La Sainte Coiffe de Cahors serait l'un des linges mortuaires qui auraient été utilisés pour l'ensevelissement de Jésus-Christ. À cette époque, les Juifs couvraient la tête du mort avec une coiffe qui servait de mentonnière (nommé pathil en hébreu). Ensuite, ils enveloppaient le corps avec un linceul attaché avec des bandelettes. Enfin, ils couvraient le visage avec un voile pour retenir les parfums. Cette relique de la Passion est tenue au secret dans la chapelle Saint-Gausbert, exceptionnellement ouverte au public, de la cathédrale de Cahors.
Le terme de Sainte Coiffe est utilisé plutôt que celui de Suaire de Cahors, utilisé dans le passé (nom de l'ouvrage en latin de Marc-Antoine Dominicy, De sudario capitis Christi, Cahors, 1640). Le mot Suaire renvoie à plusieurs reliques mais qui sont de types différents. Historique
Origine
La tradition attribue à Marie la réalisation de la Sainte Coiffe. Celle-ci aurait été utilisée lors de la sépulture de Jésus. Certains voient dans le suaire mentionné dans l'évangile de Saint Jean (20, 6-7) ce qui serait la Sainte Coiffe :Simon Pierre entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place..Il est à noter que cette référence à Saint-Jean est aussi utilisée pour le suaire d'Oviedo.
Les disciples de Jésus auraient récupéré les linges après la résurrection. La Sainte Coiffe serait ensuite demeurée à Jérusalem.
Parcours et arrivée à Cahors Il existe plusieurs hypothèses quant à l'arrivée de la relique à Cahors au Moyen Âge. vignette|Reliquaire de la Pierre détachée du Saint Sépulcre qui montrerait la Coiffe d'après Pierre Babinet.
Hypothèse Charlemagne - vers 803 Une hypothèse suggère que la Sainte Coiffe aurait été donnée à Charlemagne soit par le Calife Haroum el Rachid et le Patriarche Thomas de Jérusalem, soit par l'impératrice Irène de Constantinople. En l'an 803, Charlemagne aurait donné la Sainte Coiffe à Ayma (Aymatus), évêque de Cahors. Cette hypothèse a été peu considérée par les historiens au cours du temps, bien qu'illustrée par un tableau montrant Charlemagne faisant don de la Sainte-Coiffe à l'évêque de Cahors par les mains de Namphase un de ses paladins et présent à la cathédrale de Cahors.
Hypothèse Cardaillac - Calixte II - vers 1110 Pour Guillaume Lacoste, historien du Quercy au et de nombreux autres auteurs (Boulade...), la Sainte Coiffe aurait été rapportée par Géraud de Cardaillac, évêque de Cahors, à son retour de croisade entre 1109 et 1113, au moment de la construction de la cathédrale. Le (le six des calendes d'août), le Pape Calixte II aurait consacré l'autel du très Saint Suaire dans la cathédrale de Cahors. Cette date est considérée comme suspecte car l'abbé de Fouilhac, utilisant les registres de l'hôtel de ville, indique que l'autel du Saint-Suaire est sacré le par l'évêque de Cahors Antoine Allemand.. Une partie de l'autel disparut lors du sac de la ville en 1580, en sombrant dans le Lot après avoir été pris comme butin.
Hypothèse de la quatrième croisade - vers 1210 Robert Babinet pense que la Sainte Coiffe se trouvait dans la chapelle Sainte-Marie du Pharos, en 1201. Il remarque notamment que sur le bas-relief du reliquaire de la Pierre détachée du Sépulcre, qu’envoya le dernier empereur latin de Constantinople Baudouin II de Courtenay à Saint Louis le , et qui relate l’annonce de la résurrection par un ange aux femmes venues au tombeau, on peut identifier la représentation de la Coiffe. Ce reliquaire a été démonté en 1793, mais la plaqueLe dessin de la plaque est reproduit dans le catalogue de l'exposition Le trésor de la Sainte-Chapelle, Musée du Louvre, Jannic Durand commissaire d'exposition, 2001. et le couvercle sont déposés au Louvre (répertoriés MR 348 et MR 346). La Coiffe aurait alors été ramenée à Cahors par un chevalier inconnu après la prise de Constantinople par la quatrième croisade, en 1204.
Présence à Cahors du Moyen Âge jusqu'à la Révolution française La première mention écrite connue de la relique ne date que de 1408. À cette date, un livre de comptes fait état d’une dépense de 27 sous pour l’achat de torches à l’occasion d’une procession de la relique. Cette année se tient le premier synode de l’évêque de Cahors Guillaume d’Arpajon. À cette occasion est organisée une procession au cours de laquelle la Sainte Coiffe est particulièrement honorée..
En 1482, la peste ravage le Quercy. La Coiffe est portée en procession à travers la ville. Tout Cahors est réuni suppliant Dieu d’épargner la cité : l’évêque, le chapitre, le clergé, les consuls et les magistrats, les corporations, les gens de guerre, le peuple. La ville est épargnée.
Le , l'autel de la Sainte Coiffe est consacré par l'évêque de Cahors Antoine Allemand
Le , par une bulle scellée par dix cardinaux, le Pape Innocent VIII accorde des indulgences aux personnes qui visitent la chapelle de la Sainte Coiffe.
En durant la septième guerre de religion, la ville de Cahors est prise par les huguenots de Henri IV. Les archives de la ville sont brûlées et la cathédrale pillée. Antoine de GourdonAntoine de Gourdon, seigneur de Cénevières (Lot) et appartenant à la puissante famille de Gourdon d'origine wisigothique, est converti au protestantisme par la reine Jeanne d'Albret mère de Henri IV et meurt en 1616 sans descendance., seigneur de Cénevières, est nommé gouverneur de cette ville et fait transporter l'autel de la Sainte Coiffe dans son château de Cénevières. Le reliquaire fait partie du butin mais la relique est jetée. Elle est récupérée par une femme qui l'échange contre deux quartons de froment, à deux notables prisonniers (Viugier et Dadine de Hauteserre). La Coiffe est emmenée à l'extérieur de la ville, à Luzech. Elle est réinstallée après la conclusion de la paix.
À la suite de la Contre-Réforme catholique, le culte de la relique se développe tout au long des et siècles.
En , quatre notablesCes quatre notables sont : François de Roaldès théologal du chanoine de la cathédrale de Cahors, Étienne Cambous archiprêtre de Saint-Cirq-Lapopie en Quercy, Jean Ganil recteur de Calvignac et Pierre Loubatières bachelier en théologie. sont reçus par Charles de la TourCharles de la Tour, célèbre capitaine protestant, se marie en 1617 avec Isabeau d'Astorg de Montbartier veuve d'Antoine de Gourdon seigneur de Cénevières. en son château de Cénevières et identifient fortuitement l’ancien autel de la Sainte Coiffe avec l’inscription : « Le souverain Pontife Calixte II a consacré l’autel du Suaire de la tête du Christ l’an 1119, le six des calendes d’août. ». Cette inscription est considérée comme douteuse car l'autel du Saint-Suaire est sacré le par l'évêque de Cahors Antoine Allemand.
En 1652, la peste atteint Cahors. Alain de Solminihac, évêque de la ville, ordonne que la Sainte Coiffe soit portée en procession.
En 1715, une messe de la Coiffe se trouve dans le bréviaire romano-cadurcien publié par l’évêque Henri de Briqueville de La Luzerne. Ce bréviaire indique : « Le Suaire, mis sur la tête de Notre-Seigneur, est très religieusement vénéré depuis plusieurs siècles dans l’église de Cahors, qui le tient, d’après la tradition, du très pieux empereur Charlemagne ». Cet office se retrouvera également dans les bréviaires de 1746 et 1760 par l’évêque Bertrand-Jean-Baptiste-René du Guesclin.
En 1732, la tribune réservée aux chanoines pour la fête de la Pentecôte est construite dans la cathédrale, suivi en 1738 de la chaire de laquelle la relique était montrée.
En 1791, Jean Danglars, évêque constitutionnel de Cahors, cache la Sainte Coiffe en lieu sûr. Elle est restituée à la cathédrale en 1801. vignette|229x229px|La Coiffe de Cahors dans son reliquaire actuel en bronze créé en 1899 par l'atelier Poussielgue-Rusand. Le reliquaire peut se démonter en trois, la coiffe restant dans un cylindre central.
Époque récente En 1838, la Coiffe est placée dans une châsse, plaquée d'argent.
La relique est conservée depuis 1899 dans un reliquaire en bronze doré réalisé par l'atelier Poussielgue-Rusand. Le reliquaire est surmonté d'un dôme décoré d'anges, sur son pied figurés assis sur un trône l'évêque de Cahors saint Didier (l'un des saints de la ville de Cahors), l'empereur Charlemagne, le pape Calixte IIInventaire général du patrimoine culturel : reliquaire-monstrance, néo-gothique, de la Sainte Coiffe.
Le , une nouvelle châsse de la Sainte Coiffe est bénite par Émile-Christophe Énard, évêque de Cahors et Henri-Charles Dénéchaud, évêque de Tulle..
En 1899, sur ordre de l’évêque du diocèse, la Coiffe est portée à pied sur 60 kilomètres, d’étape en étape et de paroisse en paroisse, au sanctuaire de Rocamadour.
En a lieu la dernière procession de la Sainte Coiffe. Il faut attendre près de 79 ans, en 2019 pour qu'une nouvelle procession soit organisée.
En 1960, la Sainte Coiffe cesse d'être présentée à la dévotion de fidèles comme il était de tradition le dimanche de la Pentecôte et les deux jours suivants. Jusqu'à cette date elle était montrée à découvert par l'évêque du haut de la chaire avec dans la tribune en face les chanoines et les séminaristes. Depuis cette date, elle est exposée occasionnellement, lors des ordinations sacerdotales.
La Sainte Coiffe de Cahors est conservée dans la chapelle Saint-Gausbert donnant sur le cloître de la cathédrale Saint-Étienne de Cahors. Elle fait l'objet d'une tentative de cambriolage dans la nuit du dimanche 5 au lundi , mais sa protection blindée résiste.
Le reliquaire-monstrance réalisé par la Maison Poussielgue-Rusand et la relique de la Sainte Coiffe ont été inscrits au titre d'objet des monuments historiques le .
Remise en valeur gauche|vignette|270x270px|Entrée de la Coiffe de Cahors dans la cathédrale Saint-Étienne le 27 avril 2019 lors de la procession organisée à l'occasion des 900 ans de la cathédrale. Lors de son ordination épiscopale le , Laurent Camiade demande que la Sainte Coiffe soit exposée au pied de l'autel.. Il découvre lui-même l'existence de la relique par le cambriolage manqué qui a lieu quelques mois auparavant..
L'évêque de Cahors demande que la Sainte Coiffe soit remise en ostension pour la Pentecôte 2016. ce que le curé de Cahors de l'époque l'Abbé Florent MILLET, organise de concert avec les bâtiments de France qui exigent que la Sainte relique soit surveillée par une personne, le nom de Édouard SALMON (qui deviendra en sacristain de la Cathédrale de CAHORS) est alors proposé, il devient ainsi dans les faits le premier garde d'honneur de l'histoire de la Sainte Coiffe. Ce sera la première ostension depuis 1960, soit 56 ans plus tard. une autre ostension aura lieu à la Pentecôte 2017, cette année là plusieurs personnes se relaient, le premier garde d'honneur toujours présent reçoit alors une formation par la DRAC pour manipuler le reliquaire sans endommager la Sainte relique.
Le projet de valoriser à nouveau la relique prend progressivement forme sous l'impulsion conjuguée de l'évêque et de Ronan de Gouvello, curé de la cathédrale, de la mairie de Cahors, et des services de l’État et du patrimoine. Le succès de l'ostension de la Sainte Tunique d’Argenteuil du au encourage le projet. L'organisation de festivités autour du anniversaire de la cathédrale Saint-Étienne en est l'occasion. Pour cet anniversaire, l'évêché souhaite mobiliser une centaine de bénévoles et constituer une garde d'honneur de la Sainte Coiffe autour d'une ostension. Le moment fort sera une procession dans les rues de la ville. Aux pèlerins est proposé un parcours jubilaire, associant dans une démarche spirituelle la découverte de la cathédrale et la vénération de la relique. La réfection et l'aménagement de la chapelle d'axe permettront ensuite d'exposer la Sainte Coiffe.