Lépidémie de Groningue, en néerlandais , est une épidémie de fièvres intermittentes qui a touché une partie des Pays-Bas et de l'Allemagne en 1826.
Elle a été caractérisée par une virulence exceptionnelle de la maladie dans la ville portuaire de Groningue, d'où son nom.
Apparue lors d'un printemps et d'un été inhabituellement chauds et secs, la maladie a en 1826 - en quelques mois - littéralement décimé la population de cette ville : décès, enfants et vieillards principalement, pour un total de près de 28 000 habitants. La municipalité a fait stopper les cloches des églises lors des enterrements en raison des effets négatifs qu'elles avaient sur le moral de la population.
L'épidémie reste mal expliquée. En effet, en dépit d'une épidémiologie évoquant une maladie infectieuse et contagieuse, certaines catégories de la population semblent avoir été inexplicablement épargnées par la contagion. De plus au même moment d'autres villes (Oldenbourg, Emden, Jeva et Aurich...), les environs mêmes de Groningue, ainsi que toute la Frise et une partie de l'Allemagne, a connu la même épidémie, mais avec des fièvres apparemment bénignes (hormis une mortalité faiblement accrue, presque exclusivement parmi les enfants et parmi les vieillards pauvres).
Cette épidémie a été attribuée par ses contemporains à une « fièvre intermittente à symptômes bilieux » que d'autres ont ensuite supposé pouvoir être une malaria, en raison notamment des effets de la quinine, mais probablement à tort car une partie des symptômes contredisent ceux de la malaria.
L'épidémie dont la virulence semble avoir ciblé une seule ville (Groningue) a marqué les esprits du temps, et a fait craindre à d'autres villes d'être touchées par un phénomène identique.
Elle a donc dès l'année suivante fait l'objet d'analyses statistiques contextualisées et détaillées, notamment par des FrançaisAN Gendrin, Journal général de médecine, de chirurgie et de pharmacie françaises et étrangères, Volume 38 ; Ed :Baillière, 1827 (Livre numérique Google, voire chapitre Statistiques de la Hollande, par AN Gendrin, rédacteur général).
Les premières analyses contemporaines (1828) AN Gendrin en 1827 publie en France dans le Journal général de médecine, de chirurgie et de pharmacie françaises et étrangères une analyse enrichie de statistiques sur la Hollande et sur Groningue en particulier. L'année suivante, deux auteurs : J.C.G. Fricke (Membre du conseil de Hambourg), assisté d'un éminent médecin, Jean-Baptiste Monfalcon , en ont fait conjointement une analyse pousséeJ.C.G. Fricke & J.B. Monfalcon (1828), [Histoire médicale des marais : de l'épidémie qui a régné en Hollande et dans les pays voisins en 1826] ; Ed Migneret (Livre scanné par Google Books). Ce même texte a été intégralement repris par les Archives générales de médecine de 1828 à la rubrique "médecine étrangère" (https://books.google.fr/books?id=jZlj10tE-VIC&pg=PA261&lpg=PA261&dq=%C3%A9pid%C3%A9mie+groningue&source=bl&ots=VvnqtZme5b&sig=BYeLZQ5u54MYnyErxxglDOHsubo&hl=fr&sa=X&ei=_ecbUOnhL7SX0QXpnIDoAg&ved=0CEAQ6AEwAw#v=onepage&q=%C3%A9pid%C3%A9mie%20groningue&f=false Livre numérique Google)].
Analyses de la mortalité pendant et avant l'épidémie 10 % environ de la population de la ville meurt en quelques mois. Les enfants et les vieillards sont largement les plus touchés, ce qui fait que paradoxalement la natalité n'est pas significativement affectée : malgré quelques avortements spontanés a priori liés à la maladie, précise dans une analyse qu'ils publient de cette épidémie deux ans après). Le nombre mensuel de morts dans Groningue passe de 61 en début d'épidémie (en mai) à 102 en juin, 156 en juillet, 449 en août, culmine à 667 en septembre, pour redescendre à partir d'octobre (512 décès) ; Fricke & Monfalcon notent une coïncidence qu'ils jugent remarquable : En 1825, l'année précédant celle de l'épidémie, un pic de mortalité avait aussi été enregistré en septembre-octobre. Gendrin fait remarquer dans ses analyses statistiques (bien documentées) de la mortalité générale aux Pays-Bas que juillet est comme ailleurs le mois où l'on meurt habituellement le moins à Groningue, alors qu' cependant, malgré la mauvaise réputation faite aux zones humides et polders qui couvraient le pays, réputés empoisonner l'air de leurs miasmes (qui selon la théorie des miasmes encore en vogue à l'époque sont une source majeure de maladies), les Pays-Bas (même à Groningue) ont paradoxalement à l'époque une espérance de vie parmi les plus élevées en Europe, bien plus qu'à Paris ou à Bruxelles pourtant bâtie '. Gendrin remarque que même avant l'épidémie, la remontée du nombre mensuel de mort entre juillet et août se faisait plus rapidement et significativement à Groningue qu'ailleurs aux Pays-Bas : . Un certain Tellegen, cité par Gendrin aurait montré par une topographie médicale de Groningue, et par , que le quartier nord de Groningue, situé près du port était propice aux épidémies, bien qu'il ne soit pas un quartier pauvre.
Hypothèses proposées pour expliquer une virulence spécifique à Groningue Il y a accord de la part des témoins contemporains pour attribuer à l'épidémie une virulence très spécifique à Groningue. Selon J.C.G. Fricke & J.B. Monfalcon et d'autres auteurs, les effets de la maladie auraient pu être aggravés par les mois exceptionnellement chauds et secs du printemps et de l'été, mais cette hypothèse est à pondérer, car le printemps a aussi été très sec, ce qui n'est pas réputé favoriser les épidémies.
J.C.G. Fricke & J.B. Monfalcon voient d'autres facteurs aggravants. Ces sont notamment : un trop . Le gouvernement a ensuite fait envoyer dans la ville des élèves en médecine de l'université de Louvain puis de l'université d'Utrecht (très réputée) ainsi que des médecins militaires, mais qui sont arrivés alors que l'épidémie était déjà en pleine expansion. Absence d’hôpital capable de recevoir les indigents ; l'arsenal est transformé en urgence en hôpital, mais alors que l'épidémie était déjà à son maximum nous disent Fricke et Monfalcon ; Grande misère d'une multitude d'habitants ; ce sont eux qui seront les plus nombreux à tomber malade et plus encore à en mourir ; (Rem : dès 1827, pour ne plus devoir enterrer les morts en ville, la municipalité a fait construire deux nouveaux cimetières, dits du Sud et du Nord) ; . Un autre auteur Gendrinx (en 1827) estime que plusieurs cloaques pleins de matières animales et végétales en décomposition, situés dans un quartier du nord de Groningue pourraient être cause de ce que alors que la ville est ailleurs propre et dotée de rues larges et aérées ,; Gendrin ne pense pas que l'épidémie vienne des quartiers pauvres (qui sont au sud) mais du nord de la ville, où .
La maladie Cette épidémie a été qualifiée à l'époque de « fièvre intermittente à symptômes bilieux ». À l'époque des premiers hygiénistes où les zones humides étaient accusées de nombreux maux, d'autres ont supposé que la maladie était une malaria. Les premiers symptômes (dont forte fièvre, léger délire, anémie et œdème) permettent en effet de le penser, de même qu'un printemps très chaud qui aurait pu favoriser des moustiques, éventuellement exotiques (puisque Groningue est un port et que les Pays-Bas étaient encore un pays colonial). Les effets positifs de la quinine cités par les médecins de l'époque invitent aussi à évoquer cette piste. Cependant une partie des symptômes contredisent ceux de la malaria. Par exemple : La malaria touche fortement les femmes enceintes et leurs fœtus (induisant des fausses-couches et problèmes chez l'enfant, surdité notamment). Elles ont au contraire été plutôt épargnées à Groningue ; La malaria est caractérisée par des sueurs abondantes. Or, ici les médecins évoquent une peau brûlante mais sèche, sauf quand le malade se rétablit ; Une des formes graves de malaria, dite , peut être évoquée (d'autant qu'elle peut être aggravée par la quinine), mais elle n'est réputée toucher qu'un très faible nombre de cas et uniquement dans les régions d'endémie. Elle est due à la prise de quinine chez des malades de longue date, et elle correspond à un éclatement des globules rouges à l'intérieur des vaisseaux (hémolyse intravasculaire). La malaria n'induit pas certains des dégâts détectés lors des autopsies. Le cerveau des morts de paludisme a une couleur bleu violacé et ne correspond pas aux descriptions faites à partir de morts de Groningue ; évoquée par les autopsies de Groningue pourrait faire penser à une maladie hémorragique ; Les témoignages n'évoquent pas de nystagmus, ni d'ictère, de posture opisthotonique, de convulsions, d'urines noires, d'hématémèse souvent rapportés lors des cas de malaria ; Enfin, précise le médecin Jean Baptiste Monfalcon.
Virulence Curieusement, alors que, dans les villes proches et dans les campagnes, les symptômes cédaient face à un simple , les malades de Groningue étaient eux rapidement prostrés et sans forces, animés de tremblements, affectés d'un et de .
Le quinquina a été le médicament le plus utilisé, beaucoup plus efficacement que les autres remèdes selon Frick et Monfalcon, qui ajoutent cependant que .
. L'apparition ou le retour de « suées » était considérée comme un bon pronostic de début de guérison.
.
Symptômes et Clinique / résultats d'autopsies Les autopsies ont révélé des ;
La rate était la plus affectée. Le foie .
On note aussi une .
Les médecins signalent en outre : de fréquentes . Le témoignages médicaux évoquent une phase secondaire (qui peut évoquer une surinfection ; J.C.G. Fricke & J.B. Monfalcon parlaient des morts, nombreux, de ) avec évolution vers .
Une contagiosité très relative ? ou nulle ? Selon des témoignages cités par J.C.G. Fricke & J.B. Monfalcon, Seul Thuessink que la maladie était contagieuse mais .
Pour Monfalcon, dans cette contagion relative : Thuessink attribue la maladie à .
Cette théorie n'est insiste Monfalcon qui fait à l'occasion remarquer que le Thuessink .
Monfalcon explique que des étrangers retenus quelque temps dans Groningue ont pu être exposés à la même cause (les miasmes) et tomber malade ajoute-t-il
L'explication d'une virulence propre à la ville de Groningue et d'une diffusion curieuse de l'épidémie (pas de personne à personne apparemment) reste à trouver. La maladie pourrait avoir été multifactorielle. Elle aurait pu associer associer un vecteur (local ?) et un facteur de virulence non élucidés (On peut imaginer par exemple une intoxication au cuivre, au plomb ou au mercure propre à la ville et notamment aux quartiers nord, et qui aurait affaibli le système immunitaire de ceux qui en étaient victimes. On pourrait aussi avec le recul penser à un variant local d'un virus hautement pathogène mais très peu contagieux (avec un vecteur propre à la ville), ou encore à une association entre deux pathogènes qui n'auraient été conjointement présents qu'à Groningue. La proximité du port peut faire évoquer un pathogène importé par voie de mer de l'une des zones de l'empire colonial néerlandais.
Réactions / soins médicaux, santé publique Au milieu de l'été, on crée .
La maladie est principalement soignée par des granules et décoctions de quinquina et par la panoplie classique de traitements de l'époque, dont la saignée et les sangsues.
Coûts Les coûts humains ne sont pas quantifiables, mais en termes matériels et directs l'épidémie a couté environ à la ville, qui a aussi reçu des secours . Elle a induit de nombreux travaux d'assainissements, constructions de nouveaux cimetières les années suivantes.
Références
Voir aussi Articles connexes Liste d'épidémie Groningue Polders Théorie des miasmes épidémiologie écoépidémiologie catastrophe naturelle
Lien externe
Bibliographie
Catégorie:1826 en Europe Catégorie:Histoire de la province de Groningue Catégorie:Catastrophe sanitaire au XIXe siècle Catégorie:Épidémie au XIXe siècle Catégorie:Catastrophe en 1826