La bataille d'Alep a lieu de 2012 à 2016 lors de la guerre civile syrienne, dans l'ancienne capitale économique et deuxième ville de Syrie. La bataille débute le par une offensive des rebelles qui s'emparent rapidement des quartiers est, mais échouent à emporter toute la ville. Pendant quatre ans, Alep se retrouve divisée entre sa partie ouest, tenue par le régime, et sa partie est, contrôlée par l'opposition. Les combats se déplacent en périphérie, chaque camp cherchant à encercler l'autre, les rebelles y parvenant brièvement à l'automne 2013.
De multiples factions prennent part à la bataille. Le camp loyaliste se compose de l'armée arabe syrienne, de milices pro-gouvernementales — avec principalement les Forces de défense nationale, le Liwa al-Quds et les Brigades du Baas — et de l'Iran qui engage le Corps des Gardiens de la révolution islamique, son armée régulière et surtout plusieurs milices islamistes chiites irakiennes, libanaises et afghanes — essentiellement le Hezbollah, le Harakat Hezbollah al-Nujaba et la Brigade des Fatimides. Le camp rebelle rassemble quant à lui une multitude de brigades., pour la plupart affiliées à l'Armée syrienne libre — la plus importante à Alep étant jusqu'en 2014 le Liwa al-Tawhid — de groupes islamistes sunnites indépendants comme Ahrar al-Cham, ou salafistes djihadistes comme le Front al-Nosra. En 2015, la plupart des groupes de l'opposition se rassemblent au sein de la coalition Fatah Halab. Apparu en 2013 à Alep, l'État islamique combat d'abord aux côtés de la rébellion avant d'entrer en conflit avec elle début 2014. Chassé d'Alep en par les rebelles, l'État islamique poursuit cependant les combats aux abords de la ville. Les Kurdes des YPG tiennent quant à eux un quartier au nord d'Alep, ils suivent leurs propres objectifs et s'allient tantôt avec le régime et tantôt avec les rebelles.
Fin 2015, l'intervention militaire de la Russie finit par faire pencher la balance en faveur du camp loyaliste. Alep-Est est définitivement encerclée en , et en les défenses rebelles s'effondrent. Acculés dans une ultime poche de résistance, les rebelles capitulent le . Au terme d'un accord, les derniers insurgés et civils assiégés sont évacués vers le gouvernorat d'Idleb entre le 15 et le .
La bataille d'Alep est la plus importante et la plus sanglante de la guerre civile syrienne. Elle cause la mort d'au moins civils, essentiellement dans des bombardements commis par les deux camps, mais d'une ampleur supérieure par le côté loyaliste. Les frappes menées par le régime syrien et la Russie ont visé intentionnellement les populations civiles, les hôpitaux et la Défense civile syrienne, avec notamment l'utilisation de barils explosifs largués par hélicoptère, d'armes à sous-munitions et d'armes chimiques.
Contexte Avant le conflit, Alep est peuplée de d'habitants — plus que la capitale Damas : les sunnites arabes sont majoritaires et représentent 65 % de la population, les Kurdes 20 %, les chrétiens 10 %, les Alaouites 5 %, sans compter une petite minorité de Druzes et d'Ismaéliens. C'est une ville industrielle et commerçante, véritable capitale économique de la Syrie. Le quartier historique d'Alep, appelé le Vieil Alep, avec sa Grande Mosquée, sa citadelle et son souk, est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Les quartiers de l'ouest et du centre, avec notamment Chahba et Haleb el-Jedid (le Nouvel Alep), sont les plus riches, habités par la bourgeoisie, les chrétiens et les Alépins d'origine. Les quartiers de l’est, comme Sakhour, Chaar, Salheen et Hanano, sont les plus modestes, peuplés par une population originaire des campagnes. Le quartier d'Hamdaniyé, au sud-est, est celui des fonctionnaires, là où les Alaouites sont également les plus présents. Les Kurdes occupent quant à eux principalement le quartier de Cheikh Maqsoud, au nord......
Depuis 2011, la ville est le théâtre de manifestations contre le régime de Bachar el-Assad, bien qu'elles ne soient pas les plus massives du pays. Les habitants conservent aussi le souvenir d'un premier siège de la ville, qui avait eu lieu en 1980 et 1981, lors de l'insurrection des Frères musulmans en Syrie, et de la répression qui avait suivi..
Le , un double attentat à la voiture piégé frappe un bâtiment de la sécurité militaire et un siège des forces de l'ordre. L'attaque est revendiquée par le Front al-Nosra, elle fait vingt-huit morts et plus de deux cent trente blessés....
Forces en présence La rébellion vignette|upright=1.4|gauche|Rebelles de l'Armée syrienne libre à Alep en . À l'été 2012, l'ensemble de la région au nord d'Alep passe aux mains de l'opposition. Les localités sont prises les unes après les autres ; Jerablus, le ., puis Azaz le ., Manbij le , ainsi que Marea et Al-Bab..
Le , la plupart des groupes insurgés ayant participé à cette campagne se rassemblent au sein du Liwa al-Tawhid, affilié à l'Armée syrienne libre (ASL), et dirigé par Abd al-Qader Salah, chef militaire, et Abdelaziz Salameh, chef politique. Dès le lendemain, le nouveau groupe rebelle lance l'offensive sur la ville d'Alep. Contrairement à la bataille de Damas, déclenchée au même moment à la demande des soutiens arabes et occidentaux de l'opposition qui espèrent ainsi provoquer une chute rapide du régime, l'offensive d'Alep se fait sans soutien étranger. Elle se fait également contre l'avis du « Conseil militaire d'Alep », dirigé par le colonel Abdul Jabbar al-Oqaidi, mais faute d'autorité réelle sur le Liwa al-Tawhid, ce dernier est contraint de soutenir l'opération...
Forces loyalistes Lors de l'offensive des rebelles, Alep n'est principalement tenue que par des forces de police, en partie noyautées par les rebelles, et par les milices Chabiha, qui ont activement participé à la répression des manifestations au cours des mois précédents. Les rebelles ont d'abord la maîtrise des combats grâce à leur progression militaire rapide. Mais à partir du , un convoi militaire de , transportés par 100 chars et 400 véhicules blindés, entre en ville, pour garder la mainmise sur la ville.. Les forces spéciales sont également présentes à Alep à partir de cette date. Au total, près de , dont miliciens, seraient alors amassés dans la ville et dans les alentours. Pour minimiser ses pertes, l'armée utilise l'artillerie, des hélicoptères et des avions de chasse pour bombarder et mitrailler les quartiers sous mainmise des rebelles, ce qui cause de très lourdes pertes civiles....
Déroulement Offensive des rebelles en juillet 2012 vignette|gauche|upright=1.2|Offensive rebelle sur Alep en :
Le , les rebelles attaquent la ville d'Alep depuis les campagnes au nord de la ville..... Ils parviennent à pénétrer dans la cité sans rencontrer de résistance et s'emparent dans les premiers jours d'une dizaine de quartiers, dont ceux de Salaheddine, Sahrour, Tariq al-Bab, Chaar, Nasaken Hanano et cheikh Najjar....... Peu nombreux et mal armés, les rebelles emploient des tactiques de guérilla dans les combats de rue à l'intérieur de la ville. Plutôt que de tenir des positions, ils privilégient alors la mobilité, mais ils prennent aussi à l'armée des chars et des armes lourdes..
Cependant, les manifestations anti-régime à Alep n'avaient pas été les plus massives observées dans le pays, la population est divisée. Les habitants des quartiers ouest, plutôt bourgeois, ainsi que les commerçants aisés, ne se solidarisent pas avec la rébellion et restent défiants vis-à-vis des insurgés, dont la plupart sont alors plutôt originaires des localités rurales environnantes. Ces derniers s'implantent davantage dans les quartiers sunnites de l'est et du sud., où des manifestations anti-Assad se poursuivent..
La nuit du 23 au , une mutinerie éclate dans la prison centrale, au nord de la ville, et est réprimée au prix de la mort de huit détenus.. Le , les bombardements loyalistes s'intensifient à Alep alors que les combats se poursuivent dans les quartiers de Soukkari et à la périphérie de Salaheddine..
Le , l'armée syrienne envoie depuis Damas des renforts vers Alep. En route, les rebelles mènent au moins deux attaques contre les convois militaires, afin de ralentir leur arrivée. L'ASL envoie également de son côté des troupes supplémentaires à Alep ; à qui viennent renforcer combattants déjà présents selon les déclarations à l'AFP d'un responsable du régime... L'armée commence ensuite à se déployer autour de la ville...
Le même jour, à l'intérieur d'Alep, les rebelles s'emparent du commissariat du quartier de Chaar après trois jours de siège, six policiers sont tués au combat et plusieurs dizaines sont faits prisonniers. Le , des combats ont lieu à al-Jamiliyé, dans le centre.. Le même jour, une centaine de soldats et de miliciens sont capturés par les rebelles aux abords d'Alep.. Les rebelles se préparent également à l'offensive du régime en barricadant les rues et en installant des centres de soins dans les sous-sols des écoles et des mosquées. De leur côté, les civils fuient en masse les combats.
Première contre-offensive du régime vignette|gauche|upright=1.4|Des soldats de l'armée syrienne à Alep en 2012. À la date des 28 et , l'Armée syrienne libre est implantée d'ouest en est dans la Nouvelle-Alep, les quartiers de Salaheddine, Seïf al-Dawla, Soukkari, Boustane el-Kasr, Jamiliya, la vieille ville, Qadi Askar, Zahraa, Sakhour, Haidariya et Hanano. Le nord et l'ouest de la cité restent essentiellement aux mains des loyalistes.
À partir de fin juillet, les combats les plus intenses se concentrent à Salaheddine, dans le sud-ouest d'Alep. Après avoir rassemblé ses forces au nord et à l'ouest de la ville, l'armée syrienne lance le au matin une première offensive contre le quartier de Salaheddine. Les rebelles du Liwa al-Tawhid repoussent l'assaut, au moins , loyalistes et 8 rebelles sont tués selon l'OSDH. L'AFP constate la destruction de trois chars et deux blindés, ainsi que la mort de six militaires et quatre rebelles. Des combats ont également lieu le même jour et le lendemain dans les quartiers de Hamdaniyé, Bab al-Nasr, Bab al-Jadid, Zahraa, Arkouba, Nasaken Hanano et Sahrour....... Le soir du , les loyalistes repartent à l'assaut, et le 30, l'armée syrienne déclare avoir repris une partie de Salaheddine. Mais le colonel Abdul Jabbar al-Oqaidi, chef du conseil militaire d'Alep, dément, il affirme que les forces gouvernementales n'ont « pas avancé d'un seul mètre », que leur assaut a été repoussé pendant la nuit et que quatre de leurs chars ont été détruits. Pour l'OSDH, l'armée syrienne n'est entrée que dans la périphérie du quartier.....
Le , après trois jours de combats, les rebelles parviennent à prendre le poste d'Anadane, situé au nord de la ville, ce qui leur permet de disposer d'une voie de ravitaillement reliant Alep à la frontière turque..
La nuit du 30 au , les rebelles attaquent le siège du tribunal militaire d'Alep. Le 31, des combats ont également lieu près du siège des renseignements aériens à al-Zahra, à l'ouest, et près d'une branche du parti Baas. Enfin, l'ASL s'empare de trois commissariats à Salhine et Bab Nairab, dans le sud-est d'Alep. Selon l'OSDH, 40 policiers sont tués dans ces derniers assauts. Le même jour des miliciens du clan des Berri interviennent dans la bataille aux côtés des forces du régime.....
vignette|droite|upright=1.4|Un rebelle de l'Armée syrienne libre à Alep, le 6 octobre 2012.