient le centre de la ville, jouxtant le Grand Palais. Contrairement aux temples égyptiens habituels, où l'on passe de la lumière à l'ombre profonde du Saint des Saints, ils offraient aux rayons du dieu-soleil leurs cours à ciel ouvert et leurs trois cent soixante-cinq autels couverts d'offrandes. Ces sanctuaires furent vraisemblablement conçus sur le même modèle que le Gem-Aton (Aton est trouvé) de Karnak, partiellement dégagé, qu'Akhenaton avait fait édifier au début de son règne lorsqu'il résidait encore à Thèbes : ils étaient composés d’une salle hypostyle et d’une succession de pylônes, donnant sur six grandes cours avec les autels à offrandes – à l’inverse de la structure des temples classiques où les cours précèdent les salles hypostyles. Les portes des pylônes devaient comporter une particularité : peut-être les linteaux étaient-ils brisés pour que rien n'entrave l'accès du soleil au temple. Il faut pourtant remarquer que pour les détails architecturaux les archéologues en sont souvent réduits à des hypothèses, chacun proposant la sienne, d’autant que des deux temples il ne subsiste que les fondations et les représentations dans les tombes.

vignette|Deux princesses. Plâtre peint. Ashmolean Museum.

Néanmoins, on peut raisonnablement supposer que l'architecture de ces temples est la même que celle qu’Akhenaton voulut pour son Héliopolis du Sud, Thèbes, et il la développa de manière magistrale à Akhetaton comme il sied à une nouvelle capitale : il s'agissait donc de monuments exclusivement dédiés à la lumière solaire, ce qui les rattache davantage aux temples solaires de l'Ancien Empire qu'aux sanctuaires classiques du Nouvel Empire. Peut-être pouvons-nous même déceler dans ce type d’architecture des influences héliopolitaines, bien que le site d'Héliopolis ait été autant bouleversé que celui de Tell el-Amarna.

Avec le Grand Palais, les deux temples d'Aton étaient l'élément déterminant d'Akhetaton – sa raison d'être, et ils formaient ainsi la scène sur laquelle se jouait la vie de la cour royale, mais aussi les grandes cérémonies rituelles exclusivement dédiées à Aton, et exclusivement accomplies par le roi lui-même.