thumb|250px|Soldats français dans une tranchée pendant la Première Guerre mondiale (1917).

La guerre de tranchées est une forme de guerre où les combattants s'abritent dans des lignes fortifiées, largement constituées de tranchées, en étant relativement protégés des armes légères et de l'artillerie. C'est devenu une expression familière pour désigner la guerre de positions, une paralysie du conflit et l'épuisement progressif des forces opposées.

La guerre de tranchées fut provoquée par une révolution dans la puissance de feu qui ne fut pas suivie d'avancées similaires dans la mobilité des troupes. Il en résulte une forme éreintante de guerre dans laquelle la défense est toujours plus forte que l'attaque. Durant la Première Guerre mondiale, les deux camps élaborèrent des systèmes de tranchées face à face le long du front, protégés par des fils barbelés. La zone délimitée par les tranchées adverses (connue sous le nom de no man's land) est soumise aux tirs d'artillerie des deux camps. Les pertes lors des assauts sont extrêmement lourdes et font partie intégrante de la guerre de tranchées.

Des origines au

Les fossés entourant le camp romain, ou les douves contournant le château fort, peuvent être considérés comme des sortes d'ancêtres pour les tranchées des guerres modernes. vignette|Reconstitution des fortifications romaines lors du siège d'Alésia. Au , Vauban révolutionne la prise des places fortes en faisant construire des réseaux de tranchées autour de la citadelle. Dans ce cas, la tranchée n'a pas une vocation défensive mais offensive.

En 1669, Vauban tire les leçons du siège de Candie, port crétois assiégé et pris par les Ottomans utilisant des tranchées parallèles dirigées vers les murs, parachevées par des actions simultanées de sape et de mine. Vauban rédige à cette occasion un Mémoire pour servir d'instruction dans la conduite des sièges (1672), aussitôt mis en application dans la guerre de Hollande (1672-1678).

En faisant appel à la fois « à la raison et à l'expérience », Vauban propose la création d'un régiment d'ingénieurs ou « régiment de la Tranchée », composé de compagnies d'ouvriers et de mineurs, dirigées par des ingénieurs. C'est la préfiguration de l'arme du Génie qui sera créée en 1791.

Vauban applique ses idées de façon magistrale lors du siège de Maastricht (1673). Il fait creuser des séries de tranchées concentriques autour de la ville. Ensuite, il les recroise à angle droit par des tranchées dirigées contre la place forte, mais en zigzag, pour éviter les tirs par enfilade. Aux intersections, il établit des places d'armes pour l'artillerie et les troupes d'intervention. La ville est prise en deux semaines.

L'emploi de retranchements enterrés fait alors partie intégrante de la poliorcétique et les élites militaires ne dédaignent pas l'employer : le roi de Suède Charles XII est tué lors de l'inspection d'une tranchée de siège face à Fredriksten. Néanmoins, leur usage demeure exceptionnel lors d'une bataille en terrain ouvert ; il est mentionné lors de la guerre de Succession d'Espagne, où en 1706, les Français enterrent certaines positions à Ramillies.

Un réseau élaboré de tranchées et de bunkers a été employé avec succès par les Maoris dès les années 1840 dans leurs pa pour se protéger des armes à feu britanniques lors des guerres maories.. Les pertes britanniques à la en 1845 se montèrent à 45 %, prouvant qu'une puissance de feu supérieure ne suffisait pas pour venir à bout des défenseurs d'un système de tranchées..

La guerre de tranchée fut par la suite employée à une plus grande échelle lors de la guerre de Crimée (surtout avec le siège de Sébastopol), la guerre de Sécession (où les retranchements, même durant les batailles, sont de plus en plus systématiquement utilisés par la troupe sur des dizaines de kilomètres, sans ordre supérieur et en creusant souvent à l'aide d'ustensiles de cuisine), la guerre russo-japonaise et la seconde guerre des Boers. L'accroissement de la puissance de feu et de la portée des fusils (et plus encore avec les armes automatiques) empêchent alors les déplacements tactiques des unités sur le champ de bataille et les obligent à s'enterrer pour se soustraire au feu ennemi. Cela engendre des positions statiques où les troupes peuvent tenir le terrain à une relative proximité des lignes adverses. Outre l'utilisation des armes individuelles et de l'artillerie en retrait, l'adjonction de défense (chevaux de frise, barbelés) gêne l'assaut ennemi et entraine une guerre de position où les deux belligérants se font face, sans parvenir à obtenir la décision.

Vue d'ensemble thumb|right|Tranchée de la à Ovillers-la-Boisselle, lors de la bataille de la Somme en juillet 1916. Elle est étayée par des clayonnages qui retiennent le talus, et des étais de mines. Une sentinelle monte la garde tandis que les autres soldats dorment. Photographie d'. « Guerre de tranchée » est devenu un quasi-synonyme des combats de la Première Guerre mondiale lorsqu'elle fut employée sur tous les fronts européens et en particulier sur le front de l'Ouest. À partir d' et jusqu'aux dernières semaines de la guerre, le front se solidifia en une série de lignes de tranchées lorsqu'il devint clair que toute offensive d'infanterie serait anéantie par l'artillerie et les mitrailleuses adverses.

La guerre de tranchées est devenue un puissant symbole de l'inutilité de la guerre.. Ses images de jeunes hommes escaladant le parapet de la tranchée pour affronter un maelström de feu menant à une mort certaine ont marqué les esprits. Les batailles de la Somme et de Verdun sont des exemples parfaits de cette guerre d'attrition. La guerre de tranchée est également associée à des massacres inutiles dans des conditions épouvantables de braves soldats envoyés à la mort par des officiers incompétents ; ceux-ci ne réalisaient pas la nouveauté de cette guerre et continuaient de croire que la volonté supérieure de l'attaquant pourrait submerger les armes et le moral inférieur du défenseurEllis, .. Les troupes britanniques et du Commonwealth sont parfois désignées comme des ..

Les premières tranchées Cédric Mas considère que les premières tranchées apparaissent à l'époque qui voit un développement considérable de l'artillerie, soit au début du .. C'est notamment le cas lors de la bataille de Ramillies (1706) et de celle de Malplaquet quelques années plus tard. L'auteur note qu'avec l'invention et le perfectionnement des mitrailleusesHernandez, S. R. (2019). Une guerre de papier: la presse basque antifasciste dans les années trente. Presses universitaires de Rennes., les tranchées sont également bien présentes à la fin de la guerre de Sécession.

Mise en œuvre durant la Première Guerre mondiale thumb|Soldats du Régiment royal de fusiliers dans une tranchée près de Beaumont-Hamel dans la Somme en 1916. Photographie d'. Bien que la technologie ait radicalement changé la nature de la guerre en 1914, les armées n'avaient pas anticipé les conséquences de ce changement. Les armées françaises et allemandes adoptèrent deux tactiques militaires radicalement différentes. Les Français privilégiaient l'attaque surprise menée rapidement et soutenue par le canon rapide de 75 déployé parmi l'infanterie. Les Allemands misèrent sur la puissance de feu, investissant largement dans les obusiers et les mitrailleuses. Les Britanniques manquaient de tactique cohérente car les officiers rejetaient la théorie en faveur de l'expérienceBidwell & Graham ..

thumb|Tranchée française dans le nord-est de la France.

L'attaque frontale des tranchées entraînait des pertes colossales, attaquer par le flanc était donc une solution préférable. À la suite de la première bataille de la Marne, les deux armées tentèrent vainement d'attaquer le flanc des défenses adverses dans ce qui sera nommé la course à la mer. Un réseau parallèle de tranchées s'établit alors de la mer du Nord à la Suisse. Cette situation de blocage dura jusqu'à l'offensive Michael au printemps 1918. Les deux armées étant de forces égales, les assauts frontaux, seule solution pour sortir de l'impasse, provoquèrent des pertes monstrueuses. Les batailles durant des mois ne furent pas rares mais aucune ne permit de débloquer la situation.

Les premières tranchées étaient simples. Elles manquaient de solidité et en accord avec les doctrines d'avant-guerre, elles étaient remplies de soldats côte à côte, ce qui menait à de lourdes pertes du fait des tirs d'artillerie. Cependant, la longueur du front à défendre fit que les tranchées ne furent rapidement tenues que par une poignée d'hommes. L'importance des barbelés fut vite reconnue et chaque nuit, les soldats sortaient de la tranchée pour les réparerGriffith (2004), ..

Les premières tranchées se transformèrent rapidement en un réseau de plus en plus complexe pouvant résister à la fois aux bombardements d'artillerie et aux assauts de l'infanterie. Les abris enterrés devinrent la prioritéGriffith (2004), .. L'espace entre les tranchées connu sous le nom de no man's land dépendait du champ de bataille. Sur le Front de l'Ouest, il mesurait souvent entre 90 et de large mais il pouvait se réduire à une vingtaine de mètres comme lors de la bataille de la crête de Vimy. Sur le front de l'Est et au Moyen-Orient, les fronts étaient si étendus que la guerre de tranchée telle qu'elle exista sur le front de l'Ouest n'eut pas lieu.

Dans les Alpes, la guerre de tranchée se livra sur les flancs à pic des montagnes jusqu'à parfois d'altitude. L'Ortles possédait une position d'artillerie sur son sommet à proximité de la ligne de front. Les réseaux de tranchées devaient s'adapter au terrain difficile et au climat extrême. Des tranchées furent même construites dans les glaciers de Marmolada et d'Adamello-Presanella.

Les réseaux de tranchées Très tôt dans la guerre, la doctrine défensive britannique recommandait un réseau de tranchées composé de trois lignes parallèles reliées par des tranchées de communication. Les points où les tranchées de communication intersectaient les lignes principales étaient d'une importance vitale et étaient bien protégés. La première ligne de tranchée était la ligne la plus exposée car c'était la première que devaient franchir les fantassins ennemis, elle était donc bien pourvue en postes de tir et possédait quelques abris sommaires. Environ à l'arrière, la tranchée de seconde ligne servait de repli en cas de bombardement de la tranchée de première ligne ou de zone de rassemblement lors d'une offensive. On y trouvait des abris plus ou moins profonds et des stations médicales. Il existait parfois une troisième ligne de tranchée (tranchée de réserve) située à 150 voire de la première ligne. Cette ligne servait de chemin de ravitaillement et de zone de stockage pour les munitions, les provisions et le matériel. Les soldats pouvaient également y prendre un peu de repos.

thumb|Vue aérienne du réseau de tranchée près de Loos, juillet 1917. Les tranchées allemandes sont en bas et à droite et les tranchées britanniques sont sur la gauche.

À l'arrière du système de tranchée, on pouvait trouver un second réseau de tranchées partiellement préparé, prêt à être occupé en cas de retraite. Les Allemands construisaient souvent de multiples systèmes de tranchées. En 1916, sur le front de la Somme, ils disposaient de deux systèmes de tranchées distants d'un kilomètre et d'un troisième réseau partiellement construit un autre kilomètre à l'arrière. Cette redondance rendait une percée décisive quasiment impossible.