Denis Dodart est un médecin et un botaniste français, né en 1634 à Paris et mort le dans cette même ville. Il dirige de 1670 à 1694 les études de l'Académie royale des sciences sur l'Histoire des plantes, premier projet d'une encyclopédie botanique universelle, recensant, nommant et illustrant toutes les plantes connues. Il publie son cadre directeur, Mémoires pour servir à l'histoire des plantes en 1676.

Biographie

Enfance et formation

Famille bourgeoise de Paris Denis Dodart naît en 1634 dans une famille bourgeoise de Paris. Il est le fils de Jean Dodart, notaire public amateur de littérature, et de Marie du Bois Hermite, fille d'un avocat au Parlement de Paris. Fontenelle fait dans son Éloge de Monsieur Dodart le portrait des deux parents

Il a un frère et une sœur. Intéressé dès son jeune âge par les arts et les sciences, il apprend le dessin, la musique, le grec ancien et le latin.

Études de médecine Il étudie d'abord pour le barreau, suivant ses origines familiales, mais s'adonne bientôt à la médecine. Le , il est reçu bachelier de la faculté de médecine de Paris, et deux ans plus tard, le , docteur-régent. En 1666 il est docteur en pharmacie et devient professeur à la faculté de pharmacie de Paris.

Denis Dodart est remarqué par ses maîtres pour son érudition, son élocution et son bon esprit. Ainsi, le doyen directeur de la Faculté, Guy Patin, pourtant plus fameux pour son esprit sarcastique, brosse un portrait élogieux dans une lettre à André Falconet daté du : .. Le , Guy Patin renchérit : .

Carrière de médecin Son aisance en latin lui valut des propositions du comte de Brienne, Henri-Auguste de Loménie, pour entrer au Ministère des affaires étrangères. Lambert nous dit ainsi :

Auprès des Conti et Longueville vignette|Anne Geneviève de Bourbon, duchesse de Longueville, par Henri et Charles Beaubrun, , château de Versailles. La princesse Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, duchesse de Longueville, le prend comme premier médecin. Il est alors amené à côtoyer le cénacle de Port-Royal. Elle se fait construire en 1671 un hôtel particulier près de la clôture monastique. Il y séjourne dès lors régulièrement, et a sa chambre personnelle à côté des appartements de la duchesse. En il est à son chevet avec ses collègues et amis Jean Hamon et Noël Vallant.

Il est le premier médecin de Anne-Marie Martinozzi, veuve du prince de Conti, lequel est le frère de la duchesse de Longueville et du Grand Condé. Lorsque la princesse de Conti meurt à son tour en 1672, il demeure attaché aux enfants. Le prince de Conti, meurt en 1684 de la petite vérole. Il reste attaché à sa veuve, la princesse douairière de Conti et au frère cadet, François-Louis de Bourbon-Conti. Il est un des proches de la famille.

Auprès des jansénistes de Port-Royal Il devient le médecin de plusieurs religieuses, solitaires et amis de l'abbaye janséniste de Port-Royal des Champs. En plus des Conti et Longueville, il est proche de Mademoiselle Catherine de Vertus.

Jean Racine est son ami proche, qui le mentionne plusieurs fois en 1687 dans sa correspondance avec un Boileau convalescent, notamment le De Racine à Boileau. Luxembourg, le 24 mai 1685. et le De Racine à Boileau, à Paris, le 8 août 1687., ainsi qu'à sa femme le jour de l'Ascension 1693Racine à sa femme. À Cateau Cambresis, le jour de l'Ascension 1693.

Cette lettre à sa femme est la seule conservée de toutes celles qu'il lui a écrites.. Denis Dodart est à ses côtés le et tente de soigner son abcès au foie ; il lui fait une incision au côté droit, un peu au-dessous de la mamelle, en sort une demi-palette de pus bien cuit. Ce dernier lui confie son manuscrit de l'Abrégé de l'Histoire de Port-Royal sur son lit de mortLettre de Jean-Baptiste Racine à Louis Racine, 3 septembre 1742. .

On le retrouve au chevet de l'abbesse Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly en 1684, de Pierre Nicole en 1695, de Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont en 1698. Son ami Jean Hamon, médecin en chef du monastère meurt en 1687. Dodart lui succède et écrit un Récit de la dernière maladie de M. Hamon. Il rédige de nombreuses épitaphes en latin pour les Religieuses et Solitaires de Port-Royal, notamment pour Jean Hamon et Anne-Marie Martinozzi.

Conseiller-médecin du roi Le Prince de Conti, Colbert et Madame de Maintenon le soutiennent auprès de Louis XIV. En 1672 il devient conseiller-médecin du Roi. Grâce à la future reine de France il devient médecin à la suite de la cour en 1698, avec écus de pension, et est nommé médecin de la Maison d'éducation de Saint-Cyr.

En 1673, sur proposition de Colbert, il est reçu à l'Académie des sciences comme botaniste..

Vie de famille

Famille Dodart

Denis Dodart épouse en 1662 Marie Bouland, fille de Philippe Bouland et Claude d'Acquois. Philippe Bouland est premier président en l'élection de Clermont-en-Beauvaisis puis secrétaire des maisons et finances de Philippe , duc d'Orléans, dit Monsieur. Marie Bouland a un frère, Charles, avocat au Parlement de ParisAlice Stroup, contrairement à David J. Sturdy (et au testament) écrit que la femme de Denis Dodart s'appelle Marie-Lucienne Le Picard. Op.cit.. Elle apporte une dot de , tandis que la mère de Denis Dodart donne .

La sœur de Denis Dodart est mariée Le Cousturier. Son frère est avocat à Paris. Le lundi il se suicide chez lui d'un coup de pistoletLettre de Madame duchesse d'Orléans à la duchesse de Hanovre. Marly, 2 juillet 1699. .

Denis et Marie Dodart ont un fils en 1664, Claude-Jean-Baptiste, et une fille en 1667, Marguerite-Angélique. Marie Dodart meurt fin 1669. Denis Dodart a alors 35 ans et il reste veuf les 37 ans restants, tout dévoué à ses études. Il n'a pas d'autres enfants..

Claude-Jean-Baptiste Dodart sera premier médecin du roi Louis XV. Il est d'abord médecin des Conti à la suite de son père, puis en 1707 de Philippe II, duc d'Orléans en collaboration avec son futur beau-frère. En 1708, du dauphin Louis de France et de son fils Charles de France. En 1711 de l'ensemble des enfants de France, puis en 1718 du roi Louis XV. Il obtient du même coup la charge de surintendant des eaux minérales. Il se marie avec Anne-Louise-Denis du Choiselle, avec qui il a cinq enfants. Il meurt en 1730.

Le choix du nom fleuri de Marguerite-Angélique de la part d'un botaniste n'est peut-être pas anodin. En 1666, l'année précédant sa naissance, Denis Dodart envoie deux rapports à l'Académie des sciences, Observation le miel que les abeille retirent des plantes et décrit pour la première fois l'Angélique d'Acadie, à fleur jaune, ce qui lui inspire sans doute le nom de sa fille. La mère de Marguerite-Angélique meurt quand elle a trois ans, et elle devient alors pensionnaire à Port-Royal. Elle est de santé fragile. Au moment de la mort de Denis Dodart en 1707, elle n'est toujours pas mariée et réside à l'Hôtel de Conti, rue des Poulies. Pourtant six mois plus tard elle prend pour époux Guillaume Homberg, ami de la famille et fameux chimiste de l'Académie, né dans une famille protestante hollandaise à Batavia (Java) en 1652. Il donne des cours de chimie à Philippe d'Orléans, qui le prend sous sa protection et en fait son premier médecin en 1704. Il meurt le . L'acte de décès nous apprend qu'ils possèdent une riche bibliothèque, des tapisseries et des tableaux. Quelques copies, notamment une scène de la nativité de Rembrandt, Alexandre le Grand par Le Sueur, et deux Poussin, Le Triomphe de Bacchus et La Fuite en ÉgypteLien vers originaux peintures Dodart-Homberg

Le Triomphe de Bacchus, Nicolas Poussin, 1635-1636, pour le Château du Cardinal de Richelieu, Poitou. Maintenant au musée d'art Nelson-Atkins de Kansas City (Missouri)

http://art.nelson-atkins.org/objects/3200/the-triumph-of-bacchus?ctx=9faffe1b-72f5-4b1b-b671-34486c857a72&idx=1

La Fuite en Égypte, Nicolas Poussin, 1657, pour le soyeux lyonnais Jacques Sérisier, installé à Paris. Maintenant au musée des Beaux-Arts de Lyon .

http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/collections-musee/chefs-oeuvre/oeuvres1476/poussin-fuite-egypte?&view_zoom=1

Alexandre et son Médecin[?], Eustache le Sueur, 1648-9. Maintenant au National Gallery de Londres

https://www.nationalgallery.org.uk/paintings/eustache-le-sueur-alexander-and-his-doctor. Mais aussi des originaux, notamment un double-portrait des parents de Homberg par Jean-Baptiste Jouvenet et un autre de Guillaume et Marie-Angélique par Thomas Gobert, deux portraits anonymes de Lebrun et un Rembrandt, Le Prophète Élie chez la Veuve de SareptaLe Prophète Élie et la Veuve de Sarepta, 1 Rois XVII, 8-24

Peinture perdue, mais dessin conservé au Musée du Louvre.

https://arts-graphiques.louvre.fr/detail/oeuvres/0/18416-Le-prophete-Elie-chez-la-veuve-de-Sarepta. Marie-Angélique se remarie avec François de Burande, écuyer, sieur de Villeforge et capitaine d'infanterie. Elle meurt en 1751 et son frère hérite du domicile.

Domiciles en Île-de-France alt=Blason des Dodart indiquant la localisation de la maison sur le plan Turgot publié en 1739|vignette|Localisation supposée de la maison des Dodart dans le quartier du Marais, 1739. À Paris, la famille Dodart réside d'abord quai Malaquais à l'hôtel de Conti, aujourd'hui hôtel de Monnaie de Paris, 16 quai de Conti.alt=Cloitre des Billettes, près du logement des Dodart, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie|vignette|Cloître et église des Billettes près du logement des Dodart.Puis Denis Dodart hérite de son frère une maison rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, dans le quartier du Marais, .. La maison dépend de la paroisse des Billettes, qui fait partie des signataires du testament de Marie Dodart en 1669. La vente aux enchères d'une fabuleuse bibliothèque en 1782 dans une maison peut laisser penser qu'il s'agit de l'actuelle 16 rue Sainte-Croix-de-la-BretonnerieNotice des livres de M*** dont la vente se fera en sa maison, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie vis-à-vis la rue Bourtibourg, 1782-07-22, à Paris, Knapen. Livres en français, latin, grec, anglais. Littérature, droit, religion, médecine, plantes, magie, Histoire de France, des provinces dont du Berry, et Pays-Bas. Hypothèse d'une collection de quatre générations. Jean Dodart, puis ses fils X et Denis, sa fille Marguerite-Angélique et son mari Guillaume Homberg, et son fils Claude-Jean-Baptiste, puis son fils Denis "le Jeune"..

Dodart se partage entre ses appartements à Versailles, Fontainebleau et à l'hôtel particulier de la princesse douairière de Conti, rue des Poulies. Il se rend toutes les semaines au siège de l'Académie, située dans la Bibliothèque Royale rue Vivienne (aujourd'hui Cabinet des Médailles). Il loue pour cela des calèches, dont on a gardé les notes.

Les Dodart emploient quatre ou cinq domestiques. Leur bibliothèque est en partie héritée de la collection de Jean Dodart, le père de Denis. Il y a des livres en français, mais aussi en latin et grec ancien. Un inventaire réalisé au décès de sa femme nous apprend qu'elle contient plus de 426 volumes. En plus des livres de médecine, on y trouve des éditions d'auteurs classiques, Xénophon, Platon, Thucydide, Aristote, Homère, Hérodote, Cicéron et Pline, dont le doyen de la Faculté de Médecine de Paris avait déjà noté la connaissance par le jeune Dodart. Claude-Jean-Baptiste en hérite à la mort de son père, tandis que sa sœur Marie Angélique reçoit les livres de théologie, notamment jansénistes : les œuvres de Jansen lui-même, De la Fréquente Communion d'Antoine Arnault, la Vie des Saints de Robert Arnauld d'Andilly et d'autres ouvrages relatifs à Port-Royal. Dodart possède en outre des commentaires sur l'éthique et la théologie jésuite, ainsi que plusieurs BiblesOuvrage de la bibliothèque cité dans le testament de Denis Dodart :

La vie des Saints de M. Baillet ; Lettres de Saint Augustin en français 2 vo fol. traduit de M du Bois (parent épouse?) ; L'histoire de France in-12 de Mézeray abrégé avec L'histoire des Gaulois ; Le Monde de Davity, in-fol. 4 u 5 vol..

Piété et attention aux indigents