La guerre météorologique de l'Atlantique nord s'est déroulée pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Alliés (la Grande-Bretagne en particulier) et l'Allemagne étaient en compétition pour l'accès à des données fiables dans l'Atlantique nord et l'Arctique pour leurs services de météorologie militaire. Ces données étaient importantes car elles affectaient la planification militaire et le routage des navires et des convois. Dans certaines circonstances, une bonne visibilité était nécessaire (reconnaissance photographique et bombardement) et dans d'autres, elle était défavorable (en révélant les mouvements des navires secrets ou en permettant l'activité aérienne de l'ennemi).
La planification du Jour J a été grandement affectée par les prévisions météorologiques. Il a été retardé d'une journée dans l'attente qu'une tempête s’apaise et que les conditions en mer soient acceptables. Les sources météorologiques britanniques incluaient des données provenant de navires en mer et des stations météo situées à l’observatoire de l’Île de Valentia et à Blacksod Point (comté de Mayo), en Irlande neutre.
L’utilisation par les Allemands de navires météorologiques a également mis en péril leur code secret Enigma.
Les besoins des belligérants L'évolution de la météo et la prévision des changements de temps dans l'océan Atlantique et le nord et l'Europe occidentale sont largement tributaires des processus météorologiques dans/de l'atmosphère de la région arctique. Pour l'étude et les prévisions, les stations météorologiques européennes utilisent collectivement, depuis la Première Guerre mondiale, des observations faites par des stations très lointaines relevées régulièrement - certaines plusieurs fois par jour - et les conditions météorologiques communiquées par radio à toutes les parties intéressées.
Les prévisions météorologiques sont très précieuses pour l'établissement des plans militaires. Par exemple, du mauvais temps peut favoriser une sortie discrète de navires allemands ou assurer une absence de bombardements pour les villes allemandes. À l'inverse, prévoir du beau temps peut favoriser le repérage des convois ou permettre de bombarder, entre autres, les bases des U-boote.
Pour ces raisons, les deux camps ont cherché à obtenir les moyens de dresser des prévisions météorologiques fiables.
Les moyens Les services météo Pour les Allemands Chaque arme possède son service de prévision météo. Par exemple, pour la Kriegsmarine, il s'agit du Marinewettertrupp, pour la Luftwaffe, du Luftwaffewettertrupp.. Les données météo sont relevées puis transmises en code à l'État-Major. Le code utilisé est le Wetterkurzschlüssel (en abrégé : WKS) et utilise les machines à coder Enigma.. Les messages météo sont courts et compressés pour diminuer la durée de transmission et, partant, les risques de détection de l'émetteur par radiogoniométrie.
Un message météo se compose, après une entête d'identification, d'une série de lettres renseignant chacune des données météo présentée dans un ordre prédéfini. Les lettres utilisées changent régulièrement pour rendre plus difficiles les tentatives de briser le code. Les messages sont envoyés à des heures prédéfinies et sur des fréquences elles aussi prédéfinies. Paradoxalement, cet ensemble de règles permettra aux Alliés de détecter plus facilement la nature des messages, à défaut de les comprendre, et la position de celui qui l'émet.
Code donnant l'état de la mer sera issue d'une table comme celle-ci. Origine | période du relevé de la houle | matin | mi-journée | soir |
N | a | i | q | NO | b | j | r | O | c | k | s | SO | d | l | t | S | e | m | u | SW | f | n | v | W | g | o | w | NW | h | p | x | Houle modérée | | | | y Tempête | | | | z Ainsi, une houle modérée de nord-ouest, relevée à midi, sera traduite par "JY" dans le corps du message (et sera ensuite codée par la machine Enigma).
Pour les Alliés Les Alliés disposaient de trois groupes de météorologistes : la Royal Navy, le Met Office et l'USAAF, qui travaillaient indépendamment, se rapportant au Group captain James Stagg chef prévisionniste au quartier-général.. Les forces alliées mirent en place des vols de reconnaissance entre les États-Unis, le Groenland et l'Islande, en plus des stations terrestres et les rapports de navires, leur donnant un avantage certain dans la collection des observations..
Navires
La prise de données météorologiques régulières en mer date du avec la formation de l’Organisation météorologique internationale. Durant les années 1930, un embryon de réseau de prise de données en positions permanentes en mer fut initié par la France et la Grande-Bretagne. Le conflit accéléra ce développement.
Alliés
vignette|USS Muskeget À partir de 1939, les navires de la Garde côtière des États-Unis ont été utilisés comme navires météorologiques pour protéger le commerce aérien transatlantique. Le Service d'observation météorologique de l'Atlantique (Atlantic Weather Observation Service) a été autorisé par le président Franklin Delano Roosevelt le . En , cinq cotres de 327 pieds des garde-côtes ont été utilisés en patrouille météo, habituellement déployés pendant trois semaines, puis renvoyés au port pour une dizaine de jours. Comme la Seconde Guerre mondiale se poursuivait, des cotres étaient nécessaires pour l'effort de guerre et à partir d’, six navires de charge ont été utilisés. Ces cargos, bien qu'armés, ne bénéficiaient pas d'escorte durant le conflit, ce qui a conduit à la perte de l’ avec 121 hommes d’équipage à bord, torpillé le . En 1943, le United States Weather Bureau a reconnu leurs observations comme «indispensables» à la poursuite de l'effort de guerre.
Les vols de chasseurs entre l'Amérique du Nord, le Groenland et l'Islande ont conduit au déploiement de deux navires météorologiques supplémentaires en 1943 et 1944. Le Royaume-Uni en positionna un dans une bande de 80 kilomètres (50 miles) au large de ses côtes ouest. En , 16 navires étaient en opération au nord du 15e parallèle nord dans l'Atlantique, et six autres dans l'Atlantique tropical. Un total de 20 frégates de la marine américaine ont été utilisées dans le Pacifique pour des opérations similaires. Le personnel du Weather Bureau stationné sur les navires météorologiques devait être volontaire pour embarquer. En plus des observations météorologiques de surface, les navires météorologiques lançaient des ballons-sondes munis de radiosondes et des ballons de plafond, ou PIBALs, afin de déterminer les conditions météorologiques en altitude.
Allemands vignette|Certains Fw200 Condor ont été utilisés pour des vols météo. Les Allemands ont commencé à utiliser des navires météorologiques durant l'été 1940. Toutefois, trois de ces quatre navires ont été coulés le , ce qui a conduit à l'utilisation de navires de pêche pour ce besoin. Leurs navires météorologiques étaient en mer pour des campagnes de trois à cinq semaines. Les observations météorologiques des Allemands étaient chiffrées à l'aide de leurs machines Enigma. Le München et le Lauenburg ont été arraisonnés par la Royal Navy, qui a réussi à recueillir de précieux renseignements dans les deux cas. Le Wuppertal est resté coincé dans la glace et a été perdu sans que subsistent de traces du navire ou de l'équipage.
Après la perte de leurs navires météo, les Allemands se reportent vers la collecte de données à partir d'avions (principalement les Condor 200) et de sous-marins. Ceux-ci pourront être, au départ ou à la fin d'une mission, assignés à une position donnée pour transmettre régulièrement les informations météo. Ceux-là effectuent généralement leurs vols en partant des bases de la Norvège occupée.
Après la guerre
En raison de leur importance, les opérations ont continué après que la Seconde Guerre mondiale ait pris fin, ce qui a conduit à un accord international en stipulant que pas moins de 13 stations météorologiques dans l'océan seraient maintenues par l'US Coast Guard, cinq autres par le Royaume-Uni et deux par le Brésil.
Avions Alliés
Allemands Pour collecter des infos météos, des avions Heinkel 111 et des Junkers Ju 88 appartenant au Wettererkundungstaffel 5 sont déployés en Norvège à Trondheim et Banak. L'escadron effectue, généralement, deux fois par jour des vols d'observation au-dessus de la mer de Norvège et de la mer du Groenland, la zone d'opération s'étendant de l'est du Groenland au nord du Spitzberg et à l'est de Novaya Zemlya - le mauvais temps empêchant parfois les vols.
Un vol typique s'effectue à basse altitude pour recueillir les informations utiles sur l'état de la mer, la nébulosité, la pression atmosphérique, etc. Puis, l'avion grimpe pour enregistrer des paramètres, comme la pression barométrique, à différentes altitudes. Il répètera cette opération plusieurs fois pendant sa mission. Il redescendra enfin à basse altitude pour achever sa mission. Le sens et la force du vent sont aussi déterminés en utilisant les armes de bord et appréciant la forme des gerbes produitesJack P. Mallmann Showell, Enigma U-Boats breaking the code, 2009 ( édition 2000), Ian Allan Publishing, 224 pages, , pages 15 et 16..
Les informations collectées sont chiffrées dans un code spécifique, et renvoyées régulièrement vers les sites allemands par messages radio. La procédure prévoit aussi qu'une synthèse des données recueillies soit aussi chiffrée et transmise périodiquement par radio dans le code opérationnel des unités navales et du commandement de la Kriegsmarine. Ces missions météo aériennes seront peu troublées par les Alliés (voir ci-dessous).
Stations terrestres
Les Alliés avaient un net avantage dans la compétition des données météorologiques terrestres, occupant la totalité des masses continentales et des îles (Terre-Neuve, le Groenland, l'Islande) de l'Atlantique nord. Comme les phénomènes météorologiques à cette latitude se déplacent généralement d'ouest en est, les Alliés pouvaient suivre la progression d'un système dépressionnaire traversant l'Atlantique. Les Allemands ont été obligés, par leur concentration en Europe continentale, de s'appuyer largement sur leurs avions à grand rayon d’action et sur des navires météorologiques, qui étaient vulnérables aux attaques, et des équipes clandestines dans des endroits exposés. Avec un petit nombre de stations d'observation non permanentes, ils devaient compter sur la chance pour détecter un front météorologique avant qu’il n’atteigne l'Europe.
Il y eut des tentatives dans les deux camps pour mettre en place des stations météorologiques terrestres basées dans des endroits disputés comme le Spitzberg. Ce dernier était un lieu important pour les Allemands, permettant de surveiller les conditions météorologiques sur la route des convois vers Mourmansk. Tout au long du conflit, ils établiront des bases discrètes pour obtenir des prévisions météorologiques comme sur l'archipel de Svalbard, y compris le Spitzberg et Hopen (Hope Island). Les Alliés n'arriveront jamais à interdire complètement ces tentatives.
Les Allemands ont aussi laissé sur l'île Jan Mayen, le Groenland oriental et jusque sur les côtes du Labrador des stations automatisées (comme la station météorologique KurtLes restes de cette station, nommée "WLF6", ne seront découverts sur place qu'en 1982 et sont actuellement exposés au Musée canadien de la guerre, à Ottawa.) ou mises en œuvre par du personnel.
En août 1941, lors de la préparation de l'opération Gauntlet, la Royal Navy détruit la station météo sur l'île aux Ours et, plus tard, celle sur le Spitzberg (après avoir transmis de fausses informations afin de décourager l'observation aérienne).
Le dispositif allié Stations terrestres Navires météo unités aériennes. Les squadrons 517 et 518 de la RAF étaient chargés de vols de reconnaissance météo au-dessus de l'Atlantique.
Les opérations allemandes vignette|upright=1.3|Stations allemandes du Svalbard.