François de La Rocque (dit de Séverac), communément appelé colonel de La Rocque, est un militaire, homme politique et résistant français, né le à Lorient et « mort pour la France ».Il meurt des suites des mauvais traitements subis en déportation. Il est officiellement réhabilité en 1961 par le gouvernement Debré. le à Paris. Il est dans les années 1930 une personnalité politique de premier plan en tant que président général des Croix-de-Feu puis du Parti social français (PSF).
Biographie Famille Né le à LorientArchives départementales en ligne du Morbihan, vue 352/612, acte 798., Annet Marie Jean François de La Rocque est le troisième fils d'Anne Sollier et du général Raymond de La Rocque (1841-1926), né à Yssingeaux en Haute-Loire.
La famille est originaire et tient son nom du hameau de La Roque à Saint-Clément, en Haute-Auvergne. Il y est enterré avec trois de ses fils.
Le grand-père paternel de La Rocque était légitimiste et son père, ancien élève de l'École polytechnique, sert dans l'artillerie de marine est affecté à Lorient, et, promu général, est directeur de l'artillerie au ministère de la Marine. Très vigilant sur le respect de ses compétences techniques par les politiques, il marque une nette hostilité à son ministre Lockroy ce qui finit par le pousser à démissionner en 1899. Il devient alors président du Comité Justice-Égalité (groupement catholique et nationaliste lié aux Assomptionnistes de La Croix) en 1900.. Tous ses fils s'engagent dans ce milieu d'une armée légitimiste : le frère aîné de François, Raymond (1875-1915), chef de bataillon, est tué pendant la Première Guerre mondiale. Son frère cadet, Pierre de La Rocque (1880-1954), est conseiller du comte de Paris.
François fait ses études à Saint-Cyr. Il se marie en 1912 avec Édith Marie-Louise Allotte de La Füye, fille du général Georges Allotte de La Fuÿe, avec laquelle il a quatre fils et deux filles : Hugues disparaît à 14 ans en 1927, d'une maladie, ce qui pèse sur la décision de quitter l'armée (il est enterré à Versailles). Il perd également sa fille Nadine de maladie à l'âge de vingt ans, en 1934. Ses trois autres fils sont enterrés à Saint-Clément : Jean-François (1916-1940) et Jacques (1919-1948), sont tous deux aviateurs, morts pour la France. Gilles, (décédé en 2001) chasseur alpin, blessé au combat en (croix de guerre), prisonnier des Allemands à Dortmund. C'est lui qui est reçu en 1957 par le général de Gaulle pour lui demander la reconnaissance des titres de « déporté résistant » refusés de son vivant à leur père, réparation officielle qui intervient le , jour anniversaire de la Déportation, sur l'initiative du président de la République. Édith, la benjamine, fut Petite Sœur de l'Assomption.
La famille La Rocque loue le château d'Olmet, situé dans la commune voisine de Vic-sur-Cère, qu'elle utilise comme lieu de villégiature à la période estivale. Ce domaine est acquis par la Fondation Jean Mermoz, dite de l'« Aérium des Croix », allusion notamment à la Croix du Sud de Jean Mermoz mais aussi aux sacrifices des deux fils du colonel de La Rocque, morts pour la France. Cette Fondation assure, à partir des années 1950, l'accueil et l'hébergement d'enfants orphelins de pilotes de l'armée de l'air et la prise en charge d'enfants atteints de difficultés respiratoires, présidée par la maréchale Marie-Cécile Juin, Elle cesse son activité dans les années 1970, et le bâtiment est rétrocédé à la Sécurité Sociale afin d'ouvrir un foyer d'hébergement pour personnes handicapées.
Campagne du Maroc et Première Guerre mondiale Après Saint-Cyr (1905), il sert aux confins algéro-marocains en 1910-1911 et dans l'Atlas marocain d' à Jacques Nobécourt, « Notes sur « le militarisme » de La Rocque », dans .. C'est dans ce contexte qu'il accomplit son service sous les ordres du général Hubert Lyautey, qu'il fréquente Ernest Psichari, le commandant François-Henry Laperrine et le père Charles de Foucauld dans son ermitage de Béni Abbes. La Rocque va bientôt combattre sur les théâtres d'opérations de la Grande Guerre.
Il est nommé capitaine puis grièvement blessé au cours d'une opération militaire. Déclaré « inapte à faire campagne », néanmoins, sur sa demande, il est affecté au Régiment d'infanterie et participe à la bataille de la Somme. Il est en 1918, à , le plus jeune chef de bataillon de l'armée française. Il est décoré de la croix de guerre avec neuf citations et fait officier de la Légion d'honneur.
De 1919 à 1927, il est affecté à l'état-major interallié du maréchal Foch, période entre-coupée par son affectation à Varsovie comme chef du cabinet du général Niessel et du général Dupont. À partir de , La Rocque est en effet à la Mission militaire en Pologne, officier de liaison directe entre le maréchal Foch et le maréchal Pilsudski. Remis à la disposition de l'État-Major du maréchal Foch en , il est envoyé au Maroc deux ans plus tard comme chef du Bureau durant la dernière phase de la guerre du Rif. Il contribue à la reddition d'Abdelkrim.
Patriote et catholique social, La Rocque s'inscrit dans cette tradition (impulsée par Félicité Robert de Lamennais au début du ), étayée par les enseignements de son père, le Général Raymond de La Rocque, en relation en son temps avec Albert de Mun et rejoint les Croix-de-Feu, mouvement politique d'anciens combattants fondé par Maurice d'Hartoy.
Il quitte l'armée en 1928 avec neuf citations dont six à l'ordre de l'Armée et le grade de lieutenant-colonel.
Dirigeant des Croix-de-Feu (1931-1936) gauche|vignette|Allocution du colonel de La Rocque devant une réunion de Croix-de-Feu à Blida, le . Il entre, en 1929, au comité directeur des Croix-de-Feu, qu'il dirige à partir de 1931. Il en est élu président général le et le reste jusqu'à leur dissolution en juin 1936.
En 1931, Ernest Mercier, patron de la Compagnie générale d'électricité, qui présidait le Redressement français, aurait subventionné la campagne antiparlementaire de La Rocque comme auparavant la même campagne menée par Georges Valois et ses faisceauxRapport parlementaire sur les évènements du 6-février AN Lég. 1934 BN n° 3383 p. 17. Cette hypothèse de financement est contestée par l'historien Jean-Noël Jeanneney : démentant tout financement de La Rocque par François de Wendel, il ajoute : ..
Il est promu en 1931 commandeur de la Légion d'honneur.. Son mouvement, qui comptait en 1929, passe à en 1931, fin 1932, fin 1934 et à près de membres au début de l'année 1936.. Son programme exposé dans le livre Service public en 1934 revendique un christianisme social (sans afficher de prosélytisme religieux, veillant toujours à l'indépendance de l'armée à l'égard des autorités religieuses) associé à un souci jugé prioritaire de la question sociale : rejet de la lutte des classes, du racisme, du totalitarisme et adoption d'une politique libérale sur fond d'un régime fort avec un parlementarisme rationalisé. Il est partisan dès d'un « reclassement des pouvoirs » dans le cadre de la constitution existante et de la « collaboration entre le capital et le travail » ; avec deux actions constantes : vigilance face au « danger allemand » grâce à des mesures urgentes de renforcement de la défense nationale et refus dès 1932 de s'associer aux manifestations ultra-nationalistes de l'Action française et des autres ligues contre le paiement des dettes américaines.
La Rocque et les Croix-de-Feu se distinguent des autres ligues par leur respect de la légalité républicaine. Ainsi, après s'être délibérément abstenus de défiler sur le boulevard Saint Germain tout le mois de aux côtés des ligues et de l'Action française, ils se décident à manifester le , comme le font beaucoup d'anciens combattants. La tactique de La Rocque est cependant la suivante : pas de contacts avec les manifestants antirépublicains, pas d'intention de forcer les portes du Palais Bourbon : « Il était question de purifier la République, il eût été coupable d'en tenter le renversement ». C'est pourquoi les points de rassemblements décidés se situent dans l'espace délimité rive gauche de la Seine, par l'esplanade des Invalides, la rue de Varenne, la rue de Bourgogne, la rue de l'Université et la rue Saint-Dominique. Sur instruction de La Rocque, les Croix-de-Feu atteignent dans le calme les grilles du Palais Bourbon, sans chercher à les forcer malgré la faiblesse du barrage de police, qui interdit l'accès de la Chambre des députés. L'ordre de dislocation est donné par La Rocque à 21 h : on ne relève de ce côté de la Seine ni morts ni blessés. « Comment La Rocque a trahi » est le thème de la campagne de l'Action française le lendemain de cette posture indépendante et maîtrisée des Croix-de-Feu, une attitude qui sera reconnue par Blum lui-même : « Si la colonne qui s'avançait rive gauche aux ordres du colonel de La Rocque ne s'était pas arrêtée devant le mince barrage de la rue de Bourgogne, nul doute que l'Assemblée aurait été envahie par l'insurrection ».
Pourtant, la veille du , il demande le remplacement d'Édouard Daladier par une équipe qui n'aurait aucun politicien. Il qualifie le cabinet de Gaston Doumergue de « palliatif sans avenir » et « d'emplâtre contre la gangrène ».. Dans Service public, il critique les abus de ce qu'il appelle « l'électoralisme » […] « déformation trop répandue, qui voit dans les verdicts du suffrage un but supérieur… ». Il ajoute que « L'astreindre (la France) à une sorte de mutisme civique serait non seulement opposé à la plus élémentaire psychologie mais contraire à l'esprit collaborateur de nos compatriotes… ». Il évoque dans cette optique « le suffrage universel, aujourd'hui admis dans tous les pays du monde, en marquant les limites de ses attributions, en restreignant le nombre de ses élus, en établissant un mode de scrutin sincère, exclusif des féodalités locales par l'emploi effectif de la règle proportionnelle ».
De 1932 à 1936, chaque année, les Croix-de-Feu décident d'honorer la mémoire des anciens combattants juifs tombés au champ d'honneur à la synagogue de la rue de la Victoire en présence du rabbin Kaplan. Le grand-rabbin de France, Haïm Korsia, commente : « Jacob Kaplan fut accusé d'éprouver de la sympathie pour les Croix de feu, alors même qu'il s'est toujours tenu éloigné d'une quelconque affiliation politique et que ces cérémonies étaient organisées à la seule demande du Consistoire et non pas à la sienne. Le colonel de La Rocque a d'ailleurs dénoncé l'antisémitisme comme un sentiment anti-français mettant en péril l'union sacrée construite dans les tranchées… »Extrait de « La Synagogue de La Victoire » -150 ans de judaïsme français -, p. 262, éd. Porte plume, 2017... La Rocque est confronté en même temps à une radicalisation croissante à l'égard des Juifs, difficile à juguler. Il écrit en 1934 : « Et voici que le racisme hitlérien, combiné avec notre folle sensiblerie, nous condamne à héberger une foule grouillante, virulente, d'outlaws que rien ne garantit ; voici que parmi ces derniers, de nombreux îlots se constituent pour lesquels la persécution nazie n'est qu'une couverture d'espionnage et de conspiration. Mettre ce danger en évidence n'est point faire acte d'antisémitisme ».