Le nuraghe Santu Antine, également appelé Sa domo de su Re, est un nuraghe situé sur le territoire de la commune de Torralba, dans la province de Sassari en Sardaigne. C'est l'un des plus majestueux et importants nuraghes de l'île. Le nuraghe de Santu Antine est l’un des monuments les plus évolués des l’architecture de la civilisation nuragique, sa complexité architecturale dépasse largement celle de tous les autres nuraghes.

Le nuraghe est entouré d'un petit groupe de cabanes qui s’inscrivent pleinement dans la tradition architecturale nuragique, tout en montrant des particularités liées à leur proximité immédiate avec le bastion monumental. Elles constituent un complément essentiel à la compréhension du site, révélant la coexistence d’un centre monumental hautement élaboré et d’un village périphérique aux formes plus modestes mais typologiquement cohérentes.

Localisation Le nuraghe est situé sur le plateau du Meilogu, dans la plaine de Cabu Abbas, connue sous le nom de « vallée des nuraghes ». Le nuraghe porte le nom de Santu Antine ou Santine (en français, Saint Constantin), mais il est plus connu sous la dénomination populaire de Sa Domo de su Re (la maison du roi), nom qui évoque son caractère majestueux et qui le distingue de la dizaine d’autres nuraghes plus petits des environs, parmi lesquels l’un des plus proches est le nuraghe Oes situé à environ 800 m au sud‑est.

Historique Le nuraghe est le premier monument de ce type à avoir fait l’objet d’une illustration graphique : il apparaît dans un dessin, imprécis, du naturaliste Francesco Cetti, datant de 1774. En 1828, W. H. Smith en publie, dans un ouvrage anglais consacré à la Sardaigne, la première planimétrie, accompagnée d’une coupe et d’une vue en perspective. En 1840, Alberto La Marmora en donne belle illustration issue d’un relevé spécifique (avec plans, coupes, élévations et hypothèses de restitution graphique), dans son ouvrage Voyage en Sardaigne. Le nuraghe apparaissait alors comme un vaste ensemble triangulaire aux angles arrondis, au centre duquel s’élevait une tour tronconique à trois étages, dans laquelle on pénétrait par la fenêtre du premier étage, située à près de au-dessus de la cour, laquelle était entièrement ensevelie sous les éboulis. Sur une vue en perspective publiée en 1888 par le Père Alberto Centurione sont documentés certains éléments aujourd’hui partiellement disparus, comme l’élévation des tours d’angle. L’archéologue Giovanni Spano visite le site à plusieurs reprises entre 1854 et 1867, ainsi que François Préchac (1908) et Ettore Pais (1923, 1881). La première illustration photographique du site est due à Giovanni Pinza en 1901.

En 1935, Antonio Taramelli réalise les premières fouilles sur place, limitées au monument principal et aux vestiges des habitations rectangulaires adjacentes d’époque romaine. Tous les espaces internes du nuraghe sont dégagés, permettant un accès régulier à chaque niveau. En 1964, Ercole Contu et Guglielmo Maetzke élargissent les fouilles aux huttes circulaires voisines, et réalisent divers travaux de restauration. Un sondage réalisé en 1985 le long de la muraille occidentale entraîne la découverte de ses fondations.

La première hypothèse de restitution réalisée au XXᵉ siècle est due à Paolino Mingazzini. Elle fut reprise, mise à jour et complétée en 1971 par Contu.

Le site est inclus dans les 31 sites sardes qui sont candidatsLes sites qui sont candidats selon l'Unesco pour entrer dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCOReconnaissance de l'UNESCO : une grande opportunité pour la Sardaigne, site de l'association "La Sardaigne vers l'UNESCO" .

vignette|Maquette du site. vignette|Hypothèse de restitution du bastion et du mastio.

Nuraghe

Le nuraghe se distingue par une complexité architecturale exceptionnelle, tant en plan qu’en élévation. Il est constitué d'une tour centrale, le mastio, très élaboré, conçu pour fonctionner de manière autonome ; d'un bastion triangulaire trilobé, forme rare dans l’architecture nuragique, aux angles (correspondant à autant de tours) fortement arrondis ; d'un réseau dense et sophistiqué de couloirs, passages, escaliers et cellules, unique par son ampleur. Cette sophistication dépasse largement celle des autres nuraghes connus. Cette complexité rend aujourd’hui extrêmement complexe tout relevé graphique et il est difficile de faire coïncider les principaux relevés réalisés : celui publié par La Marmora en 1840 ; celui de Taramelli en 1939 ; celui réalisé de Contu vers 1961 ; et le plus récent dû au géomètre Paolo Zara et à l’architecte Fiorenzo Ramponi.

Le nuraghe a été endommagé par la récupération de pierres au pour construire une fontaine dans le village voisin. Tous les blocs de construction des tours sont en basalte d’origine locale.

Le mastio

Architecture extérieure Le mastio est conservé sur une hauteur de mais il devait atteindre à l’origine , lorsqu’il comportait, à son sommet, une terrasse munie d’un parapet et élargie par des corbeaux en saillie dont cinq ont été retrouvés lors des fouilles. En l'état, c'est le nuraghe le plus élevé de toute la Sardaigne. Le diamètre de base du cône n’est pas clairement mesurable, car les trois quarts de sa circonférence sont recouverts par les maçonneries du bastion postérieur : il est toutefois d’environ . Le diamètre résiduel de la base supérieure du tronc de cône est de et devait évidemment se rétrécir davantage dans la partie manquante. L’inclinaison du parement est assez limitée (seulement 8°), ce qui traduit une grande maîtrise constructive, car généralement dans les nuraghes de grande taille l'inclinaison est plus élevée (13° à Is Paras, 10° à Su Nuraxi).

Les murs sont montés en appareil cyclopéen et la taille des blocs diminue avec la hauteur. Sur les deux tiers inférieurs de la hauteur conservée (correspondant à douze assises), les blocs de pierre sont à peine dégrossis et de forme vaguement parallélépipédique, d’où des alignements imparfaitement horizontaux. Plus haut, sur environ dix‑sept assises restantes, la forme extérieure rectangulaire des blocs devient plus nette, avec des joints relativement réguliers. Il n’est pas exclu que certains beaux blocs en marne blanchâtre trouvés lors des fouilles, aient servi à donner une touche de couleur dans la partie terminale de la construction.

Architecture intérieure L'entrée, accessible depuis la cour, est orientée au sud-sud-est. Deux fenêtres, dont une seule est entièrement conservée, s’ouvrent au-dessus. L’entrée, de forme sub-rectangulaire (hauteur 1,62 m ; largeur 0,78 m à la base et 0,77 m au sommet), comporte un seuil (hauteur 0,35 m) et est surmontée d’un bel architrave (0,80 m de haut × 1,90 m de long × 0,90 m de large) avec un petit fenestron de décharge. Trois assises plus haut s’ouvrent trois fentes de lumière parallèles et verticales. L'entrée donne accès à un couloir couvert d’une voûte plane (longueur 5,40 m ; hauteur 2,65 m ; largeur 1,53 m au centre et 1,40 m aux deux extrémités). Un escalier donnant accès aux étages supérieurs ouvre à gauche. À droite, débouche un couloir annulaire qui, partant de sous le même escalier, tourne autour de la chambre, à laquelle il est relié par trois larges et hauts passages de forme trapézoïdale disposés en croix. Sur le côté externe du couloir annulaire (largeur 1,20 m ; hauteur 3,15 m) s’ouvraient, à différents niveaux et disposées en éventail par rapport à la chambre neuf « yeux de lumière » (souvent improprement qualifiés de « meurtrières »), dont certainsi furent masqués ultérieurement par la construction du bastion. Ces étroites ouvertures servaient à éclairer le couloir.

Un petit espace ellipsoïdal allongé, voûté en coupole (hauteur 4,00 m) s’ouvre au‑dessus du couloir d’entrée. On y accède par une ouverture trapézoïdale. Il est éclairé par l'un des deux fenestrons extérieurs. La fonction de cet espace est incertaine : il pourrait correspondre à une chambre de décharge, à un réduit de stockage ou à une cachette pour tendre des embuscades puisqu'il comporte une ouverture de 0,50 m dans son plancher (donc dans la couverture du couloir d’entrée).

La chambre du rez-de-chaussée est de forme circulaire (diamètre 5,25 m) et proportionnellement assez petite (environ un tiers du diamètre extérieur de la tour). Elle est couverte par une voûte en encorbellement (dite à tholos). La chambre mesure 7,93 m de hauteur. La construction des murs intérieurs est moins soignée qu'à l'extérieur et on peut y observer l’usage de nombreuses cales et d’un mortier d’argile pour renforcer les pierres de forme sub-quadrangulaire.

L'escalier hélicoïdal tourne dans le sens horaire à l’intérieur de l’épaisseur des murs et autour de la chambre du rez‑de‑chaussée. Il dessert la chambre du premier étage et celle du second étage. À l'origine, il débouchait sur la terrasse terminale. Les marches de l'escalier sont assez irrégulières et certaines sont manquantes (remplacées par un simple plan incliné) sur une portion médiane. L'escalier mesure en moyenne 1,30 m de largeur pour une hauteur de 2,60 m. L’éclairage interne était assuré par six ouvertures, dont quatre sont désormais obturées par les maçonneries du bastion. À peu près à mi‑parcours du premier tronçon de l’escalier, dans la paroi gauche en montant, une petite ouverture (0,45 m de large × 0,90 m de haut) donne accès à une petite cellule elliptique voûtée, dotée de deux petites niches et d’une ouverture d’éclairage. Cette petite cellule (2,95 m de haut, 1,50 m de large et 2,50 m de long) n'est accessible que par une échelle de bois ou une corde.

La chambre du premier étage est de forme circulaire et construite selon la même technique que celle du rez-de-chaussée mais elle est proportionnellement plus basse (diamètre 4,85 m; hauteur 5,33 m). Le sol est constitué de grands blocs plats soigneusement ajustés. La pièce est éclairée par un œil de lumière. Tout autour de la base de cette pièce court un banc‑siège bas (hauteur moyenne 35 cm), formé d’une seule rangée de pierres plates, interrompue seulement par une niche elliptique surélevée (2,50/1,91 × 2,30 m de hauteur). Une seconde niche (2,50 × 1,80 m) s’ouvre au niveau du dessus du banc‑siège, sur le côté opposé. C’est l'unique cas connu d'un banc‑siège dans une pièce interne à un nuraghe.

La chambre du second étage est très ruinée. Elle mesure environ 4,00 m de diamètre et conserve côté est une hauteur résiduelle sur cinq assises d’environ 1,45 m. À l’origine cette hauteur devait être d’environ 4,50 m. Le sol de cette chambre est semblable à celui du premier étage mais il comporte, décalé vers l’est, une sorte de silo vertical, tronconique (profondeur 2,40 m ; 1,60 à 2,45 m de largeur au fond et 0,70 à 1,20 m de largeur à l'ouverture).

Le bastion La construction du bastion ne s'est pas accompagnée d'un réaménagement du mastio, les nouvelles structures lui ont été accolées et la tour centrale demeura une structure autonome, fermée sur elle‑même et accessible toujours et uniquement par son entrée du rez‑de‑chaussée. Le bastion, en obstruant plusieurs ouvertures de lumière du mastio, en a réduit les fonctionnalités. Contrairement à Su Nuraxi, il ne semble pas qu’ait existé à Santu Antine un passage surélevé entre le bastion et le mastio, réalisé au moyen d’une sorte de balcon en bois au niveau de la fenêtre du premier étage de ce dernier.

Architecture extérieure