Édouard Pelletan, né le à Paris et mort le à Paris, est un imprimeur et un éditeur français qui publia de nombreux livres à la typographie particulièrement soignée et fut un promoteur du renouveau de la gravure sur bois.

Biographie Issu de la communauté protestante mais rallié aux idées positivistesLa Revue des revues, 52, 2014, ., Édouard Pelletan, après une carrière au ministère des Affaires étrangères, ouvre le , au 125 boulevard Saint-Germain, dans le local occupé naguère par la Revue illustrée de Ludovic Baschet, une galerie et maison d'édition sous le nom, jusqu'alors inconnu en bibliophilieSes quatre premiers ouvrages sont : Les Nuits d'Alfred de Musset ; Les Ballades de François Villon ; Les Petits Contes à ma sœur d'Hégésippe Moreau ; L'Oaristys de Théocrite., d’« Éditions d'Art Édouard Pelletan »D'après Noël Clément-Janin, « Deux préfaces au catalogue général de l'œuvre d'Édouard Pelletan », Paris, 1913.. Dès ses débuts d'éditeur, dans une plaquette programme intitulée « Le Livre », il met en corrélation la typographie et l’œuvre d'un écrivain, l'esprit de la lettre et le texte. Réagissant à l'époque qui voyait, selon Henri Beraldi, « le livre comme un musée de dessins », Pelletan s'efforce de singulariser chacun de ses tirages, refusant la standardisation promise par « les techniques américaines », employant différentes couleurs d'encres et qualités de papiers, convoquant des ornementations originales et soignant jusqu'à ses prospectusComme pour le Misanthrope de Molière (1907). ; bientôt, son art fit école.

Revisitant les grands classiques, il ouvrit aussi son catalogue à des contemporains comme Jean Lorrain, Anatole France (avec qui il était ami), Sully Prudhomme, Catulle Mendès, Jules Renard, etc. En 1906, Jérôme et Jean Tharaud obtiennent le prix Goncourt pour la réédition augmentée de Dingley, l'illustre écrivain : Pelletan est alors au faîte de la gloire.

Du côté des illustrateurs, il offrit à Marcel Pille et Henri Bellery-DesfontainesExemples de collaboration entre l'éditeur et l'artiste, en ligne. leurs premières expériences livresques avec entre autres La Mandragore et L’Almanach du Bibliophile (1898)Page de garde de l'année 1901 illustrée par Grasset. L'Almanach est paru durant 6 années, illustré par 6 artistes différents., et sollicita également Steinlen (pour illustrer notamment Crainquebille), Eugène Grasset, Auguste Leroux, Louis Dunki, Daniel Vierge, Paul-Émile Colin, Auguste Gérardin, Lucien Mignon, etc. Privilégiés, les graveurs sur bois n'étaient pas en resteIn Catalogue général de l’œuvre d’Édouard Pelletan (1913), avec un portrait de Pelletan signé Pierre-Eugène Vibert. avec Frédéric et Ernest Florian, Georges et Clément Bellenger, Froment père et Froment fils, Pierre Gusman, Ernest Deloche, Crosbie, Mathieu, Jules Germain, Duplessis, Jules-Léon Perrichon, Aubert, Julien Tinayre (frère de Caroline, l'épouse de Pelletan)

Le il lance la revue d'art mensuelle L'Estampe et l'affiche codirigée par les critiques Noël Clément-Janin et André Mellerio (1862-1943), pour laquelle il convoque les artistes Jean Peské ou Pierre Bonnard pour la promouvoir via des affiches lithographiées, revue qui paraît jusqu'en La Revue des revues (58, 2014), ..

Éditant des ouvrages soignés et donc coûtant un certain prix, il lança cependant une collection populaire à 60 centimes le volume avec la « Bibliothèque sociale et philosophique » où parurent des essais, de sensibilité positiviste — dans la lignée de son maître et ami le philosophe Pierre Laffitte —, signés Camille Monier, Émile Corra, Périclès Grimanelli ou Anatole France.

Édouard Pelletan faisait entre autres imprimer ses livres à l'Imprimerie nationale, comme de nombreux bibliophiles, ainsi qu'à l'imprimerie Lahure, où une impression traditionnelle de qualité était permise avec un atelier de presse à bras. En tout, Pelletan aurait imprimé une soixantaine d'ouvrages à tirages limités : environ quarante-cinq ouvrages importants, et une quinzaine de plaquettes.

Il ne reçut pas que des éloges : dès 1898, il est au cœur de vives polémiques en heurtant les tenants d'une certaine école du livre illustré. On lui reproche ses vieilleries, ses lubies, de n'être pas du milieu, etc. En 1905, le relieur et éditeur Charles Meunier le qualifie de « guignol » et signale que son Almanach est « déjà vieux même en naissant »« Une fois pour toutes !... » par Ch. Meunier, in Les Arts bibliographiques, 1905, , cité par Ph. Kaenel (2005, infra).. Il faut dire qu'en s'accolant dès 1894 avec l'irréductible critique Noël Clément-Janin qui le défendit aveuglément et ce, jusque dans les années 1920, Pelletan, armé d'une certaine morale typographique et bibliophilique, l'avait bien cherché.

Le , sa fille Jeanne« Plaquette de mariage de Jeanne Pelletan et René Helleu », Paris, Éditions d'Art Édouard Pelletan, 1912, hors commerce., issue de son mariage en 1882 avec Caroline TinayreLire à ce propos l'article de Claude Schkolnyk, « Les Tinayre, une famille de médiateurs culturels entre la France et la Hongrie », dans Cahiers du Centre de recherche historique, juillet 1991., épouse René Helleu (1884-1964) principal collaborateur de l'entreprise. En 1913, après le décès de Pelletan, René reprend le fonds sous la marque Éditions d'art Édouard Pelletan, René Helleu libraire-éditeur située également au 125 boulevard Saint-Germain. Il ouvre une galerie baptisée Galerie Pelletan-Helleu. Dans les années 1920, il s'associe avec René SergentRené Sergent (1886-1972), libraire et éditeur parisien qui avait repris en 1913 une librairie au 3 place de la Sorbonne ayant appartenu à Georges Crès. Helleu et Sergent publieront en 1930 une traduction de L'Éthique de Spinoza par Armand Guérinot., et édite également des ouvrages numérotés sous son seul nom. René Helleu édita et exposa dans les années 1930 notamment les œuvres du peintre et graveur Pierre Matossy.

Édouard Pelletan meurt le Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 2686, vue 27/31. après une maladie qui le rongea près d'une année, et à l'occasion de ses funérailles, Anatole France écrivit une oraisonLes Obsèques d’Édouard Pelletan, discours d’Anatole France, Louis Barthou, Noël Clément-Janin, Imprimerie Nationale, 1914. avec un portrait par Auguste Leroux., dans laquelle il rappelle que : Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise ().

Influençant de jeunes éditeurs comme Georges Crès, Édouard Pelletan, en une quinzaine d'années, marqua sensiblement le paysage des arts du livre français.

Pelletan et la gravure sur bois Parmi les principaux éditeurs de luxe de cette fin de , on remarque donc la présence importante d'Édouard Pelletan, qui dès ses débuts dans l'édition s'impose comme le défenseur de la belle typographie et de la gravure sur bois. En effet, il veut proposer un travail de qualité, et comme beaucoup de bibliophiles, il est très méfiant à l'égard des procédés photomécaniques de reproduction des illustrations (typogravure, stéréotypie, similigravure, etc.), adoptés rapidement par l'édition courante et lancés à l'origine par l'éditeur international Goupil et Compagnie. À la fin du siècle, la gravure sur bois connaît un renouveau grâce à des éditeurs comme Pelletan. C'est ce qu'explique Maurice Baud dans une série d'articles intitulée « La gravure sur bois », paru dans le Journal des artistes (7, 14 et )Ces articles sont repris dans le livre de Rémi Blachon, La Gravure sur bois au XIXe siècle, Les éditions de l'amateur, 2001, p. 166-177.. On apprend que jusque-là, cette technique connaissait de multiples applications, perdant peu à peu sa valeur au profit des nouveaux procédés. Les illustrateurs se sont vus dépassés par les artistes-peintres et la multiplication de nouveaux procédés : la gravure « américaine », et des procédés mécaniques — gillotage, phototypie, photogravure, typogravure… La gravure sur bois est donc négligée dans un premier temps, puis quelques amateurs la remettent au goût du jour pour des illustrations de meilleure qualité. Maurice Baud fait la distinction entre d'un côté les graveurs-artistes et de l'autre les similistes, comme Pelletan les appelait, qui gravaient à la manière américaine, cherchant à imiter la photographie : « de la photogravure sur beau papier », raillait Pelletan ».. En effet, Pelletan conçoit le livre de luxe comme un véritable travail de construction, où l'éditeur doit tout coordonner avec minutie pour un travail de qualité, que ce soit concernant les illustrations ou la typographie. Ce serait pour cela qu'il préférait ne pas travailler avec des peintres, selon lui moins aptes à se plier aux consignes de l'éditeur. C'est notamment ce qui l'opposait à Ambroise Vollard, marchand de tableaux puis éditeur d'art, qui préférait travailler avec des peintres et sollicitait, lui, la lithographie.

Essais Le Livre suivi du Catalogue illustré des Éditions d'art Édouard Pelletan, Paris, 1896. Lettres aux bibliophiles. Du Texte et du Caractère typographique, Paris, 1896. Sur la tombe de Henry Crompton, cinquante-deuxième anniversaire de la mort d'Auguste Comte : 1857-1909, [Allocution prononcée par Édouard Pelletan le ], Paris, Imprimerie Lahure, 1909.

Galerie

Bibliographie . Léopold Carteret, Le Trésor du bibliophile, livres illustrés modernes 1875-1945, tome 3 .     « L’Éditeur architecte », dans Philippe Kaenel (dir.), Le Métier d'illustrateur (1830-1880) : Rodolphe Töpffer, J. J. Grandville, Gustave Doré, Genève, Droz, 2005, . «  Coup d'œil sur une revue artistique de la fin du siècle : L'Estampe et l'affiche (1897-1899) » par Nicolas-Henry Zmelty, in Corridor, revue des sciences humaines et sociales n° 1, Université d'Amiens, 2008. « Pelletan, Édouard » par Marie-Gabrielle Slama, in Dictionnaire encyclopédique du livre, Paris, Cercle de la librairie, 2011, tome III, page 180 . « L'Estampe et l'affiche, une revue méconnue » par Ph. Di Folco, dans La Revue des revues. Histoire et actualité des revues, vol. 52, automne 2014, . .

Notes et références

Articles connexes Bibliophilie Livre d'artiste Typographie

Liens externes

Catalogue hommage édité en 1913.

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