Charles Émile Souvestre, né le à Morlaix et mort le à MontmorencyActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Montmorency, , vue 113/184., est un avocat, journaliste et écrivain français.
Au cours de sa vie, il a exercé plusieurs métiers, avocat, journaliste, enseignant, mais la passion d'écrire a dominé sa vie et il a produit une œuvre abondante et variée, interrompue par une mort prématurée due à des problèmes de santé apparus dès les années 1820. Son œuvre abondante traite de sujets variés, notamment, sous forme de récits documentaires ou de fiction, de l'ethnographie de la Bretagne. Il a ainsi contribué, sous la monarchie de Juillet, à la formation d'une image littéraire et politique de cette région. Son épouse était Nanine Papot, écrivaine sous le nom de plume de « Nanine Souvestre ».
Biographie Émile Souvestre est le fils de Marie-Françoise Boudier, née à Landivisiau et de Jean-Baptiste Souvestre (1757-1823), notable morlaisien né à Guingamp, ingénieur des Ponts et Chaussées de profession, qui avait eu deux filles de son premier mariage avec Perrine Le Goff et trois fils du second, Émile Souvestre étant le plus jeune. Il est élevé en nourrice à Saint-Pol-de-Léon et revient à quatre ans dans la maison construite en 1792 par son père sur le quai de TréguierAlors quai des Lances, d’après une notice de Louis Le Guennec, dans le Fureteur breton, 1908.. Il est très attaché à ses demi-sœurs et à ses nièces. Ses amis étudiants étaient invités aux vacances scolaires à Morlaix ou à Penzé en Taulé.
Études Son père, souhaitant qu’il aille à l’École polytechnique, lui fait faire ses études secondaires au collège royal de Pontivy, où il se lie d'amitié avec plusieurs condisciples auxquels il restera très attaché : Ange Guépin, Eugène Guieyesse. En 1823, il opte pour des études plus conformes à ses inclinations, à la faculté de Droit de Rennes. Son correspondant est J. M. Alexandre de Kerpen, libraireNé à Blois.. Ses amis de l'époque sont Édouard Turquetty, poète romantique, Hamon, Évariste Boulay-Paty, Hippolyte Lucas, mais aussi le futur ministre Adolphe Billault… Dès cette époque, en 1825, il voit ses poésies publiées dans le journal du Nantais Camille Mellinet, le Lycée armoricainVolume 6.. Licencié en droit en 1826, il part pour Paris où il essaie de faire carrière dans le théâtre.
Paris (1826-1828) À cette époque, il vit aux Batignolles, barrière de Clichy, au de la rue des Carrières. Sa principale œuvre de cette période est la tragédie le Siège de Missolonghi. Avec l’appui de l’acteur rennais Alexandre Duval, il réussit à la faire accepter à la Comédie-Française, mais l’intervention de la censure puis des rivalités internes du théâtre en empêchent la représentation en dépit des répétitions. Ce premier séjour à Paris est interrompu par la mort en mer de son frère aîné, Jean-François, capitaine au long cours, mais surtout par une recrudescence de ses maux de gorge. Il revient alors, malade et dépressif, se ressourcer dans sa famille à MorlaixMarie-Françoise Bastit-Lesourd, E. Souvestre et E. Turquéty, Correspondance 1826-1856.
Nantes (1829-1832) Arrivé à Nantes début , il habite rue Gresset, puis rue de la Rosière. Il va s’impliquer dans la vie culturelle de la ville, reconnaissant, Il travaille d’abord comme employé dans l’entreprise de Camille MellinetCamille Mellinet fait, par sa mère, partie de la grande famille d'imprimeurs éditeurs, les Malassis., imprimeur-libraire et éditeur, qui publie en 1829 deux de ses recueils poétiques. Il fréquente Édouard Richer dont il publiera les œuvres. En , il fait part de l’édition de son ouvrage sur « Trois femmes poètes inconnues » mentionnant l’une des trois nominativement : Mademoiselle Laure Pigache. La citation de cette femme (E. Souvestre et E. Turquéty, Correspondance 1826-1856, Les Cahiers de l'Iroise , 2007) par l’écrivain vient contredire en partie l’hypothèse que ce seraient les écrits de Souvestre en personne dissimulés sous cet intitulé, ce que Guépin pensait également.
Il se lie d’amitié avec le sculpteur Étienne Nicolas Édouard Suc, revenu en 1828 après avoir étudié à Paris dans l’atelier d'Henri Lemaire. Le , il épouse Cécile Ballot-Beaupré, une lointaine cousine, âgée de 22 ansFille d'Yves Étienne Ballot-Beaupré, receveur des douanes, mort en 1827, quelques mois après son épouse, Victoire Peyron. .Les témoins à son mariage sont : Alexis Papot, professeur, Ange Guépin, médecin, Augustin Ballot-Beaupré, répétiteur (frère de Cécile) et René Luminais, propriétaire, futur député de Loire-Inférieure..
Il participe aux journées de Juillet, marquées à Nantes par la fusillade de la place Louis-XVI, qui font plusieurs morts. Son épouse manifeste une vive inquiétude. Avec ses amis Ange Guépin, Michel Rocher, Ménard et Mellinet, il prend
Le , a lieu la naissance de son fils, Alexis Émile, mais son épouse meurt peu après et l'enfant lui-même la suit dans la tombe le . En , il accompagne Édouard Charton dans son périple de propagande saint-simonienne en Bretagne. Ils resteront des amis très proches.
À cette époque, Émile Souvestre est recruté, avec Alexis Papot, comme codirecteur d’une école privée lancée par le député de Nantes René Luminais et fondée sur la « méthode d’éducation Jacotot ». Le , il se remarie avec la sœur de son collègue, Anne Papot, âgée de 26 ans, une femme engagée dans le mouvement féministe naissant, avec des dispositions à l’écriture qu’elle va en partie mettre au service de son époux, tout en publiant ses propres œuvresAugustin-Ballot Beaupré est également témoin à ce mariage. .
En 1832, il publie, toujours chez Mellinet, Des arts comme puissance gouvernementale. Peu après, il décide de quitter son emploi d’enseignant qui ne lui plait pas. Il écrit à Turquety combien cela l’ennuie et il compare les enfants à des perroquets bavards et les plaint. Il se réjouit de ne pas recevoir son agrément qu’il attendait depuis plusieurs mois pour pouvoir devenir maître de pension et diriger un pensionnat. Une autre raison est qu'il ne veut pas vivre avec sa nouvelle compagne dans les mêmes lieux qu'avec Cécile.
De Morlaix à Mulhouse (1832-1836) Il laisse Alexis Papot, son beau-frère, s'occuper seul de l'établissement et part s’installer comme avocat à Morlaix, où le couple est confronté à la deuxième pandémie de choléra. Selon son gendre Eugène Lesbazeilles (père de Paul Lesbazeilles), Émile Souvestre a validé son diplôme d’avocat, le . Ils s'installent à Brest où il devient professeur de rhétorique, après avoir dirigé le journal Le Finistère. Deux filles naissent durant ce séjour brestois : Fanny Noëmie, le , et Marie Claire, future éducatrice et pédagogue, le . Connaissant de graves problèmes de santé, un climat moins maritime lui est recommandé. Grâce à l’entremise de Paul-François Dubois, député de Nantes de 1831 à 1848, il obtient un poste équivalent à Mulhouse, où, le , naît leur troisième fille, Ada AnahFuture épouse d'Alfred Beau, peintre sur faïence de renom, puis directeur de faïencerie à Quimper.. La même année, son état médical ne paraissant pas s’améliorer, ils décident de s’installer à Paris.
Paris (1836-1854) vignette|redresse|Jean-Hilaire Belloc, Portrait d’Émile Souvestre (1838), musée des Beaux-Arts de Morlaix. Il connaît alors un certain succès littéraire, son livre Les Derniers Bretons étant publié en feuilleton dans la Revue des Deux Mondes. Par ailleurs, il devient rédacteur à la Revue de Paris. Il tient salon les jeudis soir à Belleville, avec ses amis républicains, artistes, musiciens, écrivains, notamment Étienne SucCorrespondance Souvestre et Turquéty conservée aux Champs libres, médiathèque de Rennes 35000 et publiés en partie dans Les Cahiers de l'Iroise par Marie-Françoise Bastit-Lesourd.
En 1848La période 1836-1848 reste à évoquer de façon plus précise., il s’implique dans l’avènement de la République, régime qu’il approuve de longue date. Il assiste aux réunions dans les clubs aux côtés d'amis aux mêmes engagements politiques, Olinde Rodrigues, ancien saint-simonien tout comme l'artiste Peter-Tom Hawke, Paulin NiboyetFils d'Eugénie Niboyet, militante féministe., l'abbé Constant..
Ayant accepté de se présenter aux élections à la Constituante dans le Finistère, sa défaite électorale le marque profondémentVoir notamment ses Causeries littéraires sur le , ouvrage qui sera publié par sa dernière fille, Adah.. Il soutient les initiatives du ministre de l’Instruction publique, le saint-simonien Hippolyte Carnot en devenant professeur de « style administratif ou éloquence administrative » à l’École d'administration fondée par ce dernier avec Jean Reynaud.. et Édouard Charton. Il s’implique également dans les « Lectures du soir » à destination de la population ouvrière qui ont lieu au conservatoire de musique, juste à côté de son domicile. Mais ces deux institutions sont rapidement victimes du retour au conservatisme de 1848-49.
Au début des années 1850, il est reconnu comme un auteur digne d’estime puisqu’il reçoit le prix de l'Académie française pour Causeries historiques et littéraires ; en 1854, elle lui attribuera le prix Lambert, mais à titre posthume. Le , sa sœur Françoise-Catherine Pinchon meurt à Taulé.
Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, il cache, avec Nanine, à leur domicile leur ami Edgar Quinet qui part ensuite en exil à Bruxelles. Il s'éloigne pour quelque temps de la France et fait un voyage en Suisse romande, donnant des conférences d’histoire littéraire à Genève, Lausanne, Neuchâtel. Il dira de cette période qu’elle fut la plus heureuse de sa vie.
Le , il meurt, à 14 heures, à Montmorency, rue de Grétry. Il était âgé de 48 ans. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise où sa tombe est surmontée d'un buste sculpté par son ami Philippe Grass.
Œuvre Émile Souvestre reste connu pour ses œuvres liées à la Bretagne et à la chouannerie, toujours éditées aujourd'hui (Les Derniers Bretons, Le Foyer breton). Il a écrit aussi de nombreux romans (La Goutte d'eau, Le Monde tel qu'il sera), des nouvelles publiées en recueil (Les Clairières), des essais, dont la publication n'est plus assurée.
Émile Souvestre a travaillé avec plusieurs éditeurs. Les éditions Michel Lévy frères, libraires éditeurs à Paris, ont recueilli l'essentiel de ses titres dans une série Œuvres complètes d'Émile Souvestre parues dans la collection Michel Lévy, du milieu à la fin du .
Ouvrages notables Scènes de la Chouannerie Le livre Scènes de la Chouannerie, paru chez Michel Lévy en 1856, est intéressant à consulter. Journaliste, il fit une enquête auprès des survivants et sans trop prendre parti entre deux thèses qui resteront toujours diamétralement opposées. Le roman permet de mieux comprendre ce mouvement de la Chouannerie qui prit naissance dans ce Bas-Maine, à la frontière de ce qu'on appelait alors la province de Bretagne.
Il a consacré à la description du bocage du Bas-Maine des pages empreintes de la couleur et de la senteur locales (La Chouannerie dans le Maine, Les Faux-Saulniers, Jambe d'Argent et Monsieur Jacques, récits publiés d'abord dans la Revue des deux Mondes en 1847 et reproduits avec d'autres du même genre dans les Scènes de la Chouannerie, Paris, 1852). Ces pages et celles des Mémoires d'un Sans-culotte Bas-Breton, qui les avaient précédées, sont parmi les meilleures, les plus pittoresques et les mieux senties qu'ait écrites un esprit du Pour Léon de la Sicotière, « Descendant des Bleus », comme il le dit lui-même, nul n'a mieux compris ce qu'il y eut d'abnégation, de courage héroïque, de dévouement sublime chez beaucoup de leurs adversaires, ce que mérite de respect leur sauvage sépulture, sur laquelle il inscrit lui-même cette épitaphe, la plus noble qu'aucun de nous puisse espérer : MORTS POUR CE QU'ILS CROYAIENT LA VÉRITÉ ! ».